Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 7

Chapter 73,971 wordsPublic domain

Les marques des ongles même anciennes et presque effacées rappellent à une femme et réveillent son amour qui, sans cela, pourrait se perdre tout à fait.

Une jeune femme sur les seins de laquelle apparaissent ces empreintes impressionne même un étranger qui les aperçoit à distance.

Un homme qui porte des marques d'ongles et de dents réussit auprès des femmes, même celles qui sont rebelles à l'amour.

APPENDICE AU CHAPITRE III

N° 1. Ovide, _Art d'aimer_, liv. II.--«Au lit, les amants ne garderont pas leurs mains immobiles; leurs doigts sauront s'exercer dans le mystérieux asile où l'amour aime à pénétrer en secret.

«Quand vous aurez trouvé ces endroits qu'une femme aime à sentir toucher, qu'une sotte pudeur ne vous empêche pas d'y porter la main.

«Vous verrez briller dans ses yeux une mobile clarté, comme les rayons du soleil se réfléchissent dans l'onde limpide.

«Elle fera entendre des plaintes, d'agréables paroles, des soupirs d'amour, de tendres gémissements.»

N° 2.--«Les égratignures avec les ongles sont choses malsaines, surtout dans les pays très chauds, comme l'Inde, où les plaies se guérissent difficilement. On sait que l'acide unguique contenu dans la corne de l'ongle est un poison des plus violents. Il suffit de râper l'ongle à forte dose, dans une boisson, pour qu'elle devienne mortelle. Selon quelques auteurs, ce fut ainsi que Thémistocle exilé se donna la mort.

CHAPITRE IV

Des morsures.

On peut mordre toutes les parties du corps que l'on baise, excepté la lèvre inférieure, l'intérieur de la bouche et les yeux.

Les qualités des dents sont: l'éclat, l'égalité entre elles, les proportions convenables, l'acuité aux extrémités.

Leurs défauts sont d'être rudes, molles, grandes et branlantes.

On distingue plusieurs sortes de morsures: celles non apparentes, ne laissant sur la peau qu'une rougeur momentanée;

La morsure gonflée: la peau a été saisie et tirée comme avec une tenaille;

Le point: une très petite portion de peau a été saisie par deux dents seulement;

Corail et joyau: la peau est pressée à la fois par les dents (les bijoux) et les lèvres (le corail);

La ligne de joyaux: la morsure est faite avec toutes les dents;

Le nuage brisé: ligne brisée formée de points sortant et rentrant par rapport à un arc de courbe, à cause de l'intervalle entre les dents;

La morsure du verrat: sur les seins et les épaules, deux lignes de dents marquées les unes au-dessus des autres, avec un intervalle rouge.

Les trois premières morsures se font sur la lèvre inférieure; la ligne de points et celle des joyaux, sur la gorge, la fossette du cou et aux aînes.

La ligne de points seule s'imprime sur le front et les cuisses.

La morsure gonflée, et celle dite corail et joyau, se font toujours sur la joue gauche dont les traces d'ongles et de dents sont considérées comme les ornements.

On témoigne à une femme qu'on la désire en faisant, avec les ongles et les dents, des marques sur les objets suivants qu'elle porte ou qui lui appartiennent: un ornement du front ou des oreilles, un bouquet de fleurs, une feuille de béthel ou de tamala.

Voici à ce sujet quelques vers:

«Quand un amant mord bien fort sa maîtresse, celle-ci doit, d'une feinte colère, le mordre deux fois plus fort.»

Ainsi, pour un point, elle rendra une ligne de points; pour une ligne de points, un nuage brisé.

Si elle est très exaltée, et si, dans l'exaltation de ses transports passionnés, elle engage une sorte de combat, alors elle prend son amant par les cheveux, attire à elle sa tête, lui baise la lèvre inférieure; puis, dans son délire, elle le mord par tout le corps, en fermant les yeux.

Et même le jour et en public, quand son amant lui montre quelque marque qu'elle lui a faite, elle doit sourire à cette vue, tourner la tête de son côté comme si elle voulait le gronder, lui montre à son tour, d'un air irrité, les marques que lui-même lui a faites.

Quand deux amants en usent ainsi, leur passion dure des siècles sans diminuer.

APPENDICE AU CHAPITRE IV

Ovide ne parle guère des mignardises que dans la XIVe Élégie du livre III, _Des Amours._

«Non, je ne te défends pas quelques faiblesses, puisque tu es belle.

«Il est un lieu fait pour la débauche; là, ne rougis point de te dépouiller de la tunique légère qui voile tes charmes et de soutenir sur ta cuisse celle de ton amant; là, qu'il glisse entre tes lèvres de rose, sa langue jusqu'au fond de ta bouche, et que l'amour varie en mille manières les jeux de Vénus. Là, n'épargne ni les douces paroles, ni les caresses provocantes, et fais trembler ta couche par des mouvements lascifs. Mais fais au moins que je l'ignore; que je ne voie pas tes cheveux en désordre et la trace d'une dent marquée sur ton cou.

«Si je venais à te surprendre nue dans les bras d'un autre, j'en croirais plutôt la bouche que mes yeux.»

Properce, livre III, Élégie VIII.

Morsures entre amants.

«Quelle douce querelle tu me fis hier aux flambeaux! Avec quel plaisir j'ai vu tes éclats, entendu tes malédictions!

«Échauffée par le vin, tu repousses ta table et tu me lances, d'une main égarée, des coupes encore pleines. Eh bien, poursuis, saisis mes cheveux, déchire ma figure, menace mes yeux, arrache mes vêtements et mets à nu ma poitrine, voilà des marques certaines de tendresse.

«Jamais de colère furieuse chez une femme sans un violent amour.

«Quand une belle s'emporte aux amours, qu'elle parcourt les rues comme une bacchante, que de vains songes l'épouvantent souvent ou qu'elle s'émeut à la vue d'une jeune fille, ces marques trahissent un amour réel; pour croire à la fidélité, il faut qu'elle se montre par des injures.

«Dieu de Cythère, donne à mes ennemis une amante insensible.

«Que mes rivaux comptent sur mon sein les dents de ma maîtresse.

«Que des traces bleuâtres montrent à tous que je l'aime près de moi.

«Je veux me plaindre d'elle ou entendre ses plaintes.

«Je serai, ô Cynthie, toujours en guerre avec toi ou pour toi avec mes rivaux.

«Je t'aime trop pour vouloir quelque trêve; jouis du plaisir de n'avoir point d'égale en beauté.

CHAPITRE V

Des diverses manières de frapper et des petits cris qui leur répondent.

Les coups sont une sorte de mignardise.

On assimile l'union sexuelle à une dispute, à cause des mille contrariétés qui surgissent entre amants et de leur disposition à se quereller.

Les parties du corps que l'on frappe par passion sont: les épaules, la tête, la poitrine entre les seins, le dos, le Jadgana, les hanches et les flancs.

On frappe avec le dos de la main, avec les doigts réunis en tampon, avec la paume de la main, le poing.

Lorsque la femme reçoit un coup, elle fait entendre divers sifflements et huit sortes de petits cris:

Phra! Phat! Sout et Plat; le cri tonnant, le roucoulant, le pleureur.

Le son Phat imite le son du bambou que l'on fend.

Le son Phut, celui que fait un objet qui tombe dans l'eau.

Les femmes prononcent aussi certains mots, tels que:

Mère, Père, etc.

Quelquefois ce sont des cris ou des paroles qui expriment la défense, le désir de la séparation, la douleur ou l'approbation.

On peut ajouter à ces exclamations diverses l'imitation du bourdonnement des abeilles, le roucoulement de la colombe et du coucou, le cri du perroquet, le piaillement du moineau, le sifflement du canard, la cascadette de la caille et le gloussement du paon.

Les coups de poing se donnent sur le dos de la femme pendant qu'elle est assise sur les genoux de l'homme; elle doit riposter en feignant d'être fâchée et en poussant le cri roucoulant et le pleureur.

Pendant la connexion, on donne entre les deux seins, avec le revers de la main, des petits coups qui vont en se multipliant et s'accélérant à mesure que l'excitation augmente, jusqu'à la fin de l'union; à ce moment on prononce le son Hin répété, ou d'autres alternativement, ou ceux que l'on préfère dans ce cas.

Quand l'homme frappe la tête de la femme avec le bout de ses doigts réunis, il prononce le son Phat et la femme le son roucoulant, et ceux Phat et Phut.

Quand on commence les baisers et autres mignardises, la femme doit toujours siffler.

Pendant l'excitation, quand la femme n'est pas habituée aux coups, elle prononce continuellement les mots: assez, assez, finissez et aussi ceux de père, mère, mêlés de cris et de gémissements, les sons tonnants et pleureurs.

Vers la fin de l'union, on presse fortement avec la paume des mains les seins, le Jadgana ou les flancs de la femme et celle-ci fait entendre alors le sifflement de l'oie, ou la cascadette de la caille.

On peut compter parmi les modes de frapper l'usage de quelques instruments particuliers à certaines contrées de l'Inde, principalement à celles du sud:

Le coin entre les seins, les ciseaux pour la tête, les perçoirs des joues (sans doute des aiguilles très fines). Vatsyayana condamne cet usage comme barbare et dangereux, et il cite des accidents graves et même mortels qu'il a occasionnés.

APPENDICE AU CHAPITRE V

N° 1. Contenance des femmes pendant l'union.

Toutes ces pratiques et mignardises sont plutôt de convention que naturelles, comme tout ce que font les Hindous.

Une Bayadère égarée dans Paris et qui en voudrait faire usage, serait une curiosité si extraordinaire qu'elle aurait certainement un succès de vogue pour rire.

La contenance que les femmes d'Europe ont naturellement, ou prennent pendant l'union, est très variable; les trois types les plus saillants sont: celles qui gardent le silence et ferment les yeux;

Celles qui font beaucoup d'exclamations et de démonstrations;

Enfin, celles qui, comme prises d'attaques de nerfs, se pâment ou s'évanouissent.

N° 2.--A Rome, les coups entre amants n'étaient pas seulement des mignardises, bien qu'ils pussent être du goût des belles, comme ils l'étaient de celui de la ménagère de Colin, chantée par Béranger, et de la fille de faubourgs de Jules Barbier, qui voulait un amant:

«Qui la batte et la fouaille depuis le soir jusqu'au matin.»

Tous les poètes élégiaques latins se reprochent d'avoir battu et maltraité leurs maîtresses, ou se louent d'avoir été frappés par elles.

Ovide, _Les Amours, _livre I, Elégie VII.

«Ma maîtresse pleure des coups que je lui ai donnés dans mon délire. N'était-ce point assez de l'intimider par mes cris, par mes menaces, de lui arracher ses vêtements jusqu'à la ceinture! J'ai eu la cruauté de la traîner par les cheveux et de lui sillonner les joues de mes ongles.

«Puis, honteux de ma stupide barbarie, j'ai imploré son pardon. Ne crains pas, lui disais-je, d'imprimer tes ongles sur mon visage, n'épargne ni mes yeux ni ma chevelure, que la colère aide tes faibles mains.»

Tibulle, livre I, Élégie X.

«La guerre s'allume entre les amants; la jeune fille accable de reproches le cruel qui a enfoncé sa porte et lui a arraché les cheveux. Ses joues meurtries sont baignées de larmes; mais le vainqueur pleure à son tour de ce que son bras a trop bien servi sa colère.

«Il faut être de pierre ou d'acier pour frapper la beauté qu'on aime.

«C'est assez de déchirer sa tunique légère, de briser les liens qui retiennent ses cheveux, de faire couler ses larmes.

«Heureux celui qui, dans sa colère, peut voir pleurer une jeune fille; mais celui qui frappe n'est bon qu'à porter le bouclier et le pieu; qu'il s'éloigne de la douce Vénus.»

Les jeux des filles de Sparte.

Les jeux des filles de Sparte qui avaient un but sérieux au temps de l'indépendance de cette République, n'étaient plus, après son asservissement, qu'un spectacle licencieux que Properce a décrit dans l'Élégie XIV du livre III.

«Heureuse Lacédémone, nous admirons les jeux où se forment les jeunes filles. Sans honte, elles paraissent nues au milieu des lutteurs. Tour à tour, on les voit, couvertes de poussière, attendre l'heure de la lice et recevoir les rudes coups du pancrace.

«Elles attachent le ceste à leurs bras, lancent le disque, ou bien elles font décrire un cercle à un coursier rapide, ceignent d'un glaive leurs flancs d'albâtre et couvrent d'un casque leur tête virginale.

«D'autres fois, les cheveux couverts de frimas, elles pressent sur les longs sommets du Taygète le chien de _Laconie_.»

La loi de Sparte défend le mystère aux amants et on peut se montrer partout en public aux côtés de la femme qu'on aime. On n'a point à redouter la vengeance d'un mari, on n'emploie pas d'intermédiaire pour déclarer ses feux, et si l'on est repoussé, on n'a point à subir de longs délais. Le regard errant à l'aventure n'est point trompé par la pourpre de Tyr, ou intercepté par un nombreux cortège d'esclaves.

La description que, dans son chapitre XLII, Lucien donne de la lutte amoureuse entre Lucius et Palestra lui a peut-être été suggérée par les jeux de Sparte:

«Nue et droite Palestra commande:

«Frotte-toi d'huile, embrasse ton adversaire, renverse-le d'un croc en jambe, tiens-le sous toi, glisse; un écart, qu'on se fende, serre bien; prépare ton arme en avant; frappe, blesse, pénètre jusqu'à ce que tu sois las. De la force dans les reins! allonge maintenant ton arme, pousse-là par en bas; de la vigueur; vise au mur, frappe; dès que tu sens mollir, vite un dégagement et une étreinte; tiens ferme, pas tant de précipitation; un temps d'arrêt! Allons! au but! Te voilà quitte.

«Une pose, maintenant, dit Palestra, la lutte à genoux! et elle tombe-sur ses genoux au milieu du lit. Te voilà au milieu, beau lutteur! serre ton adversaire comme un noeud; penche-le ensuite et fonds sur lui avec ton trait acéré, saisis-le de près et ne laisse aucun intervalle entre vous. S'il commence à lâcher prise, enlève-le sans perdre un instant, tiens-le en l'air, frappe-le en dessous et ne recule pas sans en avoir reçu l'ordre; fais-le coucher, contiens-le, donne-lui de nouveau un croc-en-jambe afin qu'il ne t'échappe pas; tiens-le bien et presse ton mouvement; lâche-le, le voilà terrassé, il est tout en nage.»

CHAPITRE VI

Querelles entre amants.

On peut considérer les querelles entre amants comme une sorte de mignardise ou de moyen d'excitation.

Une femme qui aime beaucoup un homme ne souffre pas qu'il parle devant elle d'une rivale, ni que, par mégarde, il l'appelle du nom d'une autre femme. Quand cela arrive, il en résulte une grosse querelle; la femme se fâche, crie, dénoue ses cheveux et les laisse tomber en désordre, se jette à bas de son lit ou de son siège, lance loin d'elle ses guirlandes, ses ornements et se roule à terre.

L'amant s'efforce alors de l'apaiser par de bonnes paroles; il la relève et la replace avec précaution sur son lit ou siège; mais elle, sans rien répondre, se fâche plus fort encore et le repousse; le tirant par les cheveux, elle lui abaisse la tête, puis elle lui donne des coups de pied dans les jambes, dans la poitrine et dans le dos; elle se dirige vers la porte de la chambre comme pour sortir, mais elle ne sort pas; elle s'arrête près de la porte et fond en larmes.

Au bout de quelques moments, quand elle juge que son amant a fait par ses paroles et ses actes tout ce qu'il pouvait pour se réconcilier, elle doit se montrer satisfaite en le serrant dans ses bras et en lui témoignant son désir de s'unir à lui pour tout oublier; alors la réconciliation est parfaite.

Quand la femme a sa demeure séparée et que les deux amants se sont quittés en querelle, la femme signifie à son amant que tout est rompu entre eux; alors celui-ci envoie successivement vers elle, pour l'apaiser: le Pitkamarda, le Vita et le Vidashaka.

Elle se rend enfin, elle revient chez son amant et passe la nuit avec lui.

Voici deux aphorismes au sujet des mignardises qui accompagnent l'union.

Lorsque la connexion est commencée, la passion détermine seule tous les actes des deux amants.

Toutefois l'homme doit s'étudier, pour reconnaître la manière de procéder qui lui donne le plus de ressources dans la connection.

Il doit aussi étudier la femme avec laquelle il a des rapports suivis pour se comporter avec elle de la façon qui lui procure le plus de plaisir.

La femme doit aussi faire sur elle-même et sur son amant les mêmes observations, afin de pouvoir seconder son bon vouloir dans la connection.

Le propre de l'homme est la rudesse et l'impétuosité, celui de la femme, la délicatesse, la tendresse, l'impressionnabilité, la répugnance pour les choses naturellement déplaisantes.

L'excitation et l'habitude peuvent produire des effets contraires à la nature de chaque sexe; mais ils ne sont que passagers, et celle-ci revient toujours.

APPENDICE AU CHAPITRE VI

Art d'aimer (Ovide, livre II).

«Je ne vous condamne pas à la fidélité, mais tenez secrets vos larcins d'amour.

Ne faites point à une femme de présents qui puissent être reconnus par un autre [25].

[Note 25: Le général Lecourbe s'amusa à faire cadeau du même costume pour la fête patronale à une douzaine de paysannes qu'il avait pour maîtresses dans le bourg qu'il habitait dans le département de l'Ain; ce n'est pas là le plus beau de ses exploits.]

«Si votre maîtresse découvre une infidélité, ne craignez pas de nier; n'en soyez ni plus soumis, ni plus caressant que de coutume; ce serait vous avouer coupable, mais prouvez lui par votre vigueur que vous êtes tout à elle.

«Mais si votre, amante se refroidit, laissez-lui croire à une infidélité. Heureux celui dont la maîtresse offensée s'évanouit, à qui elle arrache les cheveux, meurtrit le visage de ses ongles, qu'elle ne voit qu'en versant des larmes, et sans lequel elle voudrait, mais ne peut vivre.

«Hâtez-vous toutefois de mettre fin à sa désolation, sa colère pourrait s'aigrir en se prolongeant.

«Signez la paix dans son lit: c'est là que naquirent ces deux jumeaux, le pardon et la réconciliation.

«Voyez ces colombes qui viennent de se battre, elles se béquètent tendrement, elles se caressent et s'expriment leur amour par de doux roucoulements.

L'Infidélité (Properce, livre IV, Élégie VIII).

La querelle de Properce avec Cynthie est le modèle du genre.

«Un élégant attelage avait conduit à Lavinium ma Cynthie pour y faire à Vénus quelques sacrifices.

«Irrité de ses infidélités, je voulus changer de couche. J'invite une certaine Phillis peu séduisante à jeun, mais en qui tout plaît quand elle est ivre; et, avec elle Théia, femme aimable, mais à qui, dans le vin, un seul homme ne suffit pas.

«Je voulais passer la nuit avec elles, pour oublier mes chagrins et réveiller mes sens par la nouveauté.

«Un seul lit fut dressé pour nous trois, sur un gazon à l'écart.

«J'étais entre Théia et Phillis, Lydgamus nous versait à boire un vin grec de Métymne le plus exquis.

«Un égyptien jouait de la flûte, Phillis des castagnettes, et la rose pleuvait au hasard sur nos têtes, tandis qu'un nain ramassé dans sa courte grosseur agitait ses petits bras au son des instruments.

«Cependant nos lampes épuisées ne donnaient qu'une faible lueur. La table s'était renversée; les dés ne m'apportaient que des coups du plus triste augure.

«En vain Théia et Phillis chantaient et se découvraient le sein; j'étais sourd et aveugle, ou plutôt j'étais tout seul aux portes de Lanuvium.

«Soudain, ma porte crie sur ses gonds et j'entends à l'entrée un léger bruit.

«Bientôt, Cynthie rejette le battant avec violence; son regard nous foudroie; c'est toute la fureur d'une femme; c'est le spectacle d'une ville prise d'assaut.

«Dans son courroux, Cynthie jette ses ongles au visage de Phillis; et Théia, saisie d'effroi, appelle au feu le voisinage qui s'éveille, et les lumières brillent; dans la rue, s'élève un affreux tumulte; les deux femmes, les cheveux épars, se réfugient dans la première taverne qui s'ouvre.

«Cynthie, toute fière de sa victoire, revient alors près de moi, me frappe, au visage sans pitié, imprime ses ongles dans ma poitrine, me mord et veut m'aveugler.

«Lasse enfin de me frapper, elle saisit Lygdamus, caché dans la ruelle du lit et qui implore à genoux ma protection.

«Enfin, moi-même j'implore mon pardon à ses pieds; si tu veux, dit-elle, que j'oublie ta faute, jamais à l'avenir n'étale une vaine parure, ni au portique de Pompée, ni aux yeux licencieux du Forum; tu ne t'arrêteras jamais devant une litière entr'ouverte.

«J'accuse surtout Lygdamus de mes chagrins; qu'il soit vendu, et qu'il traîne à ses pieds une double chaîne.

«Ensuite, elle purifie la place que Phillis et Théia avaient touchée; elle me fait changer complètement de vêtements; et trois fois elle promène au bord de ma tête le souffle enflammé; après qu'on eut échangé le lin de ma couche, nous cimentâmes la paix par d'ardentes caresses.

CHAPITRE VII

Des goûts sexuels des femmes des diverses régions de l'Inde.

L'auteur donne sur les femmes des différentes contrées de l'Inde des renseignements qu'il destine aux hommes pour qu'au besoin ils sachent en faire usage.

Les femmes du centre, entre le Gange et la Jumma, ont des sentiments élevés et ne se laissent point faire de marques avec les ongles ni avec les dents.

Les femmes d'Avantika ont le goût des plaisirs bas et des manières grossières.

Les femmes du Maharashtra aiment les soixante-quatre sortes de voluptés. Elles se plaisent aux propos obscènes et sont ardentes au plaisir.

Les femmes de Patalipoutra (aujourd'hui Pathna) ont les mêmes ardeurs que les précédentes, mais ne les manifestent point publiquement.

Les femmes Dravidiennes, malgré les caresses de toutes sortes, s'échauffent difficilement et n'arrivent que lentement au spasme génésique.

Les femmes de Vanavasi sont assez froides et peu sensibles aux caresses et aux attouchements et ne souffrent point de propos obscènes.

Les femmes d'Avanti aiment l'union sous toutes ses formes, mais à l'exclusion des caresses accessoires.

Les femmes de Malva aiment les baisers, les embrassements et surtout les coups, mais non les égratignures et les morsures.

Les femmes de Punjab sont folles de l'auparishtaka (caresses avec la langue, plaisir lesbien)[26].

[Note 26: Plaisir lesbien ou saphisme, titillation ou succion du clitoris ou de la vulve ou de tous les deux avec la langue. Aujourd'hui le saphisme a remplacé généralement la tribadie.]

Les femmes d'Aparatika et de Lat sont très passionnées et poussent doucement le cri: Sit!

Les femmes de l'Oude ont les désirs les plus impétueux, leur semence coule avec abondance et elles y aident par des médicaments.

Les femmes du pays d'Audhra ont des membres délicats et sont très voluptueuses.

Les femmes de Ganda sont douces de corps et de langage.

APPENDICE AU CHAPITRE VII

Note I.--Les femmes du centre et du nord-ouest de l'Inde sont grandes et fortes, mais beaucoup moins délicates que celles du sud.

Ces dernières, d'une taille plutôt au-dessous qu'au-dessus de la moyenne, ont les membres très délicats et les attaches très fines. Elles ont toutes de belles dents, de beaux yeux et de beaux cheveux très noirs et très lisses, qu'elles ont soin d'oindre fréquemment d'huile; elles les roulent par derrière, en un chignon fixé à côté de l'oreille droite; elles les ornent de fleurs jaunes, et, quand elles le peuvent, elles y ajoutent des bijoux d'or placés au sommet de la tête ou à l'extrémité du chignon.

Les indiennes recherchées dans leur toilette se jaunissent, avec du safran, toutes les parties du corps qui se laissent voir, et se noircissent, avec une solution d'antimoine, le bord des paupières.

Selon leurs moyens, elles se parent de bracelets d'or, d'argent ou de cuivre. Celles qui sont riches se couvrent de bijoux.

La parure d'argent se porte aux jambes et aux pieds, quelquefois aux bras.

Chaque doigt de pied a son anneau particulier.

Enfin, elles portent au nez un anneau en or très mince, d'un décimètre de diamètre, de la même manière que nos femmes portent des boucles d'oreilles.

Les bijoux étant les seuls ornements des femmes indiennes, elles les gardent constamment, même lorsqu'elles vaquent aux soins domestiques dont aucune n'est dispensée, pas même les brahmines. Dans l'Inde, toutes les femmes se font épiler tout le corps.

Les femmes de l'Inde sont naturellement d'une très grande douceur.

Note 2.--Goûts sexuels des dames romaines sous les Césars.