Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)
Part 49
Sauval dit que cette rue fut pratiquée dans l'hôtel Barbette[760]. Cela n'est pas exact. Nous venons d'observer qu'elle existoit en 1545, et cet hôtel ne fut vendu qu'en 1561. La source de son erreur vient sans doute du nom que cette rue portoit encore au dix-septième siècle. On l'appeloit _rue Diane_, à cause de Diane de Poitiers de Valentinois. Elle occupoit l'hôtel Barbette, dont les jardins s'étendoient jusqu'à la rue dont nous parlons. Piganiol[761], en adoptant l'opinion de Sauval, ajoute que _dans la suite on l'a nommée des Trois-Pavillons, sans qu'on en sache la raison_. Jaillot a été plus heureux que lui dans ses recherches, car il a trouvé qu'elle devoit ce nom à la maison _des Trois-Pavillons_, appartenant à dame Anne Châtelain. Elle étoit située au coin de la rue des Francs-Bourgeois et de celle-ci, et composée de trois pavillons qui lui en firent donner le nom dès la fin du seizième siècle, le même auteur l'ayant trouvée indiquée, en 1598, sous celui des _Trois-Pavillons_, ou _de Diane_[762].
[Note 760: T. Ier, p. 165, et t. II, p. 121 et 255.]
[Note 761: T. IV, p. 401.]
[Note 762: Arch. de Sainte-Cather. et du Temple.]
_Rue Païenne._ Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit aux rues du Parc-Royal et des Francs-Bourgeois. De Chuyes la nomme _rue Payelle_; le Tableau des rues de Paris par Valleyre, _rue Parelle_, et l'éditeur de Du Breul, en 1639, _rue de Guienne_. On voit cependant, par le procès-verbal de 1636, que dès lors elle s'appeloit _Païenne_, nom qu'elle a toujours conservé depuis. Henri II ayant demandé à la ville, en 1547, les granges pour l'artillerie qui avoient été prêtées à François Ier en 1533, et _d'aviser à ce qu'elle vouloit pour son dédommagement_[763], elle délibéra, le 10 mars 1550, d'acheter une grange et une partie de terrain de la culture Sainte-Catherine. Elle y fit construire ensuite un nouvel arsenal, lequel étoit situé au coin de cette rue et de celle du Parc-Royal. Cet emplacement a été occupé depuis par un hôtel.
[Note 763: _Voyez_ p. 954.]
_Rue de Picpus._ Elle va de la barrière du Trône à celle de Picpus, à laquelle elle a donné son nom, lequel vient de celui du petit village qu'elle traverse. Dès 1540 on trouve indiqués le terroir et la ruelle de _Piquepusse_. Ce nom n'a varié que dans la manière de l'écrire; car on lit dans les différents actes _Picpus_, _Piquepus_, _Picpuce_, _Picpusse_ et _Piquepusse_. Nous n'avons rien découvert sur l'étymologie de ce nom, qui est plus ancien que l'abbé Lebeuf ne l'indique. Jaillot pense que ce fut en cet endroit qu'on éleva, en 1191, une croix, qui fut nommée _la Croix Benoiste_, et depuis _la Croix Brisée_. Dubreul rapporte l'événement à l'occasion duquel cette croix fut érigée, lequel ne vaut pas la peine d'être répété, n'étant autre chose qu'une pieuse tradition absolument destituée de toute authenticité[764].
[Note 764: P. 1237.]
_Rue Saint-Pierre._ C'est le nom que l'on donne maintenant au chemin qui règne le long du boulevart et du fossé depuis la rue de Mesnil-Montant jusqu'à la rivière. On le nommoit autrefois _rue de la Contrescarpe_[765].
[Note 765: Il y avoit anciennement dans cette rue, entre la rue Saint-Sébastien et celle du Chemin-Vert, trois culs-de-sac qui n'existent plus. Le premier n'avoit point de nom certain; le second étoit appelé _des Jardiniers_; le troisième, _de la ruelle Pelée_.]
_Petite rue Saint-Pierre._ C'est une petite rue ouverte depuis 1780, qui donne d'un côté rue Contrescarpe, et de l'autre sur le boulevart.
Ire _Rue de la Planchette_. Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de Charenton, et de l'autre à celle des Terres-Fortes, fut ouverte, au milieu du dix-septième siècle, au travers de plusieurs chantiers de bois flotté. On ne lui donna d'abord aucun nom, mais on la trouve indiquée sous celui qu'elle porte dans un contrat de vente de 1660[766]; cependant elle n'étoit encore marquée sur aucun plan. Celui de Roussel, publié en 1731, est le premier dans lequel on la trouve. Le commissaire Du Brillet fait mention d'une rue de la Planchette ou _des Charbonniers_. Cette dernière est connue, et nous en avons parlé ci-dessus; mais sa position ne convient ni à cette rue-ci ni à la suivante.
[Note 766: Recueil de Blondeau, t. LXVI.]
IIe _Rue de la Planchette_. On appelle ainsi la continuation de la rue de Charenton, depuis les coins de la petite rue de Reuilli et de celle de Rambouillet, jusqu'à la Vallée de Fécan. Elle est mentionnée dans des actes de 1540, sous le nom de _chemin de Charenton_ et de _rue de la Planchette allant de Paris à Charenton_[767].
[Note 767: _Ibid_, t. XXX., 4e et 5e cahiers.]
_Rue de Popincourt._ Elle traverse de la rue de Mesnil-Montant à celle de la Roquette. L'auteur des _Tablettes Parisiennes_ la coupe en deux sur son plan, et donne le nom de _Pincourt_ à la partie qui commence à la rue du Chemin-Vert, et aboutit à celle de la Roquette. L'abbé de La Grive avoit fait la même faute. Il est vrai que le peuple appeloit autrefois cette rue _Pincourt_ dans toute son étendue; mais c'est par aphérèse du nom de Popincourt. Elle le doit à Jean de Popincourt, premier président du parlement sous Charles VI, dont la maison de plaisance étoit située en cet endroit[768]. On en bâtit successivement aux environs plusieurs autres, qui formèrent un petit hameau. Il prit le nom de Popincourt, et, vers la fin du règne de Louis XIII, fut réuni au faubourg Saint-Antoine.
[Note 768: Cette maison est mentionnée dans l'histoire de Charles IX; les protestants y tenoient une de leurs assemblées. Les registres de la ville nous apprennent que, le 24 avril 1562, le connétable de Montmorenci s'y transporta, ainsi que dans deux autres appelées _le Patriarche et le Temple de Jérusalem_, et fit brûler les bancs et la chaire du ministre. Quelques auteurs ont prétendu que ce lieu fut ensuite donné à des hospitalières du Saint-Esprit de Montpellier, qu'on y construisit une chapelle sous le titre du Saint-Esprit, et que c'est de là que les religieuses _Annonciades du Saint-Esprit_ ont pris leur nom; mais cette opinion est destituée de tout fondement.]
_Rue du Bas-Popincourt._ Elle fait la continuation de la rue du Chemin-Saint-Denis, et aboutit à la rue des Amandiers. On a altéré ou abrégé son nom, comme celui de la précédente; c'est pourquoi on la trouve presque partout indiquée sous le nom de _rue du Bas-Pincourt_.
_Rue de Rambouillet._ Cette rue, qui va des rues de Charenton et de la Planchette à celle de la Rapée, doit son nom à un particulier[769].
[Note 769: Depuis la rue de Berci jusqu'à la rivière on la nomme maintenant _rue Villiot_.]
_Rue de la Rapée._ Elle commence à la rue des Fossés-Saint-Antoine, et finit à la barrière du même nom, à l'extrémité de la rue de Rambouillet. Ce nom est dû à une maison, ainsi appelée parce qu'elle avoit été bâtie par M. de La Rapée, commissaire-général des troupes. C'est depuis long-temps une guinguette très-fréquentée.
_Rue des Rats._ Elle va de la rue des murs de la Roquette à celle de Saint-André. Tous nos plans, et les nomenclatures, la nomment rue de l'_Air_, ou de _Lair_. Nous ne savons d'où lui vient ce dernier nom, ni celui des Rats qu'on y a substitué depuis 1731.
_Rue de Reuilli._ Elle commence à la rue du Faubourg-Saint-Antoine, près de l'Abbaye, et finit au chemin de Charenton. Nous avons déjà donné l'étymologie de ce nom, qui étoit celui d'un territoire remarquable par sa grande antiquité, et par un palais de nos rois dont nous avons également fait mention[770].
[Note 770: Dans cette rue aboutissent trois ruelles: la première, nommée _ruelle des Quatre-Chemins_, commence à côté de la barrière de Charenton; la seconde s'appelle _ruelle des Trois-Chandelles_; la troisième, désignée sous le titre de _ruelle des Trois-Sabres_, se dirige vers la barrière de Reuilly.]
_Rue du Bas-Reuilli_, qu'on appelle aussi quelquefois _petite rue de Reuilli_. Nous avons déjà remarqué qu'on avoit donné le même nom à la rue Mongallet. Celle-ci aboutit à la rue de Reuilli et à celle de la Planchette. Le château de Reuilli, auquel elle doit son nom, y étoit situé[771].
[Note 771: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé _cul-de-sac de Reuilli_.]
_Rue du Roi-de-Sicile._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du Temple, et de l'autre à celle des Ballets. Il n'est pas douteux qu'elle ne doive son nom à Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de Saint-Louis, appelé aux royaumes de Naples et de Sicile, qui avoit son hôtel dans cette rue.
_Rue de la Roquette._ Elle commence à l'esplanade de la porte Saint-Antoine, et aboutissoit jadis à la maison hospitalière qui y étoit située. Son nom lui vient du terrain sur lequel elle a été ouverte. Dans le Terrier du roi de 1540, et dans les titres de l'archevêché, ce lieu est appelé _la Rochette_[772].
[Note 772: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même nom.]
_Rue des Murs de la Roquette_[773]. On donnoit ce nom au chemin qui règne autour des murs de l'enclos des Hospitalières, depuis l'entrée de leur maison jusqu'à la rue des Amandiers. Dans la nomenclature des rues de Paris, de Valleyre, elle est nommée _rue des Canettes_. Nous ne l'avons pas trouvée indiquée ailleurs sous cette dénomination.
[Note 773: On la nomme maintenant _rue de la Folie-Regnau_.]
_Rue des Rosiers._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du Temple, et de l'autre à celle des Juifs. Elle portoit ce nom dès 1233[774], et nous ne voyons pas qu'elle en ait changé; mais nous conjecturons qu'elle faisoit alors un retour d'équerre, et qu'elle aboutissoit à la rue du Roi-de-Sicile. Cette dernière partie forme aujourd'hui la rue des Juifs[775].
[Note 774: Arch. du Templ.]
[Note 775: En parlant de la rue des Juifs, nous avons remarqué que Guillot, le rôle de 1313 et autres titres subséquents n'en faisoient pas mention, et cette observation pourroit suffire; mais nous avons encore, pour nous appuyer dans notre opinion, un monument de sculpture placé à la maison qui fait l'angle de la rue du Roi-de-Sicile et de celle des Juifs. Nos historiens nous ont conservé le souvenir de l'attentat commis sur une statue de la Sainte-Vierge qui fut mutilée la nuit du 31 mai au 1er juin 1528: elle étoit placée _en la rue des Rosiers_. François Ier fit faire une autre statue en argent, qu'il plaça _au lieu même où étoit l'ancienne de pierre_. Cette cérémonie se fit le 12 dudit mois, à la fin d'une procession générale ordonnée à cet effet. Cette statue ayant été volée en 1545, on en substitua une troisième en bois qui fut brisée par les hérétiques la nuit du 13 au 14 décembre 1551. On fit de nouveau une semblable procession, et l'on y plaça alors une statue de marbre. Les actes qui constatent ces différents faits indiquent que ces réparations furent faites _rue des Rosiers, devant l'huis de derrière du Petit-Saint-Antoine_. Ce monument en sculpture, où François Ier est représenté, a toujours subsisté depuis au même lieu, et n'a été déplacé qu'au moment de la révolution.]
_Rue Royale_[776]. Elle commence à la rue Saint-Antoine, et finit à la place Royale, dont elle a tiré son nom, ainsi que les autres qui aboutissoient à cette place. Pour la distinguer, on la nomme _rue du Pavillon du Roi_. Elle est indiquée ainsi sur le plan de Boisseau.
[Note 776: On la nommoit, pendant la révolution, rue des _Vosges_, ainsi que la place.]
_Rue Saint-Sébastien._ Elle aboutit d'un côté au chemin de la Contrescarpe, et de l'autre à la rue de Popincourt. Au siècle dernier, on l'appeloit rue _Saint-Étienne_. Elle est ainsi désignée sur les plans de Jouvin, de Fer, etc., et même sur celui que publia de Lisle en 1715; mais en 1718 on la trouve sous sa dénomination actuelle. Ces deux noms viennent de deux enseignes[777].
[Note 777: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même nom.]
_Vieille rue du Temple._ Nous avons déjà parlé de cette rue. (_Voyez quartier du Temple._) La partie qui dépend du quartier Saint-Antoine commence à la rue Saint-Antoine, et finit au coin des rues de la Perle et des Quatre-Fils. L'auteur des _Tablettes Parisiennes_[778] dit qu'en 1300 elle s'appeloit simplement _rue du Temple_. Il est vrai que Guillot ne la nomme pas autrement, et que l'abbé Lebeuf[779] dit qu'elle n'a pas changé de nom; mais Jaillot croit qu'ils se sont trompés, et que la rue du Temple a toujours été distinguée de celle-ci.
[Note 778: Pag. 48.]
[Note 779: T. II, p. 597.]
_Rue des Terres-Fortes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Fossés-Saint-Antoine, et de l'autre à la rue Moreau. Elle s'appeloit auparavant _rue des Marais_, parce qu'elle étoit environnée de marais potagers. Sur les plans de MM. de La Grive et Robert, elle est nommée _rue du Fumier_. Ils l'ont confondue avec une ruelle qui portoit ce nom, et qui étoit parallèle à celle-ci. Cette ruelle ne subsiste plus.
_Rue Tiron._ Elle traverse de la rue Saint-Antoine dans celle du Roi-de-Sicile. Corrozet l'appelle _rue Jean-de-Tizon_. Un grand nombre d'autres la nomment simplement _rue Tison_. Cependant dès le treizième siècle elle se nommoit _de Tiron_. Elle devait ce nom à une grande maison qu'on y avoit bâtie, dont l'entrée subsistoit encore vers la fin du siècle dernier, et qui avoit appartenu à l'abbaye de Tiron.
_Rue des Tournelles._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Antoine, et de l'autre à la rue Neuve-Saint-Gilles. Nous voyons, par les plans manuscrits de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers, qu'on l'appeloit dans le principe _rue Jean-Beausire_, comme nous l'avons remarqué à l'article de la rue qui porte ce nom. Mais on la trouve indiquée, dès 1546, sous sa nouvelle dénomination dans plusieurs titres des archives de Sainte-Opportune. Elle la devoit au palais des Tournelles.
_Rue Traversière._ Elle est ainsi nommée parce qu'elle traverse de la rue du Faubourg-Saint-Antoine à celle de Charenton. Elle se prolonge même sous ce nom jusqu'à celle de la Rapée, et jusqu'au chemin qui règne le long de la rivière dans cette dernière partie. On la trouve indiquée sur quelques plans sous le nom de _rue des Chantiers_, sous ceux _du Cler-Chantier_, et de _rue Pavée_, entre les rues de Charenton et de la Rapée.
[Note 780: Elle a porté, pendant la révolution, le nom de _rue Saint-Denis_.]
_Rue du Trône._ Elle fait la continuation de la rue des Boulets, depuis la rue de Montreuil jusqu'à celle du Faubourg-Saint-Antoine. Son nom est dû à la place du Trône dont nous avons parlé, et à laquelle elle conduit[781].
[Note 781: _Voy._ t. I, p. 279, 1re partie.]
_Rue Trouvée._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté rue de Charenton, de l'autre sur le marché Beauvau.
QUAIS.
_Quai de la Rapée._ On donne ce nom à tout l'espace qui s'étend le long de la rivière, depuis la rue des Fossés-Saint-Antoine jusqu'à la barrière de la Rapée. Il est destiné à l'arrivage de diverses marchandises, telles que vins, charbon de terre, bois flotté, etc.
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Église Sainte-Marguerite._ On a déposé dans cette église, et derrière le maître-autel, le tombeau élevé à son épouse par Girardon, monument qui se voyoit autrefois dans l'église de Saint-Landri, et qui depuis la révolution avoit été transporté au musée des Petits-Augustins[782].
Cette même église possède plusieurs tableaux modernes qui lui ont été donnés par la ville en 1817, 1819 et 1822.
Dans une chapelle à gauche, sainte Marguerite, par _Vafflard_. Au-dessus du maître-autel, saint Ambroise sauvant un prêtre des fureurs du peuple, par le même. Dans le choeur un portement de croix, par ***.
_Séminaire de Saint-Ambroise._ Il est situé à peu de distance de l'église et dans la rue de Popincourt.
_Fontaine de la place Royale._ Cette fontaine, établie pendant la révolution à la place qu'occupoit la statue de Louis XIII, se composoit de plusieurs tuyaux formant une gerbe dont l'eau retomboit dans un bassin circulaire. Elle n'existe plus, et cet espace est maintenant occupé par l'atelier où se fait la nouvelle statue qu'on élève à ce monarque.
_Fontaine de l'Éléphant_ (place de la Bastille). L'atelier où l'on exécute le modèle de cette fontaine existe toujours. Rien n'indique que l'on y travaille maintenant.
_Fontaine de Popincourt._ Cette fontaine a la forme d'un cippe terminé par des enroulements, au milieu desquels s'élève un pélican nourrissant ses petits. La face principale est ornée d'un bas-relief représentant une femme, sans doute la Charité, qui allaite un enfant, et donne à boire à plusieurs autres qui sont groupés autour d'elle; l'eau tombe par un tuyau dans une cuvette oblongue.
_Marché des Blancs-Manteaux._ Ce marché a été construit dans la Vieille rue du Temple, en face de la rue des Blancs-Manteaux. C'est un carré long, couvert en tuiles, et percé sur deux faces de trois arcades, deux petites et une grande.
_Pont-du-Jardin-du-Roi._ Ce pont se compose de quatre piliers et de deux fortes culées qui supportent cinq arches de fer de fonte surbaissées, sur lesquelles repose la charpente; chaque poutre est ornée à ses extrémités d'une gueule de lion en fonte; et sur cette charpente est étendu un plancher que recouvrent une feuille de plomb, un lit de gravier et un pavé. Des deux côtés règne un trottoir garni d'appuis de fer et de huit réverbères. Ce pont, que l'on avoit construit avec l'intention de le rendre assez solide pour supporter le passage des charrettes les plus chargées, a déjà éprouvé de nombreuses fractures par les secousses multipliées qu'il a reçues, le fer fondu n'ayant pas l'élasticité qui seule auroit pu y opposer une résistance suffisante; et sa carcasse ne subsiste que par la précaution que l'on a prise d'en lier toutes les parties par des bandes de fer forgé. Cet accident a fait abandonner cette invention moderne; et nous lui devons le magnifique pont des Invalides, que l'on avoit eu d'abord le projet de construire aussi en fer fondu.
Le pont du Jardin-du-Roi s'est nommé, pendant la révolution, pont d'_Austerlitz_. Il est accompagné d'un chemin de halage.
_Cimetière du Père La Chaise._ Ce cimetière, le plus vaste de Paris, a été formé dans l'enclos de la maison de Mont-Louis, dite du Père La Chaise, puis successivement agrandi de plusieurs portions du terrain environnant. C'est à notre avis le spectacle le plus curieux et en même temps le plus déplorable que présente cette grande ville, et nulle description n'en pourroit donner une juste idée. La révolution qui depuis si long-temps désole la terre des vivants reparoît tout entière dans cette demeure des morts; au milieu du silence des tombeaux, les pierres élèvent la voix et retracent toutes les passions qui fermentent dans la société, et ce désordre effrayant des esprits qui, pour la première fois depuis l'existence du monde, la menace d'une entière dissolution. Là s'élève comme une ville composée de monuments funèbres, où les rangs sont confondus, non pas seulement dans la même poussière, mais encore dans le même orgueil: le dernier artisan y a les honneurs de l'épitaphe; des marchands y bâtissent des mausolées qui le disputent à ceux des ducs et des princes; les familles des banquiers s'y font faire des caveaux comme faisoient autrefois les Châtillon et les Montmorenci; à côté du médaillon d'un magistrat s'élève la statue d'une courtisane ou d'un histrion, dont le marbre raconte les talents et les vertus. Dans ce nombre infini d'inscriptions funéraires, dont cette enceinte est comme pavée, reparoissent les attachements terrestres dans toute leur misère, c'est-à-dire sans espérance et sans résignation; elles présentent quelquefois des diffamations et des confidences scandaleuses; de toutes parts des éloges qui ressemblent à des apothéoses. Ces inscriptions nous apprennent que là sont confondues toutes les religions; souvent même elles expriment l'indifférence religieuse dans ce qu'elle a de plus révoltant, et en cherchant bien, on y trouveroit jusqu'à la profession de foi du matérialiste et de l'athée[783]. On rencontre presque à chaque pas de ces pierres sépulcrales couvertes de fleurs sans cesse renouvelées, sans que cette offrande puérile, faite à de froids débris, soit accompagnée de la prière que demandent les âmes des trépassés: ainsi faisoient les païens, et il n'y manque plus que leurs libations. Enfin, d'espace en espace, la croix y distingue les tombes des chrétiens qui ont fait bénir les places qu'ils y occupent; et bientôt sans doute il n'y en aura plus pour eux, parce qu'il ne restera plus un seul coin de cette terre qui n'ait été profané.
[Note 783: Le scandale de ces inscriptions a été porté si loin, que depuis quelque temps, dit-on, il a été nommé des inspecteurs chargés d'examiner, d'admettre ou de rejeter les épitaphes.]
_Congrégation de Sainte-Clotilde._ C'est un vaste bâtiment situé dans la rue de Reuilli, vers la barrière. La porte d'entrée, ornée de deux colonnes, est surmontée d'un écusson aux armes de France au-dessous duquel on lit cette inscription:
«Institution de Jeunes Demoiselles, sous la protection du Roi et de LL. AA. RR. le duc et la duchesse d'Angoulême, dirigée par les dames de la Congrégation de Sainte-Clotilde.»
_Abattoir de Mesnil-Montant._ Il est situé entre la rue Saint-Maur et celle de Popincourt, vers la rue des Amandiers. L'avenue qui en borde la façade se nomme avenue _Parmentier_.--(Voyez à la fin de l'ouvrage l'article _Abattoirs_.)
RUES NOUVELLES.
_Rue de la Boucherie._ Cette rue nouvelle, percée vis-à-vis le marché des Blancs-Manteaux, a pour entrée une arcade qui correspond à celles de ce marché. Sur les deux jambages de cette arcade sont deux têtes de boeuf qui vomissent de l'eau dans un bassin demi-circulaire.
_Rue de la Chaussée._ Cette rue, percée sur le terrain des Minimes, donne d'un côté dans la rue Saint-Gilles, de l'autre dans celle des Minimes.
_Rue des hospitalières Saint-Gervais._ Elle commence dans celle des Rosiers, et vient aboutir à celle des Francs-Bourgeois, séparant ainsi le marché des Blancs-Manteaux de la Boucherie.
_Ruelle des Jardiniers._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Planchette, de l'autre aux murs de la ville.
_Rue Saint-Jules._ Elle a été percée à l'endroit où la rue Saint-Antoine se rencontre avec celle de Montreuil, elle aboutit à l'une et à l'autre.
_Rue des Morts._ Elle commence à la rue des Amandiers, vis-à-vis celle de Saint-Maur, et vient se terminer à la rue de la Roquette.
_Rue des Moulins._ Elle donne d'un côté dans la rue de Picpus, de l'autre dans la grande rue de Reuilli, en face de la barrière.
_Rue des Ormeaux._ Cette rue a été ouverte à la barrière du Trône et parallèlement à l'avenue des Ormes.
PASSAGES.
Sur une partie du territoire des Filles-Saint-Gervais, Vieille rue du Temple, on a ouvert trois passages, l'un qui donne rue des Rosiers, l'autre rue des Francs-Bourgeois, le troisième dans la Vieille rue du Temple.
FIN DE LA SECONDE PARTIE DU SECOND VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES.
SECOND VOLUME.--SECONDE PARTIE.
QUARTIER SAINT-MARTIN.
Pages.
Paris sous Louis XI. 589
Origine du quartier. 663
Église Saint-Merri. 666
Les Juges-Consuls. 678
L'église Saint-Julien-des-Ménétriers. 683
Les Carmélites de la rue Chapon. 683
L'église Saint-Nicolas-des-Champs. 686
Le prieuré Saint-Martin-des-Champs. 695