Tartarin de Tarascon

Chapter 9

Chapter 93,732 wordsPublic domain

Avant tout il s'agissait de savoir si le lion avait été tué sur le territoire civil ou le territoire militaire. Dans le premier cas l'affaire regardait le tribunal de commerce; dans le second, [25]Tartarin relevait du conseil de guerre, et, à ce mot de conseil de guerre, l'impressionnable Tarasconnais se voyait déjà fusillé au pied des remparts, ou croupissant dans le fond d'un silo....

Le terrible, c'est que la délimitation des deux territoires est très vague en Algérie.... Enfin, après un mois de courses, [30]d'intrigues, de stations au soleil dans les cours des bureaux arabes, il fut établi que si d'une part le lion avait été tué sur le territoire militaire, d'autre part, Tartarin, lorsqu'il tira, se trouvait sur le territoire civil. L'affaire se jugea donc au civil,

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et notre héros en fut quitte pour _deux mille cinq cents francs_ d'indemnité, sans les frais.

Comment faire pour payer tout cela? Les quelques piastres échappées à la razzia du prince s'en étaient allées depuis longtemps [5]en papiers légaux et en absinthes judiciaires.

Le malheureux tueur de lions fut donc réduit à vendre la caisse d'armes au détail, carabine par carabine. Il vendit les poignards, les kriss malais, les casse-tête.... Un épicier acheta les conserves alimentaires. Un pharmacien, ce qui restait du [10]sparadrap. Les grandes bottes elles-mêmes y passèrent et suivirent la tente-abri perfectionnée chez un marchand de bric-à-brac, qui les éleva à la hauteur de curiosités cochinchinoises.... Une fois tout payé, il ne restait plus à Tartarin que la peau du lion et le chameau. La peau, il l'emballa [15]soigneusement et la dirigea sur Tarascon, à l'adresse du brave commandant Bravida. (Nous verrons tout à l'heure ce qu'il advint de cette fabuleuse dépouille.) Quant au chameau, il comptait s'en servir pour regagner Alger, non pas en montant dessus, mais en le vendant pour payer la diligence, ce qui [20]est encore la meilleure façon de voyager à chameau. Malheureusement la bête était d'un placement difficile, et personne n'en offrit un liard.

Tartarin cependant voulait regagner Alger à toute force. Il avait hâte de revoir le corselet bleu de Baïa, sa maisonnette, ses [25]fontaines, et de se reposer sur les trèfles blancs de son petit cloître, en attendant de l'argent de France. Aussi notre héros n'hésita pas: et navré, mais point abattu, il entreprit de faire la route à pied, sans argent, par petites journées.

En cette occurrence, le chameau ne l'abandonna pas. Cet [30]étrange animal s'était pris pour son maître d'une tendresse inexplicable, et, le voyant sortir d'Orléansville, se mit à marcher religieusement derrière lui, réglant son pas sur le sien et ne le quittant pas d'une semelle.

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Au premier moment, Tartarin trouva cela touchant, cette fidélité, ce dévouement à toute épreuve lui allaient au coeur, d'autant que la bête était commode et se nourrissait avec rien. Pourtant, au bout de quelques jours, le Tarasconnais s'ennuya [5]d'avoir perpétuellement sur les talons ce compagnon mélancolique, qui lui rappelait toutes ses mésaventures, puis, l'aigreur s'en mêlant, il lui en voulut de son air triste, de sa bosse, de son allure d'oie bridée. Pour tout dire, il le prit en grippe et ne songea plus qu'à s'en débarrasser, mais l'animal tenait bon.... [10]Tartarin essaya de le perdre, le chameau le retrouva; il essaya de courir, le chameau courut plus vite.... Il lui criait: «Va t'en!» en lui jetant des pierres. Le chameau s'arrêtait et le regardait d'un air triste, puis, au bout d'un moment, il se remettait en route et finissait toujours par le rattraper. Tartarin dut se [15]résigner.

Pourtant, lorsque après huit grands jours de marche, le Tarasconnais poudreux, harassé, vit de loin étinceler dans la verdure les premières terrasses blanches d'Alger, lorsqu'il se trouva aux portes de la ville, sur l'avenue bruyante de Mustapha, an [20]milieu des zouaves, des biskris, des Mahonnaises, tous grouillant autour de lui et le regardant défiler avec son chameau, pour le coup la patience lui échappa. «Non! non!» dit-il, «ce n'est pas possible.... je ne peux pas entrer dans Alger avec un animal pareil!» et, profitant d'un encombrement de voitures, il [25]fit un crochet dans les champs et se jeta dans un fossé!

Au bout d'un moment, il vit au-dessus de sa tête, sur la chaussée de la route, le chameau qui filait à grandes enjambées, allongeant le cou d'un air anxieux.

Alors, soulagé d'un grand poids, le héros sortit de sa cachette, [30]et rentra dans la ville par un sentier détourné qui longeait le mur de son petit clos.

VII

_Catastrophes sur catastrophes._

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En arrivant devant sa maison mauresque, Tartarin s'arrêta très étonné. Le jour tombait, la rue était déserte. Par la porte basse en ogive que la négresse avait oublie de fermer, on entendait des rires, des bruits de verres, des détonations de bouchons [5]de Champagne, et dominant tout ce joli vacarme une voix de femme qui chantait, joyeuse et claire:

Aimes-tu, Marco la Belle, La danse aux salons en fleurs....

«Tron de Diou!» fit le Tarasconnais en pâlissant, et il se [10]précipita dans la cour.

Malheureux Tartarin! Quel spectacle l'attendait.... Sous les arceaux du petit cloître, au milieu des flacons, des pâtisseries, des coussins épars, des pipes, des tambourins, des guitares, Baïa debout, sans veston bleu ni corselet, rien qu'une chemisette [15]de gaze argentée et un grand pantalon rose tendre, chantait _Marco la Belle_ avec une casquette d'officier de marine sur l'oreille.... A ses pieds, sur une natte, gavé d'amour et de confitures, Barbassou, l'infâme capitaine Barbassou, se crevait de rire en l'écoutant.

[20]L'apparition de Tartarin, hâve, maigri, poudreux, les yeux flamboyants, la chéchia hérissée, interrompit tout net cette aimable orgie turco-marseillaise. Baïa poussa un petit cri de levrette effrayée, et se sauva dans la maison. Barbassou, lui, ne se troubla pas, et riant de plus belle:

[25]«Hé! bé! monsieur Tartarin, qu'est-ce que vous en dites? Vous voyez bien qu'elle savait le français!»

Tartarin de Tarascon s'avança furieux.

«Capitaine!

--_Digo-li qué vengué, moun bon!_» cria la Mauresque, se [30]penchant de la galerie du premier avec un joli geste canaille.

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Le pauvre homme, atterré, se laissa choir sur un tambour. Sa Mauresque savait même le marseillais!

«Quand je vous disais de vous méfier des Algériennes!» fit sentencieusement le capitaine Barbassou. «C'est comme votre [5]prince monténégrin.»

Tartarin releva la tête.

«Vous savez ou est le prince?

--Oh! il n'est pas loin. Il habite pour cinq ans la belle prison de Mustapha. Le drôle s'est laissé prendre la main dans le [10]sac.... Du reste, ce n'est pas la première fois qu'on le met à l'ombre. Son Altesse a déjà fait trois ans de maison centrale quelque part ... et, tenez! je crois même que c'est à Tarascon.

--A Tarascon!...» s'écria Tartarin subitement illuminé.... «C'est donc ça qu'il ne connaissait qu'un côté de la ville....

[15]--Hé! sans doute ... Tarascon, vu de la maison centrale.... Ah! mon pauvre monsieur Tartarin, il faut joliment ouvrir l'oeil dans ce diable de pays, sans quoi on est exposé à des choses bien désagréables.... Ainsi votre histoire avec le muezzin....

--Quelle histoire? quel muezzin?

[20]--Té! pardi!... le muezzin d'en face qui faisait la cour à Baïa.... L'_Akbar_ a raconté l'affaire l'autre jour, et tout Alger en rit encore.... C'est si drôle ce muezzin qui, du haut de sa tour, tout en chantant ses prières, faisait sous votre nez des déclarations à la petite, et lui donnait des rendez-vous en [25]invoquant le nom d'Allah....

--Mais c'est donc tous des gredins dans ce pays?...» hurla le malheureux Tarasconnais.

Barbassou eut un geste de philosophe.

«Mon cher, vous savez, les pays neufs.... C'est égal! si [30]vous m'en croyez, vous retournerez bien vite à Tarascon.

--Retourner ... c'est facile à dire.... Et l'argent?... Vous ne savez donc pas comme ils m'ont plumé, là-has, dans le désert?

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--Qu'à cela ne tienne!» fit le capitaine en riant.... «Le _Zouave_ part demain, et si vous voulez, je vous rapatrie ... ça vous va-t-il, collègue?... Alors, très bien. Vous n'avez plus qu'une chose à faire. Il reste encore quelques fioles de champagne, [5]une moitié de croustade ... asseyez-vous là, et sans rancune!...»

Après la minute d'hésitation que lui commandait sa dignité, le Tarasconnais prit bravement son parti. Il s'assit, on trinqua; Baïa, redescendue au bruit des verres, chanta la fin de _Marco [10]la Belle_, et la fête se prolongea fort avant dans la nuit.

Vers trois heures du matin, la tête légère et le pied lourd, le bon Tartarin revenait d'accompagner son ami le capitaine, lorsqu'en passant devant la mosquée, le souvenir du muezzin et de ses farces le fit rire, et tout de suite une belle idée de vengeance [15]lui traversa le cerveau. La porte était ouverte. Il entra, suivit de longs couloirs tapissés de nattes, monta, monta encore, et finit par se trouver dans un petit oratoire turc, où une lanterne en fer découpé se balançait au plafond, brodant les murs blancs d'ombres bizarres.

[20]Le muezzin était là, assis sur un divan, avec son gros turban, sa pelisse blanche, sa pipe de Mostaganem, et devant un grand verre d'absinthe fraîche, qu'il battait religieusement, en attendant l'heure d'appeler les croyants à la prière.... A la vue de Tartarin, il lâcha sa pipe de terreur.

[25]«Pas un mot, curé,» fit le Tarasconnais, qui avait son idée.... «Vite, ton turban, ta pelisse!...»

Le curé turc, tout tremblant, donna son turban, sa pelisse, tout ce qu'on voulut. Tartarin s'en affubla, et passa gravement sur la terrasse du minaret.

[30]La mer luisait au loin. Les toits blancs étincelaient au clair de lune. On entendait dans la brise marine quelques guitares attardées.... Le muezzin de Tarascon se recueillit un moment, puis, levant les bras, il commença à psalmodier d'une voix suraiguë:

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«_La Allah il Allah_.... Mahomet est un vieux farceur.,.. L'Orient, le Coran, les bachagas, les lions, les Mauresques, tout ça ne vaut pas un viédaze!... Il n'y a plus de _Teurs_.... Il n'y a que des carotteurs.... Vive Tarascon!...»

[5]Et pendant qu'en un jargon bizarre, mêlé d'arabe et de provençal, l'illustre Tartarin jetait aux quatre coins de l'horizon, sur la ville, sur la plaine, sur la montagne, sa joyeuse malédiction tarasconnaise, la voix claire et grave des autres muezzins lui répondait, en s'éloignant de minaret en minaret, et les derniers [10]croyants de la ville haute se frappaient dévotement la poitrine.

VIII

_Tarascon! Tarascon!_

Midi. Le _Zouave_ chauffe, on va partir. Là-haut, sur le balcon du café Valentin, MM. les officiers braquent la longue-vue, et viennent, colonel en tête, par rang de grade, regarder l'heureux petit bateau qui va en France. C'est la grande distraction de [15]l'état-major.... En has, la rade étincelle. La culasse des vieux canons turcs enterrés le long du quai flambe au soleil. Les passagers se pressent. Biskris et Mahonnais entassent les bagages dans les barques.

Tartarin de Tarascon, lui, n'a pas de bagages. Le voici qui [20]descend de la rue de la Marine, par le petit marché, plein de bananes et de pastèques, accompagné de son ami Barbassou. Le malheureux Tarasconnais a laissé sur la rive du Maure sa caisse d'armes et ses illusions, et maintenant il s'apprête à voguer vers Tarascon, les mains dans ses poches.... A peine [25]vient-il de sauter dans la chaloupe du capitaine, qu'une bête essoufflée dégringole du haut de la place, et se précipite vers lui, en galopant. C'est le chameau, le chameau fidèle, qui, depuis vingt-quatre heures, cherche son maître dans Alger.

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Tartarin, en le voyant, change de couleur et feint de ne pas le connaître; mais le chameau s'acharne. Il frétille au long du quai. Il appelle son ami, et le regarde avec tendresse: «Emmène-moi,» semble dire son oeil triste, «emmène-moi dans la barque, [5]loin, bien loin de cette Arabie en carton peint, de cet Orient ridicule, plein de locomotives et de diligences, où--dromadaire déclassé--je ne sais plus que devenir. Tu es le dernier Turc, je suis le dernier chameau.... Ne nous quittons plus, ô mon Tartarin....

[10]--Est-ce que ce chameau est à vous?» demande le capitaine.

«Pas du tout!» répond Tartarin, qui frémit à l'idée d'entrer dans Tarascon avec cette escorte ridicule; et, reniant impudemment le compagnon de ses infortunes, il repousse du pied le sol algérien, et donne à la barque l'élan du départ.... Le chameau flaire [15]l'eau, allonge le cou, fait craquer ses jointures et, s'élançant derrière la barque à corps perdu, il nage de conserve vers le _Zouave_, avec son dos bombé, qui flotte comme une gourde, et son grand col, dressé sur l'eau en éperon de trirème.

Barque et chameau viennent ensemble se ranger aux flancs [20]du paquebot.

«A la fin, il me fait peine, ce dromadaire!» dit le capitaine Barbassou tout ému, «j'ai envie de le prendre à mon bord.... En arrivant à Marseille, j'en ferai hommage an Jardin zoologique.»

[25]On hissa sur le pont, à grand renfort de palans et de cordes, le chameau, alourdi par l'eau de mer, et le _Zouave_ se mit en route.

Les deux jours que dura la traversée, Tartarin les passa tout seul dans sa cabine, non pas que la mer fût mauvaise, ni que [30]la chéchia eût trop à souffrir, mais le diable de chameau, dès que son maître apparaissait sur le pont, avait autour de lui des empressements ridicules.... Vous n'avez jamais vu un chameau afficher quelqu'un comme cela!...

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D'heure en heure, par les hublots de la cabine où il mettait le nez quelquefois, Tartarin vit le bleu du ciel algérien pâlir; puis, enfin, un matin, dans une brume d'argent, il entendit avec bonheur chanter toutes les cloches de Marseille. On était [5]arrivé ... le _Zouave_ jeta l'ancre.

Notre homme, qui n'avait pas de bagages, descendit sans rien dire, traversa Marseille en hâte, craignant toujours d'être suivi par le chameau, et ne respira que lorsqu'il se vit installé dans un wagon de troisième classe, filant bon train sur Tarascon.... [10]Sécurité trompeuse! A peine à deux lieues de Marseille, voilà toutes les têtes aux portières. On crie, on s'étonne. Tartarin, à son tour, regarde, et ... qu'aperçoit-il?... Le chameau, monsieur, l'inévitable chameau, qui détalait sur les rails, en pleine Crau, derrière le train, et lui tenant pied. Tartarin, [15]consterné, se rencoigna, en fermant les yeux.

Après cette expédition désastreuse, il avait compté rentrer chez lui incognito. Mais la présence de ce quadrupède encombrant rendait la chose impossible. Quelle rentrée il allait faire, bon Dieu! Pas le son, pas de lions, rien. . . Un [20]chameau!...

«Tarascon!... Tarascon!...» Il fallut descendre....

O stupeur! à peine la chéchia du héros apparut-elle dans l'ouverture de la portière, un grand cri: «Vive Tartarin!» fit [25]trembler les voûtes vitrées de la gare.--«Vive Tartarin! vive le tueur de lions!» Et des fanfares, des choeurs d'orphéons éclatèrent.... Tartarin se sentit mourir; il croyait à une mystification. Mais non! tout Tarascon était là, chapeaux en l'air, et sympathique. Voilà le brave commandant Bravida, [30]l'armurier Costecalde, le président, le pharmacien, et tout le noble corps des chasseurs de casquettes qui se presse autour de son chef, et le porte en triomphe tout le long des escaliers....

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Singuliers effets du mirage! la peau du lion aveugle, envoyée à Bravida, était cause de tout ce bruit. Avec cette modeste fourrure, exposée au cercle, les Tarasconnais, et derrière eux tout le Midi, s'étaient monté la tête. Le Sémaphore avait parlé. [5]On avait inventé un drame. Ce n'était plus un lion que Tartarin avait tué, c'étaient dix lions, vingt lions, une marmelade de lions! Aussi Tartarin, débarquant à Marseille, y était déjà illustre sans le savoir, et un télégramme enthousiaste I'avait devancé de deux heures dans sa ville natale.

[10]Mais ce qui mit le comble à la joie populaire, ce fut quand on vit un animal fantastique, couvert de poussière et de sueur, apparaître derrière le héros, et descendre à cloche-pied l'escalier de la gare. Tarascon crut un instant sa Tarasque revenue.

Tartarin rassura ses compatriotes.

[15]«C'est mon chameau,» dit-il.

Et déjà sous l'influence du soleil tarasconnais, ce beau soleil qui fait mentir ingénument, il ajouta, en caressant la bosse du dromadaire:

«C'est une noble bête!... Elle m'a vu tuer tous mes lions.»

[20]Là-dessus, il prit familièrement le bras du commandant, rouge de bonheur; et, suivi de son chameau, entouré des chasseurs de casquettes, acclamé par tout le peuple, il se dirigea paisiblement vers la maison du baobab, et, tout en marchant, il commença le récit de ses grandes chasses:

[25]«Figurez-vous, disait-il, qu'un certain soir, en plein Sahara....»

END OF THE TEXT

NOTES

The notes refer to the page and line number in the following format: _Page#_ Line#.

_Dedication_ _Gonzague-Privat_ (Louis de): painter, art critic and novelist, born at Montpellier in 1843. Daudet wrote a preface for his "Joie perdue" (1893).

_1_ 1 _Tarascon_: a very old city (population 9,000) on the east bank of the Rhone, opposite Beaucaire (cf. note to _13_28), about fifty miles northwest of Marseilles. To Daudet the choice of proper names was always a matter for careful consideration. Tarascon was not the home of the original Tartarin (see Introduction, p. xxvi), but, as Daudet explains in "Trente Ans de Paris," p 142, "a pseudonym picked up on the road from Paris to Marseilles because when rounded out by the southern accent it vibrated sonorously and triumphed at the conductor's call of stations like the war-cry of an Apache Indian." On the _Tarasque_ cf. note to _3_25.

_1_ 2 _il y a ... de cela:_ 'that was ... ago,' lit. 'there are ... from that.'

_1_ 3 _je m'en souviens:_ 'I remember it.' _Se souvenir de quelque chose,_ hence _s'en souvenir (en_ replacing _de_ + a pronoun); cf. _changer de chanson, en changer_ _7_ 5, _revenir de là-bas, en revenir_ _16_ 12.

_1_ 4 _habitait:_ 'was living in.' Be careful to give the imperfect its progressive force wherever possible.

_1_ 5 _le chemin d'Avignon:_ 'the Avignon road.' Note that an English noun used adjectively is usually replaced in French by _de_ + noun, the student should be careful to translate _une robe de soie_ 'a silk dress' and not 'a dress of silk'; cf. _de petits soldats de plomb_ (_71_ 4) 'little lead soldiers,' _l'eau de mer_ (_93_26) 'the sea water', _52_25, _79_23. For _une voix de femme_ (_89_ 5) we cannot say 'a woman voice,' but must say 'the voice of a woman,' 'woman' not being a possible noun-adjective here; still _voix de femme_ is a noun-phrase modified by _une;_ cf. _une cour de caravansérail_ (_70_ 21) 'the court of a caravansary,' _un coin de méchante route_ (_70_ 28) 'the corner of a wretched road'--_Avignon:_ city on the Rhone, above Tarascon; famous as the residence of the Popes from 1309 to 1377.

_1_ 6: _devant_: adverb, 'in front'; cf. _derrière_ in this sentence, _dessus_ _24_ 1, _46_ 12, _depuis_ _56_ 32, _autour_ _79_ 15.

_1_ 8: Savoyards: boys and men from Savoy, southeastern France, are seen throughout the country exercising such trades as those of bootblacks, chimney-sweeps, charcoal-venders; cf. note to _74_ 27.--Savoyards ... tête ... leurs boîtes: cf. note to _29_ 11.

_1_ 10: _Du dehors ... rien_: 'seen from the outside the house seemed nothing at all,' 'was in no way remarkable'.

_1_ 12: _coquin de sort_: a characteristic Southern oath, lit. 'rascal of (a) fate' translate 'heavens and earth!' cf. _monstre de sort_ _63_ 27, _coquin de bon sort_ _68_ 21. For the construction cf. _coquin de lièvre_ _4_ 24, _diable d'homme_ _9_ 3. The genitive (_de_ + noun) in these expressions replaces a noun in apposition/ Cf. Engl. "rascal of a man," Latin _scelus viri_; "the city New York," "the city of New York."

[Footnote _1_ 16: _du pays_. i.e. 'native' to that part of Europe; cf. _au pays_ _64_ 27, _du cru_ _26_ 6.]

_1_ 17: _rien que_: 'nothing but'; i.e. _il n'y avait rien que_. Cf. _37_ 10, and notes to _13_ 1,_4_ 23.--plantes exotiques: a few lines farther on, our author explains that these exotic plants were, of course, not of full natural size. The baobab in its native African home is only 40-70 feet in height, but its trunk is sometimes 30 feet in diameter. In _17_ 20-21 we are given to understand that Tartarin's baobab, the most admired of his botanical rarities, is perhaps after all nothing but a turnip, and we are led to suspect that some of the others are not what they pretend to be. If we are gifted with even a small portion of the imagination possessed by Tartarin and his fellow-townsmen, we can understand how a turnip may after a while come really to be a baobab; if we have not sufficient imagination to admit this possibility, we shall not be able to appreciate the story of the life and adventures of Tartarin de Tarascon.

_2_ 2: _à se croire ... Afrique_: '(enough) to (make one) believe himself in the very heart of (cf. _5_ 7) Africa.' à = _assez pour_; cf. _c'est à mourir de rire_, 'it's enough to make you die with laughter'; also _6_ 14, _21_ 16.

_2_ 3: _bien entendu_: 'of course'; lit. 'well (heard) understood.'

_2_ 5: arbos gigantea: Latin, = _arbre géant_ 'giant tree.'--tenait à l'aise dans: 'easily found room in.'

_2_ 6: pot de réséda: 'mignonette pot.' _Pot de fleurs_ = 'flower pot' Logically we should expect, and in a dealer's catalogue we find, _pot à fleurs_, cf. _une tasse à café_ 'a coffee cup,' _une tasse de café_ 'a cup of coffee.' Daudet in speaking of this same mignonette pot uses _pot à réséda_ in "Tartarin sur les Alpes," p. 358.--c'est égal: 'all the same'.

_2_ 7: _déjà_: lit. 'already'; 'anyhow,' 'nevertheless'.

_2_ 8: _s'en retournaient_: cf. _s'en aller_ _17_ 4, _s'en revenir_ _53_ 11.

_2_ 10: _je dus éprouver_: 'I must have experienced.' _Devoir_ is difficult to translate because the corresponding English auxiliaries (_must_, _ought_) are defective. The following are the most usual translations: _je dois aller_ I must go, I ought to go, I should go, I have to go, I am to go. _je devais aller_ I had to go, I was to go (cf. _18_ 2) I should have gone, I must have gone (cf. _16_ 26). _je dus aller_ I had to go (cf. _67_ 7), I must have gone (cf. _40_ 4). _je devrai aller_ I shall have to go _je devrais aller_ I should go, I ought to go, I should have to go. _j'ai dû aller_ I had to go, I have had to go, I must have gone Cf. notes to _43_ 20, 29.

_2_ 11: _mirifique_: a mock-heroic synonym for _merveilleux_.--_bien autre_: _bien_ in its common intensive use, 'quite.' _Bien_ frequently adds to a passage a shade of meaning which can be rendered in English only by a complete remodeling of the sentence, e.g. _je veux bien_ 'I have no objection,' 'I consent.' When _autre_ is preceded by _bien_ or _tout_, it usually carries the idea of superiority.

_2_ 14: _ouvrant de plain-pied sur le baobab_: 'opening on a level with the baobab'; there was no step. _Plain_='flat.'

[Footnote _2_ 18: _carabines_: 'rifles.' _carabine_ is the French word for "rifle", _fusil_ is the general term (gun) and is applied particularly to the shotgun The English word "rifle" is sometimes used in French for a rifle having a long barrel. With _carabine_ cf. English "carbine," a short-barreled rifle. Translate here 'carbines, rifles.']

_2_ 19: _catalans_: Catalonia is in northeastern Spain. --_couteaux-revolvers_: 'pistol dirks,' pistols with dirks set in their butts, ordaggers with pistols in their hilts.--_couteaux-poignards_: 'dagger-knives' an ancient form of one-edged dagger, having a long and heavy blade.--_krish_ (criss, kriss) malais: 'Malay creeses,' daggers with sinuous edges, famous for deadliness.