Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne
Chapter 6
XVI. Outre cela, on trouve dans les Écrits de plusieurs Auteurs Païens, beaucoup de choses conformes à celles que Moyse nous aprend, & qui ne pouvant être regardées que comme les restes d'une Tradition très-ancienne & très-universelle, sont fort propres à confirmer ce que cet Auteur a écrit. Ce qu'il nous dit de l'origine du Monde se trouve en substance, quoi qu'un peu déguisé,[9] dans les plus vieilles histoires des Phéniciens, que[P] Sanchionation avoit compilées, & que[g] Philon de Biblos a traduites.[10] On en voyoit aussi quelques traces parmi les Indiens, au raport de Mégasthénes & de Strabon;[11] & parmi les Égyptiens, selon le témoignage de Laërce & de Diodore de Sicile. Entre les Grecs,[h] Linus,[12] Hésiode[i], & beaucoup d'autres, ont parlé du Chaos, que quelques-uns ont réprésenté comme un grand oeuf[R]. Ils n'ont pas ignoré non plus, [Note marg. A: C'est une province d'Égypte.] ni la création des animaux, ni celle de l'Homme; ils ont su qu'il a été formé à l'image de Dieu, & qu'il reçut de son Créateur l'empire sur les animaux.[13] Ovide, qui avoit pris tout cela des Grecs, l'énonce dans ses Métamorphoses d'une maniére fort aprochante des expressions de Moyse.[14] Épicharme[j] & les Platoniciens ont dit, que toutes choses avoient été faites par la parole de Dieu. C'est ce qu'on voit aussi dans l'ancien Auteur des[15] Vers ausquels on a donné le nom d'Orphiques [Note marg.: δόχημα. και όχημα.] non qu'ils fussent d'Orphée, mais parce qu'ils en contenoient les leçons & la doctrine. La lumiére du Soleil,[16] selon Empédocle[k], ne vient pas originairement de lui: il n'en est que le dépositaire, ou, comme a parlé un des Docteurs de l'ancienne Eglise, le _réceptacle_ & le _véhicule_.[l] Aratus & Catulle[m] ont placé au-dessus des Astres le séjour de la Divinité,[n] Homére y a conçu une lumiére éternelle. Thalés[o], instruit dans la discipline des Phéniciens, de qui il étoit descendu, a enseigné que Dieu est le plus ancien de tous les Êtres comme n'ayant été produit par aucun autre, que le Monde n'est si Beau que parce qu'il est l'ouvrage de Dieu, & que les ténèbres ont précédé la lumiére. Ce dernier point, qui se trouve aussi[17] dans les vers Orphiques, & dans Hésiode, nous aprend pourquoi[18] plusieurs Nations, qui retenoient inviolablement les vieilles coutumes, mesuroient plutôt le tems par les nuits que par les jours. Anaxagore a reconnu que toutes les parties du Monde ont été arrangées par une Intelligence suprême.[19] Aratus dit que les Etoiles ont été créées de Dieu.[20] Virgile marchant sur les traces des Philosophes Grecs, parle d'un Esprit universel répandu dans tout l'Univers, & qui est le Principe de la vie & du mouvement[21]. Hésiode, Homére,[22] & Callimaque, ont assuré que l'Homme avoit été formé de boue.[23] Maxime de Tyr avance que toutes les Nations s'accordent à reconnoître un seul Dieu auteur & maître du Monde. On peut dire aussi qu'elles ne se sont pas moins rencontrées, à reconnoître dans un septième jour quelque chose de plus que dans les autres: ce qui est un monument très-sensible de la création du Monde en six jours. Pour les Hébreux, cela est clair. A l'égard des Grecs, & des Latins,[24] nous l'aprenons de Joseph, de Philon, de Tibulle, de Clément Alexandrin, & de Lucien. Selon le raport de Philostrate de[25] Dion Cassius, & de Justin Martyr, les Indiens & les Celtes, anciens Peuples de l'Allemagne, de la Bretagne & de la Gaule, ont divisé le tems en semaines: ce qui prouve qu'ils conservoient la mémoire du repos qui suivit la Création. Et cela paroît aussi par les noms que ces peuples donnoient aux jours de la semaine.
[Note 9: _Dans les plus vieilles histoires des Phéniciens que Sanchoniaton avoit compilées & que Philon de Biblos a traduites_. Voici un fragment de cet ancien Auteur qu'Eusebe a garanti de l'oubli en le citant dans sa Préparation Évangélique liv. 1. ch. 10. «La Théologie des Phéniciens établit pour premier principe du Monde _un air ténébreux & spiritueux ou un soufle, un vent d'un air ténébreux & un Chaos_ envelopé d'obscurité: Que ces deux principes occupoient un espace infini, & que pendant un fort long tems, il ne furent séparez par aucune borne: mais qu'enfin _l'Esprit_ étant devenu amoureux de ces principes qui lui apartenoient, il s'étoit mêlé avec eux: Que cette conjonction avoit été apellée _desir_ ou _amour_: Que ce fut de là que naquirent toutes choses: Que pour l'Esprit il étoit sans commencement, & n'avoit été produit par aucune cause: Que la premiére chose qui provint de son union avec ces principes, fut _Mot_, par où quelques-uns entendent du limon, d'autres une putréfaction qui naît d'un mélange d'eau avec quelque autre substance: Que ce _Mot_ avoit été la semence de toutes les Créatures, & la matiére dont elles ont été formées...... Que les Astres étoient dans ce limon comme dans un oeuf, & que ce limon qui renfermoit le Soleil, la Lune, les Étoiles, & [O]les grans Astres, fut ensuite illuminé. Tout le Monde voit le raport qu'a cette doctrine avec celle de Moyse. Dans l'une & dans l'autre on voit, I. une matiére informe & ténébreuse que Moyse appelle תהזם _Tehom_, _abîme_ תחו & בהן _Tohou_ & _Bohou_, _terre sans forme & vuide; eaux_ & que Sanchoniaton nomme _Chaos_, avant qu'elle ait reçu du mouvement, & _Mot_, après qu'elle en eut reçu. On y voit, II. _l'Esprit_, auteur du mouvement, & qui tire de cette matiére tous les Êtres qui devoient composer l'Univers. III. On y voit même son action représentée par une même image, qui est celle d'une colombe qui couve un oeuf: car c'est là la force du mot מרהפת _Merachépheth_, que nous avons traduit, _se mouvoir_, comme l'a remarqué le Rabbin Salomon Jarchi. Or Sanchoniaton dit que les Astres étoient dans le limon comme dans un oeuf. C'est à cela que se raportent les passages suivans. Macrobe Saturnal. liv. 7. ch. 16. dit qu'un oeuf est un bel emblême du Monde. Les Vers Orphiques enseignent que le principe de la génération de toutes choses a été _un oeuf_, & dans Arnobe les Dieux Syriens, qui ne sont autre chose que les Astres, sont dits _être nez d'oeufs_. IV. Enfin on voit dans l'Auteur Phénicien aussi bien que dans Moyse, que la lumiére a précédé le Soleil. Dans la suite de ce fragment, il est parlé de βάαν _Bâan_ & de κολπία _Kolpia_. Le premier est le בהן, _Bohou_ que nous avons traduit, _vuide_; le second, par lequel Sanchoniaton entend le vent, est visiblement כדפיח _Kol pi jah_, _la voix de la bouche de Dieu_. Zenon qui étoit de Cittium, ville de Cypre & Colonie des Phéniciens, disoit, au raport du Scholiaste d'Apollonius, «que ce Chaos dont a parlé Hésiode, étoit de l'eau; & que cette eau venant à s'abaisser, il s'étoit produit une espéce de limon lequel s'épaississant devint ce que nous apellons la terre». Numénius, allégué par Porphyre, cite expressément Moyse, dans ces paroles, _le Prophète a dit que l'Esprit de Dieu_ ένεφέρετο, _étoit porté sur les eaux_. La séparation de la terre & des eaux se trouve aussi dans Phérécydes, qui l'avoit apris des Syriens, & dans Anaximander, qui dit que la Mer est _un reste de l'humidité originelle de l'Univers_. Linus & Anaxagore ont enseigné _qu'au commencement tout étoit mêlé et confus, mais que l'Esprit a tout arrangé_. Ce qu'ils tiroient des Phéniciens, qui dès la premiére Antiquité ont eu commerce avec les Grecs. Linus même étoit Phénicien d'origine. Orphée, qui a puisé des mêmes sources, dit dans un passage cité par Athénagore, que _le limon a été fait d'eau_. Outre cela, il a parlé du Chaos comme _d'un grand oeuf, qui venant à se crever, s'est partagé en deux parties qui sont le ciel & la terre_. On trouve aussi dans un passage de cet ancien Auteur, cité par Timothée le Chronologue, _& les premiéres ténèbres, & la premiére illumination de l'Univers_.]
[Note O: Après avoir nommé le Soleil, la Lune & les Étoiles qu'entend-il par les grans Astres? Peut-être les Étoiles de la premiére grandeur.]
[Note P: Sanchoniaton de Betyte est le plus ancien & le plus fameux des Historiens Phéniciens. Suidas assure qu'il a vécu quelque tems après la guerre de Troye: & s'il est vrai que son ouvrage ait été adressé à Abibal Roi de Phénicie, pére d'Hiram, allié de Salomon, il faut qu'il ait vécu du tems de David. M. de Saint Jore (Richard Simon) _Bibliot. Crit. t. I._ dit qu'il paroît que l'histoire attribuée à Sanchoniaton a été supposée, vers le tems de Porphyre, en faveur du Paganisme. Voyez ce qu'il dit _p. 131. & suiv._ TRAD. DE PAR.]
[Note g: Philon _de Biblos_, qui avoit traduit son ouvrage de Phénicien en Hébreu, étoit un Grammairien qui vivoit, dit-on, sous l'Empereur Adrien; nous n'avons plus l'original ni la traduction. Voyez-en des fragmens dans Euseb. _Prep. Ev. Le même._]
[Note 10: _On en voyoit quelques traces parmi les Indiens, au raport de Mégasthénes._ Voici le passage, tiré du liv. 15. de Strabon. «Les indiens ont en beaucoup de choses les mêmes opinions que les Grecs. Ils croyent, par ex. que le Monde a eu un commencement, & qu'il doit finir un jour: que Dieu qui en est l'auteur, & qui le gouverne, se trouve dans toutes ses parties: que toutes choses ont chacune en particulier des principes diférens; mais que le principe général dont tout le Monde a été formé, c'est l'eau.» On voit aussi dans Clément Alexandrin, liv. I. des Stromates un passage de Mégasthénes, qui témoigne que les Brachmanes, Philosophes Indiens, ont cru ce que les plus anciennes traditions enseignent touchant la Nature.]
[Note 11: _ Et parmi les Égyptiens._ Laërce dans sa préface; «Ils tiennent (_ce sont les Égyptiens_) que le Monde dans sa naissance a été[Q] une masse confuse: que les Élémens ont été tirez de cette masse par voye de séparation: que les animaux en ont été formez.. que le Monde périra, de même qu'il a commencé d'être.»]
[Note Q: Voici comme Diodore de Sicile explique leur opinion. «Ils disent que lors que l'Univers commença d'exister, le Ciel & la Terre n'avoient qu'une même face, & étoient mêlez l'un avec l'autre: Qu'ensuite l'air ayant reçu un mouvement perpétuel, ce qu'il y avoit de parties de feu s'élévérent au-dessus des autres, pour composer les Astres: & les parties bourbeuses & épaisses s'affaissérent & s'amassérent dans un même lieu, avec les parties humides: Que les unes & les autres ayant aussi reçu un mouvement continuel, les plus humides s'étoient séparées des plus grossiéres & des plus solides; celles-là pour composer la Mer, & celles-ci, la Terre: Que la Terre qui étoit d'abord fort molle, s'épaissit peu à peu par la chaleur du Soleil: Que sa surface ayant commencé à fermenter par cette chaleur, il s'y étoit formé de petites élevures qui contenoient une certaine pourriture, environnée d'une espéce de membrane ou de peau fort déliée; ce qui arrive encore aujourd'hui dans des lieux humides & marécageux, lors que le Soleil vient à les échaufer tout d'un coup. Que cette petite pourriture étant devenue un Fétus, ou une ébauche d'animal, tous ces Fétus tirérent leur nourriture d'un brouillard qui de nuit se répandoit autour d'eux, & que de jour la chaleur du Soleil leur donnoit une juste consistence: Qu'ayant aquis toutes leurs parties dans une forme convenable, & le Soleil ayant brulé & dissipé ces peaux où ils étoient enfermez, toutes les espéces d'animaux vinrent enfin à paroître: Que ceux qui avoient eu en partage plus de degrez de chaleur, s'élevérent dans l'air, les plus terrestres demeurérent sur la Terre, & les plus humides eurent l'eau pour leur demeure: Que la Terre se durcissant tous les jours de plus en plus par la chaleur & par les vents, étoit devenue incapable de produire les animaux de la maniére qui vient d'être décrite; & qu'à cette voye de génération succéda celle que nous voyons aujourd'hui..... Qu'il ne faut pas être surpris de cette force que la Terre a eu de produire les animaux: Qu'on en voit un exemple dans la [A]Thébaïde, où dans le tems que le Nil est le plus débordé, le Soleil échaufant tout d'un coup la terre qui a été humectée & détrempée par ce debordement, il s'engendre sur sa surface une pourriture, de laquelle naît une multitude incroyable de rats & de souris: Qu'à plus forte raison cela a pu arriver dans le commencement, puis qu'alors la Terre, qui étoit plus molle, & l'air qui avoit une autre température, étoient dans une disposition plus prochaine à produire des animaux». Macrobe, Saturnal. liv. VII. raporte en abrégé cet article de la Théol. Égyptienne touchant la génération des animaux. Tout cela, si vous y joignez _l'Esprit,_ ressemble assez à la doctrine de Moyse, & à la Tradition des Phéniciens. La plûpart des Philosophes Grecs ne regardant qu'à la matiére, n'ont point parlé de la cause qui lui a donné le mouvement & la forme. Aristote, qui a senti ce défaut l'a prétendu éviter en disant qu'il faloit, outre la matiére, concevoir une cause qui ait agi sur elle, & que cette cause est la _Nature_. Mais Thalès, Anaxagore, & Platon ont mieux rencontré lors qu'ils ont dit que cette cause est Νας, c'est-à-dire une _Intelligence, un Esprit_.]
[Note h: Linus étoit un Poëte Grec qui vivoit avant Homere, selon quelques-uns: on le fait inventeur des rithmes & des airs; il ne nous reste rien de lui. TRAD. DE PAR.]
[Note 12: _Hésiode & beaucoup d'autres_. Ces autres sont l'Auteur de certains Hymnes, & du Poëme des Argonautes, que l'on a cru être Orphée; Épicharme, le plus ancien des Poëtes Comiques,& Aristophane, dans la Comédie qui a pour titre, _les oiseaux_, & dont Lucien & Suidas nous ont conservé le passage qui fait à ce sujet. Dans tous ces Auteurs on voit un _Chaos_, matiére informe, & principe de toutes choses: une cause qui agit sur ce Chaos, qu'ils apellent _Amour_, & qui séparant toutes les diférentes parties du Chaos, a produit le Ciel, la Terre, la Mer, les Hommes &c. Sur quoi il faut remarquer I. qu'Hésiode étant né proche de Thèbes, ville qui a été bâtie par Cadmus Phénicien, il en a pu tirer ce qu'il dit là-dessus, & qui est si conforme à ce que nous venons de voir de la tradition des Phéniciens. II. Que les Phéniciens ayant eu de tout tems commerce avec les Ioniens, qui ont été les premiers habitans de l'Attique, ont pu leur porter la connoissance de leurs dogmes, aussi bien que leurs marchandises.]
[Note i: Hesiode autre Poëte, né a Ascre en Beocie, que quelques-uns mettent avant Homere, & d'autres plus probablement un siécle après ou environ. Les ouvrages qui nous restent de lui sont simples pour le stile, mais grands pour les pensées morales. Sa Theogonie ou Génération des Dieux est la Théologie des Païens. Son ouvrage intitulé les Oeuvres & les Jours, est plein de belles pensées. TRAD. DE PAR.]
[Note R: Aparemment à cause de la métaphore que Moyse employe pour réprésenter l'action de l'esprit de Dieu, & qu'il tire de l'action d'une poule qui fait éclorre ses oeufs en les couvant. ADD. DU TRAD.]
[Note 13: _Ovide.... l'énonce dans ses Métamorphoses_ &c. Le passage est très-beau, Grotius l'a raporté tout entier. Comme il est un peu long, je n'en donnerai qu'un abrégé. Ovide, après avoir décrit le Chaos d'une maniére fort ingénieuse, représente le partage que Dieu fait de toutes ses parties confuses & mêlées. Il dit qu'il en tira les Élémens, à chacun desquels il marqua sa place: Qu'il arrondit la Terre, l'environna de Mers, & qu'il la coupa de riviéres, & de lacs: Qu'il étendit les campagnes, abaissa les valons, éleva les montagnes, & orna les bois de feuillage. Il parle ensuite des cinq Zones & célestes & terrestres, des brouillards, des nues, des orages, dont il dit que Dieu établit le siége dans les airs, ou il assigna de même à chacun des vents leur quartier. Plus haut il nous fait voir l'_Æther_, ou l'air pur, & dégagé de parties terrestres; & plus haut encore le Ciel & les Astres, qu'il représente, aussi bien que les Dieux, comme les habitans du Ciel. Il parle en général des diférentes espéces d'animaux, & de leurs demeures. «Il leur manquoit un Maître, ajoûte-t-il; l'Homme naquit pour posséder ce beau rang. Japétus mêlant avec de l'eau le limon tout nouvellement séparé de l'_Æther_, le forma à l'image des Dieux maîtres & directeurs de tout l'Univers. Et au lieu que les autres animaux sont panchez vers la terre, il donna à l'Homme une tête droite, élevée, & capable de porter les yeux vers le Ciel.» Eurysus Pythagoricien dit «que celui qui a formé l'Homme étant souverainement bon & bien faisant, a bien voulu se prendre lui-même pour patron de cet ouvrage.» Horace, Virgile, & Juvénal ont représenté nôtre ame comme descendue du Ciel, & faisant même partie des Êtres célestes. Cicéron, & Hipparchus cité par Pline liv. II. ont donné à l'ame une espéce de parentage avec les Étoiles.]
[Note 14: _Épicharme_ &c. _La Raison des hommes_, dit ce Poëte, _est née de la Raison de Dieu_. Amélius Platonicien cité par Eusébe Prépar. lib. XI. «Cette Raison par qui subsistent toutes les choses qui ont été faites, est assurément cette _Parole_ dont un certain Auteur Barbare dit, qu'elle étoit avec Dieu quand il créoit le Monde, & même avant qu'il le créât: que tout a été fait par elle: & que tout Être vivant & animé, vit & subsiste par elle.» Cet Auteur Barbare est S. Jean, qui vivoit un peu avant ce Philosophe. Chalcidius, dans son commentaire sur le Timée de Platon, parlant de Moyse: «Il est clair, _dit-il_, qu'il jugeoit bien que la Sagesse divine avoit présidé à la creation du Ciel & de la Terre, & qu'en un mot elle est le premier Principe de tout l'Univers.» Zénon & ses Sectateurs ont aussi le même dogme. _Tertull._ contre les Gent.]
[Note j: Épicharme de Sicile, Poëte comique & Philosophe, que quelques-uns font inventeur de la Comédie: il avoit écrit sur la Nature & sur la Medecine, ces ouvrages sont perdus. TRAD. DE PAR.]
[Note 15: _Les vers Orphiques_. «J'en prens à témoin cette premiére parole que le Pére de l'Univers prononça lors que par ses ordres il fonda le Monde entier.» Et ailleurs, «Tourne tous tes regards, & dirige tous les mouvemens de ton coeur vers la Raison divine. Jette les yeux sur le Créateur du Monde. Lui seul est éternel, lui seul a créé toutes choses; lui seul présent à toutes les parties de la vaste machine du Monde, les agite & les remue. Aucun homme ne le voit,& il voit seul tous les hommes». Ces deux passages se trouvent dans Justin Martyr, liv. de la Monarchie, dans Clément Alexandrin, Stromat. liv. v. & dans Eusébe, Prépar. Evang. liv. XIII.]
[Note 16: _Selon Empédocle_. «Ce Philosophe disoit que la premiére chose qui fut séparée du Chaos, fut _l'Æther: Qu'ensuite le Feu en fut tiré, & enfin la Terre: Que la Terre étant venue à se resserrer par l'impétuosité même du mouvement de ses parties, l'Eau en étoit sortie, comme par bouillons: Que l'Air s'étoit dégagé de dedans l'eau à-peu-près comme les exhalaisons sortent de la terre: Que pour ce qui est de _l'Æther_, & du Feu, le premier avoit produit le Ciel, & le second, le soleil.» Plut. liv. 2. ch. 6. Il disoit aussi _qu'il y avoit deux Soleils, l'un, original, & l'autre qui a été formé sur le premier, & c'est celui que nous voyons_.]
[Note k: Empedocle d'Agrigente, disciple de Pythagore & de Parménide, avoit écrit sur la Physique, & une Relation de l'expedition de Xerxès. TRAD. DE. PAR.]
[Note l: Aratus, c'est ce Poëte Grec dont Cicéron encore jeune, avoit traduit les Phenomenes. TRAD. DE. PAR.]
[Note m: Catulle Poëte Latin, de Vérone, mort à Rome à l'âge de 30. ans, 44. ans avant J.C. _Le même_]
[Note n: Homere le meilleur des Poëtes Grecs, & le desespoir de tous ceux qui voudraient l'imiter, vivoit, à ce que l'on croit, plus de 900. ans avant J. C. Il y en a qui le font contemporain de Salomon. _Le même_.]
[Note o: C'est le premier de ceux qu'on nomma les sept Sages de la Grèce. Il naquit vers l'an 115. de Rome, & mourut vers l'an 209. âgé de 92. ans; étant jeune sa mere, dit-on, le pressa de se marier: il répondit, _il n'est pas encore tems_; sollicité de nouveau dans un âge avancé, il dit, _il n'est plus temps_. Le même.]
[Note 17: _Dans les vers Orphiques_ &c. _Je chanterai la Nuit, Mere des Dieux & des hommes_.]
[Note 18: _Plusieurs Nations qui retenoient &c._ Nicolas de Damas le dit des[S] Numides: Tacite, des Anciens Allemans: César, des Gaulois: & Pline, des [T]Druïdes, en particulier: Aulu-Gelle des Athéniens. Les Bohémiens & les Polonois ont encore aujourd'hui cette coutume.]
[Note S: Anciens peuples d'Afrique.]
[Note T: Prêtres & Philosophes des Gaules.]
[Note 19: _Aratus dit que les Etoiles &c._ «Commençons par Jupiter, & ne nous lassons jamais de parler de lui. Toutes les parties du Monde ressentent les éfets de sa présence. Nous jouissons même de lui, _& c'est de lui que nous tirons nôtre origine_. C'est aussi lui qui a ataché les Astres au Ciel dans l'ordre où nous les y voyons, afin qu'ils nous montrassent en quelle saison chaque chose se doit faire, & que tout naquît selon de certaines loix.» Ces mots, _& c'est de lui que nous tirons nôtre origine_, ont été citez pat St. Paul Act. XVII. 28. Chalcidius, dans son Comment. sur le Timée de Platon. «L'opinion des Hébreux s'acorde avec ce que je viens de dire. Ils enseignent que Dieu qui a arrangé & orné l'Univers, a donné charge au Soleil de dominer sur le jour, & à la Lune, d'avoir soin de la nuit: qu'il a établi les Etoiles pour déterminer les tems, pour marquer les années, & pour faire connoître d'avance la fertilité ou la stérilité de la terre.»]
[Note 20: _Virgile parle d'un Esprit &c_. Georgiques liv. IV. «Quelques-uns faisant réflexion sur cette adresse & sur cette prudence qui paroissent par tant de marques dans les mouches à miel, ont dit qu'il y avoit en elles une portion de l'Intelligence divine: qu'en éfet, Dieu est comme répandu dans toutes les parties de la Terre & de la Mer, aussi bien que dans les Cieux; & que c'est de lui que l'homme & tous les animaux puisent en naissant cet Esprit subtil & délié qui les anime.»]
[Note 21: _Hésiode_. _Il commanda à Vulcain_, dit ce Poëte, _de mêler de l'eau avec de la terre, & de donner à ce composé une voix humaine_. Euripide. «Souffrez que les morts rentrent dans le sein de la Terre. Chaque chose retourne à la source dont elle est sortie. L'Esprit retourne au Ciel, & le corps rentre dans la Terre. Ce dernier ne nous est pas donné en possession perpétuelle: il ne nous est que prêté. Et si, peu après, la Terre le reprend, elle ne reprend que ce qui lui apartient, puis que c'est elle qui l'a nourri.» Tout cela a un raport évident avec Gen. III. 9. & Eccles. XII. 7.]
[Note 22: _Et Callimaque_. Il appelle l'Homme, _la boue de Prométhée_. Démocrite, Épicure, Juvénal, & Martial, ont aussi parlé de cette boue dont l'homme a été formé.]
[Note 23: _Maxime de Tyr_. &c. Dissertat. I. Au milieu de tant d'opinions diférentes, qui se combattent les unes les autres, on en voit une constante & universelle; que Dieu est & le Roi & le Pére de toutes choses; qu'il y a plusieurs Dieux, qui sont fils du Dieu souverain, & qui ont part à la conduite de l'Univers. Le Grec, le Barbare; ceux qui habitent près de la mer, & ceux qui en sont éloignez, le Sage & l'Idiot, parlent tous là-dessus le même langage. Antisthéne, Sophocle, & Varron, reconnoissent aussi un seul Dieu souverain.]
[Note 24: _Nous l'aprenons de Joséphe, de Philon_ &c. Jos. Rép. à Appion, liv. II. dit _qu'il n'y a aucune ville, soit Gréque soit Barbare, où ne soit parvenue la coutume de célébrer le septième jour, de même que le font les Juifs_. Philon. _Le septième jour est un jour de fête, non pour une seule ville, ou pour un seul païs, mais pour tous les peuples du monde._ Clément Alexandrin cite là-dessus Hésiode, Homére, & Callimaque.]
[Note 25: _Dion Cassius._ Il témoigne «que la coutume de compter le tems par une révolution, de sept jours est venue des Egyptiens, & que d'eux elle s'est répandue parmi tous les autres Peuples.»]