Chapter 4
Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin.
Il se peut qu'une de ces belles nuits je tombe à Saint-Cloud comme un jaloux; je t'en préviens.
Adieu, mon amie; j'aurai grand plaisir à te voir.
Tout à toi,
NAPOLÉON.
LETTRE LXX
À l'Impératrice, à Paris.
Le 9 janvier 1809.
Moustache m'apporte une lettre de toi du 31 décembre. Je vois, mon amie, que tu es triste et que tu as l'inquiétude très noire. L'Autriche ne me fera pas la guerre. Si elle me la fait, j'ai cent cinquante mille hommes en Allemagne, et autant sur le Rhin, et quatre cent mille Allemands pour lui répondre. La Russie ne se séparera pas de moi. On est fou à Paris; tout marche bien.
Je serai à Paris aussitôt que je le croirai utile. Je te conseille de prendre garde aux revenants; un beau jour, à deux heures du matin...
Mais adieu, mon amie; je me porte bien, et suis tout à toi.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXI
À l'Impératrice, à Plombières.
Le 19 juin, à midi, 1809.
Je reçois ta lettre, où tu m'annonces ton départ pour Plombières. Je vois ce voyage avec plaisir, parce que j'espère qu'il te fera du bien.
Eugène est en Hongrie, et se porte bien. Ma santé est fort bonne, et l'armée en bon état.
Je suis bien aise de savoir le grand-duc de Berg avec toi.
Adieu, mon amie; tu connais mes sentiments pour Joséphine; ils sont invariables.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXII
À l'Impératrice, à Paris.
Schoenbrunn, le 21 août 1809.
J'ai reçu ta lettre du 14 août, de Plombières; j'y vois que tu seras arrivée le 18 à Paris ou à Malmaison. Tu auras été malade de la chaleur, qui est bien grande ici. Malmaison doit être bien sec et brûlé par ce temps-là.
Ma santé est bonne. Je suis cependant un peu enrhumé de la chaleur.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXIII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Le 31 août 1809.
Je n'ai pas reçu de lettres de toi depuis plusieurs jours; les plaisirs de Malmaison, les belles serres, les beaux jardins, font oublier les absents; c'est la règle, dit-on, chez vous autres. Tout le monde ne parle que de ta bonne santé; tout cela m'est fort sujet à caution.
Je vais demain faire une absence de deux jours en Hongrie avec Eugène. Ma santé est bonne.
Adieu, mon amie.
Tout à toi,
NAPOLÉON.
LETTRE LXXIV
À l'Impératrice, à Malmaison.
Kems, le 9 septembre 1809.
Mon amie, je suis ici depuis hier à deux heures du matin; j'y suis pour voir mes troupes. Ma santé n'a jamais été meilleure. Je sais que tu es bien portante.
Je serai à Paris au moment où personne ne m'attendra plus.
Tout va ici fort bien, et à ma satisfaction.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXV
À l'Impératrice, à Malmaison.
Le 23 septembre 1809.
J'ai reçu ta lettre du 16, je vois que tu te portes bien. La maison de la vieille fille ne vaut que cent vingt mille francs; ils n'en trouveront jamais plus. Cependant, je te laisse maîtresse de faire ce que tu voudras, puisque cela t'amuse, mais, une fois achetée, ne fais pas démolir pour y faire quelques rochers.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXVI
À l'Impératrice, à Malmaison.
Le 25 septembre 1809.
J'ai reçu ta lettre. Ne te fie pas, et je te conseille de te bien garder la nuit; car une des prochaines, tu entendras grand bruit.
Ma santé est bonne; je ne sais ce que l'on débite; je ne me suis jamais mieux porté depuis bien des années: Corvisart ne m'était point utile.
Adieu, mon amie; tout va ici fort bien.
Tout à toi,
NAPOLÉON.
LETTRE LXXVII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Nymphenbourg, près Munich, le 21 octobre 1809.
Je suis ici depuis hier bien portant; je ne partirai pas encore demain. Je m'arrêterai un jour à Stuttgard. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j'attends ce moment avec impatience.
Je t'embrasse.
Tout à toi,
NAPOLÉON.
LETTRES DE NAPOLÉON À JOSÉPHINE APRÈS LE DIVORCE
LETTRE LXXVIII
À l'Impératrice, à Malmaison.
8 heures du soir, décembre 1809.
Mon amie, je t'ai trouvés aujourd'hui plus faible que tu ne devais être. Tu as montré du courage, il faut que tu en trouves pour te soutenir; il faut ne pas te laisser aller à une funeste mélancolie, il faut te trouver contente, et surtout soigner ta santé, qui m'est si précieuse. Si tu m'es attachée et si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force et te juger heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre amitié, et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments que je te porte si tu supposais que je puis être heureux si tu n'es pas heureuse, et content, si tu ne te tranquillises.
Adieu, mon amie, dors bien; songe que je le veux.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXIX
À l'Impératrice, à Malmaison.
7 heures du soir.
Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours; cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui. Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus.
Demain, toute la journée, j'ai les ministres.
Adieu, mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui; j'ai besoin de te savoir satisfaite et d'apprendre que tu prends de l'aplomb.
Dors bien.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXX
À l'Impératrice, à Malmaison.
Jeudi, à midi, 1809.
Je voulais venir te voir aujourd'hui, mon amie; mais je suis très occupé et un peu indisposé. Je vais cependant aller au conseil. Je te prie de me dire comment tu te portes.
Ce temps est bien humide et pas du tout sain.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXI
À l'Impératrice, à Malmaison.
Vendredi, à 8 heures, 1810.
Je voulais venir te voir aujourd'hui, mais je ne le puis; ce sera, j'espère, pour demain. Il y a bien longtemps que tu m'as donné de tes nouvelles.
J'ai appris avec plaisir que tu t'étais promenée dans ton jardin pendant ces froids.
Adieu, mon amie; porte-toi bien, et ne doute jamais de mes sentiments.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Dimanche, à 8 heures du soir, 1810.
J'ai été bien content de t'avoir vue hier; je sens combien ta société a de charmes pour moi. J'ai travaillé aujourd'hui avec Estève. J'ai accordé cent mille francs pour 1810, pour l'extraordinaire de Malmaison. Tu peux donc faire planter tant que tu voudras; tu distribueras cette somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève de te remettre deux cent mille francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait. J'ai ordonné que l'on paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par l'intendance, car je ne veux pas de voleries de bijoutiers. Ainsi, voilà quatre cent mille francs que cela me coûte.
J'ai ordonné que l'on tînt le million que la liste civile te doit, pour 1810, à la disposition de ton homme d'affaires, pour payer tes dettes.
Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison cinq cent mille à six cent mille francs; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton linge.
J'ai ordonné qu'on te fit un très beau service de porcelaine; l'on prendra tes ordres pour qu'il soit très beau.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXIII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Mercredi, 6 heures du soir, 1810.
Mon amie, je ne vois pas d'inconvénient que tu reçoives le roi de Wurtemberg quand tu voudras. Le roi et la reine de Bavière doivent aller te voir après-demain.
Je désire fort aller à Malmaison: mais il faut que tu sois forte et tranquille: le page de ce matin dit qu'il t'a vue pleurer.
Je vais dîner tout seul.
Adieu, mon amie; ne doute jamais de mes sentiments pour toi; tu serais injuste et mauvaise.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXIV
À l'Impératrice, à Malmaison.
Samedi, à 1 heure après-midi, 1810.
Mon amie, j'ai vu hier Eugène qui m'a dit que tu recevrais les rois. J'ai été au concert jusqu'à huit heures; je n'ai dîné, tout seul, qu'à cette heure-là.
Je désire bien te voir. Si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai après la messe.
Adieu, mon amie; j'espère te trouver sage et bien portante. Ce temps-là doit bien te peser.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXV
À l'Impératrice, à Malmaison.
Trianon, le 17 janvier 1810.
Mon amie, d'Audenarde, que je t'ai envoyé ce matin, me dit que tu n'as plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côte.
J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal affreux.
Adieu, Joséphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien ingrate.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXVI
À l'Impératrice, à Malmaison.
30 Janvier 1810.
Mon amie, je reçois ta lettre. J'espère que la promenade que tu as faite aujourd'hui, pour montrer ta serre, t'aura fait du bien.
Je te saurai avec plaisir à l'Élysée, et fort heureux de te voir plus souvent; car tu sais combien je t'aime.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXVII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Mardi, à midi, 1810.
J'apprends que tu t'affliges, cela n'est pas bien. Tu es sans confiance en moi, et tous les bruits que l'on répand te frappent; ce n'est pas me connaître, Joséphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es gaie et contente, j'irai te gronder bien fort.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXVIII
À l'Impératrice, à Malmaison.
Samedi, à 6 heures du soir, 1810.
J'ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d'une grande ville que ce que je te disais; qu'il ne faut pas permettre que l'on te fasse des contes en l'air pour t'affliger.
J'ai fait transporter tes effets à l'Élysée. Tu viendras incessamment à Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en moi.
NAPOLÉON.
LETTRE LXXXIX
À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.
Vendredi, 6 heures du soir, 1810.
Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es triste; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu.
J'ai eu beau temps à Rambouillet.
Hortense m'a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières et de retourner coucher à Paris. Je suis fâché que tu n'aies pas pu exécuter ton projet.
Adieu, mon amie; sois gaie, songe que c'est le moyen de me plaire.
NAPOLÉON.
LETTRE XC
À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.
19 février 1810.
Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Je désire te voir; mais les réflexions que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque inconvénient à nous trouver sous le même toit pendant la première année. Cependant la campagne de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir; d'un autre côté, je suis un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d'y aller.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE XCI
À l'Impératrice, à Malmaison.
Le 12 mars 1810.
Mon amie, j'espère que tu auras été contente de ce que j'ai fait pour Navarre. Tu y auras vu un nouveau témoignage du désir que j'ai de t'être agréable.
Fais prendre possession de Navarre; tu pourras y aller le 25 mars passer le mois d'avril.
Adieu, mon amie.
NAPOLÉON.
LETTRE XCII
De l'Impératrice Joséphine à l'Empereur Napoléon.
Navarre, le 19 avril 1810.
Sire,
Je reçois, par mon fils, l'assurance que Votre Majesté consent à mon retour à Malmaison, et qu'elle veut bien m'accorder les avances que je lui ai demandées pour rendre habitable le château de Navarre.
Cette double faveur, Sire, dissipe en grande partie les inquiétudes et même les craintes que le long silence de Votre Majesté m'avait inspirées. J'avais peur d'être entièrement bannie de son souvenir: je vois que je ne le suis pas. Je suis donc aujourd'hui moins malheureuse, et même aussi heureuse qu'il m'est désormais possible de l'être.
J'irai à la fin du mois à Malmaison, puisque Votre Majesté n'y voit aucun obstacle. Mais, je dois vous le dire, Sire, je n'aurais pas si tôt profité de la liberté que Votre Majesté me laisse à cet égard, si la maison de Navarre n'exigeait pas, pour ma santé, et pour celle des personnes de ma maison, des réparations qui sont urgentes. Mon projet est de demeurer à Malmaison fort peu de temps; je m'en éloignerai bientôt pour aller aux eaux. Mais, pendant que je serai à Malmaison, Votre Majesté peut être sûre que j'y vivrai comme si j'étais à mille lieues de Paris. J'ai fait un grand sacrifice, Sire, et chaque jour je sens davantage toute son étendue. Cependant, ce sacrifice sera ce qu'il doit être, il sera entier de ma part. Votre Majesté ne sera troublée, dans son bonheur, par aucune expression de mes regrets.
Je ferai sans cesse des voeux pour que Votre Majesté soit heureuse, peut-être même en ferai-je pour la revoir; que Votre Majesté en soit convaincue, je respecterai toujours sa nouvelle situation, je la respecterai en silence; confiante dans les sentiments qu'elle me portait autrefois, je n'en provoquerai aucune preuve nouvelle; j'attendrai tout de sa justice et de son coeur.
Je me borne à lui demander une grâce, c'est qu'elle daigne chercher elle-même un moyen de convaincre quelquefois, et moi-même et ceux qui m'entourent, que j'ai toujours une petite place dans son souvenir et une grande place dans son estime et dans son amitié. Ce moyen, quel qu'il soit, adoucira mes peines, sans pouvoir, ce me semble, compromettre, ce qui m'importe avant tout, le bonheur de Votre Majesté.
JOSÉPHINE.
LETTRE XCIII
Réponse de l'Empereur Napoléon
À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
Compiègne, le 21 avril 1810.
Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril; elle est d'un mauvais style. Je suis toujours le même; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit, parce que tu ne l'as pas fait, et que j'ai désiré tout ce qui peut t'être agréable.
Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente; moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles et de te donner des miennes. Je n'en dis pas davantage jusqu'à ce que tu aies comparé cette lettre à la tienne; et, après cela, je te laisse juge qui est meilleur et plus ami de toi ou de moi.
Adieu, mon amie; porte-toi tien et sois juste pour toi et pour moi.
NAPOLÉON.
LETTRE XCIV
Réponse de l'Impératrice Joséphine.
Mille, mille tendres remerciements de ne m'avoir pas oubliée. Mon fils vient de m'apporter ta lettre. Avec quelle ardeur je l'ai lue, et cependant j'y ai mis bien du temps; car il n'y a pas un mot qui ne m'ait fait pleurer, mais ces larmes étaient bien douces! J'ai retrouvé mon coeur tout entier, et tel qu'il sera toujours: il y a des sentiments qui sont la vie même et qui ne peuvent finir qu'avec elle.
Je serais au désespoir que ma lettre du 19 t'eût déplu; je ne m'en rappelle pas entièrement les expressions, mais je sais quel sentiment bien pénible l'avait dictée, c'était le chagrin de n'avoir pas de tes nouvelles.
Je t'avais écrit à mon départ de Malmaison; et, depuis, combien de fois j'aurais voulu t'écrire! Mais je sentais les raisons de ton silence, et je craignais d'être importune par une lettre. La tienne a été un baume pour moi. Sois heureux, sois-le autant que tu le mérites; c'est mon coeur qui te parle. Tu viens aussi de me donner ma part de bonheur, et une part bien vivement sentie: rien ne peut valoir pour moi une marque de ton souvenir.
Adieu, mon ami; je te remercie aussi tendrement que je t'aimerai toujours.
JOSÉPHINE.
LETTRE XCV
À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
Compiègne, le 28 avril 1910.
Mon amie, je reçois deux lettres de toi. J'écris à Eugène. J'ai ordonné que l'on fit le mariage de Tascher avec la princesse de la Leyen.
J'irai demain à Anvers voir ma flotte et ordonner des travaux. Je serai de retour le 15 mai.
Eugène me dit que tu veux aller aux eaux, ne te gêne en rien. N'écoute pas les bavardages de Paris; ils sont oisifs et bien loin de connaître le véritable état des choses. Mes sentiments pour toi ne changent pas et je désire beaucoup te savoir heureuse et contente.
NAPOLÉON.
LETTRE XCVI
À l'Impératrice Eugénie, à Malmaison.
Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon voyage et de l'Impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux. J'espère qu'elles te feront du bien.
Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à la fin du mois, je viendrai te voir.
Ma santé est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route.
Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi; ils dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.
NAPOLÉON.
LETTRE XCVII
À l'Impératrice Joséphine, aux eaux d'Aix, en Savoie.
Rambouillet, le 8 juillet 1810.
Mon amie, j'ai reçu ta lettre du 3 juillet. Tu auras vu Eugène, et sa présence t'aura fait du bien. J'ai appris avec plaisir que les eaux te sont bonnes. Le roi de Hollande vient d'abdiquer la couronne, en laissant la régence, selon la Constitution, à la reine. Il a quitté Amsterdam et laissé le grand-duc de Berg.
J'ai réuni la Hollande à la France; mais cet acte a cela d'heureux qu'il émancipe la reine, et cette infortunée fille va venir à Paris avec son fils, le grand-duc de Berg; cela la rendra parfaitement heureuse.
Ma santé est bonne. Je suis venu ici pour chasser quelques jours. Je te verrai avec plaisir cet automne. Ne doute jamais de mon amitié. Je ne change jamais. Porte-toi bien, sois gaie et crois à la vérité de mes sentiments.
NAPOLÉON.
LETTRE XCVIII
À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
Fontainebleau, le 14 novembre 1810.
Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Hortense m'a parlé de toi. Je vois avec plaisir que tu es contente. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop à Navarre.
Ma santé est fort bonne. L'Impératrice avance heureusement dans sa grossesse. Je ferai les différentes choses que tu me demandes pour ta maison. Soigne bien ta santé, sois contente et ne doute jamais de mes sentiments pour toi.
NAPOLÉON.
LETTRE XCIX
À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
Je reçois ta lettre. Je ne vois pas d'inconvénient au mariage de Mme de Mackau avec Wattier, si cela lui convient; ce général est un fort brave homme. Je me porte bien. J'espère avoir un garçon; je te le ferai savoir aussitôt.
Adieu, mon amie. Je suis bien aise que Mme d'Arberg t'ait dit des choses qui te fassent plaisir. Quand tu me verras, tu me trouveras avec les mêmes sentiments pour toi.
NAPOLÉON.
LETTRE C
À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison.
Trianon, 25 août 1813.
J'ai reçu ta lettre. Je vois avec plaisir que tu es en bonne santé. Je suis pour quelques jours à Trianon. Je compte aller à Compiègne. Ma santé est fort bonne.
Mets de l'ordre dans tes affaires; ne dépense que un million cinq cent mille francs et mets de côté tous les ans autant; cela fera une réserve de quinze millions en dix ans pour tes petits-enfants: il est doux de pouvoir leur donner quelque chose et de leur être utile. Au lieu de cela, l'on me dit que tu as des dettes, cela serait bien vilain. Occupe-toi de tes affaires et ne donne pas à qui en veut prendre. Si tu me veux plaire, fais que je sache que tu as un gros trésor. Juge combien j'aurais mauvaise opinion de toi si je te savais endettée avec trois millions de revenu.
Adieu, mon amie, porte-toi bien.
NAPOLÉON.
LETTRE CI
À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison
Vendredi, 8 heures du matin, 1813.
J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais au lit hier. J'ai été fâché contre toi pour tes dettes; je ne veux pas que tu en aies; au contraire, j'espère que tu mettras un million de côté tous les ans, pour donner à tes petites-filles lorsqu'elles se marieront.
Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi et ne te fais aucun chagrin là-dessus.
Adieu, mon amie; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie.
NAPOLÉON.
* * * * *
APPENDICES
DIALOGUE SUR L'AMOUR
_Ce texte, rédigé par Bonaparte, en 1791, lors de son séjour à Valence, à l'âge de vingt-deux ans, demeura inconnu pendant cent et trois ans._
_Cet écrit d'un style sec et sans unité trace vigoureusement la conception que Napoléon devait avoir toute sa vie de la femme._
_Le sort de ce manuscrit fut mouvementé._
_À sa chute, Napoléon l'envoya à Fesch_[5] _enfermé parmi d'autres dans un des cartons de son cabinet. Fesch n'en prit jamais connaissance. À la mort de celui-ci, en 1839, son grand vicaire, l'abbé Lyonnet, à qui le carton revint, en vendit le contenu à Libri_[6], _qui le revendit à des amateurs, entre autres à lord Ashburnham, dont le fils, en 1884, le céda, pour une somme de 675,000 francs, à la bibliothèque Médico-Laurentienne de Florence, où il fut copié par MM. Frédéric Masson et Guido Biagi qui, en 1895, le publièrent sous le titre de «Napoléon inconnu»._
[Note 5: Oncle de Napoléon Ier, né à Ajaccio, archevêque de Lyon et grand aumonier de l'Empire.]
[Note 6: Collectionneur équivoque qui volait ce qu'il ne pouvait acquérir.]
* * * * *
DIALOGUE SUR L'AMOUR
DES MAZIS[7].--Comment, monsieur, qu'est-ce que l'amour? Eh quoi! n'êtes-vous donc pas composé comme les autres hommes?
[Note 7: Alexandre Des Mazis avait été à l'École militaire de Paris, l'instructeur d'infanterie de Bonaparte. Tous deux s'étalent liés d'une étroite amitié qui se resserra au cours de communes garnisons. Émigré sous la Terreur, Des Mazis ne rentra en France que sous le consulat. Napoléon le nomma administrateur mobilier de la couronne, officier civil de sa maison et chambellan. À la chute de l'empereur, Des Mazis servit les Bourbons.]
_Bonaparte_.--Je ne vous demande pas la définition de l'amour. Je fus jadis amoureux et il m'en est resté assez de souvenir pour que je n'aie pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font jamais qu'embrouiller les choses; je vous dis plus que de nier son existence. Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un bienfait d'une divinité protectrice que de nous en défaire et d'en délivrer le monde.
DES MAZIS.--Quoi! l'amour nuisible à la société, lui qui vivifie la nature entière, source de toute production, de tout bonheur. Point d'amour, monsieur, autant vaudrait-il anéantir notre existence.
_Bonaparte_.--Vous vous échauffez. La passion vous transporte. Reconnaissez, je vous en prie, votre ami. Ne me regardez pas avec indignation et répondez pourquoi, depuis que cette passion vous domine, ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires? Que sont devenues vos occupations? Pourquoi négligez-vous vos parents, vos amis? Vos journées entières sont sacrifiées à une promenade monotone et solitaire jusqu'à ce que l'heure vous permette de voir votre Adélaïde.