Chapter 2
Tu m'assures que ta santé est bonne; je te prie en conséquence de venir à Brescia. J'envoie à l'heure même Murat pour t'y préparer un logement dans la ville, comme tu le désires.
Je crois que tu feras bien d'aller coucher le 6 à Cassano, en partant fort tard de Milan, et de venir le 7 à Brescia, où le plus tendre des amants t'attend. Je suis désespéré que tu puisses croire, ma bonne amie, que mon coeur puisse s'ouvrir à d'autres qu'à toi; il t'appartient par droit de conquête et cette conquête sera solide, et éternelle. Je ne sais pourquoi tu me parles de Mme Te..., dont je me soucie fort peu, ainsi que des femmes de Brescia. Quant à tes lettres qu'il te fâche que j'ouvre, celle-ci sera la dernière; ta lettre n'était pas arrivée.
Adieu, ma tendre amie, donne-moi souvent de tes nouvelles. Viens promptement me joindre et sois heureuse et sans inquiétude; tout va bien, et mon coeur est à toi pour la vie.
Aie soin de rendre à l'adjudant général Miollis la boîte de médailles qu'il m'écrit t'avoir remise. Les hommes sont si mauvaise langue et si méchants qu'il faut se mettre en règle sur tout.
Santé, amour et prompte arrivée à Brescia.
J'ai à Milan une voiture à la fois de ville et de campagne; tu te serviras de celle-là pour venir. Porte avec toi ton argenterie et une partie des objets qui te sont nécessaires. Voyage à petites journées et pendant le frais, afin de ne pas te fatiguer. La troupe ne met que trois jours pour se rendre à Brescia. Il y a, en poste, pour quatorze heures de chemin. Je t'invite à coucher le 6 à Cassano; je viendrai à ta rencontre le 7, le plus loin possible.
Adieu, ma Joséphine. Mille tendres baisers.
BONAPARTE.
LETTRE VI
À Joséphine, à Milan.
Brescia, le 13 fructidor an IV (10 août 1796).
J'arrive, mon adorée amie, ma première pensée est de t'écrire. Ta santé et ton image ne sont pas sorties un instant de ma mémoire pendant toute la route. Je ne serai tranquille que lorsque j'aurai reçu des lettres de toi. J'en attends avec impatience. Il n'est pas possible que tu te peignes mon inquiétude. Je t'ai laissée triste, chagrine et demi-malade. Si l'amour le plus profond et le plus tendre pouvait te rendre heureuse, tu devrais l'être.... Je suis accablé d'affaires.
Adieu, ma douce Joséphine; aime-moi, porte-toi bien et pense souvent, souvent à moi.
BONAPARTE.
LETTRE VII
À Joséphine, à Milan.
Brescia, le 14 fructidor an IV (31 août).
Je pars à l'instant pour Vérone. J'avais espéré recevoir une lettre de toi; cela me met dans une inquiétude affreuse. Tu étais un peu malade lors de mon départ; je t'en prie, ne me laisse pas dans une pareille inquiétude. Tu m'avais promis plus d'exactitude; ta langue était cependant bien d'accord alors avec ton coeur... Toi, à qui la nature a donné douceur, aménité et tout ce qui plaît, comment peux-tu oublier celui qui t'aime avec tant de chaleur? Trois jours sans lettres de toi; je t'ai cependant écrit plusieurs fois. L'absence est horrible, les nuits sont longues, ennuyeuses et fades; la journée est monotone.
Aujourd'hui, seul avec les pensées, les travaux, les écritures, les hommes et leurs fastueux projets, je n'ai pas même un billet de toi que je puisse presser contre mon coeur.
Le quartier général est parti; je pars dans une heure. J'ai reçu cette nuit un exprès de Paris; il n'y avait pour toi que la lettre ci-jointe qui te fera plaisir.
Pense à moi, vis pour moi, sois souvent avec ton bien-aimé et crois qu'il n'est pour lui qu'un seul malheur qui l'effraie, ce serait de n'être plus aimé de sa Joséphine. Mille baisers bien doux, bien tendres, bien exclusifs.
Fais partir de suite M. Monclas pour Vérone; je le placerai. Il faut qu'il soit arrivé avant le 18.
BONAPARTE.
LETTRE VIII
À Joséphine, à Milan.
Ala, le 17 fructidor an IV (3 septembre 1796).
Nous sommes en pleine campagne, mon adorable amie; nous avons culbuté les postes ennemis; nous leur avons pris huit ou dix chevaux avec un pareil nombre de cavaliers. La troupe est très gaie et bien disposée. J'espère que nous ferons de bonnes affaires et que nous entrerons dans Trente le 10.
Point de lettres de toi; cela m'inquiète vraiment; l'on m'assure cependant que tu te portes bien et que même tu as été te promener au lac de Côme. J'attends tous les jours et avec impatience le courrier où tu m'apprendras de tes nouvelles; tu sais combien elles me sont chères. Je ne vis pas loin de toi; le bonheur de la vie est près de ma douce Joséphine. Pense à moi! Écris-moi souvent, bien souvent; c'est le seul remède à l'absence; elle est cruelle, mais sera, j'espère, momentanée.
BONAPARTE.
LETTRE IX
À Joséphine, à Milan.
Montebello, le 24 fructidor an IV, à midi (10 septembre 1796).
L'ennemi a perdu, ma chère amie, dix-huit mille hommes prisonniers; le reste est tué ou blessé. Wurmser, avec une colonne de quinze cents chevaux et cinq mille hommes d'infanterie, n'a plus d'autre ressource que de se jeter dans Mantoue.
Jamais nous n'avons eu de succès aussi constants et aussi grands. L'Italie, le Frioul, le Tyrol sont assurés à la République. Il faut que l'empereur crée une seconde armée; artillerie, équipages de pont, bagages, tout est pris.
Sous peu de jours nous nous verrons; c'est la plus douce récompense de mes fatigues et de mes peines.
Mille baisers ardents et bien amoureux.
BONAPARTE.
LETTRE X
À Joséphine, à Milan.
Ronco, le 26 fructidor an IV, à 10 heures du matin (12 septembre 1706).
Je suis ici, ma chère Joséphine, depuis deux jours, mal couché, mal nourri et bien contrarié d'être loin de toi.
Wurmser est cerné; il a avec lui trois mille hommes de cavalerie et cinq mille hommes d'infanterie. Il est à Porto-Legagno; il cherche à se retirer à Mantoue; mais cela lui devient désormais impossible. Dès l'instant que cette affaire sera terminée, je serai dans tes bras.
Je t'embrasse un million de fois.
BONAPARTE.
LETTRE XI
À Joséphine, à Milan.
Vérone, premier Jour complémentaire an IV (le 17 septembre 1796).
Je t'écris, ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une méchante et une laide, bien laide, autant que tu es légère. Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant! Doit-il perdre ses droits parce qu'il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine? Sans sa Joséphine, sans l'assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la terre? Qu'y ferait-il?
Nous avons eu hier une affaire très sanglante; l'ennemi a perdu beaucoup de monde et a été complètement battu. Nous lui avons pris le faubourg de Mantoue.
Adieu, adorable Joséphine; une de ces nuits, les portes s'ouvriront avec fracas: comme un jaloux, et me voilà dans tes bras.
Mille baisers amoureux.
BONAPARTE.
LETTRE XII
À Joséphine, à Milan.
Modène, le 23 vendémiaire an V, à 9 heures du soir. (17 octobre 1796).
J'ai été avant-hier toute la journée en campagne. J'ai gardé hier le lit. La fièvre et un violent mal de tête, tout cela m'a empêché d'écrire à mon adorable amie; mais j'ai reçu ses lettres; je les ai pressées contre mon coeur et mes lèvres, et la douleur de l'absence, cent milles d'éloignement, ont disparu. Dans ce moment je t'ai vue près de moi, non capricieuse et fâchée, mais douce, tendre, avec cette onction de bonté qui est exclusivement le partage de ma Joséphine. C'était un rêve; juge si cela m'a guéri de la fièvre. Tes lettres sont froides comme cinquante ans, elles ressemblent à quinze ans de mariage. On y voit l'amitié et les sentiments de cet hiver de la vie. Fi! Joséphine!... C'est bien méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste-t-il pour me rendre bien à plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr? Eh bien! je le souhaite, tout avilit hors la haine; mais l'indifférence au pouls de marbre, à l'oeil fixe, à la démarche monotone!...
Mille, mille baisers bien tendres, comme mon coeur.
Je me porte un peu mieux, je pars demain. Les Anglais évacuent la Méditerranée. La Corse est à nous. Bonne nouvelle pour la France et pour l'armée.
BONAPARTE.
LETTRE XIII
À Joséphine, à Milan.
Vérone, le 10 brumaire an V (9 novembre 1790).
Je suis arrivé depuis avant-hier à Vérone, ma bonne amie. Quoique fatigué, je suis bien portant, bien affairé et je t'aime toujours à la passion. Je monte à cheval.
Je t'embrasse mille fois.
BONAPARTE.
LETTRE XIV
À Joséphine, à Milan.
Vérone, le 3 frimaire an V (13 novembre 1796).
Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine, bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m'écris pas du tout, tu n'aimes pas ton mari; tu sais le plaisir que tes lettres lui font, et tu ne lui écris pas six lignes jetées au hasard.
Que faites-vous donc toute la journée, madame? Quelle affaire si importante vous ôte le temps d'écrire à votre bien bon amant? Quelle affection étouffe et met de côté l'amour, le tendre et constant amour que vous lui avez promis? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de vous occuper de votre mari? Joséphine, prenez-y garde, une belle nuit les portes enfoncées et me voilà.
En vérité, je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles; écris-moi vite quatre pages et de ces aimables choses qui remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir.
J'espère qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai d'un million de baisers brûlants comme sous l'équateur.
BONAPARTE.
LETTRE XV
À Joséphine, à Milan.
Vérone, le 4 frimaire an V (24 novembre 1796).
J'espère bientôt, ma douce amie, être dans tes bras. Je t'aime à la fureur. J'écris à Paris par ce courrier. Tout va bien. Wurmser a été battu hier sous Mantoue. Il ne manque à ton mari que l'amour de Joséphine pour être heureux.
BONAPARTE.
LETTRE XVI
À Joséphine, à Gênes.
Milan, le 7 frimaire an V, à trois heures après-midi (27 novembre 1796).
J'arrive à Milan, je me précipite dans ton appartement, j'ai tout quitté pour te voir, te presser dans mes bras;... tu n'y étais pas: tu cours les villes avec des fêtes; tu t'éloignes de moi lorsque j'arrive, tu ne te soucies plus de ton cher Napoléon. Un caprice te l'a fait aimer, l'inconstance te le rend indifférent.
Accoutumé aux dangers, je sais le remède aux ennuis et aux maux de la vie. Le malheur que j'éprouve est incalculable; j'avais droit de n'y pas compter.
Je serai ici jusqu'au 9 dans la journée. Ne te dérange pas; cours les plaisirs; le bonheur est fait pour toi. Le monde entier est trop heureux s'il peut te plaire, et ton mari seul est bien, bien malheureux.
BONAPARTE.
LETTRE XVII
À Joséphine, à Gênes.
Milan, le 8 frimaire an V, 8 heures du soir (28 novembre 1796).
Je reçois le courrier que Berthier avait expédié à Gênes. Tu n'as pas eu le temps de m'écrire, je le sens facilement. Environnée de plaisirs et de jeux, tu aurais tort de me faire le moindre sacrifice.
Berthier a bien voulu me montrer la lettre que tu lui as écrite. Mon intention n'est pas que tu déranges rien à tes calculs, ni aux parties de plaisir qui te sont offertes; je n'en vaux pas la peine et le bonheur ou le malheur d'un homme que tu n'aimes pas n'a pas le droit d'intéresser.
Pour moi, t'aimer seule, te rendre heureuse, ne rien faire qui puisse te contrarier, voilà le destin et le but de ma vie.
Sois heureuse, ne me reproche rien, ne t'intéresse pas à la félicité d'un homme qui ne vit que de ta vie, ne jouit que de tes plaisirs et de ton bonheur. Quand j'exige de toi un bonheur pareil au mien, j'ai tort: pourquoi vouloir que la dentelle pèse autant que l'or? Quand je te sacrifie tous mes désirs, toutes mes pensées, tous les instants de ma vie, j'obéis à l'ascendant que tes charmes, ton caractère et toute ta personne ont su prendre sur mon malheureux coeur. J'ai tort, si la nature ne m'a pas donné les attraits pour te captiver; mais ce que je mérite de la part de Joséphine ce sont des égards, de l'estime, car je l'aime à la fureur et uniquement.
Adieu, femme adorable; adieu, ma Joséphine. Puisse le sort concentrer dans mon coeur tous les chagrins et toutes les peines, mais qu'il donne à ma Joséphine des jours prospères et heureux. Qui le mérita plus qu'elle? Quand il sera constaté qu'elle ne peut plus aimer, je renfermerai ma douleur profonde, et je me contenterai de pouvoir lui être utile et bon à quelque chose.
Je rouvre ma lettre pour te donner un baiser... Ah! Joséphine!... Joséphine!...
BONAPARTE.
LETTRE XVIII
À Joséphine, à Bologne.
Le 28 pluviôse an V (16 février 1797).
Tu es triste, tu es malade, tu ne m'écris plus, tu veux t'en aller à Paris. N'aimerais-tu plus ton ami? Cette idée me rend malheureux. Ma douce amie, la vie est pour moi insupportable depuis que je suis instruit de ta tristesse.
Je m'empresse de t'envoyer Moscati, afin qu'il puisse te soigner. Ma santé est un peu faible; mon rhume dure toujours. Je te prie de te ménager, de m'aimer autant que je t'aime, et de m'écrire tous les jours. Mon inquiétude est sans égale.
J'ai dit à Moscati de t'accompagner à Ancône, si tu veux y venir. Je t'écrirai là pour te faire savoir où je suis.
Peut-être ferai-je la paix avec le Pape et serai-je bientôt près de toi; c'est le voeu le plus ardent de mon âme.
Je te donne cent baisers. Crois que rien n'égale mon amour, si ce n'est mon inquiétude. Écris-moi tous les jours toi-même. Adieu, très chère amie.
BONAPARTE.
LETTRE XIX
À Joséphine, à Bologne.
Tolentino, 1er ventôse an V (19 février 1797).
La paix avec Rome vient d'être signée. Bologne, Ferrare, la Romagne sont cédées à la République. Le Pape nous donne 30 millions dans peu de temps et des objets d'art.
Je pars demain matin pour Ancône, et, de là, pour Rimini, Ravenne et Bologne. Si ta santé ta le permet, viens à Rimini ou Ravenne; mais ménage-toi, je t'en conjure.
Pas un mot de ta main, bon Dieu! qu'ai-je donc fait? Ne penser qu'à toi, n'aimer que Joséphine, ne vivre que pour ma femme, ne jouir que du bonheur de mon amie, cela doit-il me mériter de sa part un traitement si rigoureux? Mon amie, je t'en conjure, pense souvent à moi et écris-moi tous les jours. Tu es malade ou tu ne m'aimes pas! Crois-tu donc que mon coeur soit de marbre? Et mes peines t'intéressent-elles si peu? Tu me connaîtrais bien mal! Je ne le puis croire. Toi, à qui la nature a donné l'esprit, la douceur et la beauté, toi qui seule pouvais régner dans mon coeur, toi qui sais trop, sans doute, l'empire absolu que tu as sur moi!
Écris-moi, pense à moi et aime-moi.
Pour la vie tout à toi,
BONAPARTE.
LETTRES DE BONAPARTE, PREMIER CONSUL
LETTRE XX
À Joséphine, à Paris.
Le 26 florial an VIII (10 mai 1800)
Je pars dans l'instant pour aller coucher à Saint-Maurice. Je n'ai point reçu de lettres de toi, cela n'est pas bien; je t'ai écrit tous les courriers.
Eugène doit arriver après-demain. Je suis un peu enrhumé, mais cela ne sera rien.
Mille choses tendres à toi, ma bonne petite Joséphine, et à tout ce qui t'appartient.
BONAPARTE.
LETTRE XXI
À Joséphine, à Plombières.
Paris, le 27.....an X (1801).
Il fait si mauvais temps ici que je suis resté à Paris. Malmaison, sans toi, est trop triste. La fête a été belle, elle m'a un peu fatigué. Le vésicatoire que l'on m'a mis au bras me fait toujours souffrir beaucoup.
J'ai reçu pour toi, de Londres, des plantes que j'ai envoyées à ton jardinier. S'il fait aussi mauvais à Plombières qu'ici, tu souffriras beaucoup des eaux.
Mille choses aimables à maman et à Hortense.
BONAPARTE.
LETTRE XXII
À Joséphine, à Plombières.
Malmaison, 30 prairial an XI (10 juin 1803).
Je n'ai pas encore reçu de tes nouvelles; je pense cependant que tu as déjà dû commencer à prendre les eaux. Nous sommes ici un peu tristes, quoique l'aimable fille fasse les honneurs de la maison à merveille. Je me sens depuis deux jours légèrement tourmenté de ma douleur. Le gros Eugène est arrivé hier au soir, il se porte à merveille.
Je t'aime comme le premier jour, parce que tu es bonne et aimable par-dessus tout.
Hortense m'a dit qu'elle t'écrivait souvent.
Mille choses aimables, et un baiser d'amour. Tout à toi.
BONAPARTE.
LETTRE XXIII
À Joséphine, à Plombières.
Malmaison, 4 messidor an XI (23 juin 1803).
J'ai reçu ta lettre, ma bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que tu as souffert de la route; mais quelques jours de repos te feront du bien. Je suis assez bien portant. J'ai été hier à la chasse à Marly et je m'y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant un sanglier.
Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été un peu malade, mais il va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent le _Barbier de Séville_. Le temps est très beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai que les sentiments que j'ai pour ma petite Joséphine.
Tout à toi.
BONAPARTE.
LETTRE XXIV
À Joséphine, à Plombières.
Malmaison, le 3 messidor an XI (27 juin 1803).
Ta lettre, bonne petite femme, m'a appris que tu étais incommodée. Corvisart m'a dit que c'était un bon signe, que les bains te feraient l'effet désiré et qu'ils te mettraient dans un bon état. Cependant, savoir que tu es souffrante est une peine sensible pour mon coeur.
J'ai été voir hier la manufacture de Sèvres et Saint-Cloud.
Mille choses aimables pour tous.
Pour la vie.
BONAPARTE.
LETTRE XXV
À Joséphine, à Plombières.
Malmaison, 12 messidor an XI (1er juillet 1803).
J'ai reçu ta lettre du 10 messidor. Tu ne me parles pas de ta santé ni de l'effet des bains. Je vois que tu comptes être de retour dans huit jours; cela fait grand plaisir à ton ami qui s'ennuie d'être seul!...
Tu dois avoir vu le général Ney qui part pour Plombières: il se mariera à son retour.
Hortense a joué hier Rosine dans le _Barbier de Séville_ avec son intelligence ordinaire.
Je te prie de croire que je t'aime et suis fort impatient de te revoir. Tout est triste ici sans toi.
BONAPARTE.
LETTRES DE NAPOLÉON, EMPEREUR
LETTRE XXVI
À l'Impératrice, à Aix-la-Chapelle.
Boulogne, le 15 thermidor an XII (3 août 1804).
Mon amie, j'espère apprendre bientôt que les eaux t'ont fait beaucoup de bien. Je suis peiné de toutes les contrariétés que tu as éprouvées. Je désire que tu m'écrives souvent. Ma santé est très bonne, quoique un peu fatiguée. Je serai sous peu de jours à Dunkerque, d'où je t'écrirai.
Eugène est parti pour Blois.
Je te couvre de baisers.
NAPOLÉON.
LETTRE XXVII
À l'Impératrice, à Aix-la-Chapelle.
Calais, 18 thermidor an XII (6 août 1804).
Mon amie, je suis à Calais depuis minuit; je pense en partir ce soir pour Dunkerque. Je suis content de ce que je vois et assez bien de santé. Je désire que les eaux te fassent autant de bien que m'en font le mouvement, la vue des camps et la mer.
Eugène est parti pour Blois. Hortense se porte bien. Louis est à Plombières.
Je désire beaucoup te voir. Tu es toujours nécessaire à mon bonheur. Mille choses aimables chez toi.
NAPOLÉON.
LETTRE XXVIII
À Joséphine, à Strasbourg.
Louisbourg, 13 vendémiaire an XIV (5 octobre 1805).
Je pars à l'instant pour continuer ma marche. Tu seras, mon amie, cinq ou six jours sans avoir de mes nouvelles; ne t'en inquiète pas, cela tient aux opérations qui vont avoir lieu. Tout va bien, et comme je le pouvais espérer.
J'ai assisté ici à une noce du fils de l'électeur avec une nièce du roi de Prusse. Je désire donner une corbeille de trente-six mille à quarante mille francs à la jeune princesse. Fais-la faire et envoie-la par un de mes chambellans à la nouvelle mariée, lorsque ces chambellans viendront me rejoindre. Il faut que ce soit fait sur-le-champ.
Adieu, mon amie, je t'aime et t'embrasse.
NAPOLÉON.
LETTRE XXIX
À l'Impératrice, à Strasbourg.
Augsbourg, le 1er brumaire an XIV (23 octobre 1805).
Les deux dernières nuits m'ont bien reposé, et je vais partir demain pour Munich. Je mande M. Talleyrand et M. Maret près de moi; je les verrai peu et je vais me rendre sur l'Inn pour attaquer l'Autriche au sein de ses États héréditaires. J'aurais bien désiré te voir, mais ne compte pas que je t'appelle, à moins qu'il n'y ait un armistice ou des quartiers d'hiver.
Adieu, mon amie, mille baisers. Mes compliments à ces dames.
NAPOLÉON.
LETTRE XXX
À l'Impératrice, à Strasbourg.
Munich, le dimanche 5 brumaire an XIV (27 octobre 1805).
J'ai reçu par Lemarois ta lettre. J'ai vu avec peine que tu t'étais trop inquiétée. L'on m'a donné des détails qui m'ont prouvé toute la tendresse que tu me portes; mais il faut plus de force et de confiance. J'avais d'ailleurs prévenu que je serais six jours sans l'écrire.
J'attends demain l'électeur. À midi je pars pour confirmer mon mouvement sur l'Inn. Ma santé est assez bonne. Il ne faut pas penser à passer le Rhin avant quinze ou vingt jours. Il faut être gaie, t'amuser, et espérer qu'avant la fin du mois nous nous verrons.
Je m'avance contre l'armée russe. Dans quelques jours j'aurai passé l'Inn.
Adieu, ma bonne amie, mille choses aimables à Hortense, à Eugène et aux deux Napoléon.
Garde la corbeille quelque temps encore.
J'ai donné hier aux dames de cette cour un concert. Le maître de chapelle est un homme de mérite.
J'ai chassé à une faisanderie de l'électeur: tu vois que je ne suis pas si fatigué.
M. de Talleyrand est arrivé.
NAPOLÉON.
LETTRE XXXI
À l'Impératrice, à Strasbourg.
Haag, le 11, à 10 heures du soir, brumaire an XIV (3 novembre 1805).
Je suis en grande marche; le temps est très froid, la terre couverte d'un pied de neige. Cela est un peu rude. Il ne manque heureusement pas de bois; nous sommes ici toujours dans les forêts. Je me porte assez bien. Mes affaires vont d'une manière satisfaisante; mes ennemis doivent avoir plus de soucis que moi.
Je désire avoir de tes nouvelles et apprendre que tu es sans inquiétude.
Adieu, mon amie, je vais me coucher.
Napoléon.
LETTRE XXXII
À l'Impératrice, à Strasbourg.
Mardi, 14 brumaire an XIV (5 novembre 1805).
Je suis à Lintz. Le temps est beau. Nous sommes à vingt-huit lieues de Vienne. Les Russes ne tiennent pas; ils sont en grande retraite. La maison d'Autriche est fort embarrassée; à Vienne, on évacue tous les bagages de la cour. Il est probable que d'ici à cinq ou six jours il y aura du nouveau, je désire bien te revoir. Ma santé est bonne.
Je t'embrasse.
NAPOLÉON.
LETTRE XXXIII
À l'impératrice, à Strasbourg.
Le 24 brumaire, à 9 heures du soir, an XIV (15 novembre 1805).
Je suis à Vienne depuis deux jours, ma bonne amie, un peu fatigué. Je n'ai pas encore vu la ville de jour; je l'ai parcourue la nuit. Demain je reçois les notables et les corps. Presque toutes mes troupes sont au delà du Danube, à la poursuite des Russes.
Adieu, ma Joséphine; du moment que cela sera possible, je te ferai venir. Mille choses aimables pour toi.
NAPOLÉON.
LETTRE XXXIV
À l'Impératrice, à Strasbourg.
Vienne, 25 brumaire an XIV (18 novembre 1805).
J'écris à M. d'Harville pour que tu partes et que tu te rendes à Bade, de là à Stuttgard et de là à Munich. Tu donneras, à Stuttgard, la corbeille à la princesse Paul. Il suffit qu'il y ait pour quinze mille à vingt mille francs; le restant sera pour faire des présents, à Munich, aux filles de l'électrice de Bavière. Tout ce que tu as su pour Mme de Serrent est définitivement arrangé. Porte de quoi faire des présents aux dames et aux officiers qui seront de service près de toi. Sois honnête, mais reçois tous les hommages: l'on te doit tout et tu ne dois rien que par honnêteté. L'électrice de Wurtemberg est fille du roi d'Angleterre, c'est une bonne femme, tu dois bien la traiter, mais cependant sans affectation.
Je serai bien aise de te voir du moment que mes affaires me le permettront. Je pars pour mon avant-garde. Il fait un temps affreux, il neige beaucoup; du reste, toutes mes affaires vont bien.
Adieu, ma bonne amie.
NAPOLÉON.
LETTRE XXXV
À l'Impératrice, à Munich.
Austerlitz, 14 frimaire an XIV (4 décembre 1805).