Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Chapter 7

Chapter 73,846 wordsPublic domain

Les Egyptiens tenoient que la vie des premiers hommes avoit été d'une grande simplicité,[26] & que l'usage des vétemens leur étoit inconnu. L'âge d'or si vanté par les Poëtes, & que Strabon témoigne[27] avoir été connu des Indiens, n'est autre chose que cet heureux tems qui a précédé la chûte du premier homme.[p] Maimonides remarque que[28] l'histoire d'Adam, d'Eve, de l'Arbre, & du Serpent, faisoit de son tems un des articles de la Tradition des Indiens Idolâtres, des habitans du Pegu, & des Calaminsames. Ferdinand de Mendès, & quelques autres de ce siécle, raportent que le nom d'Adam n'est pas inconnu aux Brachmanes: & que les Siamois comptent aujourd'hui[29] six mille ans, depuis la création du Monde. La longue vie des Patriarches se trouve dans l'histoire que[q] Bérose[30] a faite de la Chaldée, dans celle d'Égypte par Manéthon[r], dans celle des Phéniciens composée par Hirom[s], & enfin dans l'Histoire Grecque d'Hestiæus, d'Hécatée, d'Hellanicus, & dans les Poësies d'Hesiode. Ce qui peut rendre cette vérité moins incroyable, c'est que des Auteurs de plusieurs païs, entre autres[t] Pausanias[31] Philostrate[u] & Pline raportent qu'en quelques sépulcres on a trouvé des corps[Y] d'une grandeur beaucoup au dessus de l'ordinaire.[32] Catulle, & avant lui plusieurs Auteurs Grecs, disent qu'avant que la corruption du genre humain fût montée à l'excès, Dieu[33] & les Intelligences par lesquelles il exécute ses ordres, n'ayant pas encore rompu tout commerce avec les hommes, communiquoient quelquefois avec eux par des aparitions. La vie brutale des Géans raportée par Moyse se lit aussi[34] dans presque tous les Auteurs Grecs, & dans quelques Auteurs Latins.

[Note 26: _Et que l'usage des vêtements_ &c. Diodore de Sic. raportant l'opinion des Egyptiens sur cela, dit[U] «que les premiers hommes menoient une vie fort incommode & fort dure, parce qu'on n'avoit encore inventé aucune des choses utiles à la vie: qu'ils n'avoient ni habits, ni maisons, ni feu & que leur manger étoit très-grossier. Dicéarque, Philosophe Péripatéticien, cité par Varron & par Porphyre, dit «que les premiers hommes étant bien plus près des Dieux que nous étoient d'un très-bon naturel», et vivoient dans l'innocence; & que de là est venu le nom d'âge d'or, qu'on a donné aux premiers siècles.]

[Note U: Ce témoignage joint à celui qui suit forme une description assez bizarre des premiers hommes, l'un les réprésente menant une vie fort misérable, & l'autre, fort sainte. Ainsi il pourroit sembler qu'ils ne sont pas au but de l'Auteur. Ils y sont pourtant, aujourd'hui; que le lait, le vin & le miel couloient de source de même que l'eau: mais que cette délicieuse abondance ayant rendu les hommes fiers & insolens, Dieu qui ne le put souffrir leur ôta tous ces biens, & établit un autre genre de vie, pénible & laborieux.»]

[Note 27: _Avoir été connu des Indiens._ Strabon, liv. xv. fait dire à Calanus l'Indien, «qu'autrefois la farine étoit aussi commune que la poussiére l'est autant le premier, pour ce qui est de la simplicité de la vie de nos premiers Péres, l'autre, pour l'innocence de leurs moeurs. Le 3. passage qui est directement contraire au 1. peut néanmoins avoir lieu ici, en ce qu'il représente assez bien cette vie toute simple, & toute naturelle de l'homme avant qu'il tombât dans la révolte.]

[Note p: Le Rabin Maimonides étoit très savant, quelques Juifs l'appellent la lumière d'Israel, à cause de sa science; il étoit né à Cordoue en Espagne l'an de J.C. 1135. & mourut âgé de plus de 70 ans. TRAD. DE PAR.]

[Note 28: _L'Histoire d'Adam, d'Eve, du Serpent, &c._ Chalcidius sur le Timée de Platon: _selon Moyse Dieu défendit aux premiers hommes de manger de certains fruits, qui leur pouvoient donner la Connoissance du bien & du mal_. Et ailleurs; «C'est à cela que se raporte ce que les Hébreux dirent; que Dieu avoit donné à l'Homme une ame raisonnable par une inspiration céleste, & aux bêtes, une ame destituée de raison, se contentant de commander à la Terre de les produire de son sein; que de ce nombre fut ce serpent, qui par ses suggestions engagea dans le crime ces prémices de tous les hommes.» Dans les plus anciennes céremonies des Grecs on crioit _Eva,_ & en même tems on montroit un serpent.]

[Note 29: _Six mille ans depuis la création._ Selon le raport de Simplicius, Callisthéne envoya à Aristote des Observations Astronomiques qu'il avoit recueillies à Babylone, & qui remontoient jusqu'à 1903 ans, ce qui est à-peu-près le tems qui pouvoit s'être écoulé depuis le Deluge jusqu'à Callisthéne.]

[Note q: Berose est le premier Écrivain de l'histoire des Chaldéens; il fleurissoit sous Ptolémée Philadelphe, Roi d'Égypte. Nous n'avons plus son Histoire, car celle d'Annius de Viterbe est supposée. Joseph, _dans ses l. contre Appion_, nous a conservé des Fragmens considérables du véritable Berose. TRAD. DE PAR.]

[Note 30: _Bérose, Manéthon, Hirom, Hestiæus, Hécatée, Hellanicus_. Joséphe Antiq. Jud. liv. I. ch. 4. cite tous ces Auteurs dont on avoit encore de son tems les livres. Servins sur Virgile, dit que les Arcadiens vivoient jusqu'à 300 ans.]

[Note r: Manéthon, Grand Prêtre d'Égypte, Secrétaire ou Bibliothécaire des Archives sacrées de l'Égypte, sous Ptolem. Philad. Joseph _contre Appion_, Eusebe _dans sa Chron._ Jules Africain, ont conservé plusieurs Fragments de l'Hist. d'Égypte de Manethon. TRAD. DE PAR.]

[Note s: Il étoit Égyptien & Gouverneur de Syrie sous Antigonus ou sous Antiochus. _Le même Pline_.]

[Note t: Pausanias étoit de Cesarée en Cappadoce, il vivoit sous l'Empereur Antonin le Philosophe, & fleurissoit vers l'an de J.C. 139. Sa description de la Grèce est un bon ouvrage. TRAD. DE PAR.]

[Note 31: _Pausanias...... des corps d'une grandeur au dessus de l'ordinaire._ Dans ses Laconiques il dit _qu'on montroit dans le Temple d'Esculape, auprès de la ville d'Asopus, des os d'homme d'une grandeur extraordinaire_. Et dans le I. liv. de ses Eliaques, _qu'on avoit tiré de la mer un os qui avoit été ensuite gardé à[V] Pise, & que l'on croyoit être de Pélops_. _Philostrate_ Au commencement de ses Héroïques il dit _que dans[W] la Palléne, les inondations & les tremblemens de terre découvroient beaucoup de corps de taille démesurée_. Dans le liv. VII. ch. 16., «Dans l'Île de Créte un tremblement de terre ayant rompu une montagne, on y trouva un corps qui étoit sur ses piez, & que les uns disoient être celui d'Orion, & que les autres, d'Eétion. L'Histoire nous aprend que le corps d'Oreste ayant été déterré par le commandement de l'Oracle, on trouva qu'il étoit grand de sept coudées. Il y a plus de mille ans qu'Homére s'est plains que les hommes de son tems n'étoient plus si grans que leurs Ancêtres.» Solin dit «que pendant la guerre de Crete, après une inondation extraordinairement grande, les eaux s'étant retirées, on avoit trouvé sur la terre un corps de 33. coudées, qui fut vu de Mérellus & de son Lieutenant Flaccus. Joséphe, Antiq. Jud. liv. V, ch. 2. «On voyoit encore alors des Géans, dont la grandeur énorme & la figure extraordinaire ofroit un spectacle capable d'éfrayer, & étonnoit ceux mêmes qui ne les connoissoient que par le récit des autres. Aujourd'hui même on montre encore de leurs os qui surpassent toute créance.» Gabinius dans la description de la Mauritanie disoit _que Sertorius avoit trouvé les os d'Anteus, qui étant rejoints faisoient un corps de 69 coudées_. Phlégon, Histoire des choses merveilleuses ch. 9. parle d'une tête qu'on déterra à Ida, & qui étoit trois fois plus grosse qu'une tête ordinaire. Il raporte aussi qu'on avoit trouvé en Dalmatie beaucoup de corps qui d'une main à l'autre avoient plus de seize aunes; & dans [X]le Bosphore Cimmérien, un squeléte de 24 coudées de hauteur.]

[Note V: Ville du Péloponnèse.]

[Note W: Presqu'ile de Macédoine.]

[Note X: Aujourd'hui détroit de Caffa ou de Kerel, dans la petite Tartarie.]

[Note u: Philostrate étoit un Courtisan de l'Empereur Sévère, & de l'Impératrice Julie son épouse. Ce fut à la prière de cette Princesse & pour lui plaire, qu'il composa la fabuleuse histoire d'Apollonius de Tyane. Il fleurissoit vers l'an 204. de J. C. TRAD. DE PAR.]

[Note Y: Je ne vois pas quel raport la taille démesurée des Géans peut avoir avec la longue vie des premiers hommes. TRAD.]

[Note 32: _Catulle...... qu'avant que la corruption_. C'est dans l'Epithalame de Pélée & de Thétis. «Mais après que la Terre eut été fouillée par les crimes des hommes, & que leur coeur transporté par la passion eut renoncé à la justice, les frères trempérent leurs mains dans le sang de leurs fréres...... & une fureur criminelle ayant rompu les bornes qui séparoient la justice d'avec l'injustice, obligea les Dieux à se retirer d'avec les hommes, & à les abandonner à eux mêmes.»]

[Note 33: _Et les Intelligences par qui_ &c. Voyez Plutarque dans son Traité d'Isis, & Maxime de Tyr, Dissertat. I. & XVI. Le nom d'Anges se trouve en ce sens non seulement dans la Bible des LXX; mais aussi dans Labéon, Aristide, Porphyre, Jamblique & Chalcidius, Auteurs Payens, & dans Hostanes, qui est plus ancien que tous ceux-là. Héraclite, selon le témoignage de Chalcidius, assure _que les puissances divines donnent des avis & des instructions aux hommes qui en sont dignes._]

[Note 34: _Dans presque tous les Auteurs Grecs_ &c. Homére Iliad. X. Hésiode, Platon, Ovide, Métamorph. 1. X. Lucain, liv. IV. Sénèque, 30. Quest. Natur.]

Pour ce qui est du Déluge, il est remarquable que de toutes les Histoires, sans en excepter celles des Peuples du nouveau Monde, aucune ne remonte plus haut.[35] C'est ce qui a obligé Varron[v] de nommer le temps qui l'a précédé, _un tems inconnu_. La licence des Poëtes a fort obscurci la mémoire de ce grand évenement. Mais les Écrivains de la premiére Antiquité, comme[36] Joséphe Rép. à Appion Bérose Chaldéen, &[37] Abydène d'Assyrie, l'ont rapporté d'une maniére très-conforme à ce qu'en dit Moyse; jusques-là qu'Abydène,[38] & Plutarque même parlent du pigeon qui fut lâché hors de l'Arche.[39] Lucien dit que dans une ville de Syrie, nommée Hiérapolis, on conservoit une vieille tradition, qui portoit, qu'autrefois un Déluge universel ayant couvert la Terre, un petit nombre de personnes illustres par leur piété, & quelques animaux de toute espéce, avoient été conservez par le moyen d'une grande Arche. La même histoire se lit aussi[40] dans Molon,[41] dans Nicolas de Damas, & dans Apollodore[w]; & ces deux derniers font particuliérement mention de l'Arche. Plusieurs Auteurs Espagnols[AD] assurent que dans quelques endroits de l'Amérique, comme dans les païs de Cuba, de Méchoachan, & de Nicaragua, la mémoire du Déluge, & des animaux conservez, & celle du corbeau & de la colombe, subsiste encore aujourd'hui; & que les habitans de la Castille d'Or font aussi l'histoire d'un grand Déluge. Il semble même que les Payens n'ayent pas ignoré en quels endroits de la terre les hommes demeuroient avant ce tems là; puis que Pline dit que la Ville de Joppe a été bâtie avant le Déluge.[AE] On a montré de tout tems, & on montre encore à present[42] sur les montagnes Gordiées en Arménie, l'endroit où s'arrêta l'Arche.

[Note 35: _C'est ce qui a obligé Varron_ &c. Censorin; Varron divisoit le tems en trois grans espaces, savoir, le tems _Inconnu_, le tems _Fabuleux_, & le tems _Historique_. Le premier, depuis le commencement du Monde jusqu'au [Z] premier Déluge: le second, depuis le premier Déluge jusqu'à la premiere Olympiade: le troisieme, depuis la premiere Olympiade, jusqu'à nous. Les Rabbins appellent le premier de ces trois périodes, _le tems vuide_.]

[Note Z: Les anciennes histoires ont parlé de deux Déluges. Celui qui arriva dans l'Attique du tems d'Ogygès, environ 532 ans après le Deluge de Noé. L'autre qui arriva dans la Thessalie sous le Regne de Deucalion 248 ans après celui d'Ogygès & du tems de Moyse.]

[Note v: Varron, le plus savant des Romains, étoit Poëte & Philosophe: il avoit composé 24. livres de la langue Latine qu'il dédia à Cicéron. Il mourut 26. ans avant J. C. TRAD. DE PAR.]

[Note 36: _Bérose Chaldéen_. 1. I. [AA] «Berose raporte conformément aux plus anciennes histoires & à ce que Moyse en a dit, la destruction du genre humain par le Déluge, à la réserve de Noé Auteur de nôtre race, qui par le moyen de l'Arche se sauva sur le sommet des montagnes d'Arménie.» Antiq. Jud. liv. I. ch. 3. il raporte ces paroles de Bérose; «On dit que l'on voit encore des restes de l'Arche sur la montagne des Cordiées en Arménie, que quelques uns raportent de ce lieu des morceaux du bitume dont elle étoit enduite, & s'en servent comme d'un préservatif.»]

[Note AA: Je suis dans ce passage & dans tous ceux qui seront citez de Joséphe, la Traduction de M. Arnaud d'Andilly, excepté 2 ou 3 endroits où il me semble qu'il s'est trompé: je les marquerai.]

[Note 37: _Abydène d'Assyrie_. Voici le passage, cité par Eusebe, Prépar. liv. IX. & par Cyrille contre Julien, liv. II. «Entre ceux qui leur succédérent fut Sisithrus. Saturne lui ayant prédit que le I du mois de Désius, il y auroit une pluye extrémement grande & forte, & donné ordre de cacher à Héliopolis[AB] ville de Sippares, tout ce qu'il pourroit ramasser d'écrits, il obéit à ce commandement, s'embarqua pour l'Arménie, & incontinent après il vit l'éfet de cette prédiction. Le troisième jour la tempête ayant cessé, il lâcha des oiseaux; pour voir s'ils pourroient découvrir quelque endroit de la Terre qui ne fût pas couvert d'eau. Mais ces oiseaux ne trouvant par tout qu'une vaste mer, & ne voyant pas où se reposer, retournérent à Sisithrus. Il en laissa encore sortir d'autres, mais avec aussi peu de succès, si ce n'est qu'ils revinrent les ailes pleines de boue. A peine en eut-il lâché d'autres pour la troisième fois, que les Dieux le retirérent du Monde. Le vaisseau aborda en Arménie; & les habitans du païs se servirent du bois dont il étoit bâti comme d'un préservatif». Alexandre Plyhistor cité par Cyrille dit «qu'après la mort d'Otyarre, son fils Xisuthrus lui succéda & regna 18 ans; que de son tems il y eut un grand déluge, dont ce Roi s'étoit sauvé en obéissant à l'ordre que Saturne lui donna de faire une Arche, & d'y entrer avec des animaux de toute espéce.» Il faut remarquer ici que le nom de _Sisithrus_, aussi bien que celui _d'Ogygès_ & de _Deucalion_, signifie en d'autres langues ce que le mot de Noé signifie en Hebreu, c'est à dire; _repos_. Eusébe nous aprend qu'Alexandre Poyhistor, qui écrivoit en Grec, appelle Isaac, γέλως, _gelôs_ c'est à dire _ris_, ce qui est le sens du mot _Isaac_. Les Histoires sont pleines d'exemples de ces sortes de changemens. A l'égard du mon de _Saturne_, il est donné à Dieu dans ces passages, ou parce que les Assyriens nommoient le Dieu souverain, du nom de la plus haute des 7. Planétes, our parce que le mot Syriaque איל _El_, signifiant & Dieu & Saturne, les Grecs n'ont pris que la dernière de ces deux significations. Jusques-là tout se raporte assez bien à l'Histoire sainte. Mais il faut de plus savoir, que dans la Tradition des Egyptiens, ce Déluge de Deucalion a été universel. Diodore liv. I. & que Pline liv. III. ch. 14. dit que l'Italie même n'en avoit pas été exemte.]

[Note AB: Dans Prolomée Sippare est une ville de Mesopotamie. Selon le texte d'Abydène, ce doit être un Peuple.]

[Note 38: _Et Plutarque même_ &c. Voici ses paroles. _On dit que Deucalion lâcha hors de l'Arche un pigeon, qui, tant qu'il revint lui fit connoître par là que la tempête duroit encore, & lors qu'il ne revint plus, lui fit juger qu'elle étoit passée._]

[Note 39: _Lucien dit que dans une ville_ &c. C'est dans la Déesse de Syrie.[AC] «La plus commune opinion, _dit-il_, est que Deucalion est le fondateur du Temple de cette ville. Car les Grecs disent que les premiers Hommes étant cruels et insolens, sans foi, sans hospitalité, sans humanité, périrent tous par le Déluge; la Terre ayant poussé hors de son sein quantité d'eaux qui grossirent les fleuves, & firent déborder la mer à l'aide des pluyes, de sorte que tout fut inondé. Il ne demeura que Deucalion, qui s'étoit sauvé dans une Arche avec sa famille, & une couple de bêtes de chaque espéce qui le suivirent volontairement, tant sauvages que domestiques, sans s'entremanger, ni lui faire mal. Il vogua ainsi jusqu'à ce que les eaux fussent retirées. Il fut le pére d'une seconde race d'hommes, qui remplit la place de celle que le Déluge avoit détruite &c.»]

[Note AC: Je donne ce passage selon la Traduction de Mr. d'Ablancourt; elle est fort libre, & fort belle.]

[Note marg. A: _Joseph d'Acosta & Ant. Herrera._]

[Note 40: _Dans Molon_. Le passage est dans Eusébe Préparat. liv. IX. ch. 19. «Immédiatement après le Deluge, cet Homme qui s'étoit sauvé en Arménie avec sa famille, en fut chassé par les habitans du lieu. De là il vint en cette partie de la Syrie qui est fort montagneuse, & qui alors n'étoit pas habitée.»]

[Note 41: _Dans Nicolas de Damas_. Voici ses paroles, qui se trouvent dans Joséphe liv. XCVI. «Il y a en Arménie, dans la province de Myniade une haute montagne nommée Baris, où l'on dit que plusieurs se sauvérent durant le Déluge. On dit aussi qu'une Arche, dont les restes se sont conservez pendant plusieurs années, & dans laquelle un Homme s'étoit enfermé, s'arrêta sur le sommet de cette montagne. Il y a de l'aparence que cet Homme est celui dont parle Moyse Législateur des Juifs». Jérôme d'Égypte, & Mnaséas, citez par Joséphe, ont aussi parlé du Déluge & de l'Arche.]

[Note w: Apollodore étoit Grammairien d'Athenes, il vivoit sous le regne de Ptolomée Evergetes. Nous avons l'abrégé de sa Bibliothèque, ou histoire fabuleuse des Grecs, en 3. liv. TRAD. DE PAR.]

[Note AD: _On a montré_ &c. C'est ce que témoignent Théophile d'Antioche liv. III. St. Épiphane contre les Nazaréens, St. Chrysostome dans son Sermon sur la charité parfaite, Isidore liv. XIV. des origines ch. 8. le Géographe de Nubie, & l'Itinéraire de Benjamin.]

[Note 42: _Sur les montagnes Gordiées_. Les Interprétes Chaldaïques ont rendu l'_Ararath_ de Moyse par _Cardu_; Joséphe par _Cordiées_; Q. Curce les appelle _Cordées_; Strabon, Pline, & Ptolomée, _Gordiées_.]

Pour achever de parcourir l'histoire de Moyse, [43]Japétus, pére des Européens, Jon, ou comme on l'écrivoit autrefois, Javon, le pére des Grecs, & [44]Hammon qui peupla le premier l'Afrique, sont visiblement le Japhet, le Javan, & le Cham de la Genése.[AF] Joséphe[45] & beaucoup d'autres ont découvert dans les noms de quantité de Peuples & de Païs, des traces de ceux qui se trouvent dans ce même livre.[46] L'entreprise téméraire des Géans & leurs guerres contre les Dieux, si fameuses chez les Poëtes, n'est qu'un déguisement de l'histoire de la tour de Babel[x]. [47]Diodore de Sicile,[48] Strabon,[49] Tacite[y], Pline[z] & Solin, font mention de l'embrasement de Sodome.[50] Hérodote[aa], [51]Diodore, [52]Strabon, Philon[ab], & avec eux,[53] des Nations entiéres issues d'Abraham, les Hébreux,[54] les Iduméens,[55] & les Ismaëlites, confirment ce que Moyse nous aprend de la circoncision. L'histoire qu'il fait d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, & de Joseph, se trouvoit autrefois, non seulement dans ce que Philon avoit traduit de Sanchoniaton, mais aussi dans les ouvrages[56] de Bérose,[57] d'Hécatée,[58] de Nicolas de Damas, d'Artapan, d'Eupoléme, de Démétrius, & dans[59] les Vers Orphiques. On en voit encore aujourd'hui une partie,[60] dans l'abrégé que Justin a fait des livres de Trogue Pompée.[61] Presque tous ces Auteurs ont aussi parlé de Moyse & de ses actions. Les Vers Orphiques disent expressément qu'il fut tiré des eaux, & qu'il reçut de Dieu deux tables. On voit dans Eusébe un Fragment[62] de Polémon, qui raporte en peu de mots la sortie des Israëlites hors de l'Égypte; & ce même événement se trouve dans[63] Manéthon, dans Lysimaque, & dans Chérémon, Auteurs Egyptiens citez par Joséphe.

[Note 43: _Japétus est le Japhet_ &c. La lettre פ se prononçoit tantôt comme un π, _p_, tantôt comme un _ φ, _ph_.]

[Note 44: _Hammon qui peupla le premier l'Afrique est le cham_ &c. _On_ est une terminaison que les Grecs ont ajoûté au mot de _Cham_. Ils rendent aussi la lettre ת _ch._ par un simple _h_; quelquefois même ils l'omettent. St. Jérôme dit que les Egyptiens appeloient encore de son tems l'Égypte _Cham_.]

[Note AF: Bochart l'a fait d'une maniére à laquelle on ne peut rien ajoûter; mais son livre n'avoit pas encore paru lors que Grotius fit celui-ci. TRAD.]

[Note 45: _Joséphe a découvert dans les noms_ &c. Selon lui, de _Gomer_ est la Galatie, où Pline met une ville nommée _Comara_. De Magog, sont les Scythes, qui ont bâti dans la Sytie la ville de Scythopolis, & de plus une autre ville que Pline liv. V ch. 25. appelle _Magog_, d'autres _Hiérapolis_ & _Bambyce_. Il est visible que de _Medai_ sont venus _les Médes_, de _Javan_ les anciens Grecs, qui s'appelloient _Ioniens_ ou _Iaoniens_ comme on le lit dans les anciens Auteurs. De _Chabal_ sont venus les _Ibériens_ peuples d'Asie dans le voisinage desquels Ptolomée met la ville de _Thabilaca_. De _Mésec_, vint la ville de _Mazaca_, dont parlent Strabon liv. XII. & Pline liv. VI. ch. 3. Et de plus les _Mosches_. De _Thiras_ vient le nom & le peuple de _Thrace_. L'Auteur ajoute à cela plus de 50 noms, sur lesquels il fait les mêmes remarques. Ceux qui sont curieux de ces recherches ont déjà lu cet article. C'est pourquoi je ne le traduirai pas, d'autant plus qu'il est chargé d'une critique qui a meilleure grâce en Latin qu'en François.]

[Note 46: _L'entreprise téméraire des Géans_ &c. Homére Iliad. 1. XI. Virgile Géorg. 1. I. Lucain, Pharsale l. VII. Ovide Métamorph. liv. I. ont dit que les Géans ont tâché de se rendre maîtres du Ciel. Cette fable est fondée sur la vérité. Le raport de cet atentat des Géans contre le Ciel est fondé sur le langage courant de toutes les Nations, selon lequel, tout ce qui est d'une hauteur extraordinaire, telle que celle de cette tour, est dit aller, s'élever jusqu'au Ciel. Joséphe cite ce passage d'une certaine Sibylle. «Tous les Hommes n'ayant alors qu'une même langue ils batirent une tour si haute, qu'il sembloit qu'elle dût s'élever jusques dans le Ciel. Mais les Dieux excitérent contre elle une si violente tempête qu'elle en fut renversée, & firent que ceux qui la bâtissoient parlérent en un moment diverses langues; ce qui fut cause qu'on donna le nom de Babylone à la ville, qui a été depuis bâtie en ce même lieu.» Eusébe Prépar. liv. IX. ch. 4. cite un passage d'Abydène qui porte la même chose. Bérose nous aprend aussi que les Grecs se sont trompez, lors qu'ils ont dit que c'étoit Sémiramis qui avoit bâti Babylone.]

[Note x: Diodore de Sicile, Historien Grec, vivoit sous Jules Cesar & Auguste 60 ans avant J.C. TRAD. DE PAR.]

[Note 47: _Diodore de Sicile_, &c. Liv. XIX. après avoir décrit le Lac Asphaltite, ou la mer morte; «parce que les lieux d'alentour, _dit-il_, sont pleins d'un feu caché, & jettent une odeur fort mauvaise, ceux qui habitent près de là sont fort sujets à des maladies & ne vivent pas long tems.»]

[Note 48: _Strabon_ liv. XVI, après avoir parlé de ce même Lac, ajoûte «Pour prouver qu'il y a dans ces endroits des feux qui minent la terre, ils montrent auprès de Moasas des pierres âpres, raboteuses, & brûlées. Ils font remarquer que la terre est en plusieurs lieux coupée de cavernes, & toute cendreuse; que les pierres y distillent la poix; qu'il y a quelques riviéres qui bouillent, & qui rendent une odeur puante. Cela prouve assez bien la vérité d'une certaine tradition que ces Peuples ont. Ils disent qu'autrefois il y avoit dans cette contrée treize villes; que Sodome dont on voit encore aujourd'hui l'enceinte, grande de soixante stades, en étoit la Capitale. Mais que le feu & les eaux bitumineuses qui sortirent de terre par un grand tremblement, firent paroître ce Lac que nous nommons Asphaltite, embrasèrent les pierres, engloutirent une partie de ces treize villes, & rendirent les autres désertes en contraignant les habitans de fuir.»]