Part 2
¶ Combien que Quintilian die o & u estre l'ung pour l'aultre immué sy esse que je n'ay jusques icy trouvé grammerien discernant la prolation des vocables latins ayantz u: ausquelz en la mesme sillabe m ou n suyvent continuellement En quoy nous oyons (selon la commune prolation) u avoir la sonorité de o comme mundus/ seculorum/ legunt/ ungo/ et tous aultres sy non cunctus/ punctus defunctus Neantmoins les dictions pures gallicanes aiantz u devant n ou m reservent et proferent u non point o comme brun verdun aulcun. &c. Jasoit donques que en furibunde facunde/ secunde/ munde/ quelcunque profunde & en semblables derivantz u ait sonorité de o sy fault il escripre pour observer bonne orthographie u nonobstant quelconque coustume. Nous avons monstré devant que v est maintenant voielle/ maintenant consonante et que aulcuneffois perd nom de voielle & de consonante a quoy chascun se consent/ mais aulcuns dyent que lors perd nom de lettre Or pour bien entendre et juger de cest affaire nous prenderons ceste mettre gallicane.
Longe selon son ordre le huitiesme.
En laquelle si u n'estoit point lettre e necessairement le absumeroit en tant que h en huitiesme est pure aspiration comme aspiration ne empesche point la synalephe par plus forte raison si i n'est point lettre ne l'empeschera point. Oultre s'il estoit voielle e semblablement se absumeroit. et s'il estoit consonante on profereroit huitiesme comme si on escrivoit vitiesme il ne perd point donques nom de lettre: et est (comme il est dit dessus) liquide. Si nous desirons congnoistre quant u aprés h perd nom de consonante et de voielle/ ou quand elle est voielle nous nous retirerons a la rithme en laquelle si e feminin s'absume il est voyelle. Si non il n'est voielle ne consonante mais le pourrons nommer liquide.
¶ De .x.
Nous escrivons la fin de dictions en eux/ eulx oux/ oulx/ aux et aulx/ par x non point par .z.
¶ De y grec.
¶ Nous escrivons coustumierement y grec en la fin de la diction comme roy esmoy/ feray/ amy/ icy. &c. Et aussi en la diction descendant du grec ayant y grec comme hypocrite en la premiere syllabe/ abysme/ babylonne/ tyrant de tyrannus et semblables.
¶ De .s. et .z.
¶ Vocables ayans b/ c/ d/ f/ l/ & t. au singulier ont/ z/ aprez lesdictes consonantes au plurier. Les terminez en/ g/ m/ n/ p/ r/ ont au plurier s. On escript par coustume les participes et noms terminez en ant ou ent/ au plurier par s: muant t en s comme negligent/ negligens. J'aymeroye mieulx adjouter s aprés t: & escripre negligentz vaillantz & ainsy des aultres. Oultre ce tout vocable terminé en e feminin ayant sibil retient s finale comme divines/ vaillables/ bourgeoises/ discordes promesses/ bonnes/ dures et semblables/ au contraire le masculin a z/ comme deitez/ irritez/ precepitez. &c. Nous avons declairé dessus quand ung terme est masculin ou feminin. Je porroye icy assembler plusieurs dictions a l'escripture desquelles on voit leur difference comme dix de decem/ dis de dico/ dictz de dicta/ Lesquelles je laisse aux diligentz lecteurs.
¶ Et pour la fin nous debvons songneusement retourner au latin et regarder parfaictement l'orthographie latine pour nous reigler en nostre escripture franchoise nous sommes souvent abusez par faulte de ce comme par faulte de tirer au latin nous escrivons/ escripre/ escripvoit. &c. par p combien que latin scribere scribebat n'a point de p. ainsi on est deceupt/ pour cause que escript lequel vient de scriptus s'escrit par p: et ainsi des aultres lesquelz je passe pour briefveté.
¶ Aux lecteurs.
¶ Nous avons beningz lecteurs entamé ceste matiere non point que pensons avoir satisfait ou pour satisfaire mais nostre intention est principallement de animer et aygrir les engins des gentilz facteurs & vrays zelateurs de nostre langue franchoise pour rencontrer l'ung l'autre au passetemps de doulce et amiable concertation et que par telle collision ilz viennent esclarcir et nettoyer la rouillure/ les faultes/ et obscurtez grandement noircies/ corrompues/ et perverties par les faulses escriptures/ et aussi pour la restituer en son honneur a la gloire et exaltation de tous franchois.
¶ Finis
¶ Imprimé a paris pour Jehan saint denis libraire demourant a paris en la rue neufve nostre dame a l'enseigne sainct Nicolas.
Note du transcripteur
On a conservé l'orthographe (y compris ses variantes, par exemple «diphthongue, diphtongue, diptongue»), la ponctuation et l'usage des majuscules de l'original. Pour faciliter la lecture, on a toutefois résolu les abréviations par signes conventionnels (par exemple «cõe, cõme» sont transcrits «comme»), introduit apostrophes, cédilles et accents, et distingué u/v et i/j à l'intérieur des mots (on a laissé les formes u, v, i identiques à l'original lorsqu'il s'agit de lettres isolées).
On a matérialisé plus distinctement le découpage en titres et alinéas, parfois peu apparent dans l'original, et isolé les citations en vers (qui figurent sans séparation dans le corps du texte dans l'original).
On a effectué les corrections suivantes:
germaine > germanie (Elle va veoir la noble germanie) verd > verbe (Si le vocable est verbe) Premierement > Prennent (Prennent plaisir de quelque homme jouir)
et rectifié quelques erreurs manifestement imputables au typographe (par exemple: antre > autre, voille > voielle, etc.) non signalées dans le détail.