Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 18

Chapter 183,869 wordsPublic domain

Toutes les fois qu'elle a besoin de quelque chose, ou d'argent, ou d'apprendre un des soixante-quatre arts, lui faire voir qu'il veut et peut faire ce qu'elle désire et lui montrer tout ce qui peut lui plaire. De même, l'entretenir en compagnie des faits et gestes des gens et de divers sujets, tels que les bijoux, les pierres précieuses. Dans ce cas, lui montrer certains objets dont elle ne connaît point les prix et, si elle conteste les évaluations, ne point la contredire et se montrer d'accord avec elle en tout point (_App. 2_).

Telle est la manière d'entrer dans l'intimité d'une femme.

APPENDICE AU CHAPITRE VI

Ovide, _Art d'aimer,_livre I.

N° 1.--«Au cirque, asseyez-vous auprès de votre maîtresse, approchez-vous d'elle le plus possible, pressez-la de voire corps en prétextant le peu d'espace. Entrez en conversation en lui parlant d'abord de choses générales.

«S'il tombe un peu de poussière sur son sein, enlevez-la d'un doigt léger. S'il n'y a rien, ôtez-le quand même.

«Relevez avec empressement ses vêtements, s'ils tombent à terre, et empêchez que rien ne les salisse.

«Veillez à ce que ceux qui sont assis derrière elle n'appuient pas leurs genoux contre ses blanches épaules. Les coeurs légers se prennent par de petits soins. Que d'amants ont été largement payés d'avoir éventé une beauté, d'avoir à propos arrangé pour elle un coussin ou placé un banc sous ses pieds!»

N° 2.--«Lorsque, autour de la table du festin, vous serez assis près d'une belle sur le même lit, vous pourrez dire, à mots couverts, mille choses que la belle sentira s'adresser à elle, lui faire lire votre amour dans des emblèmes. Que votre regard décèle votre flamme, que votre visage muet exprime votre passion. Saisissez le vase qu'elle vient de porter à sa bouche et buvez du même côté (en Allemagne les époux, pendant toute leur vie, boivent à table dans le même verre). Prenez des mets qu'elle aura touchés, et qu'alors votre main rencontre la sienne.

«Gagnez l'amitié de son époux. Si l'on boit à la ronde, laissez-le boire avant vous. Mettez sur sa tête votre couronne; lors même qu'il serait d'un rang inférieur au vôtre, faites qu'il soit servi toujours le premier; soyez toujours de son avis.

«Simulez une légère ivresse et, à la faveur de cette feinte, tenez à votre belle des propos galants. Souhaitez-lui d'heureuses nuits, des nuits de bonheur partagé. Au moment où l'on se lève de table, profitez du mouvement qui se fait alors pour vous approcher de votre belle, lui serrer la taille et, de votre pied, toucher le sien.

«Alors commencez hardiment l'attaque; dites et faites croire que vous êtes mortellement blessé. En jouant l'amour vous éprendrez réellement.

«Soyez prodigues de promesses; ce sont elles qui entraînent les femmes. Prenez tous les dieux à témoin de vos engagements. Pour tromper Junon, Jupiter jurait par le Styx; il livre en riant aux enfants d'Éole les parjures des amants.

«Croyons, _car cela est nécessaire_ [57], qu'il y a des dieux _qui ne sont pas inertes_ [58] et qui nous voient; vivons dans l'innocence, la bonne foi et le respect religieux des serments, et ne nous jouons que des belles. C'est le seul cas où nous ne devons pas avoir honte de la fraude. Trompons le sexe trompeur. Les femmes ont le privilège de la perfidie; qu'elles tombent dans les pièges qu'elles-mêmes ont dressés.

[Note 57: Les mots en italiques prouvent qu'Ovide était sceptique, au moins en ce qui concerne les dieux, comme, du reste, tous les gens instruits de son temps.]

[Note 58: Allusion aux écoles philosophiques qui admettaient un dieu ou des dieux inertes, c'est-à-dire qui niaient la providence.]

CHAPITRE V

Comment on reconnaît les sentiments et les dispositions d'une femme.

Quand on s'efforce de séduire une femme, il faut reconnaître ses dispositions et agir comme il suit.

Si elle écoute les doux propos, mais sans manifester en aucune manière ses intentions, il faut recourir à une entremetteuse.

Si, après une entrevue, elle se rend à une seconde mieux parée qu'à la première, ou si elle vient trouver le poursuivant dans un lieu solitaire, celui-ci peut être certain qu'elle ne lui opposera qu'une faible résistance.

Une femme qui encourage un homme et ne se donne pas est une tricheuse en amour; mais, à cause de l'inconstance de l'esprit féminin, elle peut finir par céder, si on reste toujours en liaison intime avec elle (App. 1).

Quand une femme fuit les attentions d'un homme et, par respect pour lui et pour elle-même, évite de se trouver avec lui ou de s'approcher de lui, il peut la séduire, mais avec beaucoup de difficulté, soit en s'efforçant de se mettre avec elle dans des termes de familiarité, soit en se servant d'une entremetteuse très habile.

Lorsqu'une femme se rencontre seule avec un homme et lui touche le pied, et puis par crainte ou indécision prétend qu'elle l'a fait par mégarde, on peut en venir à bout par la patience et par des efforts continuels comme les suivants.

Quand il lui arrive d'aller dormir dans son voisinage, l'homme passera autour d'elle son bras gauche, et verra si, au réveil, elle le repousse sérieusement ou de manière à laisser deviner qu'elle désire qu'il recommence. Dans ce dernier cas, il l'embrassera plus étroitement. Si alors elle se dégage et se lève, mais sans rien changer à sa manière d'être habituelle avec lui, il en conclura qu'elle ne demande pas mieux que de se rendre. Si, au contraire, elle ne revient pas, il lui enverra une entremetteuse. Si elle reparaît ensuite, il pourra la croire consentante.

Quand une femme offre à un homme l'occasion de lui manifester son amour, il doit en jouir de suite.

Voici les signes par lesquels elle fait connaître son amour.

Elle se rend chez l'homme qui lui a plu sans en avoir été priée.

Elle se fait voir à lui dans des lieux secrets.

Elle lui parle en tremblant et sans articuler les mots.

Elle a les doigts des pieds et des mains humides de sueur; le sang lui monte au visage par l'effet du plaisir qu'elle éprouve quand elle le voit.

Elle se complaît à lui _masser_[59] le corps et à lui presser la tête.

[Note 59: Le mot en italiques doit, dans certains cas, être remplacé par _pincer avec les doigts_, ce qui, de la part de quelques personnes, est une caresse.]

Quand elle le masse, elle n'y emploie qu'une main et, avec l'autre, elle touche et embrasse des parties de son corps.

Elle laisse ses deux mains posées sur son corps sans mouvement comme par l'effet d'une surprise ou de la fatigue.

Elle place une de ses mains au repos sur son corps, et quand il serre cette main entre deux de ses membres, elle la laisse ainsi longtemps sans la retirer.

Enfin, quand elle a résisté un jour jusqu'au bout aux efforts de l'homme pour la posséder, elle retourne le lendemain pour le masser comme auparavant.

Quand une femme, sans encourager ni éviter un homme, se cache et s'isole, il faut recourir à une servante qui l'approche (App. 2).

Si, malgré cela, elle continue à s'isoler, on ne peut la séduire qu'à l'aide d'une entremetteuse habile. Mais si elle ne fait rien répondre par celle-ci, il faut réfléchir avant de faire de nouvelles tentatives.

APPENDICE AU CHAPITRE V

Ovide, _Art d'aimer_, livre I.

N° 1.--«Sondez d'abord le terrain par un billet doux qui fasse votre première déclaration, qu'il exprime votre tendresse et renferme, quelque soit votre rang, de vives prières.

«Promettez, promettez beaucoup, cela coûte si peu. C'est là une richesse que tout le monde possède. Quand vous aurez donné, on vous quittera, car on sera payé d'avance. L'important et le difficile, c'est d'obtenir une première faveur avant d'avoir rien donné; pour ne pas en perdre le prix, on vous en accordéra toujours de nouvelles.

«Si on vous renvoie votre billet sans le lire, ne vous rebutez pas de ce refus et insistez. Si, après avoir lu votre lettre, on la laisse sans réponse, continuez vos écrits, on finira par vous écrire. Peut-être vous priera-t-on de cesser vos poursuites! Continuez-les, on désire ce qu'on repousse; vous verrez bientôt vos voeux accomplis.

«Si vous rencontrez votre maîtresse couchée dans sa litière, abordez-la, mais comme par hasard. Prenez garde qu'un rival ne vous entende et exprimez-vous par des phrases à double sens.»

N° 2.--«N'épargnez rien pour gagner la femme de chambre, si elle est la confidente de sa maîtresse. Saisissez le moment où celle-ci se plaindra de l'infidélité de son époux et de l'offense d'une rivale. Que, le matin, la soubrette, en peignant ses cheveux, attise son courroux; qu'elle lui dise à demi-voix:--Non, je ne pense pas, vous ne pouvez lui rendre la pareille. Qu'ensuite elle parle adroitement de vous; qu'elle jure que vous êtes fou d'amour, que vous en mourrez, surtout qu'elle se hâte de peur que l'orage ne se dissipe. La colère d'une belle est comme le nuage qui lance l'éclair, mais se fond vite.

«Attachez-vous les valets eux-mêmes. Vous pouvez, sans vous dégrader, les saluer chacun par son nom et leur prendre la main. Ajoutez à cela quelques petits cadeaux s'ils vous en demandent; mettez dans vos intérêts tout ce monde, y compris le portier et l'esclave qui veille à la porte de la chambre à coucher.»

CHAPITRE VI

CONCLUSION DU TITRE IX

La connaissance d'une femme une fois faite, si elle trahit son amour par divers signes extérieurs et par les mouvements de son corps, l'homme ira jusqu'au bout; toutefois, avec une vierge, il usera de délicatesse et de précaution.

Quand il a triomphé de sa timidité, il fait avec elle un échange de présents, habits, anneaux, fleurs; ces présents doivent être beaux et de prix. Il lui demandera de porter dans ses cheveux ou à la main les fleurs qu'il lui aura données. Puis il l'emmènera à l'écart, la baisera et l'enlacera. Enfin, au moment où il échangera avec elle du béthel et des fleurs, il lui touchera et lui pressera l'yoni, et, après l'avoir excitée, il arrivera à ses fins.

Quand on courtise une femme, il ne faut pas, dans le même temps, chercher à en séduire une autre. Mais quand on a réussi auprès de la première et joui d'elle assez longtemps, on peut conserver son affection en lui faisant des présents qui peuvent la satisfaire et ensuite entreprendre une autre conquête (App. 1).

Quand on voit le mari se rendre à quelque endroit voisin de la maison, il ne faut rien faire à la femme, lors même qu'il est facile d'obtenir son consentement[60].

[Note 60: Il faut sans doute attribuer à quelque superstition ce scrupule fort surprenant après une absence si complète de scrupules dans tout ce qui précède.]

En résumé, l'homme se fait introduire près de la femme et engage une conversation avec elle. Il lui fait connaître son amour par des insinuations et, si elle l'encourage, commence sans hésiter un siège en règle.

Une femme qui, à la première entrevue, manifeste son amour par des signes extérieurs, s'obtient très facilement. De même, une femme qui, aux premiers propos d'amour qu'on lui adresse, exprime ouvertement de la satisfaction, peut être de suite considérée comme prise. En règle générale, quand une femme, qu'elle soit sage, naïve ou confiante, ne déguise point son amour, elle a déjà capitulé.

Voici quelques aphorismes en vers à ce sujet.

«Le désir qui naît de la nature et est augmenté par l'art, et dont la prudence écarte tout danger, acquiert force et sécurité. Un homme habile et de ressources observe avec soin les pensées et les sentiments des femmes et évite tout ce qui peut les blesser ou leur déplaire; de cette manière, il réussit généralement auprès d'elles.

Un homme habile qui a appris par les Shastras les moyens de faire la conquête des femmes des autres, n'est jamais _un mari trompé._

Il ne faut pas, cependant, se servir de ces moyens pour séduire les femmes mariées, parce qu'ils ne réussissent pas toujours, qu'ils exposent à de cruelles mésaventures et à la perte du Darma (mérite religieux) et de l'Artha (la richesse).

L'art de la séduction a été décrit ici pour le bien de tous et pour apprendre aux maris à garder leurs femmes: on ne doit pas s'en servir _uniquement_ pour prendre les femmes des autres[61].

[Note 61: Voir l'observation en tête de l'Appendice.]

APPENDICE AU CHAPITRE VI

L'hypocrisie de cette justification finale est manifeste. Ce qu'il faut blâmer surtout dans notre auteur, c'est d'autoriser la séduction faite de propos délibéré.

On voit, dans des romans remarquables et dans la vie réelle, des amants qui ne se sont donnés l'un à l'autre qu'après avoir résisté sincèrement à leur passion et à qui leur honorabilité sur tous les autres points a fait presque pardonner l'irrégularité de leur union tenue plus ou moins secrète. Telle paraît avoir été la liaison de Properce avec Cynthie qui était mariée et à laquelle le poète adressa des éloges et des regrets éloquents qu'il faut citer.

N°1.--Élégie XIX. «Sa danse est plus gracieuse que celle d'Ariadne conduisant les choeurs. Sa lyre le dispute à celle des Muses. Ses écrits surpassent ceux de l'antique Corine et ses poésies celles de la célèbre Érinne.

«La couche du maître des dieux la recevra un jour, car la terre n'a pas vu depuis Hélène une beauté si accomplie.»

L. II, Élégie XV. «Que de fois j'ai partagé ta couche, et cependant mes _présents ne m'ont point acheté une de ces nuits fortunées;_ qu'on me serre les bras avec une chaîne d'airain, pour voler vers toi, ô mon amie! je saurai briser l'airain le plus dur. Oui, Cynthie, je serai à toi jusqu'à ma dernière heure; fidèles au même serment, le même jour nous emportera tous deux.»

«Je ne crains point, ô ma Cynthie, le séjour des ombres, mais seulement que ton amour fasse défaut à ma tombe, car le mien m'a pénétré si profondément que ma cendre ne pourra s'en séparer.»

«Non ego nunc tristes vereor, mea Cynthia, manes Sed ne forte tuo careat mini funus amore.»

Properce, plus jeune que Cynthie, lui survécut sans l'oublier; de sa tombe, elle lui inspira encore de beaux vers.

L. IV, Élégie VII. L'ombre de Cynthie.

«Je la vis s'incliner sur ma couche. Elle avait les mêmes yeux, la même chevelure que sur le lit funèbre; mais ses vêtements étaient à demi-brûlés.»

«Perfide, me dit-elle, faut-il que le sommeil ferme déjà tes yeux; as-tu déjà oublié nos amoureux larcins et cette fenêtre à laquelle je me suspendais tour à tour de chaque main pour me jeter dans tes bras. Souvent les rues furent les témoins de nos caresses, la voie fut échauffée de nos vêtements et par nos poitrines serrées l'une contre l'autre. Où sont tes muets serments? Personne ne m'a fermé les yeux à mon dernier instant. Ingrat! pourquoi n'as-tu pas apporté toi-même la flamme sur mon bûcher.»

«J'en jure par le Destin, et que Cerbère épargne mon ombre si ma parole est vraie, je ne te fus jamais infidèle; si je mens, que le serpent siffle sur mon tombeau et repose sur mes tristes restes; pour moi, je me tais sur tes nombreuses perfidies.

«Aujourd'hui, si les enchantements de Doris ne t'ont rendu ma mémoire indifférente, écoute ma prière:

«Que ma nourrice Parthénie ne manque de rien dans sa tremblante vieillesse, elle qui a toujours favorisé ton amour sans recevoir de présents. Brûle les vers que tu fis pour moi; arrache de mon tombeau le lierre qui brise mes os; sur les bords fleuris de l'Anio, élève à ma cendre une colonne où tu graveras une épitaphe digne de Cynthie.

«Ne dédaigne point un songe qui vient par la porte pieuse; la nuit permet aux ombres d'errer à leur gré, mais le matin nous rappelle aux rives du Léthé. Adieu, sois maintenant à d'autres; bientôt je te possèderai seule et mes ossements se presseront contre les tiens.»

TITRE X

DU COURTAGE D'AMOUR

CHAPITRE I

Des auxiliaires pour les intrigues amoureuses.

Charayana dit qu'on peut se lier, pour être assisté par eux dans des affaires de coeur, avec des gens de condition inférieure: des buandiers, des barbiers, des vachers, des fleuristes, des droguistes, des aubergistes, des mendiants, des marchands de bétel, de pithamardas (magisters), des vitas (parasites) et des vidashka (bouffons).

On peut aussi avoir pour amies officieuses les femmes de ces gens.

Les auxiliaires nécessaires dans les intrigues amoureuses doivent posséder les qualités suivantes: adresse, hardiesse, pénétration, absence de scrupule et de honte, observation et appréciation exacte de tout ce qui se dit et se fait et de l'intention.

Bonnes manières, connaissance des temps et des lieux favorables pour chaque chose, initiative, intelligence vive, jugement rapide, esprit de ressources pour parer à tout sur le champ.

On distingue plusieurs sortes d'entremetteuses ou messagères d'amour[62]:

1° _L'entremetteuse qui fait tout_ est celle qui, ayant remarqué l'amour mutuel de deux personnes, s'emploie spontanément à les réunir l'une à l'autre[63].

2° _L'entremetteuse pour son propre compte_, c'est la femme qui va trouver un homme dont elle veut être la maîtresse, ou bien celle qui, chargée d'une intrigue, travaille pour elle-même (App. 1).

3° La femme mariée qui sert d'intermédiaire à son époux[64].

4° L'entremetteuse qui porte seulement une lettre; elle apporte la réponse, le plus souvent orale[65].

5° Quand le billet doux est caché dans un bouquet de fleurs et la réponse de même, on dit que la messagère est muette.

6° _L'entremetteuse qui fait l'office du vent_ est celle qui porte un message à deux sens dont le véritable ne peut être compris que par la personne à laquelle on s'adresse; la réponse peut se rendre de même.

Une femme astrologue ou diseuse de bonne aventure, la soubrette, la mendiante, l'ouvrière, sont d'habiles entremetteuses qui gagnent vite la confiance des femmes.

Elles savent brouiller les gens entre eux quand il le faut, vanter les charmes d'une femme et ses talents dans l'art des voluptés.

[Note 62: Dans cette énumération que nous abrégeons, on reconnaît encore l'amour des écrivains de l'Inde pour les catégories et les divisions qui dépasse même la manie casuistique.]

[Note 63: C'est l'entremetteuse que, par un jeu d'esprit, Socrate loue beaucoup à la fin du _Banquet_, disant que le métier le plus beau est celui qui rapproche les coeurs en éveillant la sympathie mutuelle.]

[Note 64: Dans ce passage et dans un autre concernant les intrigues du roi (titre VIII, chap. II), on voit que la susceptibilité légitime des épouses était peu ménagée. Probablement celles qui consentaient à cette complaisance le faisaient par un calcul personnel, comme Livie pour Auguste et Mme de Pompadour pour le parc aux Cerfs de Louis XV.]

[Note 65: D'après le père Gury, un serviteur ne peut, sans péché mortel, à moins d'une raison grave (par exemple la crainte de perdre un moyen d'existence qu'il ne retrouvera pas), accompagner son maître chez une concubine, ni porter des messages à une courtisane.]

Elles savent aussi parler hardiment de l'amour d'un homme, de son habileté dans les plaisirs sexuels et des femmes, même plus belles que celle qu'il poursuit, qui seraient heureuses de l'avoir pour amant; elle explique les entraves que sa situation de famille met à ses démarches.

Enfin, une entremetteuse peut, par des propos adroits, donner à un homme une femme qui ne pensait même pas à lui ou à laquelle il n'aurait pas osé aspirer.

Elle sait aussi ramener une femme à l'homme qu'elle a quitté pour un motif quelconque et réciproquement.

APPENDICE AU CHAPITRE I

La femme de chambre qu'Ovide conseille de gagner est souvent une entremetteuse qui travaille pour elle-même; le poète indique la conduite à tenir avec elle.

N° 1.--Livre I. «Vous me demandez s'il est avantageux de coucher avec la confidente? Il est telle suivante que, par là, vous mettrez mieux dans vos intérêts; telle autre qui vous servira moins bien, car elle voudra vous garder pour elle-même le plus possible. D'ailleurs ce jeu, s'il était découvert, vous ferait éconduire avec quelque ridicule. Si cependant celle que vous avez prise pour mercure-galant vous plait beaucoup par sa beauté, hâtez-vous de jouir de sa maîtresse et que la soubrette ait ensuite son tour.

«Quand vous aurez commencé l'attaque de la confidente, pressez-la vivement et remportez vite la victoire, car c'est alors seulement que vous serez à l'abri de toute trahison de sa part. Si vous êtes vous même discret, vous aurez en elle une complice d'un dévouement à toute épreuve.»

N° 2.--L. III. «Je me suis plaint, il m'en souvient, de la défiance qu'il fallait avoir de ses amis; ce reproche ne s'applique pas seulement aux hommes. Si vous êtes trop confiantes, jeunes beautés, d'autres chasseront sur vos brisées et vous aurez fait lever le lièvre pour une autre.

Cette amie complaisante qui vous prête sa chambre et son lit, plus d'une fois je me suis trouvé en tête-à-tête avec elle. Si vous voulez que la réponse ne s'attarde pas, évitez d'employer une messagère trop jolie.

CHAPITRE II

Rôle de l'entremetteuse

L'entremetteuse gagne la confiance de la femme en se conformant à son humeur et à ses volontés; ensuite elle s'efforce de lui faire prendre son mari en haine ou en mépris. Elle commence par des conversations artificieuses, par exemple en lui indiquant des recettes pour avoir des enfants, en causant avec elle de tout le monde, en lui racontant beaucoup d'histoires, surtout sur les autres femmes mariées, en exaltant sa beauté, sa sagesse, sa générosité, son bon naturel[66].

[Note 66: L'entremetteuse faisait l'office du Roman moderne qui, dans tous les cas, donne tort au mari. Elle jouait le rôle qu'Ovide prête à la femme de chambre gagnée par l'amour. Ce rôle de dénigrement est loin de justifier l'éloge humoristique que Socrate faisait du métier d'entremetteuse.]

Puis elle lui dira: Quel malheur qu'une femme comme vous soit affligée d'un tel mari! Belle dame, il n'est même pas digne d'être votre valet.

Elle lui parlera ensuite de sa froideur, de sa jalousie, de sa malhonnêteté, de son ingratitude, de son aversion pour les plaisirs, de sa sottise, de sa ladrerie et de tous les autres défauts qu'il peut avoir et qu'elle peut connaître.

Si le mari est un homme lièvre (n° 1) et la femme une femme cavale (n° 2), ou éléphant (n°3), elle fera ressortir ce genre d'infériorité relative du mari[67].

[Note 67: L'auteur ne dit rien du cas de l'union supérieure ou très supérieure. Donc les dames indiennes le trouvent toujours bon; ailleurs, les goûts sont partagés; quelques belles pensent que tout dépend de l'habileté du jeu.]

Une fois le terrain déblayé du mari, l'entremetteuse parle de la soumission et de l'amour du soupirant. Quand elle a fait quelque progrès dans la confiance de la femme, elle lui dit: «Belle dame, ce jeune homme, après vous avoir vu, a perdu la raison; l'infortuné qui a le coeur très tendre n'a jamais souffert aussi cruellement, très probablement il succombera.

Si la jeune femme l'écoute avec faveur, le lendemain l'entremetteuse, après avoir reconnu ses bonnes dispositions sur son visage, dans ses yeux et dans son langage, reprendra avec elle son entretien sur l'amoureux, lui contera au long les amours d'Indra avec Ahalya[68] et ceux de Dushyanti avec Sakountala[79] et d'autres semblables.

[Note 68: Ahalya, la femme du sage Gautama, séduite par Indra.]

[Note 69: Sujet du poème tant admiré de _Goethe_.]

Elle vantera alors la force du jeune homme, ses talents et son habileté dans les soixante-quatre sortes de voluptés; elle dira aussi les bontés qu'a eues pour lui quelque femme remarquée, quand bien même cela ne serait pas vrai.

En outre l'entremetteuse observera avec beaucoup d'attention la manière d'être de la femme; si celle-ci est favorable, son accueil sera empressé, affectueux.