Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 13

Chapter 134,015 wordsPublic domain

Si la jeune fille est familière avec son mari, elle lui mettra au cou une guirlande de fleurs, suivant le désir qu'il lui en aura exprimé; il profitera de ce moment pour lui toucher les seins et les chatouiller avec les doigts. Si elle l'en empêche, il lui dira: Je ne recommencerai plus, mais à la condition que vous me tiendrez embrassé.

Quand elle sera dans cette position, il lui passera la main à plusieurs reprises sur le cou et tout autour. De temps à autre, il la placera sur ses genoux, la pressera sur son sein, et s'efforcera d'obtenir son consentement à l'union. Si elle ne veut pas céder, il la menacera de faire sur elle et sur lui-même des marques aux bras et aux seins avec les ongles et les dents, et de dire ensuite que c'est elle qui les lui a faites.

Les deux nuits suivantes, comme la jeune fille se confie et s'abandonne davantage, il la caressera par tout le corps avec les mains et la couvrira partout de baisers; il lui placera les mains sur les cuisses et les palpera doucement. De là, il passera aux aînes; si elle écarte ses mains, il lui dira: quel mal y a-t-il à cela? et la décidera à le laisser faire.

Cette faveur obtenue, il lui touchera les parties sexuelles, il détachera sa ceinture et le noeud qui retient son vêtement inférieur, et massera le haut de ses cuisses mises à nu. Tout cela se fera sous divers prétextes, mais sans commencer l'union. Puis il lui enseignera les soixante-quatre manières du Kama, en lui exprimant tout son amour et tout ce qu'il espère d'elle. Il lui promettra fidélité pour toujours, et l'assurera qu'elle sera sans rivale.

Enfin, après avoir vaincu sa timidité, il consommera l'union et jouira d'elle sans l'effrayer.

En agissant ainsi, suivant les dispositions d'une jeune fille, l'homme gagne son amour et sa confiance.

On ne réussit ni par une soumission absolue ni par une violence brutale faite à la volonté de la femme; la prude méprise, comme ne connaissant rien au coeur des femmes, l'homme qui tient trop de compte de ses refus; et d'un autre côté, la jeune fille violentée prend en haine celui qui a manqué de ménagements pour elle [41].

[Note 41: Les Pariahs livrent leurs filles à peine nubiles, afin que leur virginité soit matériellement démontrée.

Il en est de même des Arabes de l'Algérie.

Dans ces conditions, la consommation du mariage est un véritable viol.

Le mariage avant l'entier développement, joint a l'excès du travail, fait que les femmes arabes sont petites et chétives pendant que les hommes sont grands et forts.]

APPENDICE AU CHAPITRE III

N° 1.--Conseils d'Ovide.

Ovide, _Art d'aimer_, livre I. «Quel amant un peu habile ne joint point aux tendres propos de doux baisers? Si on ne lui en donne point, qu'il s'en prenne à lui-même. D'abord la belle l'appellera méchant, mais en résistant elle désire sa défaite.

«Prenez garde seulement de blesser par de brusques caresses ses lèvres délicates. Après un baiser pris, si vous ne prenez pas tout le reste, vous méritez qu'on vous refuse même les faveurs qu'on vous a accordées; car une sotte timidité a pu seule vous arrêter.

«La violence plaît aux belles. Ce qu'elles veulent donner, elles aiment qu'on le leur ravisse. Toute femme prise de force, dans un mouvement passionné, s'en réjouit et rien ne lui est plus doux.

«Mais si, lorsque vous pouvez la prendre d'assaut, vous la laissez se retirer intacte du combat, son visage en exprimera la joie, mais la tristesse sera dans son coeur. Quand la force triomphe d'une belle, c'est qu'elle l'a bien voulu.»

N° 2.--Le docteur J. Guyot.

VIIIe méditation. «La meilleure condition pour le mariage, c'est l'amour réciproque.

«S'il n'existe pas chez la femme, l'homme pourra le créer par l'art qu'il apportera dans ses caresses.

«La femme, dans la première jeunesse, est toujours moins ardente et plus faible que l'homme; les apparences contraires viennent, le plus souvent, de ce que la fonction sensoriale reste inachevée chez la première.

«La lune de miel est un temps d'ivresse donné par la nature aux époux pour se comprendre et s'accorder sur la satisfaction normale et complète des besoins du sens génésique.

«La volupté a cela de particulier qu'elle résulte, pour chacun des deux époux, principalement de celle qui est éprouvée par l'autre.

«Quand on lui a donné sa direction naturelle, l'exercice régulier et normal du sens génésique devient un besoin fonctionnel essentiel à la liberté du cerveau, à la paix du coeur, à la santé du corps.»

CHAPITRE IV

Séduction d'une jeune fille en vue du mariage

(Voir App. 1).

Un homme pauvre mais de bonnes qualités (caste, beauté, science), un homme de famille infime et n'ayant que des qualités médiocres, un riche voisin, un jeune homme sous la tutelle de son père, de sa mère ou de ses soeurs, ne peuvent se marier qu'avec une jeune fille dont ils se sont efforcés de gagner le coeur, depuis son enfance.

Ainsi, un jeune garçon qui vit chez son oncle essaiera de s'attacher la fille de cet oncle, ou quelqu'autre jeune fille dans la maison ou dans les maisons qu'il fréquente, quand bien même elle aurait été promise à un autre.

«Cette conduite, dit Gopotamoukkà, est légitime dans tous les cas; car elle conduit toujours à l'accomplissement du Dharma (le devoir religieux).»

Quand un jeune garçon aura ainsi jeté son dévolu ou son amour sur une jeune fille, il s'efforcera constamment de lui plaire par tous les moyens en son pouvoir.

Quand il s'aperçoit qu'elle l'aime, il se consacre tout entier à satisfaire tous ses goûts et à lui procurer tous les plaisirs qu'elle recherche. Quand elle revient des fêtes, il lui offre des bouquets, des guirlandes pour la tête, des ornements et des anneaux pour les oreilles.

Tout d'abord, il a soin de mettre dans ses intérêts la soeur de lait de la jeune fille; puis il lui enseigne les soixante-quatre moyens de jouissance sexuelle employés par les hommes, et lui vante ses talents en ce genre.

Il est toujours bien habillé et paré et fait aussi bonne figure que possible; car les jeunes filles s'éprennent des hommes de leur intimité qui sont beaux, de bonne mine et toujours bien parés [42].

[Note 42: Voir au n° 8 de l'Appendice: «les Conseils d'Ovide.»]

Une jeune fille trahit toujours son amour par quelques signes ou actes tels que les suivants. Elle ne regarde jamais l'homme en face et éprouve de la gêne et de la honte quand il la regarde (App.2). Sous quelque prétexte, elle lui montre ses membres; elle le regarde furtivement quand il s'éloigne d'elle, baisse la tête quand il lui adresse quelque question et lui répond avec trouble et par des phrases inachevées; elle aime à rester longtemps dans sa compagnie, parle à ses suivantes sur un ton particulier, afin d'attirer son attention lorsqu'il est à une certaine distance, tient à ne point s'éloigner du lieu où il se trouve, prend quelque prétexte pour lui faire regarder différents objets, lui conte lentement des anecdotes pour prolonger la conversation avec lui; elle baise et presse un enfant qu'elle tient assis sur ses genoux, fait des gestes gracieux ou drôles lorsque ses soubrettes lui tiennent des propos plaisants devant l'homme qui la captive, montre à ses amis de la confiance, du respect et de la déférence, témoigne de la bonté à ses serviteurs, les écoute attentivement lorsqu'ils lui parlent, ou parlent à quelqu'autre de leur maître, se rend chez lui quand elle y est engagée par sa soeur de lait ou par quelque avis de ses domestiques, pour converser et jouer avec lui; elle évite d'être vue de lui en négligé, lui fait remettre par quelque amie ses ornements d'oreilles, anneaux et guirlandes de fleurs qu'il a demandé à voir; elle porte constamment tous les objets dont il lui a fait présent, se montre désolée quand ses parents lui parlent de tout autre prétendant, et se fâche contre quiconque appuie un rival.

Voici quelques vers sur ce sujet:

«Celui qui a reconnu à des signes extérieurs les sentiments qu'une jeune fille a pour lui, doit faire tout ce qu'il faut pour s'unir à elle. Il captivera une toute jeune fille par des jeux enfantins; une grande demoiselle, par ses talents (dans le Kama sans doute), et une personne qui l'aime, par le moyen d'intermédiaires dans lesquelles elle ait confiance.»

Quand l'amant possède le coeur de la jeune fille, il achève de la séduire par divers moyens, tels que ceux-ci.

Quand il est avec elle, à quelque jeu ou quelqu'exercice, il lui prend les mains avec une intention marquée; il pratique sur elle les divers embrassements décrits dans le Soutra.

Parfois, il lui montre une découpure faite dans la feuille d'un arbre et figurant deux amants accouplés; il s'extasie à la vue des nouveaux boutons des fleurs et des feuilles nouvelles de la poussée de la sève, à l'époque du renouveau (App. 2).

Il lui décrit ses tourments, lui raconte un beau rêve qu'il a fait au sujet d'autres femmes.

Aux assemblées de la caste, il se place près d'elle, et, sous quelque prétexte, il la touche, place son pied sur le sien, lui touche doucement et progressivement les doigts d'un pied avec les siens et les presse avec le bout de ses ongles.

S'il n'est point repoussé, il prendra ensuite ses pieds avec la main et les serrera délicatement. Il lui pressera aussi un doigt de la main entre ses doigts de pied, quand il lui arrivera de se lever; toutes les fois qu'il recevra d'elle ou lui donnera quelque objet, il lui manifestera, par ses manières et l'expression de ses regards, tout l'amour qu'il ressent pour elle. Il jettera sur elle l'eau qu'on lui aura apportée pour se rincer la bouche (App. 4).

Quand il se trouvera avec elle dans un lieu isolé, il lui fera des caresses amoureuses en lui peignant sa passion, sans cependant la troubler ou la blesser en quoi que ce soit.

Toutes les fois qu'il sera assis à côté d'elle sur le même banc ou le même lit, il l'emmènera à l'écart en lui disant qu'il a besoin de l'entretenir en particulier, et alors il lui exprimera tout son amour par des signes plutôt qu'avec des paroles. Il lui prendra la main et la placera sur son front; si elle est chez lui, il l'y retiendra sous prétexte de préparer pour lui-même quelque médication qui ne peut être efficace que si elle-même y met aussi la main.

Quand elle s'en ira, il la priera instamment de revenir le voir, et lorsque, devenue familière, elle le visitera souvent, il aura avec elle de longues conversations; «car, dit Gothakamouka, quel que soit l'amour d'un homme pour une femme, il ne réussit auprès d'elle qu'à force de lui parler (App. 5).

Enfin, quand il voit que la jeune fille est complètement subjuguée, il peut commencer à en jouir.

Quand un homme ne pourra à lui seul atteindre ce résultat, il emploiera la soeur de lait de la jeune fille (App. 6).

Celle-ci la décidera à venir le voir chez lui et tout se passera alors comme il vient d'être dit.

A défaut de soeur de lait, il enverra vers elle une de ses servantes qui se fera l'amie de la jeune fille et travaillera pour lui.

Il fera en sorte de se rencontrer avec elle dans toutes les réunions publiques et privées, et quand il se trouvera en tête-à-tête avec elle, il en jouira. «Car, dit Vatsyayana, en temps et lieu propices, la femme ne résiste point à celui qu'elle aime (App. 7).

APPENDICE AU CHAPITRE IV

N° 1.--Séduction.

Les agissements préconisés sous ce titre sont, pour la plupart, malhonnêtes, contraires à la sincérité, aux droits des parents et autres, à la parole donnée et aussi à la moralité de la jeunesse.

Ils sont autorisés et même prescrits ici, en vertu de ce principe établi par Manou et reproduit dans le Kama Soutra: que le mode de mariage des Gandharvas, c'est-à-dire par consentement mutuel, prime les trois autres modes, d'où l'on conclut que tout est permis à qui s'efforce de réaliser un mariage par ce mode.

Le poète Kalidaça l'a rendu célèbre dans son beau drame de _Sakountala_, si poétiquement traduit par M. de Chesy.

C'est le mode de mariage des musiciens et des apsaras du paradis d'Indra, mythe atmosphérique qui personnifie le phénomène des vapeurs légères s'unissant pour former des nuages.

N° 2.--Afflux du sang au visage.

En Europe, la honte fait monter le sang à la face et l'on dit que la personne rougit. Dans l'Inde, il faut dire: elle blêmit; tel est l'effet que produit chez les Hindous, qui sont noirs, l'afflux du sang au visage.

N° 3.--Le renouveau.

Tous les poètes de l'Inde célèbrent le renouveau et la grande fête du printemps. Tous les poètes de l'antiquité ont chanté le réveil de la nature et les amours printaniers.

N° 4.--Singulière politesse chez les Hindous.

Jeter de l'eau à la figure d'une personne est, dans l'Inde, une politesse de la part de celui à qui cette eau a servi pour sa toilette.

N° 5.--Liberté des jeunes filles au temps de Vatsyayana.

Tous ces détails indiquent que, du temps de Valsyayana, les jeunes filles jouissaient d'une liberté très grande dans l'Inde, ce qu'il faut sans doute attribuer à l'influence du Bouddhisme à cette époque. Cette liberté n'existe plus aujourd'hui.

N° 6.--La soeur de lait.

Il est souvent parlé, dans le Soutra, de la soeur de lait; cela prouve que, du temps de Vatsyayana, les dames Hindoues quelque peu aisées ne nourrissaient point elles-mêmes leurs enfants et que les soeurs de lait étaient élevées dans la maison.

Il en était de même chez les Romains sous les Césars. On voit dans les poètes que toutes les dames romaines gardaient près d'elles leur nourrice qui devenait pour elles une confidente dévouée.

N° 7.--Motifs de la préférence donnée par Manou au mode de mariage des Gandarvas.

La préférence donnée par Manou au mariage par consentement mutuel, sans l'intervention des parents, malgré les indélicatesses de toutes sortes qu'à nos yeux il entraîne, pourrait avoir son excuse si elle était fondée sur le droit qu'a chaque partie de disposer de soi, ou sur la considération du bonheur futur des deux époux. Mais, pour qui a étudié le livre de Manou et l'Inde, la raison de cette préférence est que les mariages d'amour réciproque sont les plus féconds; le législateur n'avait en vue que l'accroissement de la population, but unique des règles qu'il a tracées pour les rapports entre les deux sexes.

L'idée du plaisir naturel devait même être écartée lorsqu'un frère était appelé à donner un fils au frère décédé sans enfants, en s'unissant une fois avec sa veuve.

Au point de vue social, le motif du législateur hindou a certainement sa valeur; mais il ne doit pas primer la justice, ni dispenser de la loyauté.

N° 8.--Conseils d'Ovide pour la séduction.

Ces conseils pour la séduction d'une jeune fille ressemblent fort, d'ailleurs, à ceux qu'Ovide donne pour faire la conquête d'une belle.

«Si votre belle, dit-il, n'a pour vous que des rigueurs, ne perdez pas courage elle s'adoucira. Cédez d'abord pour vaincre ensuite.

«Quelqu'office qu'elle exige, remplissez-le promptement; blâmez ce qu'elle blâme, approuvez ce qu'elle approuve, assurez ce qu'elle assure, niez ce qu'elle nie, riez ou pleurez avec elle, composez votre visage sur le sien; si elle veut manier le _dévidoir_, son coup joué, manquez le vôtre exprès et passez-lui la main.

«Tenez vous-même le parasol déployé sur sa tête, frayez-lui le chemin à travers la foule; approchez avec empressement le marchepied de son lit; mettez ou ôtez la chaussure de ses pieds.

«Fussiez-vous transi de froid, réchauffez dans votre sein ses mains glacées; n'ayez pas honte de tenir le miroir devant elle, le plaisir vous dédommagera de cet office servile.

«La nuit, quand elle reviendra chez elle au sortir d'un souper, mettez-vous à sa disposition si elle demande quelqu'un.

«Si votre belle vous ordonne de vous trouver quelque part, soyez-y avant l'heure prescrite; si elle vous appelle de la campagne, volez chez elle; qu'aucun obstacle ne vous arrête.

«Si vous ne pouvez faire à votre maîtresse que de légers présents, ayez soin de les bien choisir et de les offrir à propos.

«Quand vous serez décidé à faire quelque chose que vous croirez utile, faites en sorte que votre amie l'ait demandé.

«Vous voulez donner la liberté à un esclave, qu'il la fasse solliciter par elle; vous voulez accorder à un autre la grâce d'un châtiment, qu'elle vous en ait l'obligation; en agissant ainsi elle s'imaginera qu'elle a tout pouvoir sur vous.

«Faites-lui croire que vous êtes ravi de ses parures et de ses charmes. Admirez ses bras quand elle danse, sa voix quand elle chante et, quand elle a cessé, regrettez qu'elle ait sitôt fini.

«Exprimez d'une voix tremblante de plaisir le ravissement de ses caresses; surtout sachez dissimuler avec adresse; que votre visage ne démente jamais vos paroles et que votre maîtresse ne puisse jamais soupçonner votre sincérité.

«Tâchez, au prix même de tous les ennuis, de vous attacher son coeur par l'habitude, le plus puissant des liens. Qu'elle vous voie, qu'elle vous entende sans cesse; soyez nuit et jour près d'elle. Mais quand vous serez bien sûr qu'elle peut vous regretter, éloignez-vous pour qu'elle sente le vide. Le repos, d'ailleurs, vous sera utile: un champ reposé rend la semence avec usure. Mais ne prolongez pas trop votre absence. Car le temps dissipe les inquiétudes et les regrets; l'amant qu'on ne voit plus est bientôt oublié et sera vite remplacé.»

CHAPITRE V

De la jeune fille qui fait la conquête d'un époux.

Quand une jeune fille pourvue de bonnes qualités, d'une bonne éducation, appartient à une famille sans position, et, pour ce motif, n'est point recherchée en mariage par les membres de sa caste; ou bien quand une jeune fille qui observe les règles de de sa famille et de sa caste, est orpheline et sans parents qui s'occupent d'elle, elle doit chercher elle-même à se marier quand le moment est venu.

Elle s'efforcera de faire la conquête d'un jeune homme vigoureux et de bonne mine, ou bien d'un homme que, par sa faiblesse d'esprit, elle espère décider à se marier avec elle, même sans le consentement des parents du jeune homme.

Elle emploiera tous les moyens pour le captiver et le verra et l'entretiendra fréquemment. Sa mère aussi se servira de ses amies et de sa soeur de lait pour amener de fréquentes rencontres, soit chez ses amies, soit ailleurs, avec le mari convoité. La jeune fille, de son côté, tâchera de se trouver seule avec lui, en lieu sûr et non troublé, et, de temps en temps, lui fera des présents de fleurs, de parfums et de noix et de feuilles de bétel.

Elle lui montrera les talents qu'elle possède, tels que ceux de masser, d'égratigner et de presser avec les ongles; causera avec lui des choses qui lui plaisent ou l'intéressent, et même discutera avec lui les voies, et moyens pour gagner le coeur d'une jeune fille. Les anciens auteurs sont d'avis que la jeune fille, même quand elle aime, ne doit point faire les premières avances; elle doit seulement encourager l'homme qui la recherche, lui permettre quelques privautés et recevoir les manifestations de son amour sans paraître s'apercevoir de sa passion.

Quand il essaiera de prendre des baisers, elle ne s'y prêtera pas tout d'abord; quand il lui demandera l'union, elle n'y consentira pas; elle lui permettra seulement, tout en faisant beaucoup de difficultés, des attouchements à ses parties cachées, et résistera à toute autre tentative.

C'est seulement lorsqu'elle sera bien certaine de son amour et de sa constance à toute épreuve qu'elle consentira à se donner à lui s'il est décidé à se marier de suite avec elle (App. 1).

Quand elle aura ainsi perdu sa virginité, elle en fera la confidence à ses amies[43].

[Note 43: Sans doute pour notifier son mariage. Dans ce cas, comme dans tous les autres, l'union sexuelle précède la consécration religieuse; le véritable sacrement pour les Hindous paraît être la promesse du mariage cimentée par l'union sexuelle qui est nécessaire et suffisante pour assurer l'exécution de la promesse.]

APPENDICE AU CHAPITRE V

N°1.--Fleurtage dans les chants des Bayadères.

Tout le manège de la jeune fille est figuré très exactement dans un chant des Bayadères intitulé: _Entretien d'un homme et d'une femme en route_ (voir les _Chants des Bayadères_, traduit du tamoul, par M. Lamairesse).

Entretien d'un homme et d'une femme en route.

1. L'HOMME.--Toi qui es belle comme une paonne et qui portes des bijoux des neuf espèces de pierres précieuses, où vas-tu avec les lèvres de corail et tes yeux bleus comme la fleur Nilopalam?

6. LA FEMME.--Je m'appelle Poulocadi (nymphe terrestre) et je vais puiser de l'eau.

7. L'HOMME.--Je te suis pour remplir ta cruche et ensuite pour te la placer sur la tête.

10. LA FEMME.--Je sais ce que tu veux de moi. Les hommes doivent-ils se permettre de suivre les femmes en route?

15. L'HOMME.--Je suis venu mettre à tes pieds toutes mes richesses, quand je t'ai vue passer seule si légèrement.

16. LA FEMME.--Je ne te comprends pas; tu n'as aucun droit de me suivre, tu feras bien de t'en retourner.

21. L'HOMME.--J'ai couru après toi, sans reprendre haleine; prends pitié de mon tourment.

26. LA FEMME.--Tu me parles sans retenue, veux-tu aussi m'insulter en tirant ma pagne? N'es-tu pas honteux de mes refus?

33. L'HOMME.--Il n'est point de rebuts ni de honte pour les amoureux. Si tu le veux, je te remettrai une promesse de mariage par écrit.

34. LA FEMME.--Puisque tu prends cet engagement, je t'avouerai que je me suis prise d'amour, malgré moi, sur le chemin.

34. L'HOMME.--Si tu y consens de bon coeur, je te ferai goûter le plaisir charnel.

38. LA FEMME.--Fais-le sans plus discourir et tes traits ne sortiront jamais de mon coeur.

39. L'HOMME.--Tu me promets de ne jamais m'oublier et moi je te dis que tu as une habileté que n'aura jamais aucune fille, fût-elle venue au monde sept fois.

40. LA FEMME.--Les filles possèdent l'habileté; elles ne déclarent jamais les premières leur amour. Mais cesse de parler. Occupe-toi aux oeuvres du livre des sciences d'amour (Kamasoutra).

42. LA FEMME.--Presse d'abord mes seins, ô mon bien-aimé, en regardant ma figure et en suçant mes lèvres.

46. LA FEMME.--Pénètre-moi, membre contre membre, et en serrant mes cuisses. Donne-moi toute ta vie.

49. L'HOMME.--Je t'étreins si amoureusement dans mes transports, que les perroquets et les coucous chantent.

54. LA FEMME.--Tu pars déjà. Arrête-toi et dis-moi si tu es satisfait, car tu me laisseras ainsi la joie au coeur.

55. L'HOMME.--Je m'en vais chez moi et je t'enverrai mon frère aîné pour consommer notre union.

56. LA FEMME.--Que pourrai-je faire si tu me trompes en me promettant de m'épouser? Personne ne nous a vus ici.

57. L'HOMME.--Ne crains rien, je prends à témoins le ciel et la terre, le soleil et la lune.

58.--LA FEMME.--C'est assez, je t'en remercie, mon amant; tu peux te retirer, je m'en vais aussi chez moi.

N° 2.--Fleurtage chez les Chinois.

Il est intéressant de rapprocher du fleurtage hindou, si passionné, le fleurtage chinois si formaliste.

_La jeune chinoise qui se marie elle-même _(Jules Arène, _La Chine familière et galante)_.

«LA JEUNE FILLE.--Triste, les sourcils froncés, je brode pour tuer le temps; de mes manches j'essuie mes larmes; je n'ai pas le courage de me coiffer près de la fenêtre et je m'en veux à moi-même; la destinée des jolies femmes, c'est chose connue, est mauvaise! Je m'appelle Sou-yu-Tchiaou, ma mère est veuve, notre avoir est mince. J'ai aujourd'hui dix-huit ans et n'ai point de mari. Ma mère est toute confite en dévotion et néglige les affaires de la maison.

«LA MÈRE.--J'ai appris l'arrivée d'un bonze pèlerin qui fait des conférences dans la pagode Poutousse, et je me suis levée de bonne heure pour l'entendre; je vais sortir, applique-toi à broder jusqu'à mon retour; à midi je préparerai de quoi apaiser notre faim.

«LA JEUNE FILLE (elle chante).--Toute seule enfermée dans la chambre intérieure. Toute seule! seule je m'assieds, seule je me couche! Pauvres jolies femmes, quelle est votre destinée? Beaucoup de tristesses, beaucoup de larmes.