Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 24

Chapter 244,105 wordsPublic domain

«Je pleure Adonis; les amours sont en larmes. Le bel Adonis gît sur le mont, la cuisse blanche ouverte par une dent blanche, et en expirant doucement il remplit Vénus de douleur; un sang noir teint ses membres plus blancs que la neige; ses yeux sont fermés sous ses sourcils et les roses de ses lèvres ont disparu; avec elles a fui le baiser dont Vénus ne se détachera jamais. Car Vénus aimera toujours le baiser de l'amant qu'elle a perdu; mais Adonis ignore le baiser que, mort, il a reçu de Vénus.

«Je pleure Adonis; les amours sont en larmes. Cruelle, trois fois cruelle est la plaie béante de l'aîné d'Adonis, mais plus cruelle encore est la blessure faite au coeur de Vénus! les cheveux épars, à peine vêtue, les pieds nus, elle erre dans les bois; les buissons la déchirent et boivent son sang sacré; les larges vallées retentissent au loin de ses cris perçants qui appellent son époux syrien, _ses délices_.

«Des flots de sang baignent le corps inanimé d'Adonis jusqu'à la poitrine et rougissent son sein d'albâtre.

«Hélas, hélas[124]! gémit sur Vénus le choeur des amours! En même temps que son merveilleux amant, elle a perdu sa beauté sacrée. Car Vénus était belle quand Adonis vivait, et sa beauté est morte avec lui. Hélas, hélas! Tous les monts et tous les arbres répètent: Hélas, Adonis! Les cours d'eau sacrés s'associent au deuil de Vénus; les sources pures des montagnes pleurent aussi Adonis; les fleurs elles-mêmes se dessèchent de douleur; pendant ce temps Vénus, sur toutes les collines, dans toutes les vallées, fait entendre cette plainte: Malheur, malheur à Vénus! Le bel Adonis est mort. L'écho répète: le bel Adonis est mort.

[Note 124: Nous n'avons pu traduire que par le mot: hélas, le cri que poussaient les pleureuses et le cortège du mort. Le mot grec ou latin n'a pas d'équivalent en français.]

«Pourquoi une chasse téméraire? Beau, comme tu l'étais, pourquoi combattre un monstre?» C'est ainsi que Vénus exhalait sa douleur et les amours se joignaient à sa plainte. Hélas, hélas, Vénus! le bel Adonis est mort. Vénus verse autant de larmes qu'Adonis répand de sang. Des fleurs s'élèvent de la terre ainsi abreuvée,--une rose naît de chaque goutte de sang, une anémone de chaque larme.

«Je pleure Adonis; le bel Adonis est mort. Cesse, ô Vénus, d'errer désespérée dans la forêt. Voici une tendre couche; voici un lit préparé pour Adonis. Il est à Vénus, mais, toi, tu es mort, ô Adonis! et quoique mort, tu es beau, beau comme dans le sommeil. Dépose-le vêtu du léger habillement avec lequel il dormait près de toi d'un sommeil divin sur un lit d'or; ce lit lui-même tend les bras à Adonis tout sanglant. Quand il y sera couché, couronne-le d'or et de fleurs; à sa mort, toutes les fleurs se sont flétries avec lui. Oins ses membres de l'huile la plus précieuse, des plus riches essences. Périssent tous les parfums; puisque ton parfum, Adonis, a péri. Hélas! hélas! qui pourrait refuser ses pleurs au malheur de Vénus blessée dans son amour.

Dès qu'elle vit, qu'elle connut la blessure mortelle d'Adonis, dès qu'elle vit le sang rougir sa cuisse entr'ouverte, lui tendant les bras, elle s'écria: «Vis, Adonis, vis, infortuné, pour que je t'étreigne jusqu'au dernier moment, que je te serre dans mes bras et que je confonde mes lèvres avec les tiennes. Relève-toi, Adonis, pour me donner un baiser suprême, pendant le temps seulement que dure un baiser, un baiser par lequel le souffle de ta vie s'écoulera dans ma bouche et ton âme dans mon coeur; un doux baiser que j'épuiserai en buvant ton amour; un baiser que je garderai en moi comme Adonis lui-même, puisque toi, infortuné, tu fuis loin de moi, pour toujours, vers le sombre Achéron, vers le roi terrible et inexorable; et _moi_, malheureuse, je vis! déesse, je ne puis mourir pour te suivre.

«Reçois mon époux, ô Proserpine!

«Tu es bien plus puissante que moi, car tout ce qui est beau va vers toi. Hélas, mon désespoir est sans bornes et ma douleur inconsolable!

«Et je pleure Adonis que j'ai perdu et le chagrin me dévore! Tu meurs, ô trois fois regretté! mon bien-aimé a passé comme un rêve! Maintenant, Vénus est veuve et les amours sont en deuil. Son baudrier n'existe plus.

«Adonis est étendu couché sur la pourpre; autour de lui gémissent les amours éplorés, les cheveux rasés pour son deuil; l'un d'eux brise du pied ses flèches, l'autre son arc, un troisième son carquois empenné; un quatrième le déchausse; d'autres apportent de l'eau dans des bassins d'or, un amour lave sa blessure, un autre évente Adonis de ses ailes.

«Hélas! hélas! gémit sur Cythérée le choeur des Amours.

«L'hyménée a éteint sa torche tout entière au seuil de son temple. L'hymen refuse de développer la couronne nuptiale aujourd'hui, car la sienne est brisée. Le chant des épousailles ne répète plus hymen! hymen! il gémit: hélas, hélas! hélas, hélas, Adonis! bien plus encore hélas, hyménée!

«Les grâces pleurent le fils de Cinyre, s'écriant de concert: Hélas, hélas! Il est mort le bel Adonis! Et leurs cris sont encore plus perçants que les tiens, ô Dioné.

Les muses elles-mêmes pleurent Adonis; elles appellent Adonis par leur chant; mais lui reste sourd à leur appel. Ce n'est point qu'Adonis dédaigne d'y répondre. Mais Proserpine retient dans ses liens son captif.

«Cesse ton deuil, ô Cythérée; ne frappe plus ta poitrine, fais taire les cris plaintifs; au prochain anniversaire il faudra reprendre le deuil et les larmes.»

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

1er _Acte_. CHAPITRE I

SALOMON

1. Donne moi un baiser de ta bouche; tes mamelles sont meilleures que le vin.

2. Elles sont parfumées des onguents les plus suaves. Ton nom est de l'huile limpide. Sa douceur t'a gagné le coeur de tes compagnes.

3. Laisse moi te suivre. L'odeur de tes parfums nous guidera. Nous tressaillerons et nous nous réjouirons en toi, en nous rappelant tes mamelles plus douces que le vin: tu es l'amour des justes.

2e _Acte_. L'ÉPOUSE

4. Je suis noire, ô filles de Jérusalem, mais je suis belle, comme les tentes sur le Cedar, comme les pavillons de Salomon.

5. Ne faites pas attention à ma couleur, car le soleil m'a noircie. Les fils de ma mère se sont armés contre moi et m'ont forcé de garder les vignes. Mais je n'ai pas gardé ma propre vigne.

6. Apprends-moi, ô toi que mon âme chérit, le lieu où paît ton troupeau et celui où tu reposes à midi, afin que je ne m'égare pas vers les troupeaux de tes compagnons.

SALOMON

7. Si tu t'es perdue, ô la plus belle des femmes, va, suis les traces des troupeaux et fais paître tes boucs près des tentes des bergers.

8. O mon amie, tu ressembles à mes chevaux de guerre qui ont brillé aux chars de Pharaon.

9. Tes joues sont belles comme celles de la tourterelle; ton cou est comme un filet de perles.

10. Nous te ferons des colliers d'or marquetés d'argent.

L'ÉPOUSE

11. Pendant que le roi était dans son divan, mon nard a exhalé son parfum.

12. Mon bien aimé est pour moi comme un sachet de myrrhe, il reposera entre mes seins.

13. Mon bien aimé est pour moi comme une grappe de cypre dans les vignes d'Engaddi.

SALOMON

14. Tu es belle, ô mon amie! tu es belle! Tes yeux sont ceux des colombes.

L'ÉPOUSE

15. Tu es beau, ô mon ami, et plein d'éclat. Notre lit est de fleurs.

16. Les poutres de notre palais sont de cèdre et nos lambris de cyprès.

CHAPITRE II

L'ÉPOUSE

1. Je suis la fleur des champs et le lys de la vallée.

SALOMON

2. Tel le lys entre les épines, telle mon amie entre les jeunes filles.

L'ÉPOUSE

3. Tel l'oranger par rapport aux arbres sylvestres, tel mon bien aimé entre les jeunes hommes. Je me suis assise à l'ombre de celui que mon coeur désirait, et son fruit a été doux à mon palais.

4. Il m'a fait entrer dans son cellier à vin; il a rangé son amour pour moi comme des guerriers pour le combat.

5. Ceignez moi de fleurs odorantes; enguirlandez moi des feuilles et des fruits de l'oranger, fortifiez moi de toutes leurs senteurs, car je languis d'amour.

6. Il mettra sa main gauche sous ma tête et m'enlacera au-dessous des épaules de son bras droit.

SALOMON

7. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches des champs, de ne pas troubler son repos, de ne pas éveiller ma bien aimée contre son gré.

3e _Acte_. L'ÉPOUSE

8. J'entends la voix de mon bien aimé; le voici qui bondit dans la montagne et qui franchit les collines.

9. Comme le petit de la gazelle et le faon; le voici derrière notre mur; il regarde par les ouvertures de l'habitation; il s'efforce de voir à travers les grillages[125].

[Note 125: En Orient les habitations n'ont pas de fenêtres, mais des ouvertures fermées seulement par des persiennes ou des treillis.]

10. Voici que mon bien aimé me dit: Lève-toi, mon amie, ma colombe, ma toute belle et viens!

11. Car déjà la mauvaise saison est passée, les pluies ont cessé, les beaux jours sont revenus.

12. Les fleurs reparaissent dans notre terre; on va commencer la taille; on a entendu roucouler la tourterelle.

13. Le figuier forme ses fruits; les vignes en fleurs répandent leur odeur. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens.

SALOMON

14. Ma colombe est dans les cavités de la pierre, dans les retraits de la clôture; montre-moi ton visage, fais entendre ta voix; car ta voix est douce et ta figure charmante.

15. Qu'on prenne les petits renards qui dévorent les vignes; car notre vigne est en fleurs.

L'ÉPOUSE

16. Mon bien aimé est à moi et je suis à mon bien aimé qui se repaît au milieu des lys.

17. Jusqu'à ce que le jour ramène le zéphir et que les ombres se dissipent. Reviens, ô mon bien aimé, semblable à la gazelle et au faon, sur la montagne de Bether.

4e _Acte_. CHAPITRE III

L'ÉPOUSE

1. Pendant des nuits, j'ai cherché sur ma couche, celui qu'aime mon âme et je ne l'ai pas trouvé.

2. Je me lèverai et je parcourrai la ville; dans les bourgs et les carrefours, je chercherai celui qu'aime mon âme.--Je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé.

3. Les gardiens de la ville qui font la ronde de nuit m'ont rencontrée. «Avez-vous vu celui que mon âme chérit?»

4. Un peu plus loin, j'ai trouvé celui que mon âme chérit. Je l'ai pris avec moi et je ne le laisserai point aller que je ne l'aie fait entrer dans notre maison et amené dans l'appartement de ma mère.

SALOMON

5. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches des champs, de ne pas troubler son repos, de ne pas éveiller ma bien aimée avant la fin de son sommeil.

5e _Acte_.

6. Quelle est cette beauté qui s'avance du désert, semblable à une colonne de fumée issue des aromates de la myrrhe, et de toutes les poudres du parfumeur?

7. Autour du lit de Salomon veillent soixante vaillants entre les plus vaillants d'Israël.

8. Tous très aguerris, l'épée nue, appuyée à la cuisse, prêts contre tout danger nocturne.

9. Le roi Salomon s'est fait construire avec du bois du Liban un palanquin semblable à un trône.

10. Les colonnes sont d'argent, l'appui pour la tête est d'or, le baldaquin est de pourpre et le fond est une marqueterie qui charme les veux des filles d'Israël.

Sortez de vos maisons, ô filles de Sion, pour voir le roi Salomon avec le diadème dont l'a ceint sa mère, le jour de ses noces, jour de joie pour son coeur.

CHAPITRE IV

SALOMON

1. Que tu es belle, ô mon amie, que tu es belle! Tu as des yeux de colombe, sans parler de tes traits qu'on ne voit pas[126]. Tes cheveux sont comme les troupeaux de chèvres aux flancs du mont Galaad.

[Note 126: On suppose ici qu'une partie de la figure était voilée comme aujourd'hui celle des femmes arabes.]

2. Tes dents sont comme des brebis fraîchement tondues qui montent du lavoir chacune d'elles ayant sa gemelle et aucune n'étant stérile.

3. Tes lèvres sont une écharpe écarlate et ton parler est doux. Tes joues sont comme des moitiés de grenades, et ton voile cache d'autres attraits.

4. Ton cou est comme la tour de David munie de créneaux et à laquelle sont suspendus mille boucliers, toute l'armure des vaillants.

5. Tes seins sont deux faons gémeaux qui paissent entre les lys.

6. Jusqu'à ce que l'aube ramène le zéphyr et que les ombres disparaissent, j'irai à la montagne de myrrhe et à la colline d'encens.

7. Tu es parfaitement belle, ô mon amie, il n'y a sur toi aucune tache.

8. Viens du Liban, ô mon épouse, viens du Liban, viens! Laisse ton regard tomber sur moi du front de l'Amana, des sommets de Samit et d'Hermon, des demeures des lions, des montagnes des léopards.

9. Tu as fait à mon coeur une blessure incurable, ma soeur, mon épouse, avec un seul regard de tes yeux, avec une boucle de tes cheveux sur ton cou.

10. Que tes seins sont beaux ô ma soeur, mon épouse! ils sont plus beaux que le vin, et ton parfum surpasse tous les aromates.

11. Tes lèvres sont des rayons de miel; ta langue distille le lait et le miel; tes vêtements exhalent l'odeur de l'encens.

12. Ma soeur, mon épouse est un jardin fermé, une fontaine réservée, une source d'eau scellée[127].

[Note 127: Dans les versets 12 et 13, l'épouse est désignée comme la terre, le jardin, la fontaine de l'époux. Cette comparaison se continue au chapitre V, jusqu'au 6° acte, dans un langage figuré. Précédemment la vigne, le lys, etc., paraissent aussi désigner métaphoriquement l'épouse ou s'y rapporter.--Le dernier alinéa du 5° acte semble une manière d'exprimer la joie en la faisant partager aux amis.]

13. Ta terre est un paradis (jardin délicieux) de grenadiers, de pommiers, de cypre et de nard.

14. Qui abonde en nard, en crocus, en cynemone, en tous les bois odorants du Liban; la myrrhe, l'aloès et tous les meilleurs aromates y sont en profusion.

15. Fontaine des jardins; puits avivé par les eaux qui se précipitent du Liban.

16. Lève toi Aquilon; accours Auster: soufflez sur mon jardin et faites en exhaler les parfums.

CHAPITRE V

L'ÉPOUSE

1. Que mon bien aimé descende à son jardin, goûter l'orange et la grenade (_Appel de l'épouse_).

SALOMON

Je suis venu dans mon jardin, ma soeur, mon épouse; j'ai mélangé ma myrrhe et mes aromates dans les proportions voulues; j'ai goûté les rayons de mon miel; j'ai bu mon vin et mon lait; amis mangez et buvez! très chers enivrez-vous!

6e _Acte_. L'ÉPOUSE

2. Je dors et mon coeur veille: c'est la voix du bien aimé qui frappe à ma porte: «Ouvre-moi, ma soeur, mon amie; ma colombe, mon immaculée; car ma tête est trempée de rosée et mes cheveux dégouttent mouillés par la nuit.»

3. J'ai ôté ma tunique; comment pourrais-je la remettre? Je me suis lavé les pieds, comment les souillerais-je?

4. Mon bien aimé a introduit sa main par une fente et mon ventre a tressailli à son toucher.

5. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien aimé, la myrrhe coulait de mes mains et de mes doigts courbés en globe.

45. J'ai tiré le verrou de ma porte. Mais le bien aimé n'avait pas attendu. Il était parti. Mon âme s'était fondue à ses paroles. Je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé; je l'ai appelé et il n'a pas répondu.

7. Les gardiens de ronde m'ont rencontrée; ils m'ont frappée et blessée. Ils ont emporté mon voile.

8. Je vous en conjure, ô filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien aimé, dites lui que je languis d'amour.

LES JEUNES FILLES

9. Quel est ton bien aimé entre les aimés, ô la plus belle des femmes? Quel peut être ton bien aimé entre les aimés, pour que tu nous implores ainsi?

L'ÉPOUSE

10. Mon bien aimé est blanc et vermeil. Il brille entre des milliers.

11. Sa tête est l'or le plus pur, ses cheveux, souples comme des palmiers, sont noirs comme des corbeaux.

12. Ses yeux sont des colombes au bord de l'eau, qui ont été baignées avec du lait et se tiennent près des ruisseaux pleins.

13. Ses joues sont comme de beaux gâteaux d'aromates. Ses lèvres sont des lys qui distillent la myrrhe la plus excellente.

14. Ses mains sont des coupes d'or constellées de rubis. Son ventre est de l'ivoire parsemé de saphirs.

15. Ses jambes sont des colonnes de marbre montées sur des bases d'or.

Son aspect est celui du Liban et son port celui du cèdre.

16. Sa voix est des plus suaves, tout en lui séduit.

Tel est celui que j'aime et qui m'aime, ô filles de Jérusalem.

LES JEUNES FILLES

Où s'en est allé ton bien aimé? De quel côté s'est-il dirigé? Nous voulons le chercher avec toi.

CHAPITRE VI

L'ÉPOUSE RETROUVANT SON BIEN AIMÉ

1. Mon bien aimé est descendu vers le plant des aromates, pour jouir des délices de ses jardins et cueillir des lys.

2. Je suis à mon bien aimé et mon bien aimé est à moi, lui qui se repaît entre les lys.

SALOMON

3. Tu es belle, mon amie, douce et radieuse comme Jérusalem, imposante comme un front d'armée.

4. Détourne tes yeux de moi; car ils m'ont ravi hors de moi. Tes cheveux sont comme des troupeaux de chèvres qui pendent du Galaad.

5. Tes dents sont comme un troupeau de brebis au sortir du lavoir, dont chacune à sa jumelle et dont aucune n'est stérile.

6. Tes joues sont comme des moitiés de grenades sous le voile qui dérobe tes autres attraits.

7. J'ai soixante reines, quatre-vingts concubines et des jeunes filles sans nombre.

8. Mais ma colombe, ma parfaite est unique; elle est l'unique de sa mère, sa préférée, son tout.

Les jeunes filles l'ont vue et l'ont proclamée heureuse entre toutes. Les reines et les concubines l'ont elles-mêmes applaudie (en s'écriant):

9. Quelle est celle-ci qui apparaît comme l'aurore à son lever, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme un front d'armée.

10. Je suis descendu au verger pour voir les fruits de la vallée et savoir si la vigne a fleuri et si les orangers et les grenadiers ont ébauché leurs fruits.

11. Et je n'ai rien su, car mon âme était effarée et emportée bien loin comme les quadriges d'Aminadab.

12. Reviens, reviens, ô Sulamite, nous ne pouvons nous passer de ta vue.

CHAPITRE VII

1. N'admire-t-on pas en elle tout un choeur de danse? Que tes pas sont gracieux et que tes pieds sont beaux dans tes riches chaussures, fille de roi. Les jointures de tes jambes avec tes flancs ressemblent à des colliers d'un travail achevé.

2. Ton nombril est comme une coupe ciselée toujours pleine; ton ventre comme un tas de froment entouré de lys.

3. Tes seins sont comme un couple de faons gémeaux.

4. Ton cou est une tour d'ivoire. Tes yeux sont comme les piscines d'Hésebon aux portes de Beth-rabbim. Ton nez est comme la tour du Liban en face de Damas.

5. Ta tête est comme le mont Carmel et tes cheveux l'encadrent, comme de noires bordures la pourpre royale.

6. Que tu es belle! que tu es ravissante, ô la plus aimée des femmes.

7. Pour le port et l'élégance de la taille tu es un palmier; tes appas sont deux grappes.

8. J'ai dit: Je monterai sur le palmier et je cueillerai ses fruits. Tes seins seront pour moi les grappes de la vigne et l'odeur de ta bouche le parfum des oranges.

9. Ton gosier harmonieux est un vin excellent; c'est le vin favori du bien aimé; il fait les délices de ses lèvres et de ses dents.

L'ÉPOUSE

10. Je suis toute à mon bien aimé et il est tout à moi.

7° _Acte_

11. Viens, ô mon bien aimé, errons à l'aventure dans la campagne, reposons sous des toits rustiques.

12. Levons-nous le matin pour parcourir les vignes; regardons si elles sont en fleurs, si les fleurs donneront des fruits; si les orangers ont fleuri; Là je t'abandonnerai mes appas.

13. Les mandragores répandent leurs parfums. Nos arbres ont tous leurs fruits; anciens et nouveaux je les ai tous conservés pour toi, mon bien aimé[128].

[Note 128: Cela paraît encore une métaphore.]

CHAPITRE VIII

1. Que n'es-tu mon frère! que n'as-tu sucé les mamelles de ma mère! pour que, en tout lieu où je te rencontre, je puisse te couvrir de baisers sans que personne me regarde avec mépris.

2. Je te prendrai par la main et je te conduirai dans la maison de ma mère; j'écouterai tes leçons; je te préparerai pour breuvage un vin délicieux, et le jus des grenades et autres fruits semblables que j'exprimerai pour toi.

3. Sa main gauche sous ma tête, il m'enlacera au-dessous des épaules de son bras droit.

4. Je vous en conjure, ô filles de Jérusalem, ne troublez pas son repos, ne l'éveillez pas contre son gré.

8e _Acte_

SALOMON

5. Quelle est celle-ci qui s'avance du désert, éblouissante d'attraits, s'appuyant sur son bien aimé?--Je t'ai éveillée sous un arbre fruitier: Là ta mère a été fécondée, là elle t'a conçue.

L'ÉPOUSE

6. Mets-moi sur ton coeur comme un sceau (talisman), place-moi sur ton bras comme une amulette, car l'amour est fort comme la mort et la jalousie cruelle comme l'enfer; ses flambeaux sont les torches de l'incendie (le feu et la flamme).

7. Des torrents d'eau ne peuvent éteindre l'amour et la violence des flots ne saurait le ruiner. Si un homme donne toute sa richesse au lieu d'amour, c'est comme s'il ne donnait rien.

8. Notre soeur est petite et n'a pas encore de seins. Que ferons-nous à notre soeur lorsqu'on traitera pour elle?

9. Si c'est un mur couronnons le de défenses (créneaux) en argent; si c'est une porte, fermons la solidement avec des ais de cèdre étroitement assemblés.

10. Je suis un mur. Ma gorge est une tour. Je suis donc à ses yeux comme ayant trouvé le repos.

11. Salomon possède une vigne à Baal-Hamon; il y a préposé des hommes qui la gardent et donnent chacun mille pièces d'argent pour ses fruits.

12. Ma vigne à moi, c'est moi-même. Qu'il y ait mille pièces d'argent pour toi et deux cents pour ceux qui gardent les fruits.

13. Toi qui te repais dans les jardins, nos amis écoutent, fais-moi entendre ta voix.

14. Fuis, ô mon bien aimé! bondis comme la gazelle et le faon sur les montagnes embaumées par les aromates[129].

[Note 129: Ce verset, le dernier, semble indiquer la fin brusque d'une scène amoureuse.]

DERNIÈRES RÉFLEXIONS

Quelle simplicité! quelle sobriété! quelle noblesse d'expression! Et, par comparaison avec le Govinda Gita, quelle chasteté dans les images avec une passion plus vraie et plus forte!

Ce n'est pas sans doute l'éblouissante splendeur de la toute puissante nature de l'Inde immense; mais c'est la grande poésie de la mer et du désert qui entourent la terre promise et des montagnes qui la dominent ou accidentent son relief paré de la riche végétation des rives de la Méditerranée, au moins dans les parties citées.

C'est encore la vigueur de la nature animée, mélange de la force encore indomptée et de la douceur pastorale.

Le cantique lui emprunte des images tantôt suaves, tantôt sévères, toujours frappantes. Il en emprunte aussi au caractère viril de la population à la fois agricole et guerrière au temps des juges et des Rois. L'esclavage était une exception. Sous l'autorité du père, les membres des deux sexes de la famille, presque sur un pied d'égalité et tous menant une vie pure, travaillaient ensemble à faire fructifier l'héritage échu en partage à leurs pères. Ces traits ressortent dans la mise en scène et dans les actes du poëme.

Depuis le Cantique des Cantiques, l'envahissement des moeurs orientales, grecques et romaines, et l'oppression constante de la nation à la suite de malheurs inouïs, ont abaissé successivement de plus en plus le niveau moral de la femme juive. La lettre a tué l'esprit et les rabbins ont jeté ce cri patriotique: «Depuis la ruine du Temple, l'amour n'a plus de saveur.»

Selon eux, les aspirations naturelles de la femme juive se réduisent aux deux satisfactions suivantes que leur assure la Loi:

1° Le droit à la parure, pour qu'elle soit toujours séduisante. C'est le principe des Brahmes.--Il est prescrit aux juives de s'habiller magnifiquement le jour du sabbat. Aussi, dans tous les pays ou les juifs ont conservé leur costume, voit-on, les jours de fête, leurs femmes surchargées d'étoffes brodées d'or ou de couleurs éclatantes, de bijoux, etc.