Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne
Chapter 8
[Note 49: _Tacite_ Hist, liv. V. «Près de là il y a une vaste campagne qui, à ce qu'on dit, étoit autrefois fort fertile, & où il y avoit des villes grandes & bien peuplées, mais qui furent embrasées par la foudre. On ajoûte qu'il y reste encore quelques marques de cet embrasement, en ce que le terre paroît toute brûlée, & qu'elle a perdu la force de produire des fruits: car tout ce qui y naît est d'une couleur noire, n'a aucune substance capable de nourrir, & se réduit en cendre.»]
[Note y: Tacite Historien Romain, fleurissoit sous l'Empereur Trajan, vers l'an 100. de J.C. TRAD. DE PAR.]
[Note z: C'est Pline l'ancien, ou le Naturaliste: il vivoit sous les Empereurs Vespasien & Tite 70 ou 75 ans après J.C. TRAD. DE PAR.]
[Note 50: _Hérodote_. C'est dans l'Euterpe. «Les Colches, les Egyptiens, & les Éthiopiens sont les premiers qui ont pratiqué la circoncision. Les Phéniciens & les Syriens de la Palestine avouent qu'ils l'ont reçue des Egyptiens. Les Syriens qui demeurent auprès du fleuve de Thermodon, & de Parthenius, & les Macrons leurs voisins disent qu'ils l'ont reçue des Colches. Pour ce qui est des Éthiopiens je ne puis dire avec certitude s'ils l'ont reçue des Egyptiens, ou si ce sont eux qui la leur ont aprise.» Je remarque sur ce passage I. qu'il n'y avoit dans la Palestine que les Juifs qui fussent circoncis: c'est ce que témoigne[AG] Joséphe Antiquit. Liv. VIII. Chap. 4. II. que bien loin que ceux ci avouent qu'ils l'ont «reçue des Egyptiens», ils disent au contraire que ce fut Joseph qui la porta en Égypte. III. que ceux qu'Hérodote apelle Phéniciens, sont les Iduméens, lesquels les Grecs ont cru faussement être descendus des Phéniciens. IV que ceux d'entre les Éthiopiens qui se circoncisoient étoient issus d'Abraham & de Chettura. V. que les Colches & leurs voisins qui pratiquoient cette cérémonie étoient des dix Tribus que Salmanasar avoit emmenées captives, & dont quelques personnes vinrent jusqu'en Thrace.]
[Note AG: Josephe 3 ou 4 lignes plus haut atribue à Hérodote d'avoir dit que les Éthiopiens ont apris des Egyptiens à se faire circoncire. Mais comme dans le passage qui vient d'être raporté, Hérodote dit qu'il ne sait lequel de ces deux peuples l'a apris de l'autre, il faut ou que dans quelque autre endroit il ait parlé aussi afirmativement que Josephe dit qu'il a fait, ou que celui-ci se soit trompé.]
[Note aa: Hérodote est le plus ancien Historien Grec, dont les ouvrages soient venus jusqu'à nous, il vivoit 440 ans avant J.C. TRAD. DE PAR.]
[Note 51: _Diodore_. Liv I. _Une preuve que les Colches sont descendus des Egyptiens, c'est qu'ils se circoncisent de même que ceux-ci._ Cela ne prouve pas davantage que les Egyptiens sont ou les auteurs de la Circoncision; ou les péres de ce Peuple que cela le prouve des Juifs.]
[Note marg. A: Peuples d'Éthiopie.]
[Note 52: _Strabon_. Liv. XVI. _Quelques-uns d'entre les[A] Troglodites sont circoncis de même que les Egyptiens._]
[Note ab: Philon étoit Juif, mais né à Alexandrie. L'an 40. de J.C. les juifs le députèrent à l'Empereur Caligula, pour lui demander justice des insultes des Païens; mais Caligula ne le voulut point écouter. _Le même_.]
[Note 53: _Des nations entiéres issues d'Abraham._ Théodore cité par Eusébe parlant d'Abraham dit _que celui qui l'avoit tiré de son païs lui commanda de se circoncire lui & toute sa maison, & qu'il obéit._]
[Note 54: _Les Iduméens_. Ils sont ainsi appelez d'Edom le Pére de ce peuple, & qui est le même qu'Esaü. Je dirai en passant que la postérité d'Edom s'étant multipliée & répandue jusques vers la Mer qui sépare l'Égypte de l'Arabie, donnérent leur nom à cette Mer, & que les Grecs sachant qu'Edom signifie _roux_ ou _rouge_, la nommèrent, _Mer Erythrée_, c'est-à-dire, _rouge_. Ammonius, Justin Martyr, & Épiphane, témoignent que ces Peuples se circoncisoient.]
[Note 55: _Et les Ismaëlites._ De tout tems ils ont circoncis leurs enfans, mais au même âge qu'Ismaël avoit été circoncis, c'est-à-dire à l'âge de treize ans, comme le témoignent Joséphe & Origéne. Épiphane entend par ces Ismaëlites, les Sarrazins, & il a raison; car les Sarrazins ont toujours suivi cette coutume religieuse; & c'est de ceux-ci que les Turcs l'ont tirée. Alexandre Polyhistor, cité par Joséphe & par Eusébe, parle ainsi des enfans de Chettura. «Le Prophéte Cleodéme surnommé Malchas dit dans son Histoire des Juifs, aussi bien que Moyse, Législateur de ce Peuple, qu'Abraham eut de Chettura, entr'autres enfans, Afer, Assur, & Afra; qu'Assur donna le nom à l'Assyrie, Afra & Afer, à la Ville d'Afra & à l'Afrique. On voit par là d'où les Éthiopiens, Peuples d'Afrique, ont pris la circoncision. Ils la retiennent encore aujourd'hui, quoi que Chrétiens, mais c'est simplement par respect pour une coutume si ancienne, & non par principe de Religion.]
[Note 56: _De Bérose_. _En l'âge dixième après le déluge il y avoit parmi les Chaldéens un Homme fort juste & fort intelligent dans la science de l'Astrologie._ Il est évident par le tems qui est marqué là que c'est d'Abraham qu'il y est parlé. Ce passage est dans Joséphe Antiquit. Liv. 1.]
[Note 57: _Hécatée_. Il avoit écrit l'histoire d'Abraham, mais ce livre qui étoit encore du tems de Joséphe, ne se trouve plus.]
[Note 58: _Nicolas de Damas_. C'étoit un Homme fort illustre & par lui-même & par l'honneur qu'il avoit d'être aimé d'Auguste & d'Hérode. Voici ce qu'il dit d'Abraham. «Abraham sortit avec une grande troupe du païs des Chaldéens qui est au dessus de Babylone, régna en Damas, en partit quelque tems après avec tout son peuple, & s'établit dans la Terre de Canaan qui se nomme maintenant Judée, où sa postérité se multiplia d'une maniére incroyable, ainsi que je le dirai plus particuliérement dans un autre lieu. Le nom d'Abraham est encore aujourd'hui fort célèbre & en grande vénération dans le Païs de Damas. On y voit un bourg qui porte son nom, & où l'on dit qu'il demeuroit.»]
[Note 59: _Les vers Orphiques_. «Personne n'a connu le Maître & le Roi de tous les hommes, que ce seul Chaldéen, qui a si bien su le cours du Soleil & le mouvement des Cieux.»]
[Note 60: _Dans l'Abrégé que Justin_ &c. Liv XXXVI. Ch. 2. «Les Juifs sont originaires de Damas, la plus célèbre Ville de Syrie. Après Damascus, Azélus, & Adores, ils eurent pour Rois Abraham & Israël.» Le tître de Roi que Nicolas de Damas & Justin donnent à ces Patriarches, vient de ce qu'ils avaient sur leurs familles une autorité royale. De là vient qu'ils sont apellez _Oints_. Ps. CVI. 15.]
[Note 61: _Presque tous ces Auteurs_ &c. Justin Liv. XXXVI. «Moyse ayant été fait le Chef de cette Nation que les Egyptiens avoient banni, déroba de nuit tout ce qu'ils avoient de plus sacré. Ceux-ci étant venus les armes à la main pour reprendre ce qu'on leur avoit emporté, furent contraints par de grans orages de s'en retourner. Moyse étant rentré dans son ancienne patrie s'empara du mont Sina.»]
[Note 62: _De Polémon_. «Sous le régne d'Apis fils de Phoronée; une partie de l'armée des Egyptiens sortit d'Égypte, & s'alla habituer dans cette partie de la Syrie qu'on apelle Palestine. Ce passage se fit dans la Chronique d'Eusébe. Polémon vivoit, à ce qu'on croit, dans le tems d'Antiochus Epiphanès ou l'Illustre.]
[Note 63: _Manéthon, Lysimaque & Chérémon_. Ce que ces Auteurs ont écrit là-dessus est rempli de fables, & il ne s'en faut pas étonner, puis que les Egyptiens ont toujours été ennemis jurez des Juifs. Ce que l'on peut recueillir de plus raisonnable de ce qu'il nous reste d'eux, c'est que les Hébreux, issus des Chaldéens, étant maîtres d'une partie de l'Égypte, y avoient fait le métier de Berger: mais que les Egyptiens les ayant traitez en esclaves & acablez de travail, ils sortirent de ce Païs acompagnez de quelques Egyptiens & sous la conduite de Moyse: qu'ayant passé les déserts de l'Arabie, ils étoient enfin arrivez dans la Palestine, & s'étoient fait une Religion toute diférente de celle des Egyptiens.]
Faisons; en passant, une réflexion sur tout cela. C'est qu'il ne tombera jamais dans l'esprit d'un homme sensé, que Moyse, étant environné[64] d'Egyptiens,[65] d'Iduméens,[66] d'Arabes, & [67] de Phéniciens, tous ennemis des Israëlites, eût jamais osé écrire sur la naissance du Monde & sur tout ce qui s'étoit passé jusques à son tems, des choses qu'on eût pu réfuter par d'autres livres plus anciens, ou qui eussent choqué la créance reçue & universelle; ni qu'il eût été assez hardi, pour avancer des Faits comme arrivez de son tems, si ces Faits eussent pû être démentis par des Nations entiéres.
[Note 64: _D'Egyptiens ennemis des Israëlites_. 1. parce que ceux-ci les avoient quitez malgré eux. 2. parce qu'ils avoient renoncé à leurs cérémonies sacrées.]
[Note 65: _D'Iduméens_. A cause de la haine que les deux Chefs de ces Nations s'étoient portée l'un à l'autre, & qui vivoit encore dans leurs descendans: de là vient que les Iduméens refusérent le passage aux Israëlites, Nomb. XX. 14.]
[Note 66: _D'arabes_. C'étoient ceux qui étoient issus d'Ismaël.]
[Note 67: _De Phéniciens_. Ce sont les Cananéens &c. avec qui les Hébreux ont eu une guerre éternelle.]
A ces Auteurs déjà allêguez, qui ont fait mention de Moyse, il faut joindre[68] Diodore de Sicile,[69] Strabon,[70] Pline,[71] Tacite, &[72] Longin[ac] dans son Traité du Sublime. On voit non seulement dans les Auteurs du Talmud, mais aussi dans Pline & dans Apulée[ad],[73] le nom de ces deux Magiciens qui résistérent à Moyse.[74] Plusieurs Auteurs ont parlé de la Loi, & en particulier, des Ordonnances cérémonielles, que ce Législateur a établies: & Pythagore même, au raport d'Hermippus, en a tiré beaucoup de choses lesquelles il a adoptées. Enfin[75] Strabon &[76] Justin rendent à la piété & à la justice des premiers Juifs, de magnifiques témoignages.
[Note 68: _Diodore de Sicile_. _Moyse a dit qu'il avoit reçu ses loix du Dieu que les Juifs apellent Jao._ Ce _Jao_ n'est autre que _Jéhova_. Philon Juif nous aprend que les Tyriens rendoient ce nom par celui de _Jevo._ Clement Alexandrin dit que d'autres Peuples l'exprimoient par celui de _Jaou_, & l'on voit dans Théodoret que les Samaritains l'écrivoient ainsi, _Jabai_. Cette diversité vient de ce que les Orientaux exprimoient les mêmes mots, les uns avec de certaines voyelles, les autres avec d'autres: & c'est de là que vient cette grande diversité que l'on voit dans les noms propres du vieux Testament. Philon a fort bien remarqué que ce mot de _Jehovah_, marquoit l'existence de Dieu. L'exhortation aux Grecs atribuée à Justin Martyr, nomme encore beaucoup d'autres Auteurs Payens qui ont parlé de Moyse.]
[Note 69: _Strabon_. Dans son liv. XVI. Il donne cet abrégé de la doctrine de Moyse, dans lequel le vrai est mêlé avec le faux. «Il enseignoit que les Egyptiens avoient tort de représenter la divinité par des Images d'animaux: que les Grecs & les Africains n'avoient pas plus de raison de lui atribuer une forme humaine: que Dieu n'est autre chose que ce que nous apellons le Ciel, le Monde & la Nature. Peut-on donc, disoit-il, le représenter par les Images des choses que nous voyons autour de nous? Ne vaut il pas mieux le servir sans le peindre, se contenter de lui bâtir un Temple, & dans ce Temple un Sanctuaire magnifique, & l'adorer là sans y faire intervenir aucune figure? Il ajoûte que c'est là le sentiment de tous les gens de bien: que Moyse institua des cérémonies qui n'engageoient pas à trop de dépenses & où rien ne ressentoit un emportement de fureur religieuse. Il parle ensuite de la circoncision, des viandes défendues, &c. & après avoir montré que naturellement l'homme aime la société, il dit que les loix divines sont les plus propres à établir cette société.]
[Note 70: _Pline_, liv. XXX. ch. I. _Il y a encore une autre Secte de Magiciens. C'est celle que Moyse a fondée_.]
[Note 71: _Tacite_. Hist. 1. V. Là Moyse est nommé l'un des bannis, c'est-à-dire, l'un des Israëlites qui furent chassez par les Egyptiens. Ce qui est oposé aux fables des Egyptiens qui le font passer pour un de leurs propres Sacrificateurs.]
[Note 72: _Longin_, dans son Traité du Sublime. «Moyse Homme d'un esprit peu commun a conçu & exprimé la puissance de Dieu d'une maniere fort sublime au commencement de son livre, où il s'exprime ainsi; _Dieu dit_, & que dit-il? _Que la lumiére soit, & elle fut; que la Terre soit, & elle fut_. Chalcidius apelle Moyse un Homme sage, & reconnoît qu'il passoit pour un Homme inspiré.]
[Note ac: Longin fut Maître du Philosophe Porphyre, ce grand ennemi des Chrétiens: Zenobie, Reine des Palmyriens, peuples de l'Arabie déserte, le mit pour son Conseiller. Ce fut lui qui s'opposa à ce que la Reine se rendît aux Romains: il lui en coûta la vie. L'Empereur Aurélien aiant défait l'armée de Zenobie, fit servir cette Reine à son triomphe, & fit tuer Longin. Cela arriva vers le milieu du troisième siécle de l'Eglise. TRAD. DE PAR.]
[Note ad: Apulée, Philosophe Platonicien, fleurissoit au milieu du 2. siécle. _Le même_.]
[Note 73: _Le nom de ces deux Magiciens_. Numénius dans Eusébe, «Jannés & Jambrés, Prêtres Egyptiens, passoient pour grands Magiciens dans le tems que les Juifs furent chassez d'Égypte. Ils furent choisis pour résister à Musée Homme très-puissant auprès de Dieu par ses prières, & furent seuls capables de détourner de dessus les Egyptiens les maux que Musée atiroit sur cette Nation.» Là, Moyse est apellé _Musée_, pour donner à ce nom un air de nom Grec.]
[Note 74: _Plusieurs Auteurs ont parlé de la Loi_. Strabon, Tacite, Théophraste, Hécatée. La défense de se joindre avec les étrangers se trouve dans Justin, & dans Tacite; celle de manger du porc se lit dans Tacite, Juvénal, & Plutarque. Ce dernier parle aussi des Lévites & de la fête des Tabernacles. Pythagore en a même tiré beaucoup de choses; par exemple, la défense de manger de la chair de bêtes mortes d'elles-mêmes; de représenter Dieu par des Images corporelles; de gâter les arbres fruitiers &c. Porphyre reconnoissoit aussi que Platon avoit emprunté beaucoup de choses des Juifs, comme le remarque Théodoret.]
[Note 75: _Strabon_ liv. XVI. _Les successeurs de Moyse gardérent pendant quelque tems ses loix & furent justes & pieux._ Un peu plus bas il dit, _que ceux qui crurent à Moyse étoient justes & craignans Dieu_.]
[Note 76: _Justin_ liv. XXXVI. Ch. 2. _Il est incroyable combien la piété & la justice de ces Rois & de ces Sacrificateurs firent fleurir cette nation._ Aristote parlant d'un Juif qu'il avoit connu, dit qu'il étoit très-sage & & très-savant. Jos. Rép. à App. liv. 1. Tacite dit que les Juifs adorent l'Être souverain, éternel, & immuable.]
C'est assez d'avoir trouvé dans les Auteurs étrangers des choses conformes avec ce que les livres de Moyse enseignent. Je ne m'arrêterai pas à chercher de pareilles conformitez, entre ces Auteurs, & ce que Josué & ses successeurs ont fait & laissé par écrit. Je crois avoir assez solidement établi ce que je prétendois, qui est, que l'autorité des livres de Moyse étant apuyée sur des fondemens si fermes que l'impudence même les doit respecter, les miracles que ces livres nous raportent ne peuvent plus être révoquez en doute. Pour les autres, que l'Histoire des siécles suivans contient, comme[77] ceux d'Elie, d'Elisée &c. ils doivent être d'autant moins suspects, que le Peuple Juif étant alors beaucoup plus connu, & l'opposition de sa Religion avec celle de ses voisins, le rendant l'objet de leur haine & de leur contradiction, ils n'eussent pas manqué de se récrier d'abord sur ses fourberies & sur ses impostures, si les miracles dont ce Peuple se vantoit, n'eussent pas été véritables[AH].
[Note 77: _Ceux d'Elie_ &c. Eusébe Préparation liv. XX. Ch. 3. dit qu'Eupoléme a fait un livre touchant les Prophéties d'Elie, & Ch. 19. il raporte un passage de cet Auteur sur celles de Jérémie.]
[Note AH: Il est aisé de tromper des gens qui n'ont aucun intérêt à se défendre de l'illusion, sur tout si l'on a la prudence de ne pas choquer grossiérement la déposition des sens & de l'expérience, & qu'on n'entreprenne pas de leur persuader qu'ils ont vu, ce qu'éfectivement ils n'ont su ni pu voir. ADD. DU TRAD.]
Je n'alleguerai que deux exemples des témoignages que les Payens ont rendu aux miracles de l'Écriture. L'histoire du séjour que Jonas fit dans le ventre d'un grand poisson.[78] se trouve dans Lycophron & dans Enéas de Gaza. Il est vrai qu'ils attribuent cela à Hercule. Mais Tacite & plusieurs autres ont remarqué, que c'étoit assez la coutume des Anciens de faire honneur à ce Héros, de tout ce qu'ils savoient de grand & de merveilleux. La force de la vérité a fait avouer à l'Empereur Julien, ennemi juré des Juifs aussi bien que des Chrétiens,[79] que ce Peuple avoit eu des Hommes divinement inspirez, & que les sacrifices de Moyse & d'Elie avoient été consumez par un feu descendu du ciel.
[Note marg.: Deut. XIII. 5.]
[Note 78: _Se trouve dans Lycophron_. Ce Poëte représente Hercule tout vif dans le ventre d'un poisson qu'il apelle le cruel chien de Triton, ayant la tête tout en sueur, & remuant le foye de ce poisson dans son vaste corps, comme dans une chaudiére, et sur un foyer sans feu. Sur quoi le Commentateur Tzetzès dit, _Il parle ainsi parce qu'il fut trois jours dans le ventre d'une Baleine, ou d'un grand poisson_. Æneas[AI] Gazæus, _Hercule fut sauvé d'un naufrage par le moyen d'un monstre marin qui l'engloutit_.]
[Note AI: Le texte du Traité portoit Hazoüs au lieu de Gazæus.]
[Note 79: _Que ce peuple avoit eu des Hommes divinement inspirez, et que les sacrifices_ &c. Ce double aveu de Julien se trouve dans S. Cyrille; le premier liv. III. le second, 1. X. «Vous ne voulez pas sacrifier, _dit Julien aux Chrétiens_. C'est, sans doute, parce que le feu ne descend plus du ciel pour consumer les victimes, comme du temps de Moyse: mais ne voyez-vous pas que cela n'est arrivé que deux fois, l'une sous Moyse, l'autre, du tems d'Elie le Thisbite? Ménandre dans l'Histoire des Phéniciens parloit de cette grande sécheresse qui arriva pendant qu'Elie fleurissoit, et la raportoit au tems d'Ithobal, Roi de Tyr.]
Je finirai toutes ces considérations par deux remarques; l'une, sur les Prophètes; l'autre, sur l'Oracle du Pectoral que portoit le souverain Pontife. Le soin que le Législateur des Juifs avoit pris d'empêcher, qu'il n'y eût des gens assez téméraires pour s'arroger faussement le titre et la charge de Prophéte, et les peines qu'il avoit décernées contre cet atentat, font bien voir qu'il y avoit quelque chose de réel, de grand, & d'extraordinaire, dans ceux que ce Peuple regardoit comme de véritables Prophètes. S'il eût été facile de passer pour tel, il seroit étrange qu'entre tant de Rois dont cette charge eût extrêmement rehaussé la dignité, & tant de personnes habiles à la science de qui elle eût donné un fort grand lustre, il n'y en eût eu aucun qui s'en fût mis en possession. C'est pourtant ce qu'aucun Roi après David, ce que les Savans d'entre ce Peuple sans excepter même[80] Esdras, ce que personne enfin depuis lui jusques à Jésus-Christ, n'a jamais osé entreprendre. [81] A l'égard de l'Oracle de l'Urim & du Thummim, qui se rendoit par une lumiére extraordinaire des pierres du Pectoral, le moyen de s'imaginer que l'on pût faire illusion à tout un grand Peuple, sur un Fait si public & si souvent réitéré? Si donc les Juifs ont constamment cru sur la déposition de ceux de leurs Ancêtres qui en ont du être les témoins, que cet Oracle avoit duré jusqu'à la ruine du premier Temple; cette persuasion ne peut être que très-légitime, puis qu'elle roule sur une déposition si certaine, & si peu sujette à l'erreur.
[Note 80: _Esdras_ &c. Les Historiens Juifs marquent son tems par ces paroles: _Ici finissent les Prophètes & commencent les sages_. Cette cessation de Prophètes paroît encore I. Macchab IX. 27. _Il y eut une grande afliction en Israël, telle qu'il n'y en avoit pas eu de semblable depuis qu'il n'y paroissoit plus de Prophètes parmi ce peuple.]
[Note 81: _A l'égard de l'Oracle_ &c. Les LXX. Interprétes ont traduit le mot d'URIM, _choses claires & évidentes_; & celui de THUMMIM, _vérité_. Les Egyptiens ont en cela copié les Juifs, mais en enfans. Diodore de Sicile liv. I _Leur souverain Juge avoit la Vérité pendue à son cou._ Et ailleurs. «Une petite image faite de pierres précieuses, & nommée _Vérité_, pendoit à son cou par une chaîne, & il commençoit les fonctions de sa charge après s'être ataché cette image au cou. Voici en passant ce que la Gemara de Babylone ch. 1. dit qu'il y avoit dans le premier Temple, & qui manquoit au second: _L'Arche, avec le Propitiatoire, & les Chérubins; le feu tombé du Ciel; la Schekina, ou, l'habitation de Dieu dans le Temple; le Saint Esprit; Urim & Thummim._]
[Note marg.: 4. _Preuve de la Providence, savoir, les prédictions._]
XVII. J'ai joint les prédictions aux miracles, comme des preuves qui ne sont pas moins concluantes en faveur d'une Providence. Les Écrits des Juifs en contiennent un très-grand nombre, dont la plûpart sont extrémement claires & formelles. Je n'en toucherai que quelques-unes.
[Note marg.: _Ch. III 32. 39. VII. 5. VIII. 3. 20. X. 20. XI. 1._]
Josué prédit en forme d'imprécation, que celui qui rétabliroit Jérico, se verroit privé d'enfans, Jos. VI. 26: l'accomplissement se trouve I Rois VI. 34. Un Prophéte déclare, plus de trois cens ans avant que la chose arrivât, qu'un Roi nommé Josias détruiroit le Temple de Béthel.[82] Esaïe dans le chap. XXXVII & XXXVIII. de ses Révélations, prophétize tout ce que Cyrus devoit faire de plus mémorable, & marque jusqu'à son nom. On voit dans Jérémie la prédiction de la prise de Jérusalem par les Chaldéens. Daniel décrit la Révolution qui devoit transporter aux Médes & aux Perses l'Empire des Assyriens; celle qui devoit assujettir cette féconde Monarchie[A] à Alexandre Roi de Macédoine; les principaux Successeurs de ce Prince, qui sont les Lagides[B] & les Séleucides; les maux que la Nation Juive auroit à soufrir de la part de ces Rois, & sur tout d'Antiochus [ae] l'Illustre: & il décrit tout cela avec tant de clarté,[83] que Porphyre, ayant conféré ces Oracles avec les histoires Greques qui étoient encore de son tems, n'a pu se tirer de ce pas qu'en disant, que ce qu'on atribuoit à Daniel n'étoit pas de lui, & n'avoit été écrit qu'aprés l'événement. Avec une pareille défaite on pourroit, si l'on en avoit besoin, nier que les Ouvrages qui portent le nom de Virgile, & qu'on a toûjours cru être de ce Poëte, soient véritablement de lui, & qu'ils ayent été écrits dans le siécle d'Auguste. Le contraire a toûjours passé pour constant parmi les Romains; les Juifs n'ont pas varié non plus dans la persuasion qu'ils avoient que les Oracles atribuez à Daniel sont éfectivement de lui: cette persuasion constante & universelle fait une preuve pour la premiére de ces deux choses: elle doit donc en faire une pour la seconde.
[Note 82: _Esaïe.... prophétise ce que Cyrus_, &c. Voyez l'accomplissement au ch. XXXIX. & LII. Eupoléme a fait mention de cette prophétie & de son accomplissement, Eus. liv. IX. ch. 39.]
[Note marg. A: _Dan. II. 32. 39. VII. 5. 6. 7. 8. 21. X. 20. XI. 34_]
[Note marg. B: _Dan. II. 33. 40. VII. 7. 19. 23. 24. X. 5--20._]
[Note marg. C: _Dan. VIII. 9-14 & 32-45._]
[Note ae: Des douze Antiochus Rois de Syrie, le plus célèbre & celui qui a le plus signalé ses exploits, est le quatrième surnommé _Epiphanès_ ou _l'illustre_. TRAD. DE PAR.]
[Note 83: _Que Porphyre_. &c. Voyez St. Jérôme sur Daniel.]
Les Juifs ne sont pas les seuls qui se vantent d'avoir des prédictions certaines. Les habitans du Mexique & du Pérou, en ont eu beaucoup, & de fort claires, qui marquoient l'arrivée des Espagnols dans leurs païs, & les malheurs dont ces nouveaux hôtes les devoient acabler.
[Note marg.: _Quelques confirmations de cette même vérité._]