Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 6

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Pour ces motifs et d'autres semblables, il est permis d'avoir des rapports avec des femmes mariées; mais il est bien entendu que c'est seulement dans un but particulier, et jamais en vue du seul plaisir, autrement il y aurait faute et péché [21].

[Note 21: Il est à peine besoin de faire remarquer que cette morale n'est admise que par les brahmanes; on n'en trouve trace nulle part ailleurs que dans leurs écrits, quelle qu'ait pu être la subtilité des casuistes.]

L'école de Babhravya professe qu'il est permis de jouir de toute femme qui a eu cinq amants; mais Ganakipoutra pense que, même dans ce cas, il doit y avoir des exceptions pour les femmes d'un parent, d'un brahmane savant et du roi. Vatsyayana dit que peu de femmes résistent à un homme bien secondé (N° 2, Appendice).

Il est défendu de s'unir aux femmes énumérées ci-après:

Lépreuses, lunatiques, rejetées de la caste, ne sachant pas garder les secrets, exprimant publiquement leur désir charnel, (N° 3, Appendice), atteintes d'albinisme (elles sont impures), et celles dont la peau, d'un noir intense, a mauvaise odeur.

Femmes amies [22], Femmes de la parenté (N° 4, Appendice); femmes ascètes avec lesquelles l'union sexuelle est interdite.

[Note 22: Ce respect pour les amies dont la liste est assez longue ainsi que celle de leurs qualités, honore les Hindous. Nous ne retrouvons pas ce scrupule louable au même degré en Europe où beaucoup de gens ont peine à croire à une amitié platonique entre personnes de sexes différents.]

Sont réputées femmes amies avec lesquelles l'union sexuelle est interdite:

Celles avec lesquelles nous avons joué dans la poussière (amies d'enfance), auxquelles nous sommes liés d'obligation pour services rendus.

Celles qui ont nos goûts et notre humeur.

Celles qui ont été nos compagnes d'études.

Celles qui connaissent nos secrets et nos défauts comme nous connaissons les leurs.

Nos soeurs de lait et les jeunes filles élevées avec nous; les amies héréditaires, c'est-à-dire appartenant à des familles unies par une amitié héréditaire.

Ces amies doivent posséder les qualités suivantes: la sincérité, la constance, le dévouement, la fermeté, l'exemption de convoitise, l'incorruptibilité, une fidélité à toute épreuve pour garder nos secrets.

APPENDICE AU CHAPITRE III

N° 1.--Sans doute les femmes mariées qui ont un amant, celles qui sont séparées de leur mari et les veuves. Celles-ci, en grand nombre dans l'Inde, et dans la force de l'âge, sont obligées d'avoir recours à l'avortement pour cacher les conséquences de leur inconduite qui, si elle était connue, serait punie par l'exclusion de la caste.

Toutes connaissent les drogues qui font avorter.

Quand la potion n'a pas produit l'effet voulu, quelques-unes ont recours à des moyens mécaniques qui, souvent, mettent leurs jours en danger.

Ce fait nous a été révélé par des médecins européens qui, dans des cas pareils, avaient été appelés par des femmes indigènes.

Lorsqu'aucun des moyens n'a réussi, les veuves enceintes prétextent un voyage ou un pèlerinage et s'en vont au loin faire leurs couches.

L'avortement était une pratique usuelle chez les femmes galantes de Rome, au temps d'Ovide. Ce poète consacre la 14e Élégie du Livre II _des Amours_ à reprocher ce crime à sa maîtresse, Corine.

«Quoi, dit-il, de peur que les rides de ton ventre ne t'accusent, il faudra porter le ravage sur le triste champ où tu livras le combat! Femmes, pourquoi portez-vous dans vos entrailles des engins homicides? Les tigresses ne sont pas si cruelles dans les antres de l'Hircanie, et jamais la lionne n'osa se faire avorter; et ce sont de faibles et tendres beautés qui commettent ce crime, non pas toutefois impunément. Souvent celle qui étouffe son enfant dans son sein périt elle-même; et, quand on emporte son cadavre encore tout échevelé, les spectateurs s'écrient: Elle a bien mérité son sort.»

N° 2.--_Art d'aimer, _Livre I. Ne doutez point que vous ne puissiez triompher de toutes les jeunes beautés; à peine sur mille en trouverez vous une qui vous résistera. Celle qui se rend aisément, comme celle qui se défend, aiment également à être priées.

Si vous échouez, qu'avez-vous à craindre? Mais pourquoi échoueriez-vous? On se laisse prendre aux attraits d'un plaisir nouveau, et le bien d'autrui nous paraît toujours préférable au nôtre.

Vous verrez plutôt les oiseaux se taire au printemps, et les cigales en été, qu'une femme résister aux tendres sollicitations d'un jeune homme caressant. Celle même qui paraît insensible brûle de secrets désirs.

Si les hommes s'entendaient pour ne pas faire les premières avances, les femmes se jetteraient dans leurs bras toutes pâmées.

Entendez dans les molles prairies la génisse qui mugit d'amour pour le taureau, et la jument qui hennit à l'aspect de l'étalon vigoureux.

N° 3.--Dans l'Inde, la décence extérieure est toujours observée entre les deux sexes, au point qu'il ne vient à la pensée de personne d'y manquer.

Quand on chemine en troupe, les hommes marchent en avant des femmes, et les attendent aux passages des gués, pour leur tendre la main par derrière. Les femmes se troussent alors jusqu'aux dessus des hanches, et jamais un homme ne se retourne pour regarder (abbé Dubois).

Toute provocation en public d'un sexe à l'autre, et même toute galanterie, sont absolument inconnues.

Une femme se croirait insultée par un homme qui lui témoignerait, au dehors, des attentions particulières.

On verra plus loin que, quand un homme veut courtiser une femme, il procède toujours par des voies indirectes, par des insinuations détournées, des propos à double sens qui semblent s'adresser à une autre personne.

Mais, dans le particulier, les femmes indiennes, habituées à se considérer comme uniquement faites pour le plaisir de l'homme, ne savent rien refuser aux sollicitations dont elles sont l'objet, lors même qu'elles manquent de tempérament et d'imagination, ce qui est le cas le plus ordinaire dans les pays Dravidiens (Sud de l'Inde).

N° 4.--Empêchement à l'union, doctrine de l'Eglise.

La Père Gury (Traduction P. Bert.)

Les casuistes hindous, on le voit, vont beaucoup plus loin que les chrétiens dans les incompatibilités pour l'acte sexuel; ils l'interdisent entre personnes dont les familles sont liées par une amitié héréditaire et à fortiori entre tous les parents à tous les degrés.

Dans sa théologie morale, le P. Gury défend l'inceste, l'union sexuelle avec des parents ou des alliés à des degrés prohibés par l'Eglise; au sujet de l'empêchement du mariage par l'alliance, il s'exprime ainsi:

810.--L'alliance est un lien qui s'établit avec les parents de la personne avec laquelle on a un commerce charnel; ou encore, un lien provenant d'un commerce charnel entre l'un et les parents de l'autre. Il y a donc alliance entre le mari et les cousins de la femme, et réciproquement.

L'alliance vient soit d'un commerce licite ou conjugal, soit d'un commerce illicite, fornication, adultère, inceste.

811.--L'alliance venant d'un commerce licite empêche le mariage jusqu'au 4° degré inclusivement; venant d'un commerce illicite, seulement jusqu'au 2° degré.

(On sait que l'autorité ecclésiastique accorde beaucoup de dispenses à cet empêchement).

Une alliance n'est contractée que par un acte sexuel accompli et consommé, de telle sorte que la génération puisse en résulter.

812.--Celui qui a péché avec les deux soeurs ou les deux cousines germaines, ou la mère ou la fille, ne peut épouser aucune des deux.

L'homme qui a péché avec la soeur, la cousine ou la tante de son épouse, est tenu de rendre, mais ne peut demander le devoir conjugal: parce que, comme il s'agit d'une loi purement prohibitive, l'innocent ne peut souffrir de la faute du coupable.

On n'est pas privé du droit de demander le devoir conjugal, pour avoir péché avec ses propres cousines, parce qu'on ne contracte par là aucune alliance avec son épouse.

(Mais c'est seulement quand ce péché a été commis avant le mariage, car l'adultère prive le coupable de son droit).

L'amitié, surtout héréditaire, la parenté et le rejet de la caste sont pour le brahmane les seuls empêchements rigoureux à l'acte sexuel; nous venons de voir qu'ils autorisent toujours la fornication et qu'ils excusent presque toujours l'adultère. Le Décalogue les interdit absolument et, à cet égard, le P. Gury n'est que l'interprète de la morale chrétienne dans les textes suivants:

411.--La luxure est un appétit déréglé dans l'amour et consiste dans un plaisir charnel (delectatio venerea) goûté volontairement en dehors du mariage. Or ce plaisir vient de l'excitation des esprits destinés à la génération et ne doit pas être confondu avec un plaisir purement sensuel qui provient de l'action d'un objet sensible sur quelque sens, par exemple d'un objet visible sur la vue. Autre est donc l'objet de la luxure, autre l'objet de la sensualité. Un plaisir sensuel, ou n'est pas coupable, ou n'excède pas la plupart du temps, en principe, un péché véniel.

412.--La luxure dans tous ses genres, dans toutes ses espèces, est, en principe, un péché grave. La luxure directement volontaire n'admet jamais matière légère.

_IX° Commandement de Dieu: _Luxurieux tu ne seras de fait ni de consentement.

C'est, avec un peu plus de rigueur, la morale de Zoroastre et des Iraniens.

Le Bouddha ne l'a adopté que pour ses religieux.

Il a permis aux laïques tout ce qui n'est pas compris dans la prohibition: «Le bien d'autrui ne prendras», en considérant comme _bien d'autrui _toute femme qui dépend d'un mari, ou de ses parents et tuteurs ou d'un maître.

TITRE III

DES CARESSES ET MIGNARDISES QUI PRÉCÈDENT OU ACCOMPAGNENT L'ACTE SEXUEL

CHAPITRE I

Des baisers.

On conseille de ne point, dans les premiers rendez-vous, multiplier les baisers, les étreintes et autres accessoires de l'union sexuelle; mais on pourra en être prodigue dans les rencontres qui suivront (Ap. N° 1).

On baise le front, les yeux, les joues, la gorge, la poitrine, les seins, les lèvres et l'intérieur de la bouche (Ap. N° 2).

Les habitants de l'Est baisent aussi la femme aux jointures des cuisses, sur les bras et le nombril.

Avec une jeune fille, il y a trois sortes de baisers:

Le nominal, le mouvant et le touchant.

Le nominal est le simple baiser sur la bouche, par l'apposition des lèvres des deux amants.

Dans le baiser mouvant, la jeune fille presse entre ses lèvres la lèvre inférieure de son amant; elle l'introduit dans sa bouche en lui imprimant un mouvement de succion.

Dans le baiser touchant, elle touche avec sa langue la lèvre de son amant, en fermant les yeux, et place ses deux mains dans les siennes.

Les auteurs distinguent encore quatre sortes de baisers:

Le droit, le penché, le tourné, le pressé.

Dans le baiser droit, les deux lèvres s'appliquent directement, celles de l'amant sur celles de l'amante.

Dans le baiser penché, les deux amants, la tête penchée, tendent leurs lèvres l'un vers l'autre.

Dans le baiser tourné, l'un des amants tourne vers lui, avec la main, la tête de l'autre, et, de l'autre main, lui prend le menton.

Le baiser est dit pressé lorsque l'un des deux amants presse fortement avec ses lèvres la lèvre inférieure de l'autre. Il est très pressé, lorsqu'après avoir pris la lèvre entre deux doigts on la touche avec la langue et la presse fortement avec une lèvre.

Entre amants, on parie à qui saisira le premier, avec ses lèvres, la lèvre inférieure de l'autre. Si la femme perd, elle doit crier, repousser son amant en battant des mains, le quereller et exiger un autre pari. Si elle perd une seconde fois, elle doit montrer encore plus de dépit, et saisir le moment où son amant n'est pas sur ses gardes, ou bien dort, pour prendre entre les dents sa lèvre inférieure, et la serrer assez fort pour qu'il ne puisse la dégager; cela fait, elle se met à rire, fait beaucoup de bruit et se moque de son amant; elle danse et s'agite devant lui, et lui dit, en plaisantant, tout ce qui lui passe par l'esprit; elle fronce ses sourcils en lui roulant de gros yeux.

Tels sont les jeux et les paris de deux amants à l'occasion des baisers.

Les amants très passionnés en usent de même pour les autres mignardises que nous verrons plus loin.

Quand l'homme baise la lèvre supérieure de la femme pendant que celle-ci, en retour, lui baise la lèvre inférieure, c'est là le baiser de la lèvre supérieure.

Quand l'un des amants prend avec ses lèvres les lèvres de l'autre, c'est là le baiser agrafe.

Quand, dans ce baiser, il touche avec la langue les dents et le palais de l'autre, c'est là le combat de la langue.

Le baiser doit être modéré, serré, pressé ou doux, selon la partie du corps à laquelle il est appliqué.

On peut encore ranger parmi les baisers la succion du bouton ou du mamelon des seins qui, dans les chants des Bayadères du Sud de l'Inde, est mentionnée comme un des préliminaires naturels de la connexion[23].

[Note 23: D'après le docteur Jules Guyot (_Bréviaire de l'amour expérimental_), cette succion doit être forte pour produire l'effet voulu (v. App.)]

Quand une femme baise au visage son amant endormi, cet appel est le _baiser qui allume l'amour_.

Quand une femme baise son amant qui est distrait ou affairé, ou bien le querelle, c'est le _baiser qui détourne_.

Quand l'amant attardé trouve l'amante couchée, et la baise dans son sommeil pour lui manifester son désir, c'est le _baiser d'éveil_. En pareil cas, la femme peut faire semblant de dormir à l'arrivée de son amant pour provoquer ce baiser.

Quand on baise l'image d'une personne réfléchie dans un miroir ou dans l'eau, ou bien son ombre portée sur un mur, c'est le _baiser de déclaration_.

Quand on baise un enfant que l'on tient sur ses genoux, ou une image, ou une statue, en présence de la personne aimée, c'est le _baiser que l'on transmet_.

Quand la nuit, au théâtre ou dans une assemblée d'hommes de caste, un homme s'approche d'une femme et lui baise un doigt de la main, si elle se tient debout, ou un doigt de pied, si elle est assise; ou bien quand une femme, en massant le corps de son amant, pose la figure sur sa cuisse, comme si elle voulait s'en faire un coussin pour dormir de manière à allumer son désir et lui baise la cuisse ou le gros doigt du pied, c'est le _baiser de provocation_.

Au sujet de ces baisers on cite les vers suivants:

«Quelque chose que l'un des amants fasse à l'autre, celui-ci doit lui rendre la pareille: baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour coup.»

APPENDICE AU CHAPITRE I

N° 1.--Bharlrihari (_l'Amour_, stance 26). «Heureux ceux qui baisent le miel des lèvres des jeunes filles couchées dans leurs bras, la chevelure dénouée, les yeux langoureux et à demi-clos, et les joues mouillées de la sueur qu'a provoquée la fatigue des plaisirs d'amour.»

N° 2.--Les caresses et mignardises précédemment décrites sont considérées par les Hindous, par les poètes latins et par beaucoup d'auteurs modernes, comme les excitants les plus efficaces à l'amour charnel.

Le docteur Gauthier pense, au contraire, que l'homme doit agir sur le coeur et sur l'imagination bien plutôt que sur les sens pour préparer la femme à l'union ou augmenter son amour. Il a sans doute raison quand il s'agit de la généralité des femmes honnêtes; en tout cas, il est bon de ne recourir aux moyens physiques qu'après avoir épuisé tous ceux qui ménagent la pudeur et la délicatesse.

N° 3.--De tous les théologiens catholiques, les Jésuites sont, on le sait, les plus indulgents; il suffit donc de citer le P. Gury pour comparer, sur les sujets semblables, les casuistes brahmaniques et catholiques.

_Théologie morale_, 413.--«Les baisers et les attouchements sur les parties honnêtes ou peu honnêtes constituent des péchés mortels, si on y cherche le plaisir charnel; véniels, s'il n'y a que de la légèreté, de la plaisanterie, de la curiosité, etc.»

«Ils ne sont pas coupables, si c'est la coutume ou si l'on agit par politesse ou par bienveillance.»

415. no 4.--«Mais doivent être considérés comme péchés mortels les baisers et attouchements sur les autres parties du corps que la décence et la pudeur prescrivent de voiler; tels, par exemple, que les baisers sur les seins, surtout entre personnes de sexes différents et aussi les baisers prolongés sur la bouche, notamment si on y introduit la langue.»

416.--«Les attouchements sur les parties honteuses ou qui y confinent, même lorsqu'ils ont lieu pardessus le vêtement, constituent, en général, un péché grave, à moins qu'on ne le fasse par pétulance, par plaisanterie, par légèreté ou en passant.»

«A plus forte raison, en dehors du cas de force majeure, il y a péché mortel toutes les fois qu'on touche pour le plaisir les parties honteuses de sexes différents.»

418.--«Regarder les parties honteuses ou les parties avoisinantes d'une personne d'un autre sexe constitue un péché mortel, à moins que ce ne soit de loin ou pendant fort peu de temps.»

918 P. Gury. _Théologie morale_.--«Tout ce qui est nécessaire pour accomplir l'acte conjugal ou pour le rendre plus facile, plus prompt ou plus parfait, est absolument permis aux époux, parce que si l'on permet la chose principale on perme aussi la chose accessoire ou le moyen qui y conduit.

«Tout ce qui est pour la génération est permis, tout ce qui est contre est péché mortel. Tout ce qui est en dehors est péché véniel, ou bien est permis.»

919.--«Il n'y a pas faute dans les baisers honnêtes, dans les attouchements sur les parties honnêtes ou moins honnêtes destinées à montrer l'affection conjugale ou à entretenir l'amour; parce que toute marque honnête d'amour, même tendre, est permise à ceux qui, d'après le lien du mariage, ne doivent faire qu'un seul coeur, une seule chair.

«Il n'y a pas faute _en principe_ dans les attouchements et les regards peu honnêtes s'ils visent _immédiatement_ à l'acte sexuel.

«Il en est de même s'ils sont _simplement_ déshonnêtes, mais nécessaires ou utiles pour exciter la nature; car alors ils sont comme une préparation à l'acte, comme des préliminaires.

«Il y a péché véniel dans les attouchements, les regards et les propos honteux qui ne visent pas _immédiatement_ l'acte conjugal et n'ont pas pour but d'entretenir l'amour légitime d'une manière modérée et raisonnable.»

CHAPITRE II

Des embrassements ou étreintes.

Les embrassements pour se témoigner un amour réciproque, sont de quatre sortes: par le toucher, par la pénétration, par le frottement ou la friction, par la pression.

Le premier a lieu lorsqu'un homme, sous un prétexte quelconque, se place à côté ou en face d'une femme, de telle sorte que les deux corps se touchent.

L'embrassement par pénétration se produit lorsque, dans un lieu solitaire, une femme se penche pour prendre quelque objet, et pénètre, pour ainsi dire, de ses seins l'homme qui, à son tour, la saisit et la presse[24].

[Note 24: Ce passage fait supposer qu'à l'époque où écrivait Vatsyayana les femmes allaient le sein nu, comme cela a lieu encore aujourd'hui dans quelques basses castes et pour les Pariahs. Dans certaines peintures ou sculptures très anciennes, on voit les femmes, même celle du roi, avec la gorge découverte.]

Ces deux premières sortes d'embrassement se font entre personnes qui ne peuvent se voir et se parler librement.

Le troisième embrassement a lieu quand deux personnes qui se promènent lentement, dans l'obscurité, ou dans un lieu solitaire, frottent leurs corps l'un contre l'autre.

Lorsque, dans les mêmes circonstances, l'un des amants presse fortement le corps de l'autre contre un mur ou un pilier, c'est de l'embrassement par pression.

Ces deux derniers contacts se font d'un accord commun.

Dans un rendez-vous, on se livre aux embrassements partiels, visage contre visage, sein contre sein, Jadgana contre Jadgana (partie du corps comprise entre le nombril et les cuisses), cuisses contre cuisses, et aux étreintes de tout le corps, avec toutes sortes de mignardises, la femme laissant flotter ses cheveux épars.

Ces étreintes portent les noms suivants: 1° celle du lierre; 2° celle du grimpeur à l'arbre; 3° le mélange du sésame avec le riz; 4° celui du lait et de l'eau.

Dans les deux premières, l'homme se tient debout; les deux dernières font partie de la connection.

1° La femme enserre l'homme comme le lierre l'arbre; elle penche la tête sur la sienne pour le baiser en poussant de petits cris: sut, sut; elle l'enlace et le regarde amoureusement.

2° La femme met un pied sur le pied de l'homme et l'autre sur sa cuisse, elle passe un de ses bras autour de son dos et l'autre sur ses épaules, elle chante et roucoule doucement, et semble vouloir grimper pour cueillir un baiser.

3° Contact: l'homme et la femme sont couchés et s'étreignent si étroitement que les cuisses et les bras s'entrelacent comme deux lianes et se frottent pour ainsi dire.

4° L'homme et la femme oublient tout dans leur transport; ils ne craignent et ne sentent ni douleur, ni blessures; se pénétrant mutuellement, ils ne forment plus qu'un seul corps, une seule chair, soit que l'homme tienne la femme assise sur ses genoux, ou de côté, ou en face, ou bien sur un lit.

Un poëte a formulé cet aphorisme sur le sujet:

«Il est bon de s'instruire et de converser sur les embrassements, car c'est un moyen de faire naître le désir; mais, dans la connexion, il faut se livrer même à ceux que le Kama Shastra ne mentionne pas, s'ils accroissent l'amour et la passion.»

On observe les règles du Shastra tant que la passion est modérée; mais quand une fois la roue de l'amour tourne, il n'y a plus ni Shastra ni ordre à suivre.

CHAPITRE III

Des pressions et frictions (App 1), égratignures, marques faites avec les ongles.

Généralement, les marques avec les ongles s'impriment sur les aisselles, la gorge, les seins, les lèvres, le Djadgana ou milieu du corps, et les cuisses.

Ce sont, aussi bien que les morsures, des témoignages d'amour singuliers, souvent affectés, entre amants très passionnés; ils se les donnent au premier rendez-vous, au départ pour un voyage, au retour, lors d'une réconciliation, enfin quand la femme est dans une ivresse quelconque.

On fait avec les ongles huit marques, par égratignures ou pressions: la sonore, la demi-lune, le cercle, le trait de l'ongle ou la griffe du tigre, la patte de paon, le saut du lièvre, la feuille de lotus bleu.

La sonore se fait en pressant le menton, les seins, la lèvre inférieure ou le Djadgana, assez doucement pour ne faire aucune marque ou égratignure, et seulement pour que les poils se hérissent au contact des ongles dont on entend le grattement.

Un amant en use ainsi avec une jeune fille, lorsqu'il la masse ou lui égratigne légèrement la tête et s'amuse à la troubler en l'effrayant.

La demi-lune: la courbe d'un seul ongle que l'on imprime sur le cou ou les seins.

Le cercle: l'ensemble de deux demi-lunes opposées. Cette marque se fait ordinairement sur le nombril, dans les petits creux qui se forment autour des fesses dans la station droite, aux aînes.

Le trait: un petit trait d'ongle que l'on imprime sur une partie quelconque du corps.

La griffe de tigre: ligne courbe tracée sur le sein.

La patte de paon: courbe semblablement tracée sur le sein avec les cinq ongles; celui qui la réussit est considéré comme un artiste.

Le saut du lièvre: la marque des cinq ongles est faite près d'un bouton du sein.

La feuille de lotus bleu: marques faites sur les seins ou les hanches en forme de feuilles de lotus.

Il existe encore d'autres marques et même en nombre illimité; car, dit un auteur ancien: «l'art d'imprimer les marques d'amour est familier à tous.» (App. n°2).

Vatsyayana ajoute: «De même que la variété est nécessaire dans l'amour, la variété, à son tour, engendre l'amour.

C'est pourquoi les courtisanes, qui n'ignorent rien de ce qui concerne l'amour, sont si désirables.

On ne fait point de marques avec les ongles sur les femmes mariées; mais on peut faire des marques particulières sur les parties cachées de leur corps, comme souvenir et pour accroître l'amour.