Trois Héros de la colonie de Montréal
Chapter 3
Ce fut le 16 février que ce malheur arriva. Ce jour-là, le major, toujours prêt à exposer sa vie pour protéger les colons en danger, était accouru à la tête de quelques braves au secours de travailleurs attaqués par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de domestique. Les Iroquois faisaient contre les Français un feu terrible qui effraya tellement ce lâche serviteur qu'il se hâta de prendre la fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nommé Pigeon, à cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette rencontre d'un grand courage, et s'avança tellement au milieu des ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême rapidité de sa course d'échapper à leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le courage du _Pigeon_ français qui était son compagnon, M. le major serait peut-être aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et s'exposa si avant que s'il n'eût eu de bonnes ailes pour s'en revenir, il eût été perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la charge." La fuite du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse, qui se trouvait ainsi moins entouré. Ne perdant rien de son sang-froid et de son courage, le major ainsi délaissé, s'apprête à combattre héroïquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent raté, l'un après l'autre, il eût probablement changé la fortune du combat, ou, tout au moins, fait éprouver aux Iroquois de sérieuses pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse était atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat de Jésus-Christ, après avoir mille fois exposé sa vie, sans jamais craindre de la perdre, n'étant venu dans ce pays que pour la sacrifier à Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le récit de la mort du Major qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, était aussi remarquable par ses qualités privées, par ses vertus chrétiennes, que par son courage militaire.
Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa mère adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut été sa propre fille, s'engagea à payer annuellement aux créanciers les sommes qui leur étaient dues, et Mme Closse détacha pour la même fin dix arpents de son fief. Plus tard le séminaire remit gratuitement à la veuve du brave major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en considération des bons et agréables services que son mari a rendus à l'établissement de cette colonie, où il a été tué par les Iroquois en la défendant_. La mort de Lambert Closse, par suite des difficultés des communications, ne fut connue à Québec qu'à la fin de mars; elle y excita, comme à Montréal, des regrets universels.
TABLE DES MATIÈRES
MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL
I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661 III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661 V. M. Vignal jugé par ses contemporains
LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.
I. Des qualités et du courage de Lambert Closse II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652 IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662
End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy