Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 15

Chapter 153,935 wordsPublic domain

«Quand il leur échappait, il prenait le chemin de la campagne, où il était guidé par des confidentes vers des berceaux de lianes mystérieux. Là, sur des lits de fleurs préparés, il savourait la volupté dans les bras d'une jolie suivante (chez les grecs, on aurait dit _une belle esclave_; mais l'esclavage n'a jamais existé dans l'Inde).

«L'été, il passait les nuits sur les terrasses de son palais, savourant le clair de lune sans nuage qui dissipe les fatigues de la volupté.

«Là, ses femmes, vêtues de l'air, à la taille charmante, le ravissaient avec leurs ceintures d'or; lumineuses et gazouillantes, elles l'enivraient des vapeurs embaumées de l'encens et de l'aloès.

«Ce monarque puissant, redouté de ses voisins, n'avait jamais pu se vaincre lui-même. Il devint malade de la poitrine. Quand il connut son état, il ne voulut pas d'autre médecin que ses femmes; frappé mortellement dans leurs bras, il voulut y mourir.

«Il s'éteignit comme une lampe épuisée, sans postérité, au milieu de ses épouses qui le tenaient embrassé.»

Ce tableau idéal a au moins le mérite de nous faire voir que les Hindous, même dans leurs plus grands excès de plaisir, sont restés décents et même aimables et qu'ils n'ont rien fait ou imaginé qui inspire la répulsion ou le dégoût.

On ne saurait en dire autant des Romains; ils nous révoltent par des lubricités sans nom et à peine concevables. Pour faire ressortir le contraste, après Kalidaça, citons Suétone.

N° 2.--Débauches des empereurs romains.

TIBÈRE DANS SA RETRAITE DE CAPRÉE.

Tibère, retiré dans l'île de Caprée (située près de Naples, au fond de la plus belle baie du monde), rassemblait de toutes parts des troupes de jeunes filles et de mignons et des inventeurs d'accouplements monstrueux, qu'il appelait spinthaies, pour que, se tenant enlacés et formant une triple chaîne, ils se prostituassent mutuellement devant lui de manière à rallumer ses désirs.

Il avait fait disposer en plusieurs endroits des chambres ornées de tableaux et de statuettes représentant les scènes et les figures les plus lascives, et meublées des livres d'Éléphantis, pour qu'on ne manquât pas de modèles pour les postures qu'on avait ordre de prendre.

En public, il jouait le rôle de Jupiter caressant Léda, et du minotaure s'unissant à Phasiphaé.

Lorsque la représentation de ces scènes mythologiques comprenait un meurtre, celui-ci était commis réellement sur le théâtre avec ses détails cruels; tels, par exemple, la mort d'Hippolyte, le supplice de Prométhée.

Il dressait de très petits enfants à s'ébattre et à jouer entre ses cuisses pendant qu'il nageait (c'étaient ses petits poissons), et à le lécher et le mordre doucement; il apprenait à d'autres enfants, non encore sevrés, à lui prendre la verge comme ils eussent pris le sein de leur mère et à pratiquer la succion.

CAÏUS CALIGULA.

Caligula abusa de Valérius Catullus, jeune homme d'une famille consulaire, et commit l'inceste avec ses deux soeurs. Il invitait à souper, avec leurs maris, les femmes les plus distinguées; il les passait en revue en les examinant comme ferait un marchand d'esclaves, menait dans une chambre voisine celle qui lui plaisait et, rentrant avec les souillures de la débauche, il louait ou blâmait ce que leur jouissance ou leur corps avait de bon ou de mauvais.

NÉRON.

Sans parler des hommes libres avec lesquels il eut commerce, des femmes mariées qu'il corrompit, Néron fit violence à la vestale Rubria. Il fit couper les testicules à un jeune garçon nommé Sporus et s'efforça même de le métamorphoser en femme. On le lui amena en grande pompe avec la dot et le voile rouge (flammeum), suivant l'usage du mariage, et il lui donna le rang d'épouse.

Il finit par imaginer comme un jeu de nouvelle espèce de se mettre dans la peau et à la place d'une bête du cirque et de s'élancer sur les parties naturelles ou non d'hommes et de femmes attachés nus à des poteaux; il faisait ces outrages, dans les lieux publics, aux adolescents et aux vierges chrétiennes. De là vient la bête dont il est parlé dans l'Apocalypse et qui désigne Néron (Renan).

DOMITIEN.

Domitien n'avait pas les vices monstrueux de Tibère et de Néron. Cependant il partagea et il développa la corruption générale.

Dans une fête solennelle, il fit descendre dans l'arène des femmes parmi les gladiateurs et les bestiaires.

Il fit courir des jeunes vierges dans le stade et présida lui-même à la course, vêtu d'un habit de pourpre à la grecque, portant sur la tête une couronne d'or où étaient représentés Jupiter, Junon et Minerve, et ayant auprès de lui le flamendial et les prêtres de la famille Flavia.

(Dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, Domitien voulut affirmer son zèle pour le paganisme).

Pour plaire au peuple, il continua les représentations à la fois si impudiques et si cruelles des scènes mythologiques. Martial, son protégé, nous en a transmis le souvenir dans les épigrammes suivants du Livre I:

6. Sur le spectacle de Phasiphaé.

«Croyez que Phasiphaé s'est accouplé avec le taureau de Crète; tout ce que la renommée nous en a dit, la scène le reproduit devant nos yeux.»

9. Sur un condamné donnant une représentation véritable du supplice de Prométhée. «Tel Prométhée, enchaîné sur un roc, en Scythie, nourrit de ses entrailles renaissantes un vautour insatiable, tel ce Lauréolus, attaché à une véritable croix, vient d'offrir sa poitrine nue à un ours de Calédonie.

«Ses membres déchirés palpitaient et son corps tout entier n'était plus un corps. Ce scélérat avait sans doute dépassé les crimes dont parle l'antiquité.»

10. «Dédale, quand tu es ainsi déchiré par un ours de Lucanie, que tu voudrais alors avoir des ailes.»

Ces scélérats, ces victimes, étaient les chrétiens condamnés comme criminels d'État.

On se faisait scrupule de prendre les gladiateurs; ceux-ci étaient des prisonniers de guerre qu'on n'avait pu utiliser autrement, parce qu'ils étaient trop incultes pour être vendus assez cher comme esclaves et trop insoumis pour être incorporés dans les légions.

HÉLIOGABALE.

Héliogabale parcourait les rues de Rome dans les attitudes et la compagnie les plus indécentes sur un char traîné par des femmes nues.

CHAPITRE III

Intrigues des femmes du harem.

Les femmes du harem sont sévèrement gardées et ne peuvent voir aucun homme (App. 1 et 2). Presque toutes brûlent de désirs qu'elles satisfont entre elles, par des procédés indiqués au chapitre de l'auparishtaka, et au moyen desquels la femme peut remplacer l'homme[46].

[Note 46: La titillation et la succion des mamelons, ainsi que nous l'avons vu, déterminent constamment l'érection du clitoris, et la friction de cet organe simultanée avec la succion forte des mamelons amène nécessairement le spasme _génésique_.]

Elles ont encore recours aux moyens suivants.

Elles habillent en homme leur soeur de lait, leurs amies et leurs suivantes, et se font caresser l'yoni à l'aide de végétaux tendres (fruits ou racines), qui ont ou reçoivent la forme et les dimensions d'un linga, ou bien elles embrassent une statue dont le linga est figuré en érection (App.).

Des moyens inverses sont employés par certains hommes (voir dans Lucien l'outrage fait par un jeune homme à la Vénus de Paros dont il était amoureux).

Parfois, et avec l'aide de leurs suivantes, les femmes du harem y introduisent des hommes déguisés en femme. Leurs soeurs de lait et leurs affidées s'efforcent de décider des hommes à venir au harem, en leur vantant la bonne fortune qui les y attend; elles leur décrivent l'intérieur du palais, les facilités pour s'y introduire et en sortir; elles indiquent les fortes saillies des corniches, les grandes dimensions des portiques, des corridors et des issues, la négligence des sentinelles et les absences fréquentes des gardiens du harem. Mais ces émissaires ne doivent jamais tromper un homme pour le décider à tenter l'aventure, car cela entraînerait probablement sa mort.

Quant à l'homme, il fera bien de ne point s'introduire dans le harem à cause des terribles mésaventures auxquelles il s'expose.

Si toutefois il s'y détermine, il devra reconnaître s'il y a une sortie assurée, si le jardin de plaisance ou bien un mur de ronde entoure étroitement le harem (App. 1), si les sentinelles manquent de vigilance et si le roi est parti en voyage. Dans ce dernier cas, lorsqu'il sera appelé par les femmes du sérail, il observera avec soin les lieux, et entrera de la manière que les femmes lui auront indiquée. S'il est adroit et avisé, il parcourra chaque jour les environs du harem, se liera avec les sentinelles, se fera l'ami des femmes de service du sérail qui peuvent avoir connaissance de son dessein et leur témoignera son regret de ne pouvoir l'exécuter.

Enfin, il prendra pour entremetteuse une femme qui a ses entrées au harem, et il s'étudiera à connaître les espions du roi.

Si l'entremetteuse ne peut entrer au harem, il se tiendra à quelque endroit d'où il peut voir la femme qu'il aime.

Si cet endroit est gardé par des sentinelles, il se déguisera en prenant le costume d'une suivante de la femme désirée, qui vient ou passe par cet endroit.

Quand la femme le regardera, il lui fera connaître ses sentiments par des gestes et des signes, lui fera voir des dessins à double sens, des guirlandes de fleurs et des anneaux.

Il observera avec beaucoup d'attention les signes qu'elle fait, ses gestes ou ses paroles; et alors il essaiera de pénétrer dans le palais.

S'il est certain qu'elle vient dans quelque lieu particulier, il s'y cachera, et, au moment fixé, il entrera au harem avec elle, comme s'il était un des gardiens.

Il peut aussi entrer et sortir dans un lit plié, ou dans une couverture de lit, ou bien se rendre _invisible_: pour cela il lui suffit de se frotter les yeux avec un collyre obtenu en mêlant avec une quantité égale d'eau les cendres provenant de la combustion, sans fumée, d'une mangouste, des yeux d'un serpent et du fruit de la longue courge tumbi!!!

Duyana, les brahmanes et les yoguis, donnent encore d'autres moyens de se rendre invisible.

L'homme peut aussi, pour entrer au harem, saisir l'occasion de la fête de la huitième lune, pendant laquelle les femmes de service du palais sont toutes très affairées et en désarroi.

On introduit des jeunes gens au harem, ou on les en fait sortir, lorsqu'on y apporte ou on en fait sortir du mobilier, ou pendant les fêtes où l'on prend des boissons et des rafraîchissements, quand les femmes de service sont extraordinairement occupées et pressées, ou quand on déplace une des épouses, ou quand on les conduit aux jardins publics ou aux fêtes, ou bien lors de leur retour au palais, ou enfin quand le roi est parti pour un lointain pélerinage.

Les femmes du harem connaissent mutuellement leurs secrets, et comme elles ont toutes le même but, elles s'entraident.

Un jeune homme qui est l'amant de toutes peut continuer ce commerce très longtemps sans être découvert.

Chez les Aparatakas, les épouses du roi ne sont pas bien gardées, et les femmes qui ont accès dans le harem y introduisent avec elles beaucoup de jeunes gens.

Les épouses royales du pays d'Ahira se livrent aux kshatriyas mis en sentinelle dans le harem.

Celles du pays des Vatsagoulmas font venir au harem, à l'aide de messagères, des hommes qui peuvent leur plaire.

Chez les Vaïdharbas, les fils des épouses royales ont leur entrée au harem et sont les amants de toutes les épouses, excepté de leur mère.

Dans le Stri radjyas, les femmes du roi ont pour amants les hommes de sa caste et de sa famille.

Au pays de Ganda, elles se donnent aux brahmanes, à leurs amis, à leurs serviteurs et esclaves.

Dans le Sandhava, à leurs domestiques, marmitons, etc.

Chez les Haïmavat, des hommes hardis corrompent les sentinelles et entrent au harem.

Chez les Vanyas et Kalmyas, les brahmanes, au su du roi, entrent au harem avec des bouquets pour les épouses, conversent avec elles derrière un rideau, et des doux propos passent aux doux exercices.

Enfin, les femmes du roi de Prashyas cachent dans le harem un jeune homme pour chaque groupe de femmes.

APPENDICE AU CHAPITRE III

Nº 1.--Description du harem d'Agra.

Tous les détails donnés dans ce chapitre montrent que les anciens rois de l'Inde brahmanique n'étaient guère plus jaloux des femmes de leur harem que les maris hindous ne l'étaient, en général, de leurs épouses.

On retrouve là encore la douceur et l'apathie du caractère indien.

Il en est autrement des Musulmans de l'Inde, en partie d'origine Afgane ou Mongole.

Ils gardent étroitement leurs femmes, et les harems de leurs princes étaient et sont encore aujourd'hui très surveillés.

On peut en juger par les dispositions du sérail qui forme partie du Tage d'Agra, le Versailles des empereurs mongols, qu'on préfère au palais de Louis XIV, bien qu'il ait coûté moins de cent millions, au lieu d'un demi-milliard.

Le harem se compose de deux parties attenant l'une à l'autre, mais parfaitement distinctes; l'une est occupée par les femmes musulmanes, pour la plupart des Cachemiriennes qui sont blanches comme des européennes.

L'autre est occupée par des femmes hindoues, et fut probablement construite sur le modèle des harems des anciens rois du pays.

Le harem musulman borde, sur l'un de ses côtés, le magnifique jardin du palais. Tout est en marbre; à l'étage, on y remarque quelques trous des boulets de lord Clive, lorsqu'il prit la citadelle d'Agra (le Tage).

Les chambres sont des cellules de quatre mètres carrés; elles ont chacune, du côté opposé au jardin, ayant vue sur le paysage et sur la Joumma, une ouverture fermée par une claire-voie découpée dans le marbre, qui empêche de rien voir du dehors.

Il y a aussi, dans chaque chambre, sur une autre face, une petite ouverture par laquelle on introduisait la nourriture de la recluse, et qu'on refermait ensuite.

Ces chambres forment deux groupes que sépare un palier assez grand, qui servait pour la récréation des femmes pendant deux heures par jour.

L'escarpolette était fort en usage parmi ces dames.

Le harem hindou est, comme toutes les habitations des indigènes, disposé en forme de cloître autour d'une cour rectangulaire assez grande.

Tout autour, à l'étage, sont de petites chambres précédées de portiques et de balustrades donnant sur la cour.

Cette disposition permettait de laisser aux femmes la liberté de circuler sous les portiques et de se visiter entre elles, liberté que n'avaient point les femmes étrangères de l'autre harem, sans doute des esclaves.

La cour intérieure du harem hindou servait pour les représentations théâtrales et autres scènes de jongleurs, de saltimbanques, et aussi pour les cérémonies religieuses.

Les femmes assistaient à ces représentations, appuyées sur les balustrades des portiques et sans qu'on pût avoir aucune communication avec elles depuis la cour.

Du côté opposé du jardin, en face du harem étranger, se trouvaient les bains du sérail, d'une richesse et d'une beauté merveilleuses.

L'or, en lames épaisses, artistement travaillé ou en filets délicats, court partout sur les caissons des plafonds et les parois en marbre des murs.

Pour se rendre au bain, les favorites avaient à traverser le jardin, un des plus beaux du monde, dont toutes les allées sont dallées en marbre et dont les parterres sont parsemés de vastes bassins en marbre blanc avec jets d'eau.

Certaines heures de la journée étaient réservées aux femmes du harem pour leur promenade dans le jardin où elles étaient seules.

Le cicerone montre aux visiteurs un long couloir souterrain qui descend du jardin au bord de la Joumma, et il explique que, vers son extrémité, on abattait les femmes coupables ou trop âgées, et qu'ensuite leurs corps étaient jetés à la rivière.

On se débarrassait ainsi des vieilles parce que le harem n'eût pas suffi à loger ces inutilités, et qu'il ne convenait pas que des femmes, après avoir été les favorites de l'empereur, pussent habiter ailleurs que dans son palais ou dans la mort.

N° 2.--La vie du sérail.

Avec l'aide d'un officier de marine français, une femme européenne s'est évadée du sérail de Constantinople. Réclamée par le sultan, elle a déclaré qu'elle se tuerait plutôt que d'y rentrer.

Cependant Lady Montagu, la Sévigné des Anglais, nous a donné au XVIIIe siècle, dans ses _Lettres_ si intéressantes, une description fort gracieuse de la vie et des plaisirs des femmes du sérail dans l'intimité desquelles elle a été admise en sa qualité de femme de l'ambassadeur d'Angleterre près du sultan. Le tableau qu'elle en trace est loin d'être triste. Les danses et les jeux après le bain solliciteraient le pinceau d'un artiste.

Peut-être Lady Montagu n'a-t-elle vu que les beaux côtés, et n'a-t-elle conversé qu'avec les privilégiées, comme la mère du sultan régnant dont elle parle beaucoup. Peut-être le sérail a-t-il déchu avec la puissance des sultans.

TITRE VII

DEVOIRS DES ÉPOUSES

CHAPITRE I

Devoirs d'une femme quand elle est la seule épouse.

Une femme vertueuse se conforme aux désirs de son mari comme s'il était un dieu. Elle s'assied toujours après lui et se lève avant lui (App. 1).

Elle prend sa charge de la famille et de la maison. Elle tient tout dans le plus grand état de propreté (App. 2).

Elle entoure la maison d'un petit jardin où elle apporte tout ce qu'il faut pour les sacrifices du matin, de midi et du soir, aux dieux domestiques.

Elle révère elle-même le sanctuaire des dieux du foyer car, ainsi que le dit Gonardiya, rien ne gagne le coeur d'un mari, d'un maître de maison, comme l'observation des rites domestiques.

Elle aura tous les égards possibles pour son beau-père et sa belle-mère, et pour tous les membres de la famille de son mari.

Elle évite la société des mendiantes, des _religieuses bouddhistes mendiantes_[47], des femmes perdues, des voleuses, des diseuses de bonne aventure et des sorciers.

[Note 47: Les mots en italique prouvent qu'à l'époque où écrivait Vatsyayana le bouddhisme était encore en vigueur dans l'Inde.]

Elle ne fait rien avant d'en avoir obtenu le consentement de son mari (App. 3).

Quand elle va trouver son mari en particulier, elle doit être parée de ses ornements et de fleurs diverses et porter une robe de plusieurs couleurs. Mais son habillement ordinaire de tous les jours sera léger et collant.

Au cas où il aurait quelques torts de conduite à son égard, elle ne lui en fera pas de reproches, malgré son déplaisir.

Elle soigne sa tenue de manière à toujours plaire à son mari.

Elle garde ses secrets, lui prête toute l'aide possible dans ses affaires lorsqu'il est obligé de s'absenter pour quelque voyage.

Elle ne porte que des ornements de bon augure et observe les fêtes en l'honneur des dieux. Elle ne sort que pour les deuils et les fêtes de famille. Elle prend soin des intérêts de son mari.

Quand il arrive de voyage, elle le reçoit dans sa tenue ordinaire, pour qu'il voie comment elle a vécu pendant son absence. Elle lui apporte quelque présent et des objets qui peuvent être offerts pour le culte de la divinité.

C'est ainsi, conclut l'auteur, qu'une femme d'une bonne conduite, épouse ou vierge remariée, ou concubine, doit vivre purement, toujours dévouée à l'homme auquel elle est unie, faisant tout pour son bien et pour lui plaire.

Les femmes qui tiennent cette conduite possèdent le Dharma, l'Artha et le Kama, obtiennent une haute considération et, généralement, conservent tout l'amour de leur mari (App. 4).

APPENDICE AU CHAPITRE I

Respect des femmes hindoues pour leur mari.

N° 1.--Les dames indiennes sont très respectueuses envers leur mari. Elles ne l'appellent que mon maître, mon seigneur, et, quelquefois même, mon dieu, tandis que celui-ci, au contraire, ne leur parle que d'un ton de supériorité. Si un mari en prenait un autre, en public surtout, sa femme s'en offenserait comme d'une inconvenance.

Une femme indienne prépare le repas de son mari et le sert; mais elle ne mange jamais qu'après lui, et que ses restes.

Elle ne l'accompagne jamais à la promenade; en voyage, elle marche derrière lui à une certaine distance, sans pouvoir lui adresser la parole.

N° 2.--Manou, livre IV. «Renfermées sous la garde d'hommes fidèles et dévoués, les femmes ne sont point en sûreté; celles-là seulement sont bien en sûreté, qui se gardent elles-mêmes de leur propre volonté.»

«On ne parvient point à tenir les femmes dans le devoir par des moyens violents. Mais un mari y réussit en assignant pour fonctions à sa femme le compte des recettes et des dépenses, la purification des objets et du corps, l'accomplissement de son devoir, la préparation de la nourriture et l'entretien des ustensiles de ménage. Mettre au monde des enfants, les élever et s'occuper chaque jour des soins du ménage et de l'entretien du feu consacré, tels sont les devoirs des femmes mariées dans l'Inde; nulle n'en est affranchie.»

N° 3.--Même livre. «Jour et nuit les femmes doivent être tenues dans la dépendance par leurs protecteurs: une femme est sous la tutelle de son père pendant son enfance; de son mari, pendant sa jeunesse; de son fils, pendant sa vieillesse; elle ne doit jamais se conduire à sa fantaisie.»

«Si les femmes n'étaient pas surveillées, elles feraient le malheur des deux familles.» Manou a donné en partage aux femmes l'amour de leur lit, de leur siège et de la parure, la concupiscence, la colère et la perversité.»

«Aucun sacrement n'est pour les femmes accompagné de prières.»

Il n'en était point ainsi chez les Ariahs védiques. Il est impossible de pousser plus loin le mépris de la femme.

L'idée de son infériorité a été générale dans l'antiquité; nous la trouvons aux premiers temps de la Grèce, dans le Mythe de Pandore, raconté si malicieusement par Hésiode (400 ans avant Homère) dans sa Théogonie.

Pour se venger des humains dans la demeure desquels brillait le feu dérobé par Prométhée, Zeus (Jupiter) leur prépare un fléau. Par son ordre, Vulcain façonne, avec de l'argile, la pudique image d'une vierge. Athéna (Minerve) la revêt d'une blanche tunique, lui attache sa ceinture, lui jette sur la tête un voile d'un merveilleux travail, orne ses cheveux de fleurs et place sur sa tête, une couronne d'or, chef-d'oeuvre de l'illustre boîteux.

«Lorsqu'il a préparé ce présent fatal, le dieu amène la jeune fille dans l'Assemblée des dieux et des hommes. Ils admirent ce piège cruel à l'appât duquel la race des mortels n'échappera pas.

«C'est d'elle que nous vient la race des femmes; c'est d'elle que viennent ces funestes compagnes de l'homme qui s'associent à sa prospérité et non à sa misère, comme les frelons méchants et parasites que les abeilles nourrissent à l'abri de leurs ruches. Bien des maux nous viennent de ce cruel présent. Si nous fuyons l'hymen et le commerce inquiet des femmes, nous n'avons aux jours de la triste vieillesse personne qui nous soutienne et nous console, et des parents éloignés se partagent entre eux notre héritage.»

«Le sort nous a-t-il uni à une épouse vertueuse et chérie, le mal se mêle encore au bien dans toute notre vie. Mais s'il nous fait rencontrer quelque femme d'une race perverse, alors nous vivons dans l'amertume, portant au fond de notre coeur un éternel ennui, un chagrin que rien ne peut guérir.»

On lit dans les _Travaux et les Jours_:

«Garde qu'une femme impudique ne te séduise le coeur par de douces paroles et ne s'introduise dans ta maison. Se fier à la femme, c'est se fier aux voleurs.»

«N'aie qu'un fils pour soutenir la maison paternelle. C'est ainsi que les maisons prospèrent.»

On ne s'attendait guère, sans doute, à trouver dans Hésiode ce conseil de Malthus si fort suivi de nos jours.

Hésiode fait dire à Télémaque recevant des hôtes qui le louent d'être le fils d'Ulysse: «On n'est jamais sûr d'être le fils que de sa mère.»

Nous trouvons, même dans quelques docteurs chrétiens, le préjugé contre les femmes: «Foemina infirmius, le sexe est faible,» a dit saint Augustin; mais à cause de ses autres qualités, le bouddhisme et le christianisme ont mis le sexe faible au niveau du sexe fort.