Théologie hindoue. Le Kama soutra.
Chapter 16
Dans l'Inde, la condamnation prononcée par Manou a ôté à la femme le respect des autres et d'elle-même.
Aux reproches les plus graves la femme hindoue répond: «Après tout, je ne suis qu'une femme.»
La femme occupe cependant une bien meilleure place chez les Hindous que chez les Musulmans dans la famille où elle est beaucoup plus utile, plus libre et plus respectable. Toutefois, comme elle n'a ni instruction, ni valeur morale, on n'a pour elle d'autres sentiments que ceux qu'on a en France pour une bonne domestique. Souvent ses fils l'injurient. Manou ne prescrit aucuns égards envers la mère, tandis que le Bouddha a fait à son sujet mille recommandations qui sont pieusement suivies encore de nos jours.
N° 4. Manou, livre IX:
«La femme qui ne trahit point son mari, dont les pensées, les paroles et le corps sont purs, parvient, après la mort, au même séjour que son époux» (cette perspective serait peu encourageante pour beaucoup de françaises).
«Les femmes mariées doivent être comblées d'égards et de présents par les père et mère, et les frères de leurs maris, lorsque ceux-ci désirent une grande postérité.»
«Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites; lorsqu'on ne les honore pas, les actes pieux sont sans fruits.»
«Lorsqu'une femme brille par sa parure, toute la famille resplendit également; mais si elle ne brille pas, la famille ne jette aucun éclat.»
Tous ces préceptes commandent aux maris la fidélité, la douceur et la bonté matérielles, mais ne consacrent aucun droit pour la femme, et n'assurent point sa dignité et sa considération, ainsi qu'on le voit dans plusieurs passages du _Kama Soutra_, qui permettent aux maris toute licence.
Devoir conjugal.
N° 5.--L'auteur ne dit rien du devoir conjugal. Sans doute il le considère comme compris dans la généralité des rapports sexuels au sujet desquels il dit, au titre IV, que l'homme doit _faire tout pour le plaisir de la femme_.
C'est là un principe altruiste dont il faut, sans doute, faire honneur à l'influence du bouddhisme (religion absolument altruiste) sur les idées de l'époque. Son application qui tend à augmenter l'amour conjugal, fin honnête, et même à entretenir la santé, fin légitime, peut être justifiée presque toujours. L'église, qui interdit le mariage pour cause d'impuissance, ne le défend pas aux personnes stériles et aux vieillards.
Le père Gury dit, à l'article 378 de la _Th. morale_:
«Les époux se doivent: 1° une affection mutuelle; 2° la société conjugale et la cohabitation; 3° les aliments et ce qui est nécessaire pour une position honorable; 4° le devoir conjugal quand il est sérieusement demandé et lorsqu'il n'y a pas de raison pour le refuser.»
Vatsyayana ne prévoit même pas comme possible dans l'Inde le refus de la femme. Ce cas se présente en Europe et il est réglé en théologie. Le père Gury dit:
915, I. «Il y a une obligation de justice, grave en principe, de rendre le devoir conjugal à l'autre époux qui le demande sérieusement et raisonnablement, parce que d'après la nature du contrat conjugal, les époux se doivent mutuellement la puissance sur leur corps pour l'amour conjugal.»
II. «Il peut y avoir obligation de demander le devoir conjugal par charité ou à cause d'une autre vertu, surtout de la part de l'homme, si la demande est nécessaire pour entretenir ou ranimer l'amour conjugal.»
«L'obligation de le rendre cesse pour l'un des époux quand cesse pour l'autre le droit de l'exiger, ce qui arrive: 1° _si l'un des époux a commis un adultère_.» (Le droit est égal pour les deux époux, contrairement à ce qui a lieu dans l'Inde où une femme ne doit même pas reprocher à son mari l'adultère; on verra plus loin l'épouse indienne servir d'entremetteuse à son mari).
«2° . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«3° Si celui qui le rend peut craindre raisonnablement un préjudice ou un danger pour sa santé.»
916. «Les époux sont tenus d'habiter ensemble et l'un d'eux ne peut s'absenter longtemps sans le consentement de l'autre ou sans nécessité; car cette obligation découle de celle de rendre le devoir conjugal. Or les causes légitimes de s'absenter pour longtemps sont: l'intérêt public, la subsistance ou le salut de la famille, un mal à éviter de la part de ses ennemis. Mais le mari qui va habiter longtemps ailleurs doit emmener son épouse pour qu'elle habite avec lui.»
«Un époux qui refuse le devoir conjugal pèche gravement, s'il y a danger d'incontinence ou d'un grave ennui pour l'autre. Il ne pèche pas en le repoussant lorsque l'autre époux le demande avec excès.»
«Un époux n'est pas dispensé de le rendre parce qu'il craint d'avoir trop d'enfants, car la procréation des enfants est la fin principale du mariage et n'est pas un inconvénient intrinsèque de ce même mariage.»
CHAPITRE II
Devoirs de l'épouse la plus âgée envers les épouses plus jeunes de son mari.
L'homme peut pendant la vie de sa première épouse en prendre d'autres pour les motifs suivants:
Folie ou mauvais caractère de la femme, aversion du mari[48], stérilité, absence de progéniture mâle, incontinence de la femme.
[Note 48: Manou, livre IX. «La femme acariâtre doit être remplacée de suite; la femme stérile, après huit ans; celle qui ne donne que des filles, après onze ans.]
Quand la femme est stérile ou n'a pas de fils, elle doit elle-même engager son mari à prendre une autre femme, donner à celle-ci une position supérieure à la sienne, la considérer comme une soeur, lui prodiguer les bons conseils, traiter ses enfants comme s'ils étaient les siens propres et en agir de même à l'égard de ses serviteurs, de ses amis et parents.
Quand il y aura plusieurs femmes, la plus âgée fera alliance avec celle qui la suit immédiatement en âge et en rang et tâchera de brouiller avec la favorite actuelle la femme que la favorite a remplacée auprès du maître; puis, ayant ligué toutes les femmes contre la favorite, elle prendra alors le parti de celle délaissée et, sans se compromettre d'aucune façon, elle fera dénoncer la favorite comme méchante et querelleuse.
Si la favorite se querelle avec l'époux, la première femme feint pour elle de la sympathie, l'excite et aggrave autant qu'il est en elle le dissentiment. Mais si, en dépit de tous ses efforts, l'époux continue à aimer la favorite, elle changera de tactique et s'emploiera à les concilier afin de ne point tomber elle-même en disgrâce[49].
[Note 49: Dans ces conseils se retrouve toute la duplicité brahmanique.]
CHAPITRE III
Devoirs de la plus jeune épouse.
La femme la plus jeune regardera la plus âgée comme sa mère et ne fera, à son insu, de don à personne, pas même à ses propres parents. Elle lui dira tout, et n'approchera son mari qu'avec sa permission. Quoi que celle-ci lui confie, elle ne le divulguera point, et elle prendra soin de ses enfants comme des siens propres.
Quand elle sera seule avec son époux, elle lui complaira en tout, mais elle ne lui parlera jamais du chagrin qu'elle peut éprouver à cause d'une rivale.
Elle se contentera d'obtenir secrètement des marques particulières de son affection, de l'assurer qu'elle ne vit que pour lui, et par l'amour qu'il lui témoigne.
Avec les autres épouses de son mari elle ne parlera jamais, soit par orgueil, soit par colère, de son amour pour son mari ni de l'amour que celui-ci a pour elle; car un mari n'aime point les indiscrétions sur des détails intimes.
Elle dissimulera, autant que possible, à la vue de la première épouse les efforts qu'elle fait pour captiver son époux. Si cette première épouse a été prise en aversion par le mari, ou si elle n'a pas d'enfants, elle s'intéressera à sa situation, et engagera le mari à avoir pour elle de bons procédés; mais elle-même s'efforcera de la surpasser par sa bonne conduite.
CHAPITRE IV
Devoirs d'une veuve vierge remariée.
Comme la veuve vierge remariée a eu, avant son second mariage, une existence plus libre et une connaissance plus grande des choses du mariage qu'une jeune fille, elle apportera chez son nouvel époux plus d'expérience des plaisirs et des goûts plus mondains. Si, plus tard, il y a séparation entre eux, elle ne gardera pas les présents qu'elle a reçus de son mari, sauf ceux qui ont fait l'objet d'un mutuel échange entre eux, à moins qu'elle n'ait été renvoyée par lui (alors elle ne restitue rien).
Elle prendra dans la maison conjugale la même situation que les femmes de la famille de son mari; mais elle devra se montrer supérieure à elles pour les soixante-quatre talents voluptueux.
Elle ne se liera pas avec les autres épouses, mais plutôt avec les amis et les serviteurs de la maison.
Elle se montrera également supérieure aux autres épouses pour les soixante-quatre voluptés.
Elle accompagnera son mari aux fêtes, réunions, parties de plaisir; elle engagera son mari à donner lui-même de ces sortes de fêtes ou parties de plaisir.
Elle mettra en train toutes sortes de jeux et amusements.
APPENDICE AU CHAPITRE IV
Souvent, dans l'Inde, on marie des filles presque dans l'enfance à des vieillards veufs qui prennent une épouse parce que sa présence est obligatoire dans les sacrifices aux mânes. De là le grand nombre des veuves vierges. On voit par ce qui précède qu'elles se remariaient du temps de Vatsyayana.
C'est d'après un préjugé religieux que les femmes veuves ne peuvent se remarier; les Hindous sont convaincus qu'elles portent malheur. C'est peut-être un calcul du législateur pour qu'une femme ait tout intérêt à prolonger les jours de son mari.
Plusieurs tentatives ont été faites pour faire disparaître ce préjugé, mais on n'a pu y parvenir.
Dans le sud de l'Inde, toutes les veuves, _sans exception_, ne se remarient point. Mais à Calcutta, elles le font aujourd'hui généralement; à l'instigation du vice roi, les brahmanes ont eux mêmes donné l'exemple, et cet exemple a été suivi.
A Pondichéry, M. de Verninac, alors qu'il y était gouverneur, avait fait, dans ce sens, de généreux efforts qui ont été bien près d'aboutir.
Dans l'Alharva-Véda, on voit que les veuves pouvaient, à certaines conditions, se remarier. Ce livre a précédé celui de Manou qui est fort dur pour les veuves.
Devoirs de la veuve
Aussitôt qu'un indien vient d'expirer, l'usage exige que sa veuve se pare magnifiquement, qu'elle se précipite sur le cadavre de son mari et le tienne embrassé en poussant de grands cris jusqu'à ce que les parents l'en arrachent.
Quelques jours après, en présence de ses parents et de ses amis qui cherchent à la consoler, on lui rase la tête et on lui enlève le tally que son mari, le jour de son mariage, lui avait attaché au cou. A partir de ce moment, et jusqu'au jour de sa mort, elle porte le deuil de son époux. Le deuil consiste à se faire raser la tête une fois par mois, à ne point faire usage de bijoux ni de bétel, à ne se vêtir que de toile blanche, à ne tracer sur son front aucun des signes de sectes religieuses, et enfin à n'assister jamais aux fêtes de famille ou publiques où sa présence porterait malheur.
Les suttys ou sacrifices des veuves
Les suttys sont aujourd'hui interdits dans l'Inde anglaise, mais ils n'ont complètement cessé que depuis un petit nombre d'années.
Cette coutume barbare paraît avoir été en honneur d'abord chez les anciens rajahs du pays et dans la caste des Kshatryas, car il n'est fait mention dans les anciens auteurs que des suttys des ranies ou reines.
Le sacrifice n'était pas toujours volontaire; c'était de force, bien souvent, qu'on y traînait la victime.
Les suttys dans le Mahabarata
Parmi les héroïnes du dévouement dont parle le Mahabarata, il ne cite qu'incidemment le sacrifice de Madri, la deuxième épouse du roi Pandou, père putatif des cinq héros célébrés dans ce vaste poème encyclopédique.
Voici, en raccourci, la légende de la mort du roi Pandou, et du sacrifice de Madri son épouse.
Le roi Pandou, étant à la chasse, aperçut deux gazelles accouplées; aussitôt, il leur décoche une flèche et tue le mâle. Celui-ci était un brahmane qui avait eu la fantaisie de prendre cette forme de gazelle pour s'unir à son épouse.
Au moment d'expirer, il dit au roi Pandou: Puisque, cruel Kshatrya, tu m'as ravi l'existence, avant que j'eusse parfait mon désir, tu subiras la peine du talion; car, toi aussi, tu mourras dans les bras de ton épouse avant d'avoir joui complètement, et de plus tu seras frappé d'impuissance. Pandou, en effet, épousa deux femmes et n'eut point d'enfants; mais cependant, il en obtint cinq par l'opération miraculeuse des Dieux Indra, Yama et les deux Advins.
Un jour que le roi Pandou se promenait dans la forêt avec Madri, sa deuxième épouse, excité par la vue de ses charmes, il voulut s'unir avec elle malgré qu'elle s'y refusât, redoutant pour lui le fatal moment; Pandou, aveuglé par sa passion, l'y contraignit; il s'unit donc à elle, mais il fut frappé de mort dans ses bras.
Après ce fatal événement, Madri, l'âme troublée et s'accusant d'être la cause de la mort du roi, dit à Kounti, la première épouse: Maintenant que ce monarque est mort dans mes bras, je le demande en grâce, illustre Kounti, de me laisser monter sur son lit funéraire; car il est juste que je suive ce monarque chez les mânes, puisque c'est dans mes bras qu'il a trouvé le chemin de la mort. La noble Kounti reprocha à Madri sa faiblesse pour ce prince, puisqu'elle connaissait son impuissance et la malédiction qui pesait sur lui: tu n'aurais pas dû lui laisser accomplir cette fantaisie érotique, que je lui ai toujours refusée. Pourtant, fille de Balkan, tu es heureuse, car il t'a été donné de voir une fois le visage enflammé par le désir, et le membre dressé de ce vertueux monarque, ce qui ne m'est jamais arrivé à moi.
Ne m'en veux pas de cela, noble dame, repartit Madri et veuille me laisser suivre notre époux dans la mort; accorde-moi cette grâce, vertueuse Kounti; adopte mes deux enfants, et veuille avoir pour eux les mêmes soins maternels que pour les tiens.
Kounti, comme première épouse, aurait souhaité d'accompagner le roi dans l'autre monde; c'était son devoir comme son droit; mais, cédant aux instances de Madri, elle consentit à la laisser monter sur le bûcher, à sa place (à cause des enfants, la plus jeune des épouses devait survivre à l'époux).
Après cet accord, les deux nobles épouses, aidées de leurs cinq fils, s'empressèrent de dresser le bûcher; lorsqu'il fut terminé, elles y placèrent le corps de Pandou, et Madri s'étendit à son côté. Elle dit alors à Kounti: «La flamme de ce bûcher me purifiera de mon péché, et, pure de toute souillure, je suivrai notre époux au Swarga; veuillez donc, noble dame, y mettre le feu.» Kounti y porta aussitôt la flamme et le funèbre sacrifice s'accomplit.
Il n'est question des suttys ni dans les Védas, ni dans les Pouranas, ni dans le Ramayaua, ni dans les lois de Manou, ni dans le Kama Soutra.
Les grecs d'Alexandre les trouvèrent en usage chez un peuple au moins du Punjab. D'abord propre aux Rajahs, cette coutume paraît s'être étendue sous l'empire des religions sectaires. Elle était assez répandue et très connue du temps de Properce, sous Tibère.
Properce, Livre III, Elégie XIII, en faisant la critique des femmes de son temps, fait l'éloge du dévouement des femmes indiennes qui accompagnent leurs maris dans la mort.
L'Inde, dit-il, nous envoie l'or de ses mines; la mer rouge, ses précieux coquillages; Tyr, sa pourpre; l'arabe nomade, le cinname; voilà les armes qui triomphent de la plus fière vertu.
Vois s'avancer, magnifiquement parée, cette femme chargée du patrimoine de toute une famille; elle étale à nos yeux les dépouilles de ses amants.
On demande sans pudeur, on donne de même.
Heureuse cette loi des nations lointaines de l'Orient!
Fortunés époux! Quand la dernière torche a été lancée sur le lit funéraire, les femmes du mort, les cheveux épars, se disputent l'honneur de quitter la vie pour le suivre. Honte à celle qui n'obtient pas la faveur de mourir. La rivale préférée s'élance triomphante sur le bûcher, et va, au milieu des flammes qui la consument, placer sa bouche sur celle de son époux.
Chez nous, l'hymen est perfidie; on n'y connaît ni le dévouement d'Evadné, ni la fidélité de Pénélope.
CHAPITRE V
Devoirs d'une femme qui ne compte plus pour son mari.
Une femme prise en aversion par son mari et qui est tourmentée par les autres femmes, fera alliance avec la favorite et prendra soin, comme une mère, des enfants de son mari; elle se rendra favorables ses amis et lui fera connaître par eux son dévouement pour lui.
Quand il est couché, elle n'ira vers lui que dans un moment où cela lui plaira, et ne lui résistera jamais, ni ne s'entêtera à rien.
Quand il arrivera à son mari de se quereller avec l'une de ses femmes, elle les réconciliera; et, si celui-ci désire voir quelque femme en secret, elle facilitera leur rencontre. En même temps, elle étudiera les côtés faibles de son mari, mais n'en fera part à personne; enfin, elle fera tout ce qu'il faut pour qu'il la regarde comme une femme bonne et dévouée.
CHAPITRE VI
L'homme qui a plusieurs épouses.
Un homme qui a plusieurs épouses doit être galant pour toutes.
Il doit veiller sur leur conduite et ne jamais révéler à l'une d'elles ce qui se passe dans l'intimité avec une autre.
Il ne doit point leur permettre de lui parler de leurs rivales, ni de se dénigrer mutuellement.
Il plaira à l'une d'elles par sa confiance secrète; à l'autre, par des égards particuliers; à une troisième, par des compliments; à toutes, par des promenades aux jardins publics, par des divertissements, des présents, des honneurs rendus à leurs parents, des marques de confiance, et, enfin, par des témoignages d'amour qu'il donnera à chacune.
Une jeune femme qui a bon caractère et une conduite conforme aux préceptes du saint livre, s'attache son mari et triomphe de ses rivales.
Bhabravya enseigne qu'un mari doit se lier avec une jeune femme qui lui dira les secrets des autres femmes, et le renseignera sur la conduite des siennes propres.
Mais Vatsyayana est d'avis qu'un mari ne doit point exposer sa jeune épouse à être corrompue dans la société d'une intrigante de cette espèce, qui prendrait sur elle l'ascendant que les mauvaises femmes savent toujours conquérir sur l'esprit des autres.
APPENDICE AU CHAPITRE VI
Chez les musulmans, où la polygamie est la règle, le Koran formule le même précepte que le 1er alinéa du 6e chapitre.
«Chaque épouse a droit à la part de Dieu ou minimum de galanterie périodiquement obligatoire.»
Un chef arabe auquel je demandais des nouvelles de sa santé, se lamenta de ne plus pouvoir servir qu'une fois par nuit chacune de ses quatre épouses (il avait passé la cinquantaine).
Dans l'Inde, les femmes sont toujours traitées avec douceur.
Les maris renvoient leurs femmes, mais ne les battent pas.
En Europe, c'est généralement le contraire qui a lieu, au moins dans le peuple.
Il est même des femmes du peuple qui aiment les maris énergiques. On connaît la chanson de Béranger: «Collin bat sa ménagère...» et les vers de Jules Barbier sur la fille des faubourgs qui veut «un amant qui la fouaille, depuis le soir jusqu'au matin».
Le Père Gury dit, Théologie morale, 379: Le mari est tenu de punir son épouse lorsqu'elle commet une faute, dès que c'est nécessaire pour la corriger et prévenir tout scandale.
381. Il doit ordinairement user, en commençant, des paroles bienveillantes, et, si cela ne suffit pas, avoir recours à une punition sévère (c'est là, évidemment, un reliquat du moyen âge).
«Le confesseur ne doit pas ajouter foi tout de suite aux paroles d'une femme qui se plaint de son époux, parce que les femmes sont d'habitude portées à mentir.»
On remarquera que ni le P. Gury, ni le cathéchisme, ne parlent d'obéissance due par la femme au mari, tandis que le code civil la prescrit. Napoléon a même insisté sur ce point au Conseil d'État.
Condition des femmes dans l'Inde
Les travaux des femmes, dans l'Inde, sont toujours très doux.
Les soins très simples du ménage remplis, leur seule occupation est de filer. Tous les autres ouvrages sédentaires qui, en Europe, sont confiés aux femmes, sont, dans l'Inde, exécutés par les hommes.
Il est vrai que les femmes des basses classes travaillent avec les maçons, les terrassiers, les cultivateurs; mais elles sont toujours très ménagées, et ne remplissent que des tâches faciles.
Autrefois, les deux sexes allaient nus, jusqu'à la ceinture, dans tout le sud de la presqu'île. Cet usage existe encore sur la côte du Malabar et dans tous les pays circonvoisins.
Le morceau de toile qui compose l'habillement des femmes des Soudras ne couvre juste que ce que la pudeur empêche de laisser à découvert.
Les femmes riches se chargent de bijoux et ne s'en dépouillent jamais.
Les femmes Hindoues sortent librement pour leurs dévotions, leurs affaires et les besoins de leur maison; par exemple, pour quérir de l'eau aux fontaines publiques; et, bien que toute intimité avec les hommes leur soit interdite, elles peuvent, néanmoins, sans se compromettre, converser avec ceux qui viennent dans leur maison comme connaissances et amis.
TITRE IX
RAPPORTS AVEC LES FEMMES DES AUTRES
CHAPITRE I
Obstacles aux rapports avec une femme mariée.
Il est permis de séduire la femme d'un autre, si l'on court le danger de mourir d'amour pour elle_[50].
L'intensité de cet amour a dix degrés marqués par les effets suivants:
1° Amour des yeux; 2° attachement d'esprit; 3° idée fixe; 4° perte du sommeil; 5° amaigrissement; 6° aversion pour les divertissements; 7° oubli de la décence; 8° la folie; 9° évanouissement ou affaissement; 10° enfin la mort (App. I).
D'après Vatsyayana, on reconnaît qu'une jeune femme est ou non passionnée: à sa conduite, à sa conversation et aux mouvements de son corps.
[Note 50: Ce principe, largement interprété par les intéressés, autorise toutes les entreprises; il peut s'accommoder à tout en théorie et s'accommode à tout réellement en pratique dans l'Inde. Il est fondé sur la croyance que les âmes des hommes qui meurent d'un désir non satisfait errent pendant un certain temps à l'état de mânes avant de transmigrer.]
En règle générale, dit Gonikapoutra, la beauté d'un homme impressionne toujours une femme, et celle d'une femme toujours un homme; mais le plus souvent, diverses considérations les empêchent de donner une suite à cette impression.
En amour, voici ce qui est particulièrement propre à la femme. Elle aime sans s'inquiéter de ce qui est bien ou mal (App. 2). Elle ne cherche point à faire la conquête d'un homme par intérêt. Quand un homme la courtise, son premier mouvement est de le repousser, alors même qu'elle le désire; mais elle cède à des instances réitérées (App. 3).
Au contraire, l'homme épris d'une femme maîtrise sa passion par scrupule ou par raison, et bien qu'il ne puisse détourner ses pensées de cette femme, il résiste même lorsqu'elle s'efforce de l'entraîner.
Quelquefois il fait une tentative auprès d'elle et renonce à elle s'il échoue.
Quand il a réussi, il arrive souvent qu'il devient ensuite indifférent.
Une femme peut repousser les avances d'un homme pour les motifs suivants.
Attachement à son mari; crainte d'avoir des enfants illégitimes; manque d'occasion favorable; offense pour déclaration trop brusque; différence de rang; incertitude au sujet d'absences de l'homme pour voyages; crainte que l'homme en aime un autre; pensée que ses amis sont tout pour lui; crainte d'indiscrétion; timidité à l'égard d'un homme illustre ou trop puissant ou trop habile; crainte de la fougue de sa passion si elle est une femme gazelle (yoni n° 1); pensée qu'autrefois elle a été liée d'amitié avec lui (App. 4); mépris pour son manque d'usage du monde; défiance de sa mauvaise réputation; dépit de ce qu'il ne comprend pas l'amour qu'elle ressent pour lui.