Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)

Part 48

Chapter 483,563 wordsPublic domain

_Rue Barbette._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du Temple, et de l'autre à celle des Trois-Pavillons. Elle tire son nom de l'hôtel Barbette, dont nous avons déjà parlé, et sur l'emplacement duquel elle a été ouverte.

_Rue de Basfroi._ Elle fait la continuation de la rue de Popincourt, et traverse de la rue de la Roquette dans celle de Charonne. Nous n'avons rien pu découvrir sur l'étymologie du nom de cette rue, qu'on appelle et qu'on écrit communément _Basfroid_. Le plus ancien titre qui en fasse mention est un bail à cens du 15 novembre 1393[732], d'un arpent et demi et sept perches de vignes au lieu dit _Baffer_, sur le chemin Saint-Antoine. Les déclarations passées au terrier du roi en 1540[733] énoncent le terroir de _Basfert_, _Baffer_, ou _Baffroi_; et dans un ancien compte[734] on lit: _Le chantier du Grand-Basfroi et celui de Popincourt, dit le-Petit-Basfroi_.

[Note 732: Arch. de l'archev.]

[Note 733: Portef. de Blondeau, t. XII, 1er et 8e cahiers.]

[Note 734: Compt. de Recett. de Ligny de 1601 à 1602, fº 257, _verso_.]

_Place et marché Beauvau._ Cette place et ce marché, situés entre la rue Saint-Antoine et celle de Charenton, communiquent à ces deux rues par diverses autres rues transversales.

_Rue Beauvau._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté rue de Charenton, de l'autre sur le marché Beauvau.

_Rue de Bercy._ Elle fait la continuation de la rue de la Rapée, et aboutit hors la ville au château de Berci, dont elle a tiré son nom.

_Rue Saint-Bernard._ Elle traverse de la rue de Charonne dans celle du faubourg Saint-Antoine. On pense qu'elle a reçu le nom de ce saint parce que l'abbaye Saint-Antoine en suivoit la règle[735].

[Note 735: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même nom.]

_Rue des Boulets._ Elle va de la barrière Saint-Antoine à celle de Charonne, et fait la continuation des rues de la Muette et du Trône. Quelques nomenclateurs l'appellent _rue des Boules_, mais mal à propos. Elle doit ce nom au territoire où elle est située, que d'anciennes déclarations du seizième siècle indiquent ainsi: _Lieu dit les Boulets, anciennement les Basses-Vignolles_. Cette rue porte la même dénomination sur le plan de Jouvin, publié en 1676, et sur tous ceux qu'on a faits depuis.

_Rue des Buttes._ Cette rue, ou plutôt ce chemin n'étoit presque pas connu avant l'enceinte élevée sous Louis XVI, parce que la plus grande partie des plans de Paris ne s'étendoient pas jusque là. Elle traverse de la grande rue de Reuilly dans celle de Picpus.

_Rue Caron._ Cette rue, ouverte en même temps que le marché Sainte-Catherine, donne d'un côté sur ce marché, de l'autre dans la rue de Jarentes.

_Rue Culture-Sainte-Catherine._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Antoine, et de l'autre à celle du Parc-Royal. Nous avons déjà fait observer qu'elle doit ce nom au terrain cultivé des chanoines de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, sur lequel elle fut ouverte. On la nommoit d'abord simplement rue Sainte-Catherine, comme on peut le voir sur le plan de d'Heuland et dans Corrozet; et Robert l'appelle encore de même, quoiqu'avant le milieu du siècle passé on la désignât déjà sous le nom de la _Couture_ et _Culture Sainte-Catherine_, et qu'elle porte cette dénomination sur le plan de Gomboust et sur les autres plans postérieurs. Boisseau, sur le sien, en fait deux rues: celle qu'il appelle de la Couture prend depuis la rue Saint-Antoine jusqu'à celle des Francs-Bourgeois, et depuis celle-ci jusqu'à la rue du Parc-Royal il la nomme _rue du Val_[736].

[Note 736: Ce fut dans cette rue que le connétable de Clisson fut assassiné par l'ordre de Pierre de Craon le 13 juin 1392, et que le roi et une partie de sa cour allèrent le visiter dans la boutique d'un boulanger chez lequel il s'étoit réfugié. (_Voyez_ 1re partie de ce volume, p. 97.)]

_Rue Neuve-Sainte-Catherine._ Elle aboutit d'un côté à la rue Culture-Sainte-Catherine, et de l'autre à la rue Saint-Louis et à celle de l'Égout. Son nom est dû au terrain du prieuré sur lequel elle a été ouverte.

_Rue de l'Égout Sainte-Catherine._ Elle va de la rue Saint-Antoine aux rues Saint-Louis et Neuve Sainte-Catherine. Elle est ainsi nommée à cause d'un égout qui passoit sur le terrain de Sainte-Catherine, près de l'endroit où cette rue a été ouverte. On l'appeloit, en 1590, _ruelle des Égouts_, et _rue des Égouts_ en 1606[737]. On l'a nommée depuis _rue de l'Égout couvert_. Nous avons déjà parlé de l'égout du pont Perrin, qui régnoit le long de la rue Saint-Antoine. En 1417 il fut ordonné de le détourner et de le joindre à celui qui portoit les eaux et les immondices au grand égout du Temple.

[Note 737: Arch. de Sainte-Cather.]

On le fit donc passer sur le terrain de la culture Sainte-Catherine, dans la longueur de 625 toises, jusqu'à l'endroit où finit aujourd'hui la rue de Boucherat: il ne fut couvert qu'au commencement du siècle dernier.

_Marché Sainte-Catherine._ Il a été ouvert, comme nous l'avons déjà dit, vers la fin du siècle dernier, sur l'emplacement de l'église du même nom.

_Rue des Chantiers._ La plupart de nos plans ne la distinguent pas de la rue Traversière, dont elle fait la continuation depuis la rue de la Râpée jusqu'à la rivière. Ces deux rues ne doivent pas cependant être confondues, celle-ci n'ayant été ouverte qu'à la fin du dix-septième siècle. On voit, par les anciens plans, qu'on la nommoit alors, ainsi que la rue Traversière, rue du _Cler-Chantier_. Sur d'autres plans elle est appelée _rue de la Planchette_ et _rue Pavée_. Elle doit son dernier nom aux chantiers auxquels elle aboutissoit. Nous ferons observer en passant que le terrain où elle est située fait partie de celui qu'on appeloit anciennement le _Champ au Plâtre_, et qu'on nommoit encore dans le siècle dernier _Port au Plâtre_, dans la partie qui borde la rivière, depuis le bastion de l'Arsenal jusqu'à Saint-Bonnet.

_Rue des Charbonniers._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Charenton et de l'autre au port au plâtre. Les anciens plans l'indiquent sous le nom de _rue du Port-au-Plâtre_, et _rue Clochepin_. Nous ignorons à quelle occasion elle a quitté ces anciennes dénominations pour prendre celle qu'elle porte encore aujourd'hui[738].

[Note 738: Cette rue est fermée maintenant depuis la rue de Berci jusqu'à la rivière.]

_Rue de Charenton._ Elle commence au fossé de la porte Saint-Antoine, et aboutit au coin de la petite rue de Reuilli et de celle de Rambouillet. Son nom provient du bourg de Charenton, où elle conduit.

_Rue de Charonne._ Elle aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Antoine et à la barrière qui portoit jadis la même dénomination. Cette rue tire aussi son nom du village où elle conduit[739].

[Note 739: Il y avoit dans la rue de Charonne deux culs-de-sac: le premier, appelé de _Mortagne_, lequel n'existe plus, devoit son nom à un hôtel voisin; le second, nommé de la _Croix-Faubin_, existe encore, et doit son nom à une croix qui s'élevoit vis-à-vis de l'endroit où il est situé. Du reste ce nom tire sa première origine d'un petit hameau qui fait aujourd'hui partie du faubourg Saint-Antoine.]

_Rue du Chemin-Vert._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Contrescarpe, et de l'autre à celle des Amandiers, au coin de la rue de Popincourt. Ce n'étoit encore, au milieu du seizième siècle, qu'un chemin qu'on appeloit _Vert_, à cause des herbes dont il étoit bordé, et des marais potagers au travers desquels il passoit. En 1667 on le nommoit simplement _ruelle qui va à Popincourt_[740]. Il est indiqué dans le censier de Saint-Éloi, sous le nom de _ruelle des Neuf-Arpents_, parce qu'il avoit été ouvert sur un terrain nommé la culture Saint-Éloi, lequel contenoit neuf arpents. Cette culture étoit divisée en deux parties, et bornée par les rues de Mesnil-Montant, de Popincourt, de la Contrescarpe et du Chemin-Vert. Cette dernière est nommée rue _Verte_ dans des actes de 1718, quoiqu'elle fût connue, dès le siècle passé, sous le nom qu'elle porte, comme on peut le voir sur quelques plans de ce temps-là.

[Note 740: Arch. de Sainte-Cather.]

_Rue Cloche-Perce._ Elle traverse de la rue Saint-Antoine dans celle du Roi-de-Sicile[741]. Le procès-verbal de 1636 la nomme _rue de la Cloche-Percée_. C'étoit le nom d'une enseigne qu'on a changé en celui de Cloche-Perce, et c'est ainsi qu'elle est écrite sur tous les plans. Si on lui a donné ensuite, vers 1660, le nom de _rue de la Grosse Margot_, comme le dit Sauval[742], à cause de l'enseigne d'un cabaret, ce nom, adopté par le bas peuple, n'a pas fait fortune, car on ne le trouve ni dans aucun acte ni sur aucun plan. Nous ignorons quelle pouvoit être la rue de _Pute-y-Muce_ dont parle Guillot. Mais sa marche nous fait conjecturer qu'il pouvoit y avoir alors une rue ou ruelle qui ne subsiste plus depuis long-temps, et qui traversoit de la rue Cloche-Perce dans celle de Tiron.

[Note 741: L'abbé Lebeuf, dans ses notes sur le _Dit_ des rues de Paris de Guillot (p. 597), a cru que c'étoit cette rue-ci que le poète désigne sous le nom du _Pute-y-Muce_. Robert, en lui donnant aussi ce dernier nom, ajoute qu'elle le portoit encore en 1560, et qu'en 1620 on lui donnoit celui de la _Grosse-Margot_, de l'enseigne d'un cabaret. Nous croyons que ces deux auteurs se sont trompés. Guillot, d'accord avec les rôles de taxes de 1300 et de 1313, indique la _rue Renaut Lefèvre_; or c'étoit ce nom que portoit alors la rue Cloche-Perce, comme on peut s'en convaincre en voyant le plan de d'Heuland et autres plans anciens, de même qu'en lisant Sauval et Corroset.]

[Note 742: T. I, p. 126.]

_Rue Neuve-du-Colombier._ Cette rue, ouverte sur le marché Sainte-Catherine, et à la même époque que ce marché, donne de l'autre bout dans la rue Saint-Antoine.

_Rue de la Contrescarpe_[743]. Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, donne d'un côté à l'extrémité des rues Daval et de Lappe, de l'autre à la petite rue Saint-Pierre.

[Note 743: On la nomme maintenant _rue Saint-Sabin_.]

_Rue de Cotte._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté rue du Faubourg-Saint-Antoine, de l'autre sur le marché Beauvau.

_Rue Daval._ Elle donne d'un côté sur le boulevart, de l'autre dans la rue de la Contrescarpe. Cette rue a été percée depuis 1780.

_Rue de l'Écharpe._ Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à la place Royale. On l'appela d'abord _rue de Henri IV_, parce que cette place fut commencée sous le règne de ce prince. Une enseigne lui fit donner le nom de _rue de l'Écharpe Blanche_. Elle le portoit dès 1636. Depuis, on a dit simplement rue de l'Écharpe.

_Rue des Écouffes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rosiers, et de l'autre à celle du Roi-de-Sicile. Cette rue est ancienne; son nom n'a varié que dans la façon de l'écrire ou de le prononcer. On disoit, en 1233 et en 1254, _rue de l'Écofle_; en 1300 _de l'Escoufle_; en 1313 _des Escoufles_; en 1430, _des Escofles_, et au siècle suivant, _des Escloffes_, enfin des _Écouffes_. Un topographe du siècle passé a jugé à propos de la nommer _rue des Écossois_, quoiqu'elle n'ait jamais été appelée ainsi.

_Rue de la Vallée de Fécan._ Elle fait la continuation de la rue de la Planchette, et conduit au chemin de Charenton. Son nom est dû au terrain sur lequel elle est située. On l'appeloit _le bas de Fécant_ au quinzième siècle, et c'est ainsi que ce terrain est nommé dans un titre nouvel, du 16 février 1498[744]. Dans une déclaration rendue au terrier du roi en 1540, il est fait mention d'une vigne hors la porte Saint-Antoine, _au val de Fesquant, lieu dit Beauregard_[745].

[Note 744: Arch. de l'archev.]

[Note 745: Recueil de Blondeau, t. XII, 6e cahier.]

_Rue du Foin._ Elle va de la rue Saint-Louis à celle de la Chaussée-des-Minimes. Elle s'étendoit même autrefois jusqu'à la maison des Hospitalières. Nous ne trouvons point qu'elle ait eu d'autre nom. Il est assez vraisemblable qu'elle doit celui qu'elle porte à un terrain en pâturage qui faisoit partie du parc des Tournelles, sur lequel elle fut ouverte sous le règne de Henri IV.

_Rue de la Folie-Regnaut_[746]. Elle aboutit d'un côté à la barrière qui porte ce nom, de l'autre à la rue des Murs-de-la-Roquette. Cette dénomination vient d'une maison de plaisance qui appartenoit à _Regnaut l'épicier_.

[Note 746: On la nomme maintenant rue Sainte-Anne.]

_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle va de la Vieille rue du Temple à celle Sainte-Catherine[747]. Elle se nommoit d'abord _rue des Poulies_, et conserva ce nom jusqu'au moment de la construction d'un hôpital qui fut fondé dans cette rue en 1334, suivant dom Félibien[748], et vers l'an 1350, suivant Sauval[749], par Jean Roussel et Alix sa femme. Cet hôpital se composoit de vingt-quatre chambres contiguës, dans lesquelles on retiroit des pauvres. En 1415, Pierre Le Mazurier et sa femme, fille de Jean Roussel, donnèrent cet hôpital au grand-prieur de France, avec 70 livres de rente, sous la condition de loger deux pauvres dans chaque chambre. Ce fut cet asile qui fit donner à cette rue le nom de Francs-Bourgeois, ceux qui demeuroient dans cet hôpital étant, par leur pauvreté, _francs_, c'est-à-dire exempts de toutes taxes et impositions.

[Note 747: Sauval et ses copistes disent qu'elle a porté successivement les noms de _Vieille-Barbette_, des _Poulies_, des _Viez-Poulies_, de _Ferri-des-Poulies_ en 1258, et de _Richard-des-Poulies_. Cet auteur ajoute que les poulies étoient un jeu usité alors, et qu'on ne connoît plus aujourd'hui, lequel produisait 20 sols parisis de rente, que Jean Gennis et sa femme donnèrent aux Templiers en 1271. Il est certain qu'au quinzième siècle et au suivant cette rue portoit le nom _des Poulies_; mais nous n'avons point trouvé ailleurs que dans Sauval qu'elle ait été appelée _Vieille-Barbette_. Il l'a peut-être confondue avec la Vieille rue du Temple, à laquelle elle aboutit, et qui, dans cet endroit, se nommoit _rue Vieille-Barbette_.]

[Note 748: Hist. de Par., t. I, p. 591.]

[Note 749: Sauval, t. I, p. 135, 136, 521.]

_Rue de Jarentes._ Ouverte en même temps que le marché Sainte-Catherine, elle le traverse et va aboutir d'un côté rue de l'Égout-Sainte-Catherine, de l'autre rue Culture-Sainte-Catherine.

_Rue Jean-Beausire._ Elle commence à la rue Saint-Antoine, vis-à-vis la Bastille, et, formant un retour d'équerre, aboutit au boulevart. Boisseau, sur son plan, la nomme _rue du Rempart_. Au quatorzième siècle, elle s'appeloit _rue d'Espagne_[750]. On trouve bien au siècle suivant une rue Jean-Beausire; mais ce nom étoit donné à celle qu'on a depuis appelée rue des Tournelles. Il fut appliqué à celle-ci dès 1538[751].

[Note 750: Sauval, t. I, p. 143.]

[Note 751: Il y a, dans la rue Saint-Antoine, un cul-de-sac parallèle à cette rue, et qui porte le même nom.]

_Rue des Juifs._ Elle traverse de la rue du Roi-de-Sicile dans celle des Rosiers. Dom Félibien a suivi exactement ce que le commissaire Delamare avoit écrit sur le rappel des Juifs en 1198[752]. Ces auteurs disent qu'après cette époque les Juifs se logèrent dans différents quartiers qu'ils indiquent; et ils mettent de ce nombre la rue dont il s'agit. Ce fait peut être vrai, et il y a grande apparence que le nom des Juifs qu'elle porte ne vient que de ceux qui l'ont habitée; mais nous n'avons pu découvrir si elle existoit alors, et sous quel nom. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'en est point fait mention dans Guillot, ni dans les rôles de taxes de 1300 et de 1313, ni même dans la liste du milieu du quinzième siècle. Corroset est, si nous ne nous trompons point, le premier qui l'ait désignée sous ce nom, lequel se trouve sur tous les plans postérieurs. Nous pensons donc avec Jaillot qu'elle ne l'a pris que sous le règne de Louis XII[753].

[Note 752: Trait. de la Pol., t. I, p. 181.]

[Note 753: Au bout de cette rue, et en face de celle des Rosiers, est un cul-de-sac appelé _Coquerel_. C'étoit anciennement une rue ou ruelle nommée de la _Lamproie_, laquelle aboutissoit à la rue Couture-Sainte-Catherine. (Arch. de Sainte-Cather.) Dans le terrier du roi de 1540 elle est nommée _rue de la Cocquerie_, _rue Coquerée dans_ les titres des Haudriettes, et de la _Cocquerée_ dans ceux du Temple en 1415.

En face de cette rue, sur le terrain du Petit-Saint-Antoine, on a ouvert un passage qui donne dans la rue du même nom. On l'appelle passage du _Petit-Saint-Antoine_.]

_Rue de Lappe._ Elle va de la rue de la Roquette à celle de Charonne. On lit dans un registre des ensaisinements de Saint-Éloi[754], que le 22 décembre 1635, les chanoinesses régulières de Saint-Augustin (les Filles Angloises de Notre-Dame de Sion) acquirent de Bertrand Ferrier, marchand épicier, «cinq arpents de terre hors la porte Saint-Antoine, sur le chemin de Charonne, au lieu dit _l'eau qui dort_, tenant d'une part à _Girard de Lappe_, maître jardinier, d'autre au chemin tendant de Paris à la Roquette, etc., à présent clos de murs, fors du côté dudit Girard de Lappe.» C'est donc de ce jardinier que la rue dont il s'agit a pris son nom. Piganiol a tort d'écrire _rue de la Lape_[755].

[Note 754: Arch. de l'archev.]

[Note 755: De Chuyes, dans son _Guide de Paris_, ne fait pas mention de la rue de Lappe, mais il indique une _rue Gaillard_, qui nous paroît être celle-ci; s'il dit qu'elle aboutit à la rue de Charenton, c'est une faute d'impression, il faut lire: à la rue de Charonne. Cette identité nous semble prouvée par la fondation que l'abbé Gaillard avoit faite dans cette rue, d'une communauté composée de six frères et d'un supérieur ecclésiastique, pour apprendre à lire et à écrire aux pauvres garçons du faubourg Saint-Antoine.]

_Rue Saint-Louis._ La partie de cette rue comprise dans ce quartier commence au coin des rues Neuve-Sainte-Catherine et de l'Écharpe, et finit à celles du Parc-Royal et Neuve-Saint-Gilles. Nous avons déjà remarqué qu'elle s'appeloit _rue de l'Égout couvert_, _rue Neuve-Saint-Louis_, et _Grande rue Saint-Louis_.

_Rue Sainte-Marguerite._ Elle va de la rue du Faubourg-Saint-Antoine à celle de Charonne. Son nom est dû à l'église paroissiale de Sainte-Marguerite, dont elle est voisine.

_Rue des Minimes._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Louis, et de l'autre à celle des Tournelles. On l'a nommée ainsi à cause des religieux qui s'y sont établis.

_Rue de la Chaussée-des-Minimes._ Elle aboutit d'un côté à l'un des pavillons de la place Royale, et de l'autre à l'église des Minimes. C'est de cette situation qu'elle a pris le nom qu'on lui donne aujourd'hui. Cette rue fut percée sous le règne de Henri IV, et appelée _rue du Parc-Royal_. En 1637 on la nomma _rue du Parc-des-Tournelles_, parce qu'elle fut ouverte alors sur le parc du palais des Tournelles[756].

[Note 756: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui faisoit la continuation de la rue du Foin. On l'appelle _des Hospitalières_, parce que leur maison y étoit située.]

_Rue de Mongallet._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Reuilli, et de l'autre à celles de la Planchette et de la Vallée-de-Fécan. On la nommoit dans l'origine _rue du Bas-Reuilli_.

_Rue de Montreuil._ Elle conduit du faubourg Saint-Antoine au petit village de Montreuil, dont on lui a donné le nom. Ce chemin est ancien, car il est fait mention de Montreuil dès le commencement du douzième siècle[757].

[Note 757: L'avenue qui donne d'un côté sur la place du Trône, de l'autre dans cette rue, se nomme _avenue des Ormes_.]

_Rue Moreau._ Elle conduit de la rue de Charenton à celle de la Rapée. On la nomme aussi _ruelle des Filles-Angloises_, parce qu'elle régnoit en partie le long du couvent de ces religieuses.

_Rue de la Muette._ Cette rue, qui aboutit aux barrières de la Croix-Faubin et de la Roquette, doit son nom au territoire où elle est située. Le lieu dit _la Muette_ est énoncé dans la déclaration des censitaires du grand chambrier de France, en 1540.

_Rue du Pas-de-la-Mule._ Elle aboutit d'un côté à la place Royale, et de l'autre au boulevart. Il paroît par plusieurs titres que le premier nom qu'on lui donna fut celui de _rue Royale_, que portoient également les autres rues par lesquelles on entroit dans cette place. Elle prit ensuite celui de _Petite rue Royale_. Cette rue fut ouverte en 1604, selon Le Maire[758]; cependant elle est indiquée dès 1603 sous le nom de rue du Pas-de-la-Mule. Elle aboutissoit alors, et même long-temps après, à la rue des Tournelles; mais par arrêt du conseil du 15 juillet 1673, il fut ordonné qu'elle seroit prolongée jusqu'au boulevart, ce qui fut exécuté, comme on peut le voir sur le plan de Bullet, publié en 1676. Cependant les plans de Nollin et du sieur De Fer, qui sont postérieurs de plus de vingt ans, la nomment encore rue Royale. Nous n'avons pu rien découvrir sur l'étymologie du nom de Pas-de-la-Mule qu'on lui a donné.

[Note 758: T. III, p. 307.]

_Rue Necker._ Cette rue, ouverte en même temps que le marché Sainte-Catherine, donne d'un côté dans la rue de Jarentes, de l'autre dans celle d'Ormesson.

_Rue Saint-Nicolas._ Elle traverse de la rue du Faubourg-Saint-Antoine dans celle de Charenton. Sur un plan de 1676 elle est déjà indiquée sous ce nom, qu'elle doit à une enseigne.

_Rue Le Noir._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté rue du Faubourg-Saint-Antoine, de l'autre sur le marché Beauvau.

_Rue d'Ormesson._ Cette rue, percée et bâtie en même temps que le marché Sainte-Catherine, donne d'un côté rue de la Culture-Sainte-Catherine, de l'autre dans celle de l'Égout-de-Sainte-Catherine, en traversant ledit marché.

_Rue Pavée._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Francs-Bourgeois, et de l'autre à celle du Roi-de-Sicile. Sauval dit qu'en 1406 on l'appeloit _rue du Petit-Marais_, et depuis _rue de Marivas_, _de Marivaux_ et _du Petit-Marivaux_. Corrozet la nomme _rue du Petit-Marivaux_, et il est certain qu'on l'appeloit ainsi en 1235[759]. Cependant la liste du quinzième siècle fait mention d'une rue Pavée qui nous paroît être celle-ci. Elle est désignée sur tous les plans sous ce dernier nom.

[Note 759: Archiv. du Templ.]

_Rue des Trois-Pavillons._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Parc-Royal, et de l'autre à celle des Francs-Bourgeois. Anciennement ce n'étoit qu'un chemin qui coupoit le terrain de Sainte-Catherine. En 1545 on l'appeloit _rue de la Culture-Sainte-Catherine_. Elle se prolongeoit alors le long de l'hôtel d'Albret, jusqu'au retour de la rue des Rosiers, qu'on a depuis appelée _rue des Juifs_, et dans cette partie elle se nommoit _rue des Valets_. Cette dernière rue, ainsi que celle de _la Lamproie_, dont il subsiste encore une partie sous le nom de cul-de-sac Coquerel, furent bouchées en 1604.