Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Chapter 26

Chapter 263,570 wordsPublic domain

Ceux qui ont lu les Écrits du célèbre Grotius, & qui ont examinés sa Doctrine & ses moeurs, sont très-convaincus qu'il s'étoit formé [31]une juste idée de la Doctrine la plus pure dont il a prouvé la Vérité, & qu'il n'a jamais cru d'autre Religion véritable; mais parfaitement instruit de ce que les Auteurs Ecclésiastiques ont raporté sur ce sujet, & voiant que la forme du Gouvernement Épiscopal étoit la plus ancienne, il l'à approuvée de la maniere qu'elle subsiste en Angleterre, comme on en peut juger par ses paroles[32] raportées au bas de la page. Il ne faut pas douter que si la chose eût dépendu de lui, & qu'il n'eût pas été agité par de si fâcheux contretems, & aigri par la malignité de ses Ennemis, il ne se fût joint à ceux qui suivoient cette ancienne forme de Discipline & qui n'eussent exigé de lui que la pure Doctrine Chrétienne que nous avons raportée, & dont il a lui-même prouvé la Vérité. Ce qui nous engage à avoir cette pensée est fondé sur des raisons qui nous ont paru si importantes, que nous les avons jointes à ce petit Livre.

[Note 31: _Une juste idée._ Voi. entr'autres choses _l'Instruction des Enfans Chrétiens_ que l'Auteur a traduit des Vers flamans en Latin. Tom. 4. _Ouvrag. Theol._ p. 629. Il a souvent même répété dans ses derniers Ouvrages que tout ce qui est nécessaire au Salut est clairement renfermé dans le _Nouveau Testament._ Voi. ses Remarq. fur _les Consult._ de _Cassand._ à la fin, où il traite de la suffisance & de la clarté de l'Écriture, de sorte que selon ses Principes, chacun peut tirer de là les Points essenciels de la Doctrine Chrétienne que nous avons raportés.]

[Note 32: _Par ses paroles raportées &c._ Remarq. _Consult._ de _Cassand_. 14. _Les Évêques sont supérieurs aux Prêtres, & nous trouvons cette dignité de prééminence établie par Jésus-Christ dans la personne de Pierre & continuée par les Apôtres partout où ils en ont trouvé l'occasion, pratique approuvée par le S. Esprit dans l'Apocalipse;_ c'est pourquoi comme _il est à souhaiter que cette pratique soit établie par tout &c._ Voi. ce qu'il dit ensuite touchant la puissance Ecclésiastique, & dans l'Examen de l'Apologie de River. p. 714. Col. 2. a quoi l'on pourroit joindre les lettres qui sont à la fin de ce petit Ouvrage.]

§. XIII. _Exhortation à tous les Chrétiens divisés de sentimens de n'exiger les uns des autres la créance d'aucun Point de Doctrine, que de ceux dont chacun connoit la certitude par la lecture du Nouveau Testament, & qui a toûjours fait l'objet de la Foi._

Les choses étant comme nous les avons raportées, nous ne pouvons trop exhorter les Chrétiens de se souvenir que ce que nous avons dit renferme toute l'essence de la Religion Chrétienne dont la Vérité peut être prouvée par les Argumens de Grotius, & qu'il ne s'agit pas de Points de dispute que chacun conteste de part & d'autre, & qui ont enfanté tant de maux: puisqu'on ne peut persuader à personne, qui aura lu & médité avec attention & respect le Nouveau Testament, qu'il y ait un [33]autre Législateur que Jésus-Christ des Loix duquel dépende l'Éternité du Salut; ceux qui seront convaincus de ces Vérités, ne pourront jamais obtenir d'eux-mêmes, d'admettre ou regarder comme nécessaire au Salut & essentiel à la Foi ce qui ne sera pas fondé dans la Doctrine de Jésus-Christ & des Apôtres, soit qu'il le regarde comme vrai, ou qu'il croie lui être contraire. C'est pourquoi le meilleur & le plus éficace ce de tous les moiens qu'on puisse employer pour terminer les disputes, c'est de n'obliger personne à croire que ce qu'il connoit certainement être révélé; & l'on ne doit pas craindre les inconveniens qui en pouroient arriver, puisque l'Expérience démontre que dans la durée de tous les siécles qui se sont écoulés depuis Jésus-Christ jusqu'à nous il n'y a pas eu un homme de bon sens qui ait rejetté les Points essentiels de la Doctrine Chrétienne que nous avons raportés. Si l'on ne demandoit que cette seule chose [34]& qu'on voulût se fixer sur ce qui est essentiel à la Foi, les disputes seroient bientôt terminées, & les autres Points, dont on ne conviendroit pas unanimement, ne regarderoient plus le corps entier des Églises, mais les particuliers qui agissant chacun selon les lumieres de leur Conscience, en doivent un jour rendre compte à Dieu: s'ils pouvoient se persuader qu'ils sont tous d'accord sur les Points fondamentaux de la Religion, comme cela est vrai, & qu'ils se tolérassent mutuellement sur le reste, sans employer la violence ou de lâches & d'indignes artifices, pour attirer les autres dans leurs sentimens, & les astreindre à leurs Culte; c'est en quoi consisteroit la paix qu'on peut espérer sur la terre. [35]L'ignorance des hommes, soutenue & fortifiée des préjugés qui les aveuglent, ne doit pas faire espérer à une personne sage & prudente de pouvoir les réunir tous dans un même sentiment, soit qu'on y emploie la violence, ou qu'on les convainque par les raisons les plus solides. Les Esprits les plus éclairés, & les coeurs les plus nobles n'ont jamais approuvé la violence, qui est le ministre de mensonge, & non pas de la Vérité; & les Savans qui se laissent souvent éblouir par de fausses lumieres, ou aveugler par les préjugés de l'éducation, & d'autres motifs particuliers, connoissent assés le poids des raisons qu'on leurs propose; ce qui rend inutile la violence qu'on leurs voudroit faire pour les forcer d'agir ou de parler contre leurs consciences. Que ceux qui sont chargés du Gouvernement de l'Église soient contens qu'on croie à l'Évangile, & qu'on établisse ce Point de Foi, comme ce qu'il y a de plus essentiel, qu'on observe ses Préceptes, & qu'on espére le Salut de la fidélité avec laquelle on observera ses Loix, alors tout sera dans l'ordre; mais pendant qu'on fera un mélange des Traditions humaines avec la Révélation, & qu'on voudra unir les choses douteuses avec celles qui sont certaines, les disputes ne finiront point, & il n'y aura aucune espérance de paix que tous les gens de bien & qui ont de la piété doivent demander à Dieu de tout leurs coeur, contribuant à la procurer par tous les moiens dont ils sont capables.

[Note 33: _Un autre Législateur._ Les paroles de S. Jaq. IV. 12. sont formelles sur ce sujet; nous les avons citées au §. 5. avec d'autres qui s'y raportent. De plus la chose parle d'elle-même, puisque les Chrétiens étant divisés par des sentimens contraires, personne ne voudra se soumettre aux raisons du Parti oposé.]

[Note 34: _Cette seule chose._ Ce fut le sentiment du Jaques I. Roi d'Angleterre, si nous en croions Casaubon, qui dans la réponse aux Lettres du Cardinal _du Perron à la 3. Observ. p. 1612._ nous raporte ces paroles. _Le Roi croit qu'il n'y a pas un grand nombre de choses nécessaires au Salut, c'est pourquoi sa Majesté se persuade que le meilleur & le plus court moien pour établir la paix & l'union, c'est de séparer avec precision les choses qui sont nécessaires de celles qui ne le sont pas, & d'emploier tous ses soins pour convenir des choses qui sont absolument nécessaires, accordant une entiére liberté sur celles qui ne le sont pas._]

[Note 35: _L'ignorance des hommes._ _Hilaire_ a pensé très-juste, lorsqu'il a dit sur la Trinité Liv. 10. N. 70. _Dieu ne nous a point appellez au Salut & à la Vie éternelle par des questions épineuses & difficiles; il ne veut point nous attirer à lui par les traits d'une Éloquence mondaine: ce qu'il nous prescrit pour arriver à l'Éternité est également absolu & facile, c'est de croire que Dieu a résuscité Jésus-Christ des morts & le reconnoître & confesser pour notre Seigneur._]

LIVRE _Contre l'indifférence des Religions_

_par Mr. LE CLERC._

§. I. Quiconque a dit le premier[1] qu'il y avoit une Alliance immuable entre l'Esprit de l'Homme & la Vérité d'où les effects sembloient dépendre, quoique souvent interrompus par les Passions & les changemens des hommes, sans cependant jamais se séparer, paroît avoir voir pensé très-juste. Car il n'y a personne qui veuille être trompé, & qui n'aime mieux connoître la vérité des choses que d'être dans l'erreur à leur égard lors qu'elles sont importantes, & même quand elles ne consisteroient que dans une simple contemplation. Nous aimons naturellement le vrai, & nous haïssons l'Erreur, de sorte que si nous connoissions le chemin qui conduit a la Vérité, nous le suivrions sans contrainte; c'est pourquoi tant de grands hommes ont immortalisé leur mémoire en emploiant toute leur Vie à la recherche de la Vérité. Il y en a eu une infinité, & il s'en trouve encore aujourd'hui parmi les Physiciens, & les Géomètres qui se sont donné des peines inconcevables pour la découvrir; [2]& qui ont avoué n'avoir jamais goûté de plaisir plus sensible & plus doux, que lors qu'après de longues & pénibles recherches, ils ont enfin trouvé le vrai. Nous regardons même la connoissance & l'amour de la Vérité, comme un des plus glorieux Privileges qui distinguent les hommes des Animaux.

[Note 1: _Quiconque a dit le premier._ _Jean Smith_ dans ses Diff. imp. à Lond. en 1660. _Augustin Sorin. 140. sur les paroles de l'Évang. de St. Jean. Tom. S. Col. 682._ Tout homme cherche la Vérité & la Vie, mais chaqu'un n'en trouve pas le chemin; _& au même serm. 140. Col. 726. l'Esprit hait l'Erreur, & l'on peut comprendre le degré de la haine qu'il lui porte, puisque la joie de ceux qui ont l'esprit troublé, est un sujet de compassion qui fait pleurer les sages. Si l'on proposoit le choix de ces deux choses: Voulez vous être dans l'Erreur,_ ou _suivre la Vérité, il n'y a pas un homme qui ne prît_ les dernier parti.]

[Note 2: _Et ont avoué n'avoir jamais goûtés de Voi. la Vie de Pythagor. par Diogene Laërce Liv. I. 12.]

Mais comme chaque Vérité n'est pas de la même importance, qu'il y a certains Dogmes Théoriques que nous négligeons d'approfondir, parce qu'ils ne pourroient nous procurer aucun avantage, ou du moins très-peu; & que leur recherche semble ne pas mériter tant de peines; il y en a d'autres qui sont si importans que nous consacrons de bon coeur nos soins les plus assidus & nos travaux les plus redoublés pour les connoître; tels sont ceux qui nous enseignent les moiens de couler nos jours dans la paix, le bonheur & la tranquilité, ce que tous les hommes estiment & recherchent avec ardeur & empressement. Si nous joignons à une vie bien réglée & heureuse (car ce qui est bon, c'est-à-dire conforme à la Vérité doit toûjours être regardé comme heureux) le bonheur éternel qui doit suivre cette vie si courte, ce que tous les Chrétiens dans toutes les Communions différentes font profession de croire; l'on avouera que la connoissance des moiens moiens par lesquels on y peut parvenir mérite toute nôtre étude, nos recherches & nôtre application.

§. II. _Qu'il n'y a rien de plus important que la Religion, & que par conséquent l'on doit emploier tous ses soins à la connoître._

Nous ne parlons point ici à ceux qui méprisent toute sorte de Religions & nous n'avons rien à leur dire; le célèbre Grotius les a si solidement réfutés dans l'Ouvrage dont nous avons parlé ci-dessus, qu'il n'y a point d'homme qui cherche la Vérité, qui puisse, après l'avoir lu, révoquer en doute qu'il y a un Dieu qui veut être honoré des hommes, & qu'ils lui rendent le Culte que Jésus-Christ a établi, promettant à ceux qui le serviront de cette maniere la félicité éternelle après cette vie fragile & périssable.

Sur ce principe, personne ne peut douter que la Religion ne soit de la derniere importance, & que se trouvant plusieurs Assemblées de Chrétiens différens dans leurs Dogmes, on doit s'appliquer à connoître celle qui est la plus conforme à la Doctrine & aux Préceptes de Jésus-Christ. On ne peut pas les regarder toutes dans le même point de vue, & les considérer comme étant égales, puisqu'il y en a plusieurs si différentes dans la Doctrine & dans le Culte, qu'elles s'accusent réciproquement des Erreurs les plus monstrueuses, & du Culte le plus corrompu; qu'il y en a même quelques-unes qui excluent les autres du Salut éternel. Si la chose étoit vraie, il faudroit s'en séparer d'abord pour s'atacher à ceux qui se disent véritablement Chrétiens, & qui objectent à leurs Adversaires des Points si essenciels. Car il ne s'agit pas simplement de cette vie fragile & mortelle, sujette à une infinité de maux, de chagrins & de traverses dans quelqu'état qu'on soit placé; mais il s'agit des supplices dont Dieu menace ceux qui ne croiront pas à l'Évangile, & de la possession d'un bonheur éternel & infiniment parfait.

Cependant l'on trouve des hommes, qui à la vérité ne sont pas savans, & n'ont jamais lu ni médité l'Écriture, qui par conséquent ne connoissent point les sujets contestés entre les Chrétiens, & ne peuvent savoir qui a raison; ceux de ce caractére s'embarrassent peu d'entrer dans cette discussion, se persuadant qu'il est permis d'embrasser le sentiment, ou de pratiquer le Culte qu'on veut. La chose leur paroît indifférente quelque Communion Chrétienne qu'on suive, & dont on fasse profession. Nous ne parlons pas simplement du menu Peuple, mais il y a des Roiaumes où non seulement le Commun, mais les Grands & les premiers de l'État après s'être séparés de l'Église Romaine, y rentrèrent sous un nouveau Regne, & parurent ensuite les plus zélés à secouer son joug, lorsque le Gouvernement changea de face. Sous _Henri_ VIII. Roi d'Angleterre, on fit plusieurs Ordonnances contre l'Église Romaine, non seulement par la seule autorité du Roi, mais du consentement des principaux Officiers de la Couronne, & des plus Grands du Royaume; & ceux même qui n'approuvoient pas les raisons de ce Prince souscrivirent cependant à sa volonté. Après sa mort, son fils _Edouard_ VI. qui lui succéda, aiant embrassé le Parti de ceux qui s'étoient séparés de la Communion de Rome, ce que son Pére avoit déjà fait, & qui avoient établi des Dogmes condamnés par le Pape & ses Adhérans, les principaux du Roiaume firent une profession publique de la Religion du Roi. _Edouard_ étant mort, _Marie_ sa soeur, entièrement dévouée au Pape, monta sur le Thrône; l'on vit alors les Grands du Roiaume se joindre à la Reine & devenir zélés persécuteurs de ceux qui sous le Regne précédent avoient paru avec éclat & méprisé l'Autorité de Rome; après la mort de _Marie_, _Elizabeth_ lui succéda, & qui aiant suivi les sentimens d'_Edouard_ son frére affermit la Religion par un long Regne, & en posa des fondemens si solides, qu'ils lui servent encore aujourd'hui des base & de soutien.

Ceux qui liront l'Histoire de ce Siécle, verront que ces variations de la part des Grans du Roiaume ne peuvent avoir pour principe qu'une fausse persuasion que l'on peut également trouver le Salut éternel dans toutes les Communions Chrétiennes. J'avoue qu'on peut attribuer une partie de ces changemens à la crainte; mais quand je me représente le courage des Anglois, la constance & le mépris de la mort dont ils ont si souvent fourni des preuves, je croi facilement que l'atachement à la vie & l'indifférence de la Religion, principalement dans les Grands du Roiaume, ont été les mobiles de ces variations si sensibles.

§. III. _Que l'indifférence de Religion n'est pas permise d'elle-même; qu'elle est deffendue par les Loix divines, & condamnée par toutes les Communions Chrétiennes._

Plusieurs raisons démontrent avec évidence, que c'est une Erreur très-dangereuse de croire qu'on peut placer la Religion parmi les choses arbitraires, qu'on peut changer comme un habit, conformant sa Créance & sa Foi aux circonstances du tems où l'on se trouve. Nous raporterons sur ce sujet les principales raisons tirées de la nature de la chose même, des Loix divines, & du consentement unanime de tous les Chrétiens.

Premiérement il est honteux de mentir & sur tout dans une chose importante, puisqu'il est deffendu de le faire dans la plus légère, à moins de produire plus de fruit par le mensonge que par la vérité; mais ici les hommes ne peuvent ni mentir ni dissimuler sans s'exposer à un danger très-évident, puisque confirmant le mensonge autant qu'ils en sont capables dans une chose si importante, ils oppriment la Vérité & la retiennent captive dans les ténèbres. Exemple contagieux, principalement dans les Personnes distinguées sur qui le Peuple régle sa conduite, & qui se rendent coupables non seulement de leurs propres péchés, mais de ceux où ils entraînent les autres par leur mauvais exemple; ce qui fait d'autant plus d'impression sur les Esprits, qu'on se rend toûjours plus attentif sur les actions des Supérieurs que sur leurs paroles.

Il est également honteux & indigne d'un Coeur noble & généreux de mentir pour conserver une vie fragile, périssable & mortelle, & aimer mieux déplaire à Dieu qu'aux hommes. C'est pourquoi les plus grans Philosophes ont préféré la mort, aux actions qu'ils croioient condamnées par la Divinité. [3]Socrate nous en fournit une preuve, puisqu'il aima mieux boire de l'extrait de Ciguë, que de vivre & cesser de parler en Philosophe selon sa coutume. D'autres se sont[4] exilés de leur Patrie, plutôt que de renoncer aux Opinions qu'il avoient soutenues les croiant véritables. Il s'en est trouvé d'assés courageux parmi les Païens pour oposer une conduite réglée au torrent du vice, couvrir de honte la corruption de leur siécle par les reproches les plus vifs, & cru qu'il valoit mieux mourir que de flatter un Tiran, & changer leur maniere de vivre. Tels ont été Thraseas [5]le louche & [6]Helvidius l'ancien qui choisirent la mort, plutôt que d'approuver par de lâches & d'indignes flatteries les vices & le déréglement des Empereurs; ce qui aiant été pratiqué par des hommes qui n'avoient qu'une espérance incertaine d'une vie plus heureuse que celle-ci, doit faire une impression plus vive sur ceux qui ont une espérance invariable d'une félicité éternelle.

[Note 3: _Socrate._ Voi. ce que nous avons raporté sur ce sujet dans nos Ouvrages de Littérature, Liv. I. C. III.]

[Note 4: _Exilés de leur Patrie._ Galeaux dans le Livre où il montre que les _affections de l'Ame suivent les mouvemens du Corps_: Chap. dern. sur la fin parlant des Stoïciens, dit _qu'ils ont mieux aimé abandonner leur Patrie, que de trahir leurs sentimens en cachant leur Doctrine._]

[Note 5: _Thraséas le louche._ Fut mis à mort sous le Regne de Néron, parce qu'il ne _voulut pas le flatter_ dans ses vices. Voi. Annal. Tacite, Liv. XVI. XXIV. & suiv.]

[Note 6: _Helvidius l'ancien._ Gendre de Thraséas, à qui on commanda de sortir d'Italie, selon le raport de Tacite dans le même endroit; qui fut ensuite mis à mort par Vespasien, comme nous le raporte Suétone Chap. XV. parce qu'il n'avoit pas témoigné assez de respect pour son nouveau Souverain. Le Fils d'Helvidius eut le même sort, puisque Donatien le fit mourir. Voi. Sueton. dans sa Vie, & Tacite dans la Vie d'Agricola. C. XLV.]

Tous les Siécles ont immortalisé la mémoire de ceux qui se sont exposés à la mort avec un courage intrépide pour le salut de leur Patrie; & sur ce principe, qui pourra refuser des louanges à ceux qui ont préférés le Ciel à la terre, & une Vie éternelle & bienheureuse que la Révélation nous découvre, à cette vie mortelle & fragile qui doit finir un jour? Qui au contraire ne blameroit pas une ame basse qui aime mieux conserver une vie qui lui est commune avec les Bêtes & qu'elle doit bientôt perdre, que de le mettre en possession d'une vie bien heureuse & immortelle lorsque l'occasion s'en présente? Nous voions des Soldats affronter avec intrépidité les périls les plus dangereux moins par amour pour leur Patrie, que pour acquérir & se conserver la faveur & la bienveillance du Prince & du Souverain, & la faire ensuite réfléchir sur leur Famille. Nous les voions sur le bord du Tombeau se féliciter que leurs Enfans soient intéressés dans les plaies qui leurs procurent la mort. Combien de Mercenaires qui combattent & exposent leur vie pour un gain sordide; & il se trouvera des hommes qui pour soutenir la Vérité qui est éternelle, agréable à Dieu & accompagnée des plus magnifiques récompenses, ne voudroient pas risquer je ne dis pas la vie, mais leurs biens & les honneurs qu'ils possédent! C'est pourquoi Jésus-Christ nous a donné le Précepte renfermé dans ces paroles; [7]_Quiconque fera profession d'être à moi, devant les hommes; je le reconnoîtrai aussi pour mien, devant mon Pére, qui est au Ciel. Mais quiconque niera d'être à moi, devant les hommes; je nierai aussi qu'il soit à moi, devant mon Pére, qui est au Ciel._ Paroles dans lesquelles il nous enseigne qu'il reconnoîtra pour ses Disciples & couronnera de la gloire éternelle celui qui n'aura jamais dissimulé ni caché sa Doctrine par ses oeuvres ni par ses paroles. Il nous avertit dans une autre endroit; [8]de nous conduire avec prudence, & _de ne pas jetter les perles devant les Pourceaux_; mais cette prudence ne tend pas à nous engager à dissimuler ou à mentir pendant toute nôtre vie, pour éviter la colère & l'animosité des hommes; & à ne pas tenter en vain de faire revenir à eux-mêmes des gens aveuglés par l'Erreur, & obstinés dans leur aveuglement. Il nous déclare même, après les paroles que nous avons raporté, u'on sera obligé de garder cette conduite, & de confesser publiquement son Nom malgré la haine des Parents, la persécution de ses Proches, & le danger de la mort. _Car celui,_ dit-il, [9]_qui aimera son Pere & sa Mére plus que moi n'est sera pas digne de moi; celui qui aimera son Fils ou sa Fille plus que moi, ne sera pas digne de moi;_ ce qu'on peut appliquer à celui qui par des vues charnelles & pour l'amour de ses Parens dissimule la Doctrine de Jésus-Christ & ses Préceptes. Il nous avertit même que cette fermeté peut nous exposer à la mort; mais que ce motif ne doit pas nous obliger à changer de conduite, puisque perdant cette vie nous retrouvons dans celle qui est avenir l'immortalité bien-heureuse, ce qui fait qu'il ajoûte, [10]_Celui qui ne prendra pas sa croix, & qui ne me suivra pas, ne sera pas digne de moi: Celui qui aura conservé sa vie_ (dans ce siécle) _la perdra_ (dans le siécle futur), _& celui qui aura perdu la vie (sur la terre) _à cause de moi, la trouvevera_ dans le Ciel accompagnée d'un bonheur éternel.

[Note 7: _Tout homme donc &c._ Matth. X. 32.]

[Note 8: _De ne pas jetter les perles_ &c. Matt. VII. 6.]

[Note 9: _Qui aimera son Pére_ &c. Matt. X. 37.]

[Note 10: _Celui qui ne prend_ &c. Matt. X. 38. 39.]