Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)
Part 47
Au pourtour de la cour, sur les trumeaux des faces du premier étage, s'élèvent encore douze figures colossales en bas-relief. À la première inspection il est facile de reconnoître que les quatre qui sont placées dans le fond, et qui représentent les saisons, peuvent être seules attribuées à Jean Goujon; mais ce que n'ont point dit ceux qui ont décrit cet hôtel, et ce qu'il étoit toutefois important de faire connoître, c'est qu'elles sont inférieures aux autres sous tous les rapports. Quoiqu'elles rappellent bien certainement le style de ce maître, on y découvre une sorte d'exagération de sa manière, qui pourroit faire penser qu'elles ont été exécutées après sa mort sur de simples croquis de sa main, non encore arrêtés.
Enfin ce dont aucun auteur n'a fait mention, et ce qui mérite cependant plus d'attention que tout le reste, ce sont trois petites figures sculptées en bas-relief sur le fronton intérieur du portail, dont deux sont couchées, et tiennent à la main une branche de laurier et une palme; la troisième, debout au milieu, et posée sur un globe, est armée d'un arc et d'une flèche. Non-seulement ces figures sont de Jean Goujon, mais on peut dire qu'elles surpassent toutes les autres, et qu'elles égalent ce qui nous reste de plus pur et de plus gracieux de cet artiste excellent.
Cet hôtel avoit été commencé vers le milieu du seizième siècle pour le président de Ligneries. Il fut vendu en 1678 à Françoise de La Baume, dame de Carnavalet, dont il prit le nom qu'il porte encore aujourd'hui, quoiqu'il ait depuis changé très-souvent de propriétaire.
_Hôtel Turgot, ci-devant de Sulli_ (rue Saint-Antoine).
Jaillot dit avoir trouvé dans les titres originaux qui concernent l'hôtel de Sulli, que, le 15 avril 1624, le sieur Mesme Gallet acquit deux maisons qui appartenoient à M. Louis Huaut de Montmagni et autres; qu'il y fit construire cet hôtel qu'il n'acheva pas, parce que le terrain sur lequel la façade étoit bâtie ne lui appartenoit qu'en partie; et que sa fortune s'étant trouvée dérangée, cette propriété fut saisie et vendue par décret en 1627. Plusieurs propriétaires qui se succédèrent accrurent depuis cet édifice de plusieurs maisons qu'ils achetèrent dans le voisinage, et le dernier, M. du Vigean, fit construire l'entrée de l'hôtel en 1629. Il fut cédé en cet état, par échange, à M. Maximilien de Béthune, duc de Sulli, qui l'agrandit encore par l'acquisition d'une maison, laquelle forma le petit hôtel de Sulli. Le grand hôtel fut depuis acquis, en 1752, par M. Turgot de Saint-Clair, qui lui donna le nom qu'il a porté jusqu'au commencement de la révolution.
_Hôtel de Beauvais_ (même rue).
Cet hôtel doit son nom à M. Pierre de Beauvais, conseiller ordinaire du roi, qui le fit bâtir. L'histoire en fait mention, parce que l'épouse de M. de Beauvais, première femme de chambre d'Anne d'Autriche, eut l'honneur d'y recevoir cette reine, la reine d'Angleterre, les dames de la cour et le cardinal Mazarin, le 26 août 1660, jour de l'entrée solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche.
_Hôtel de Guémené._
Cet hôtel, situé à l'extrémité du cul-de-sac auquel il a donné son nom, a son entrée principale sur la place Royale, et avoit appartenu, dans le principe, à la famille de Lavardin. Il passa ensuite dans la maison de Rohan, et dans la branche de Rohan-Guémené.
_Hôtels de la place Royale._
Tous les édifices qui composent cette place étoient occupés, comme nous l'avons déjà dit, par les gens les plus qualifiés de la cour et de la ville; et plusieurs de ces hôtels avoient, comme celui de Guémené, une sortie sur les rues adjacentes. Nous croyons qu'on verra avec quelque intérêt les noms des principaux habitants de cette place vers le milieu du siècle dernier.
M. le duc de Richelieu. M. d'Ormesson père. M. d'Ormesson, avocat général. M. le prince de Talmon. Madame la marquise de Menoux. M. le marquis de Tessé. Mademoiselle du Châtelet. M. l'évêque de Verdun. M. de Gagny. Madame la comtesse d'Armalay. M. le marquis de Beausang. M. de Nicolaï. M. de Creil. M. le comte de Chabot. M. d'Ormesson du Charet. M. le comte de Chabane. M. le président d'Etiaux.
_Hôtel d'Ormesson_ (rue Saint-Antoine).
Il est bâti sur une portion du terrain occupé autrefois par l'hôtel du Petit-Musc.
_Hôtel royal de l'Arquebuse_ (au coin de la rue de la Roquette et de celle de Contrescarpe).
Dans cet endroit étoit un jardin sur la porte duquel on lisoit cette inscription: _Hôtel royal de l'Arquebuse._ C'étoit le lieu destiné jadis aux exercices de la _compagnie royale des chevaliers de l'arbalète et de l'arquebuse de Paris_[717]. On ignore l'origine de cette société ou confrérie d'arbalétriers, qu'il ne faut pas confondre avec les compagnies de bourgeois qui formèrent depuis la garde de la ville. Celle-ci, beaucoup plus ancienne, jouissoit, dès le règne de Louis-le-Gros, de plusieurs priviléges, et son objet étoit de servir le roi quand il le requéroit, et de défendre Paris contre les ennemis du dehors. Nous apprenons que saint Louis ne dédaigna pas de régler lui-même ses exercices, et fixa le nombre des chevaliers à cent quatre-vingts. Il fut depuis porté à deux cents par des lettres-patentes de Charles, dauphin (depuis Charles V). Ce prince, étant devenu roi, montra l'affection qu'il avoit pour ce corps, et l'importance qu'il y attachoit, par une ordonnance rendue en 1369, dans laquelle il défend les jeux de hasard, et excite la jeunesse à se livrer à de nobles exercices, tels que l'arc et l'arbalète, capables de fortifier le corps et de le rendre propre à supporter les fatigues de la guerre. Depuis cette époque, cette compagnie n'a cessé de voir augmenter et confirmer ses priviléges par tous les rois qui ont succédé à Charles V, jusqu'à Louis XV inclusivement.
[Note 717: Sauval, t. I, p. 693.]
Nos historiens ne font point mention des lieux anciennement destinés aux exercices de ces chevaliers de l'arquebuse. Le premier qu'on ait pu découvrir étoit situé près des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste, et dans l'endroit où est aujourd'hui la rue des Francs-Bourgeois. Ils y furent établis, en 1379, par Charles V, et l'on trouve que, dès 1390, on les avoit transférés entre les rues Saint-Denis et Mauconseil. En 1604, sous le règne de Henri IV, ils occupoient un espace dans le bastion situé entre les portes du Temple et de Saint-Antoine. Enfin, en vertu de lettres-patentes données en 1671, cet établissement fut transporté dans le lieu que nous venons d'indiquer, et depuis n'en a point changé[718].
[Note 718: Sur plusieurs plans du dix-huitième siècle on trouve un jardin des arquebusiers placé à côté de la boucherie, qui étoit alors située à l'esplanade de la porte Saint-Antoine. Quelques particuliers s'y exerçoient effectivement à tirer de l'arquebuse, et même on y distribuoit des prix; mais ils ne formoient point un corps comme la compagnie des arquebusiers.]
Les brevets des chevaliers de l'arquebuse étoient signés du gouverneur de Paris, colonel de cette compagnie royale. Dans les cas urgents, ils étoient tenus de faire le service comme les troupes réglées; et tous les dimanches, à partir du premier dimanche de mai jusqu'au jour de saint Denis inclusivement, ils se rassembloient pour leurs exercices, et distribuoient des prix composés de jetons d'argent frappés au coin de la compagnie. Le corps de ville assistoit un jour de l'année à cet exercice, et distribuoit lui-même trois prix aux vainqueurs.
_Hôtel Montalembert_ (rue de la Roquette).
C'étoit une grande maison, agrandie et embellie dans le dix-huitième siècle par le comte de Clermont, qui en fit sa demeure. Elle prit depuis le nom qu'elle a porté jusqu'en 1789, et le dut sans doute à son nouveau propriétaire.
_Hôtel de Mortagne_ (rue de Charonne).
Cette maison, connue depuis long-temps sous ce nom, fut habitée dans le siècle dernier par le célèbre mécanicien M. de Vaucanson. Cet artiste ayant légué au roi les pièces mécaniques de son invention, qui composoient son cabinet, Louis XVI, alors régnant, résolut de faire l'acquisition de la maison où tous ces objets étoient rassemblés, et d'y former un établissement de mécanique que son intention étoit de rendre public, et d'enrichir de tout ce que l'Europe pouvoit offrir de plus intéressant en ce genre. Cet établissement, déjà commencé et dirigé par un membre de l'académie des sciences, M. de Vandermonde, fut détruit par la révolution, avant d'avoir acquis toute la perfection dont il étoit susceptible.
_Maison de Mont-Louis._
Elle étoit située dans la rue de la _Folie-Regnaut_: on donnoit autrefois et assez souvent le nom de Folie à une maison de campagne destinée seulement à être un lieu de plaisir ou de délassement. Telle étoit la _Folie-Regnaut_, maison de campagne dont le premier propriétaire fut un épicier nommé _Regnaut_, qui l'avoit fait bâtir. Il y avoit dans ce manoir un corps-de-logis, des cours, des jardins, des étables, une chapelle; le tout contenant environ six arpents. Quelques maisons bâties successivement, en cet endroit, qu'on appeloit alors le _Champ-l'Évêque_, parce qu'il étoit situé dans sa censive, formèrent une espèce de hameau qui prit le nom du petit château que ces maisons avoisinoient. On voit dans les archives de l'archevêché qu'en 1427 l'évêque de Paris y avoit son pressoir, lequel étoit contigu à celui du chapitre et à la maison de _Regnaut_ l'épicier. En 1626 les jésuites de la maison professe achetèrent cette maison, y joignirent plusieurs portions de terres environnantes, qu'ils acquirent successivement, et donnèrent à ce nouvel établissement le nom de _Mont-Louis_. La maison le porta dès l'année suivante; et dans quelques actes elle est appelée _Mont-Saint-Louis_.
Une erreur populaire avoit répandu assez généralement l'opinion que cette maison n'avoit été appelée _Mont-Louis_ que parce que Louis XIV en avoit fait don au P. La Chaise son confesseur: or il est constant qu'il y avoit plus de cinquante ans que les jésuites possédoient cette maison lorsqu'il fut nommé à cette fonction importante, puisque cela n'arriva qu'en 1675. Toutefois cette opinion avoit tellement prévalu qu'on l'appeloit encore, dans le siècle dernier, _maison du P. La Chaise_, et que le cimetière établi dans son enclos porte encore aujourd'hui le nom de ce père[719].
[Note 719: _Voyez_ à la fin de ce quartier l'article _Monuments nouveaux_.]
Il est vrai qu'il avoit payé de ses propres deniers quelques portions de terrain qui y étoient enclavées; et c'est là sans doute ce qui a donné lieu à cette petite anecdote entièrement dénuée de fondement.
La maison de Mont-Louis fut vendue, lors de l'expulsion des jésuites, le 31 août 1763, et revendue le 16 décembre 1771[720].
[Note 720: Tout près d'un des angles du clos de Mont-Louis, et dans le parc du seigneur de Charonne, étoit une petite terrasse qui avoit pris la place d'un pavillon assez anciennement construit. On assure que ce fut en cet endroit que le cardinal Mazarin plaça Louis XIV, pour lui faire voir la bataille qui se donna au faubourg Saint-Antoine le 2 juillet 1652.]
_Le jardin de Reuilli._
On avoit donné ce nom à une maison située dans la rue de la Planchette. Cette maison, très-belle, très-vaste, et accompagnée d'un jardin planté avec autant de goût que de magnificence, avoit pris d'abord le nom de Rambouillet, qui étoit celui du particulier qui l'avoit fait bâtir, et elle le portoit dès 1676. On la trouve aussi quelquefois indiquée sous celui des _Quatre Pavillons_. C'étoit là que se rendoient les ambassadeurs des puissances étrangères non catholiques, le jour destiné à leur entrée solennelle. Cette habitation fut acquise en 1720 par une personne qui, préférant l'utile à l'agréable, ne laissa subsister que le logement du jardinier, changea les bocages en vergers, et les parterres en marais potagers.
FONTAINES.
_Fontaine de Birague ou de Sainte-Catherine._
Cette fontaine, ainsi nommée parce qu'elle fut achevée en 1579 par la munificence de René de Birague, cardinal et chancelier de France, est située sur une place, nommée alors _Cimetière des Anglois_, que depuis Louis XIII donna aux Jésuites, afin de rendre plus commode et plus agréable l'entrée de leur église et de leur maison professe. Lors de cette première construction, on grava sur une table de marbre les inscriptions suivantes:
_Henrico III, Franciæ et Poloniæ rege Christianissimo. Renat. Birag. Sanctæ Romanæ ecclesiæ presbyt. cardin. Et Franc. cancellar. illustriss. Benefició Claudii d'Aubray, præfecto Marcator. Johann. Le Comte; Renat. Baudert; Johann. Gedoyn; Petr. Laisné, tribunis plebis Curantibus. Anno Redemptionis_ M. D. LXXIX.
_Hanc deduxit aquam duplicem Biragus in usum; Serviat ut domino; serviat ut populo._
_Publica sed quanta privatis commoda, tanto Præstat amore domûs, publicus urbis amor._
_Renat. Birag. Franc. Cancell. Publ. comm._ M. D. LXXXII.
Cette fontaine fut refaite sous la prévôté de _Nicolas Bailleul_, et l'on y grava alors cette inscription:
_Siccatos lances, et ademptum fontis honorem Officio ædiles restituêre suo._
* * *
_Ob reditum aquarum._ 1627.
Enfin on la rebâtit pour la dernière fois en 1707, et cette construction, plus élégante que les autres, subsiste encore aujourd'hui. Elle a la forme d'une espèce de tour à cinq pans, ornée, sur chaque face, de pilastres, de frontons, de tables renfoncées, et recouverte d'une calotte sphérique appareillée en pierres que surmonte un clocheton; le tout d'un style assez agréable. Les tables et les frontons sont enrichis de sculptures et d'inscriptions en vers latins.
Ire face.
_Prætor et ædiles fontem hunc posuêre, beati Sceptrum si Lodoix, dum fluet unda, regat._
IIe.
_Ante habuit raros, habet urbs nunc mille canales Ditior, hos sumptus oppida longa bibant._
IIIe.
_Ebibe quem fundit purum Catharina liquorem, Fontem at virginem, non nisi puris, adi._
IVe.
_Naïas exesis male tuta recesserat antris; Sed notam sequitur, vix reparata, viam._
Ve.
_Civibus hinc ut volvat opes, nova munera, largas Nympha, supernè fons, desinit in fluvium._
Son eau, qui lui vient de la pompe construite sur le pont Notre-Dame, se distribue ensuite dans plusieurs quartiers, et principalement dans le faubourg Saint-Antoine.
_Fontaine royale._
Cette fontaine, construite entre les années 1687 et 1692, dans la rue Saint-Louis, auprès de la place dont elle a pris le nom, est ornée de sculptures représentant deux tritons. Son eau vient de l'aquéduc de Belleville.
_Fontaine des Tournelles._
Cette fontaine, située au coin de la rue de ce nom et de celle Saint-Antoine, fut construite en 1671. Elle donne de l'eau de la Seine.
_Fontaine des Mousquetaires._
Construite en 1719, rue de Charenton, faubourg Saint-Antoine. Son eau vient aussi de la Seine.
_Fontaine de l'Abbaye Saint-Antoine._
Située dans la grande rue du faubourg de ce nom, au coin de la rue de Montreuil. Elle tire également son eau de la Seine.
_Fontaine de Charonne._
Placée à l'entrée de la rue de ce nom; la Seine lui fournit son eau.
_Fontaine de Basfroi._
Elle est située à l'angle de la rue du même nom, et tire son eau de la même source.
BOULEVARTS ANCIENS.
Il est inutile de répéter que cette promenade, qui embrasse dans son circuit et coupe en deux parties tout le côté septentrional de Paris, à été formée sur l'emplacement de ses dernières murailles, dont elle retrace assez exactement l'enceinte. Elle est composée d'un grande allée pavée pour le passage des voitures, de deux contre-allées plantées d'arbres, et sert de communication entre _la ville_, proprement dite, et les faubourgs qui la terminent. Quoiqu'elle n'ait rien de très-remarquable, ni par la beauté de ses ombrages, ni par la nouveauté de leur disposition, les jolies maisons, les cafés, les salles de spectacle, les monuments, les jardins élégants qui la bordent dans toute sa longueur, en font un des aspects les plus brillants et les plus variés de Paris.
Les boulevarts anciens commencent à la porte Saint-Honoré, et, renfermant tous les quartiers que nous venons de décrire, leurs faubourgs exceptés, viennent finir à la porte Saint-Antoine. Dans ce long espace qu'ils parcourent, leur nom change plusieurs fois et dans l'ordre suivant:
Depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à celle des Capucines, _boulevart de la Magdeleine_.
Depuis cette dernière rue jusqu'à celle du Mont-Blanc (ci-devant de la Chaussée-d'Antin), _boulevart des Capucines_.
De la rue du Mont-Blanc à celle de Richelieu, _boulevart des Italiens_.
De cette dernière rue jusqu'à celle de Montmartre, _boulevart Montmartre_.
De la rue Montmartre jusqu'à la rue Poissonnière, _boulevart Poissonnière_.
De la rue Poissonnière jusqu'à celle de Saint-Denis, _boulevart de Bonne-Nouvelle_.
De cette dernière rue jusqu'à la rue Saint-Martin, _boulevart Saint-Denis_.
De la rue Saint-Martin jusqu'à la rue du Temple, _boulevart Saint-Martin_.
De la rue du Temple jusqu'à celle des Filles du Calvaire, _boulevart du Temple_.
De ce dernier point jusqu'à la rue du Pont-aux-Choux, _boulevart des Filles du Calvaire_.
De la rue du Pont-aux-Choux jusqu'à la rue Saint-Antoine, _boulevart Saint-Antoine_[721].
[Note 721: _Voyez_ pl. 130, une Vue de la portion de ces boulevarts qui est la plus élégante et la plus fréquentée.]
BARRIÈRES.
On en compte douze dans le vaste territoire qu'embrasse ce quartier, depuis son extrémité septentrionale jusqu'à la rivière, savoir:
1. Barrière des Amandiers. 2. ---- de la Folie-Regnaut[722]. 3. ---- des Rats[723]. 4. ---- de Charonne[724]. 5. ---- de Montreuil. 6. ---- du Trône. 7. ---- Saint-Mandé[725]. 8. ---- de Picpus. 9. ---- de Reuilli. 10. ---- de Charenton. 11. ---- de Berci. 12. ---- de la Rapée.
[Note 722: Maintenant barrière d'Aunay.]
[Note 723: Elle est fermée.]
[Note 724: Elle a pris le nom de la barrière des Rats.]
[Note 725: Elle est fermée pour les voitures.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANTOINE.
_Rue d'Aligre._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté dans la rue de Charenton, de l'autre sur le marché Beauvau.
_Rue des Amandiers._ Elle fait la Continuation de la rue du Chemin-Vert, dont on lui a quelquefois donné le nom, et aboutit à la campagne et à la rue des Murs de la Roquette. Le terrain sur lequel elle fut percée s'appeloit encore, dans le siècle dernier, _les Amandiers_. Peut-être y avoit-il en cet endroit une certaine quantité d'arbres de cette espèce, ce qui lui en aura fait donner le nom.
_Rue Amelot._ Cette rue donne d'un côté sur le boulevart, au coin de la rue Daval, de l'autre à l'entrée du faubourg Saint-Antoine. Elle a été ouverte depuis 1780.
_Rue Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, et de l'autre à celle de la Folie-Regnaut. On n'a nul renseignement sur l'origine de son nom.
_Rue Saint-Antoine._ Elle commence à la porte Baudoyer, et finit à la porte Saint-Antoine. Jaillot croit qu'elle doit ce nom à l'abbaye située dans le faubourg, à laquelle elle conduit, plutôt qu'à la maison du Petit-Saint-Antoine, ce qui étoit l'opinion de l'abbé Lebeuf[726]. Le premier nom que cette rue ait porté est celui de rue de la _Porte Baudéer, vicus Portæ Baldeerii_: on l'appeloit ainsi au commencement du treizième siècle; mais il faut observer que c'étoit seulement dans la partie voisine de cette porte; plus loin on la nommoit _rue de l'Aigle, vicus de Aquilâ_. Elle devoit ce nom à une maison qui portoit vraisemblablement un aigle dans son enseigne. Les cartulaires de Saint-Éloi et de Saint-Maur en font souvent mention, ainsi que du four banal que le prieuré de Saint-Éloi avoit dans cette rue, presque au coin de la rue de Joui: _domus Aquilæ in vico Baldaeri_, 1227. En 1230 elle est ainsi désignée, _domus Aquilæ sita apud portam Bauderii_; on y trouve aussi la rue indiquée sous le même nom de _vicus de Aquilâ per quem itur apud Sanctum Antonium_, juin 1244[727]. Ainsi la rue de l'Aigle faisoit la continuation de la rue de la porte Baudéer. Or, comme la censive de Saint-Éloi ne s'étendoit pas en-deçà de la rue des Barres, il est aisé d'en conclure que la rue de l'Aigle n'étoit ainsi nommée que depuis celle-ci jusqu'à la porte Saint-Antoine de l'enceinte de Philippe-Auguste. Le Cartulaire de Saint-Germain-l'Auxerrois[728] fait mention de cet endroit à l'an 1289, et le nomme _terra quæ dicitur de Aquilâ versus portam Sancti Antonii_. Enfin, depuis cette porte jusqu'à celle qui fut depuis construite sous le même nom, au règne de Charles VI, la rue Saint-Antoine portoit celui de _rue du Pont-Perrin_[729]: la place qui est à l'extrémité de cette rue, près de l'emplacement de la Bastille, se nomme _place Saint-Antoine_.
[Note 726: T. II, p. 598.]
[Note 727: _Cart. S. Mauri_, p. 1284.]
[Note 728: Fol. 7, _recto_.]
[Note 729: Cens. de S. Éloi, 1367. Nicolas Bonfons, libraire, qui nous a donné une édition plus ample des _Antiquités de Paris_, publiées par Corrozet, indique, dans ce quartier, quatre rues que nous ne connoissons plus: la _rue Sainte-Catherine, pour aller droit à la porte Saint-Antoine_, la _rue de la Royne_, la _rue Royale_ et la _rue d'Orléans_. Corrozet n'avoit point fait mention de ces rues, soit par oubli, soit qu'elles n'existassent point alors, comme cela paroît plus vraisemblable.
Le palais des Tournelles ayant été détruit presque de fond en comble en 1565, on put faire un chemin qui conduisoit en droite ligne de l'église de la Couture Sainte-Catherine à la porte Saint-Antoine, et qui se trouve aujourd'hui couvert de maisons: ce seroit la _rue Sainte-Catherine_. La rue _d'Orléans_ semble être le chemin qui conduit à la Bastille et à l'Arsenal. On sait que le duc d'Orléans avoit un hôtel situé en cet endroit, et qui fait partie des jardins de l'Arsenal. La rue de _la Royne_ pourroit être le passage qui conduisoit au cimetière Saint-Paul et aux charniers, lesquels subsistoient encore vers la fin du dix-huitième siècle. Jaillot avoit vu cependant un ancien plan manuscrit de la censive et des terrains dépendants du monastère de la culture Sainte-Catherine, sur lequel ce passage étoit indiqué sous le nom de _rue aux Lyons_. La rue _Royale_ semble être représentée par le cul-de-sac Guémené.]
_Rue du Faubourg-Saint-Antoine._ Elle commence à la porte Saint-Antoine, et finit à l'endroit dit le _Trône_. On l'appeloit anciennement la _chaussée Saint-Antoine_, et ce nom elle le portoit encore en 1632[730].
[Note 730: Dans cette même rue, et un peu avant celle de Saint-Bernard qui vient y aboutir, il y a un cul-de-sac nommé des _Forges Royales_.]
_Rue des Fossés-Saint-Antoine._ Elle règne le long des Fossés depuis la rue du faubourg jusqu'à la rivière; on la nomme aussi rue de la Contrescarpe.
_Rue des Ballets._ Elle aboutit à la rue Saint-Antoine et à celle du Roi-de-Sicile. Sauval[731] a pensé que la famille des _Baillet_ avoit pu donner son nom à cette rue, et que le peuple l'aura corrompu en l'appelant rue des Ballets au lieu de _rue des Baillet_; mais il n'en donne aucune preuve. Guillot et le rôle de taxe de 1313 n'en parlent point. La liste du quinzième siècle et le censier de l'archevêché de 1495 en font mention sous le nom de _rue des Ballays_; et celui de Saint-Éloi, en 1613, énonce une maison au coin de la _rue des Balloys_, acquise par la ville, pour agrandir cette rue. Cette orthographe détruit l'étymologie que Sauval en a donnée.
[Note 731: T. I, p. 112.]