Théologie hindoue. Le Kama soutra.

Chapter 11

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«L'homme étant couché avec sa compagne la doit mignardiser, chatouiller, caresser et émouvoir s'il trouvait qu'elle fut dure à l'éperon; et le cultivateur n'entrera dans le champ de nature humaine à l'estourdy, sans que premièrement n'ait fait ses approches afin qu'elle soit esguillonée et titilée tant qu'elle soit éprise du désir du masle et que l'eau lui en vienne à la bouche, afin qu'elle prenne volonté et appétit d'habiter et faire une petite créature de Dieu et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble, car aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes.»

Le Docteur Jules Guyot cite et appuie l'avis d'Ambroise Paré; Paul Garnier le combat.

Docteur PAUL GABSIER (De l'Onanisme).

«Sauf de rares exceptions, la femme ne ressent point spontanément l'incitation qui chez l'homme résulte de l'érection de ses organes; elle ne l'éprouve que par son contact avec lui lorsqu'il la provoque et la transmet par ses caresses. De là la nécessité des préludes tout en observant cette règle:»que les organes génitaux de l'un des sexes ne doivent recevoir que l'action naturelle des organes génitaux de l'autre sexe à l'exclusion de tout autre contact ou ébranlement, les caresses des époux avant et après l'union ne devant point s'étendre à ces organes. Des pratiquas contraires mènent à l'onanisme à deux qui a pour la femme les conséquences les plus funestes: la dépravation et la perte de la santé. L'onanisme à deux détermine presque toujours l'onanisme isolé, et chacun de ces onanismes engendre fréquemment soit l'hystérie, soit le gonflement et par suite l'hypertrophie des glandes vaginales, soit l'allongement du col de la matrice, soit un développement du clitoris qui en nécessite l'excision, soit le cancer de la matrice. Le plus grand de ces maux est la nymphomanie et le moindre la perte de la voix.

CHAPITRE II

Les Apadravyas.

L'homme peut aussi, pour satisfaire une femme, user des apadravyas ou objets qui, mis sur le linga ou autour, en augmentent la longueur ou la grosseur, de manière qu'il corresponde aux dimensions du yoni[30].

[Note 30: Les apadravyas ayant pour objet la satisfaction de la femme, leur invention, bien que bizarre à nos yeux, part cependant d'un bon sentiment; et, sous ce rapport, les hindous valent mieux que les chinois qui estropient leurs femmes pour resserrer les lèvres par le gonflement des cuisses.

Au point de vue du P. Gury, les apadravyas pourraient être permis, quand ils ne forment pas obstacle à la génération.

Nous avons vu plus haut Chariclès, dans Lucien, les qualifier de monstrueux parce que généralement leur emploi a pour objet ou conséquence la stérilité. Ce emploi était commun à Rome où sans doute l'Inde les avait importés.]

Bathravia est d'avis que ces objets doivent être d'or, d'argent, de cuivre, de fer, d'ivoire, de corne de buffle, de bois de différentes sortes, en peau, en cuir, doux, frais, provoquant l'érection, et bien appropriés à leur but.

Vatsyayana, sous ce rapport, s'en remet au goût de chacun.

Voici les différentes sortes d'Apadravyas.

1° L'anneau de la longueur du linga au-dessous de sa tête; sa surface extérieure doit être rude et garnie de petites saillies hémisphériques ou globuleuses de manière à former une lime à frottement doux qui n'use point.

2° Le couple: formé de deux anneaux.

3° Le bracelet: formé de plusieurs anneaux ayant ensemble la longueur du linga.

4° La spirale: elle s'obtient en enroulant autour du linga un fil métallique, comme du laiton, dont les tours sont très rapprochés.

5° Le Jalaka, tube métallique ouvert à ses deux extrémités; à l'extérieur, il est rude et parsemé de saillies hémisphériques douces au toucher; il a les dimensions du yoni; on l'attache à la ceinture.

6° A défaut du Jalaka, un tube fait de bois de pommier ou du goulot d'une gourde ou d'un roseau amolli avec de l'huile et des essences, qui s'attache à la ceinture avec des cordons; ou bien une foule de petits anneaux de bois doux et attachés ensemble.

Les tubes peuvent servir, soit en entourant le linga, soit seuls et à sa place[31].

[Note 31: Ces apadravyas paraissent grossiers ou dangereux. Un industriel qui s'aiderait de la science pourrait, aujourd'hui, en fabriquer d'inoffensifs avec le caoutchouc, et vu leur bon usage, il en pourrait vendre beaucoup dans l'Inde. On peut rattacher à cette sorte d'apadravyas qui peuvent fonctionner sans le linga tous les engins imaginés pour le remplacer (Voir appendice N° 3).]

Il est d'usage, dans le sud de l'Inde, de se faire un trou dans la peau du linga, comme on s'en fait aux oreilles pour y suspendre des boucles; à ce trou on accroche divers apadravyas, ceux mentionnés plus haut et d'autres de formes appropriées pour le plaisir de la femme.

L'auteur indique comment on fait grossir le linga pour un mois en le frictionnant avec certaines plantes.

Il prétend que, dans les pays dravidiens, on obtient un grossissement qui persiste indéfiniment en le frottant d'abord avec les soies de certains insectes qui vivent dans les arbres, comme les chenilles: ensuite pendant deux mois avec de l'huile, puis de nouveau avec les soies de chenilles et ainsi de suite.

Le linga gonfle graduellement; quand il est assez gros, l'homme se couche sur un hamac percé d'un trou, à travers lequel il laisse pendre son linga; il fait ensuite passer la douleur du gonflement avec des lotions froides[32].

[Note 32: Voir la fin du N° 2 de l'Appendice.]

Un onguent, fait avec le fruit de l'asteracantba longiflora rétrécit pour une nuit le yoni d'une femme éléphant[33].

[Note 33: Aujourd'hui, dans le sud de l'Inde, les femmes usent beaucoup d'astringents pour rétrécir leur yoni. Il en est, dit-on, qui par ce moyen se refont une virginité.

Un jeune médecin de la marine avait commencé une étude de ces procédés qu'il croyait pouvoir être utilisés en Europe; mais ayant du quitter l'Inde plus tôt qu'il ne pensait, il ne put réaliser son projet.

Les prostituées qui font abus des astringents perdent toute sensibilité dans la paroi vaginale.]

Un autre onguent composé du fruit et du jus de plusieurs plantes élargit le yoni d'une femme gazelle.

APPENDICE AU CHAPITRE II

N° 1.--Secret de Popée

Dans la note précédente, nous avons parlé des moyens employés par les femmes de l'Inde pour resserrer le yoni.

Le Docteur Debay en indique qui ne sont point dangereux et qui sont usités en France.

Nous citerons seulement le secret de Popée pour paraître toujours vierge.

«Lavez la partie avec de l'eau blanchie par quelques gouttes d'alcool benzoïque; séchez la ensuite avec des linges fins, et saupoudrez la intérieurement avec de l'amidon. L'effet est très remarquable.

N° 2.--Les ennemis de la virilité

Les transports d'une imagination lubrique et les désirs charnels excessifs sont les plus dangereux ennemis de la virilité.

L'homme raisonnable attend que la nature parle, sans provocation artificielle, et cela même dans l'intérêt de la fréquence de l'acte sexuel; le seul stimulant doit être l'attrait de la personne.

Tout ce qui échauffe le sang, en accélère la circulation, et le porte au cerveau, prédispose à la frigidité.

Les abus alcooliques et l'usage des mets échauffants détruisent aussi la virilité.

La fréquence excessive de l'acte sexuel nuit à la qualité de la procréation.

Pour ce sujet nous renvoyons au traité fort savant, fort bien écrit et pensé, du docteur Garnier (impuissance physique et morale de l'homme et de la femme). Nous lui empruntons l'application suivante.

Chez un jeune client la verge était recouverte par le prépuce et, en érection, avait à peine la grosseur d'une plume sur deux pouces de long; les proportions de tout l'appareil génital étaient aussi lilliputiennes.

Un cylindre en caoutchouc, de la forme et du volume d'un pénis ordinaire, avec un canal intérieur dont le diamètre était proportionné à la verge en érection, fut adapté au pubis par une lanière passée sur les lombes comme un bandage de corps. Son élasticité, en permettant aux mouvements du cylindre de se transmettre au pénis emprisonné à l'intérieur, donna un succès complet. En s'essayant ainsi, avec un régime tonique, après un temps assez long, la verge s'étant accrue, le sujet primitivement impuissant put se livrer naturellement au coït.

Ce phallus artificiel est imité du congesteur de Mondat contre le défaut d'érection par anaphrodysie; de jeunes pucelles pourraient en tenir lieu.

En somme, le moyen de beaucoup le meilleur de développer l'organe est de rendre son action possible et fréquente. Dans ce but les Arabes donnent à leurs fils adolescents des femmes étroites ou habiles à les exciter.

N° 3,--Onanisme mécanique (Docteur GARNIER)

Dès la plus haute antiquité les femmes de l'Orient faisaient un fréquent usage de phallus et autres objets matériels, ainsi que le prouve un passage du prophète Ezéchiel.

Chez les anciens le phallus était l'instrument le plus répandu; plusieurs spécimens de divers modèles trouvés dans les ruines de Pompéi et Herculanum sont exposés au musée de Naples.

On les fabrique à Canton avec un mélange gommo-résineux d'une certaine souplesse et coloré en rosé, et on les vend publiquement à Tien-Tsin, ainsi que des albums représentant des femmes nues qui font usage de ces instruments attachés à leurs talons. On les exhibe même au théâtre pour en indiquer aux jeunes femmes l'emploi contre la génération.

On en fabrique aussi à Paris en caoutchouc rouge durci, parfaitement imités, que l'on vend secrètement à des adresses connues de toutes les intéressées. Ils se gonflent à volonté, et du lait ou tout autre liquide placé à l'intérieur, s'échauffant au contact du vagin, s'échappe et se répand au moment psychologique pour rendre l'illusion plus complète.

Les boules japonnaises, en usage aussi en Chine et dans les sérails de l'Inde, consistent en deux boules creuses d'égale grosseur, formées par une feuille mince de laiton. L'une est vide, tandis que l'autre contient une boule ou une certaine quantité de mercure coulant; c'est le mâle. Introduite, dans le vagin, la boule vide la première, elles produisent, au plus petit mouvement des cuisses, du bassin, ou même par l'érection spontanée du tissu érectile, cette secousse légère qui fait les délices des femmes par la titillation voluptueuse qui en résulte et qui se prolonge à volonté.

On sait que l'usage de la machine à coudre est un véritable onanisme mécanique.

N° 4.--Anaphrodisie. MONTAIGNE, L'ARIOSTE, OVIDE.

La crainte et la honte de rester en affront devant une femme est une des causes les plus fréquentes de syncope génitale, surtout chez les hommes de la seconde jeunesse.

Il existe chez les jeunes gens une espèce d'aphrodisie accidentelle occasionnée par l'excès de l'amour sentimental. Montaigne raconte qu'il s'est trouvé dans ce cas.

Enfin, l'application soutenue à l'étude et la méditation produisent aussi l'anaphrodisie accidentelle et même habituelle (souvent sans doute chez les religieux).

L'Arioste a décrit, avec beaucoup d'esprit, l'anaphrodisie d'un vieil ermite.

Orlando furioso. Canto Ottavo.

Angelica e l'Ermita.

Giù resupina nel l'arena giace À lutte voglie dell'ucchio rapace, Egli l'abbraccia et a placer la tocca; Ed ella dorme et non puo far ischermo; Hor le baccia il bel petto, Hor la bocca; Non e chi lo vèddia in quel loco aspro ed ermo Ma, nell'incontro, il suo destrier trabocca; Chè al desio non risponde il corpo infermo; Ed era mal alto perche ave va troppi anni; E potra peggio quanto pru l'affanni. Tulle le nie, lutte i modi tenta; Ma quel pigro rozzon non pern s'alza, Inderno il fren gli scuote e lo tormenla E non puo far che tenga la testa alla. Al fin pressa alla donna s'addormenta.

Angélique et l'Ermite

La plage l'a reçue comme une épave, nue gisante sur le dos, évanouie, à la merci de l'oiseau de proie.

Le vieil ermite l'embrasse et la palpe à plaisir; Il lui baise tantôt les seins, tantôt la bouche; Car personne ne le voit dans ce lieu sauvage et désert. Mais son coursier trébuche à la rencontre. Son cerveau est en feu, mais son corps est de glace, Et son dépit ajoute encore à son impuissance;

Il a beau faire tous les efforts, tenter tous les essais, Sa rosse fourbue ne veut point se lever; En vain, il secoue le frein et la tourmente de la main, Il ne parvient point à lui faire tenir la tête haute. Enfin, à bout d'efforts, il s'endort près de la belle.

OVIDE.--_Les Amours. _Livre III, Élégie 7e.

Corine entrelaçait autour de mon cou ses bras d'albâtre; elle me donnait des baisers lascifs, elle glissait amoureusement sa cuisse sous la mienne, m'appelait son vainqueur, ajoutant tout ce qu'on peut dire pour exalter la passion; et malgré tout, mes membres sont demeurés engourdis et je n'ai pu me servir de l'instrument du plaisir.

Cache toi pleine de honte, ô la plus vile partie de mon corps! par toi, j'ai été trouvé en défaut; tu m'as fait éprouver le plus sensible affront. Ma maîtresse, cependant, ne dédaigne pas de me secourir, dans ma détresse, de sa main délicate; mais voyant que rien ne pouvait lui rendre la vie, et qu'il demeurait malgré tout insensible: Pourquoi, dit-elle, te joues-tu de moi? Qui le forçait, insensé, devenir malgré toi partager ma couche?

Ou tu as été ensorcelé par une magicienne, ou tu t'es épuisé avec une autre avant de venir me trouver.

Aussitôt elle sauta hors du lit, à peine vêtue de sa tunique, et s'enfuit pieds-nus.

CHAPITRE III

Les Aphrodisiaques.

Voici comment on les prépare.

Dans du lait sucré, on met beaucoup de poivre Ghaba, et on y ajoute tantôt: 1° Une décoction de la racine de l'uchala, ou bien des graines de la sanseviera, roxbourgiana, et, 2° de l'hédysarum gangeticum, ou du jus de cette plante avec elle, 3° Du jus de Kuiti et de la Kshirika, 4° Ou bien une pâte composée avec l'asperge rameuse et des plantes schvadaustra et goudachi, avec addition de miel et de gui (on sait que ce dernier jouait un rôle dans une préparation magique chez les Druides). 5° Ou bien une décoction des deux dernières plantes, avec des fruits de premna spinosa. 6° Lait sucré dans lequel on fait bouillir des testicules de bouc ou de bélier. 7° Mélange de miel, de sucre et d'esprit, tous trois en quantités égales. Le jus de fenouil dans le lait est un aphrodisiaque saint, qui prolonge la vie et se boit comme le nectar. 8° Une décoction multiple, analogue aux cinq premières indiquées ci-dessus, fouettée avec des oeufs de moineau (comme oiseau très amoureux) rend un homme capable de satisfaire beaucoup de femmes.

Une autre composition très compliquée, ne renfermant que des végétaux, donne à l'homme le pouvoir de servir un nombre illimité de femmes.

L'aphorisme suivant (en vers) donne la règle générale sur la matière:

Les moyens de produire la vigueur et l'amour sexuels doivent être empruntés à la médecine, aux védas, à la magie, et à des parents discrets.

On ne doit en essayer aucun d'un effet douteux ou nuisible à la santé ou nécessitant soit la mort d'un animal quelconque, soit un contact qui occasionne une souillure.

On ne doit user que de ceux qui sont _saints_, consacrés par _l'expérience et approuvés par les brahmanes_[34].

[Note 34: Les mots en italique montrent bien le caractère religieux, c'est-à-dire obligatoire que le Kama Soutra attache aux conseils et aux règles qu'il formule.]

APPENDICE AU CHAPITRE III

Les Orientaux se sont, de tous temps, occupés des aphrodisiaques; leurs auteurs les divisent en deux classes: les naturels et mécaniques, tels que la flagellation, et les artificiels ou médicinaux.

On cité, dans la première classe, les insectes qu'appliquaient des tribus sauvages, et l'exemple de la jeune femme d'un vieux brahmane qui voulait de nouveau le faire piquer par une guêpe.

Ovide, _Art d'aimer, _livre II, nous conseille la discrétion sur les aphrodisiaques.

Il en est qui conseillent de prendre pour stimulants des plantes dangereuses: du poivre mêlé avec la semence de l'ortie ou du pyrètre broyé, mêlé à du vin vieux. Autant de poisons selon moi, et de moyens qu'interdit Vénus.

Je ne vous défends point cependant l'oignon blanc de Mégare, les herbes stimulantes, les oeufs, le miel de l'Hymelte, les pommes de pin.

Mais pourquoi, divine Erato, traiter de ces matières qui regardent l'art d'Esculape?

Pétrone s'élève avec force contre les empoisonneuses qui, par leurs drogues, prétendaient exciter l'ardeur génitale.

Il cite la rage de Caligula causée par un hippomane que lui avait donné Caesonie.

Eusèbe cite la folie de Gallus due à un aphrodisiaque. Lucullus, le gourmand légendaire, et Lucrèce, l'auteur du poème de Natura Rerum, seraient morts au milieu des fureurs frénétiques causées par des breuvages hippomaniques.

Comme Ovide, nous renvoyons aux médecins; nous leur emprunterons seulement quelques indications sommaires.

Les aphrodisiaques les mieux connus sont:

La flagellation, l'urtication, la scarification, l'électricité, les lotions stimulantes sur les organes génitaux avec de l'eau à la glace, de l'eau salée et de l'eau aromatique, le phosphore.

Dans le règne végétal, la sarriette, la menthe poivrée, le cresson alénois, le céleri, l'artichaut et l'asperge, la cinéraire sibérienne, la benoîte, la muscade, le poivre, la girofle et tous les condiments fortement aromatiques, la vanille et le cacao, le genseng, le salep, la truffe parfumée, l'oronge, la morelle, le bole, le phallus et plusieurs autres champignons, le safran.

Dans le règne animal (poissons et coquillages) les crustacés, tels que le homard, les écrevisses, les mollusques, les cétacés, les pétoncles, les huitres et les autres bivalves, l'ichthyophagie en général.

L'ambre gris, la civette, le castor et le musc, les cantharides; ces dernières et le phosphore sont presque toujours mortels.

Ambroise Paré cite un homme qui mourut de priapisme et d'hémorragie urétrale causée par une potion cantharidée qu'une courtisane, sa maîtresse, lui avait fait prendre.

Le baume de tolu, celui de la Mecque et du Pérou, sont aussi des excitants.

En Chine et dans les contrées de l'extrême Orient on fait un grand usage de l'opium et du hatchi qui procurent, le dernier surtout, des rêves délirants et une ivresse dans laquelle on goûte toutes les joies du paradis de Mahomet. Une personne qui a été empoisonnée avec du hatchi nous a décrit les sensations vraiment extraordinaires qu'elle a éprouvées.

Selon le docteur Gauthier, pour réveiller l'amour, rien n'égale l'expérience d'une prostituée consommée dans les pratiques du métier.

CHAPITRE IV

Des embellissements artificiels.

Ceux qui sont disgraciés à la fois de la nature et de la fortune peuvent pour plaire recourir à des moyens artificiels tels que ceux-ci:

Un onguent fait avec la coronaria tabernamontana, le costus speciosus ou arabicus et la calaphracta flacourtia. On en frotte tout le corps et on se rend ainsi agréable à la vue.

Si on passe une poudre fine extraite des plantes ci-dessus à la flamme d'une lampe alimentée avec de l'huile de vitriol bleu, on obtient un fard noir qui se met sur les cils.

On emploie, de la même manière que le premier onguent ci-dessus mentionné, des huiles extraites de plusieurs plantes: l'herbe de porc, l'échites putrida; et des fards noirs tirés des mêmes plantes ou de leur mélange, et un onguent composé de même.

On attribue la même propriété à une poudre formée de quelques végétaux et que l'on mange après l'avoir mélangée avec du miel.

Un os de paon ou de hyène doré attaché à la main rend un homme agréable aux yeux des autres[35].

Même succès si l'on s'attache à la main un chapelet de grains de jujubier et de coquilles, enchanté de la manière indiquée par l'Atharva-Véda (livre des incantations magiques) ou par un habile magicien (Appendice 2).

[Note 35: Nous donnons ce détail comme singularité de goût, et le suivant comme exemple de superstition.]

APPENDICE AU CHAPITRE IV

N° 1.--Conseils d'Ovide

Nous préférons à ces recettes singulières les conseils d'Ovide, _Art d'aimer_, Livre III.

Il est peu de figures et de corps sans défauts, sachez les dissimuler.

Si vous êtes de petite taille, restez assise ou étendue sur votre lit et là, pour qu'on ne s'aperçoive pas de votre taille, recouvrez vos pieds de votre robe.

Si vous êtes trop mince, portez des vêtements épais et non collants.

Avez-vous le teint pâle? mettez un peu de rouge.

Êtes-vous trop brune, employez le poison de Pharos (blanc tiré des entrailles du crocodile, remplacé aujourd'hui par la poudre de riz).

Une belle chaussure doit toujours cacher un pied difforme. Une jambe sèche et maigre doit toujours être bien entourée. Que de minces coussinets rendent les épaules égales; qu'un léger voile couvre les seins quand ils sont trop élevés ou trop amples.

Si vous avez des doigts épais, des ongles peu polis, faites le moins de gestes possible en parlant.

Ne parlez point à jeun si vous avez l'haleine mauvaise et tenez-vous toujours loin de votre interlocuteur.

Évitez de rire, si vous avez les dents noires, trop longues ou mal rangées.

N° 2.--Filtres et magie

Vatsyayana donne encore beaucoup d'autres recettes, les unes superstitieuses, les autres singulières. Nous en donnerons seulement une idée.

1° Compositions bizarres de 6 poudres; un homme qui oint son linga avec l'une d'elles se rend maître de telle femme qu'il veut.

2° Des fards composés avec le résidu de la combustion d'os de chameaux, de chouettes, de vautours et de paons donnent un pouvoir illimité de séduction.

Une certaine composition mélangée de crottes de singes et jetée sur une jeune fille comme un sort l'empêche de jamais se marier.

Si une laque saturée sept fois avec de la sueur des testicules d'un cheval blanc est appliquée à une lèvre rouge, celle-ci devient blanche; elle redevient rouge, si on la frotte avec un certain composé végétal.

De tout temps, jusqu'à la fin du moyen âge, on a cru à la puissance des filtres et de la magie pour faire aimer ou détester, enrichir, vivre ou mourir.

Du temps d'Ovide et de Pétrone, on faisait remonter aux sorcières de la Thessalie cet art porté à Rome sans doute d'abord par les Grecs.

Dans les siècles suivants, l'influence des idées et des superstitions indiennes fut prépondérante à Rome, surtout sur les païens (Juvénal dans ses satires cite plusieurs fois les Indiens). Elle dominait à Constantinople et dans tout l'Orient pendant le bas Empire, alors même que régnait le mysticisme; sous Justinien, au VIe siècle, tout le monde croyait à la magie. Il y avait des recettes vendues au poids de l'or, surtout pour faire mourir. On employait communément des herbes enchantées, notamment la mandragore et aussi le poisson Rémora, des os de grenouilles, la pierre astroïte, l'hippomane et autres drogues.

L'empereur Justinien se croyait thaumaturge et aimait à le faire croire aux autres. On disait dans le peuple que l'Empereur était un démon et pouvait se transformer à volonté. Le grave jurisconsulte Tribonien lui disait avec conviction ou par flatterie qu'il pouvait se faire quand il voulait un pur esprit et se transporter partout surnaturellement.

TITRE VI

DES DIVERS MODES DE MARIAGE

CHAPITRE I

Préceptes généraux.

(Ces préceptes sont conformes aux lois de Manou).

On doit se marier dans sa caste, avec une vierge bien apparentée, riche, noble, belle, et qui a au moins trois ans de moins que soi.

On ne doit point rechercher en mariage une jeune fille dans les cas suivants.

C'est une amie ou une soeur plus jeune; on la tient cachée; son nom n'est pas harmonieux; elle a le nez écrasé; elle a le nombril effacé et saillant, au lieu d'être creux; elle est hermaphrodite (App. 1). Sa taille est courbée ou déformée; elle est nouée; elle a le front proéminent; elle manque de tête; elle est malpropre; elle a appartenu à un homme; elle est affectée de goitre ou d'autres glandes saillantes; elle est défigurée plus ou moins; elle a dépassé l'âge de puberté; elle transpire continuellement des mains et des pieds (App. 2).