Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)
Part 18
_Rue Pernelle._ Elle fait la continuation de la rue de la Levrette, et va depuis celle de la Mortellerie jusqu'au quai de la Grève. Sur la plupart des anciens plans, elle n'est pas distinguée de celle de la Levrette. L'abbé Lebeuf l'appelle _Peronelle_[247]. Elle n'étoit anciennement connue que sous le nom général de _ruelle de Seine_. Corrozet paroît l'indiquer sous celui de ruelle du Port-au-Blé. La Caille la nomme _Pernelle_ ou _Prunier_.
[Note 247: T. II, p. 600.]
_Rue du Pet-au-diable_[248]. Elle va de la rue de la Tixeranderie au cloître Saint-Jean. La singularité de ce nom a engagé plusieurs auteurs à en chercher la véritable étymologie. Sauval, que les historiens modernes ont copié, dit que[249] ce nom vient d'une ancienne tour carrée qui y étoit située, et qu'on nommoit autrefois la _Synagogue_, _le Martelet-Saint-Jean_, _le vieux Temple_, _et l'hôtel du Pet-au-Diable_[250], par dérision des Juifs. Cette étymologie nous semble fausse, attendu qu'il ne paroît pas naturel que les Juifs eussent une synagogue dans cet endroit, puisqu'ils en possédoient certainement une dans la rue de la Tacherie, qui en est voisine. On donne au nom de cette rue une autre origine, qui a l'air d'une plaisanterie, et qui cependant pourroit bien être la véritable. On suppose que la maison et la tour dont il s'agit ont été possédées et occupées par un particulier appelé _Petau_, qui étoit si méchant qu'on le surnomma _Diable_, et que son nom est resté à la rue. Le poète Villon, dans son _Grand Testament_, parle d'un roman qui portoit le même nom.
Je lui donne ma librairie Et le roman du Petau-Diable.
[Note 248: On la nomme maintenant _rue du Sanhédrin_.]
[Note 249: T. I, p. 157.]
[Note 250: _Voyez_ pag. 852 et 853.]
Cette rue n'étoit autrefois qu'une ruelle que l'auteur des Tablettes Parisiennes appelle par inadvertance ruelle _Tournai_, ayant mal entendu ces deux vers de Guillot, qui dit simplement qu'il tourna dans une ruelle.
. . . . . En une ruelle _tournai_ Qui de Saint-Jean voie à Porte.
Corrozet et Bonfons indiquent seulement une rue au _Chevet-Saint-Jean_. Le rôle de 1636 l'appelle rue du _Cloître-Saint-Jean_; mais de Chuyes, Boisseau, Gomboust, la nomment rue du Pet-au-Diable.
_Rue Planche-Mibrai._ Elle commence en face du pont Notre-Dame, et aboutit à la rue des Arsis. On disoit simplement, en 1300, le _Carrefour de Mibrai_, en 1313 _les Planches de Mibrai_, et en 1319 _les Planches dou petit Mibrai_. Ce n'étoit alors qu'une ruelle qui conduisoit à la rivière. Il y avoit en cet endroit des moulins et un pont de planches pour y conduire[251]. Quelques-uns ont pensé que le nom de _Mibrai_ venoit de ce que le bras de la rivière qui passoit auprès n'avoit que la moitié de la largeur de la rue. René Macé, moine de Vendôme, dans son poëme manuscrit intitulé _le Bon Prince_, en donne une étymologie plus juste.
L'empereur vient par la Coutellerie Jusqu'au Carfour nommé la Vannerie, Où fut jadis la Planche de Mibray: Tel nom portoit pour la vague et le bray[252] Getté de Seyne en une creuse tranche, Entre le pont que l'on passoit à planche, Et on l'ôtoit pour être en seureté, etc.
La construction du pont Notre-Dame mit dans la nécessité d'élargir la ruelle de Mibrai[253].
[Note 251: Il est fait mention dans un diplôme de Henri Ier d'environ 1032, et dans la grande charte de Saint-Martin-des-Champs en 1137, d'un moulin en Mibrai, que Robert Pisel avoit donné à ce prince, _in Malbraio_. (_Hist. S. Martini de Campis._, p. 27.)]
[Note 252: _Fange_, _boue_.]
[Note 253: C'étoit au coin de cette rue que le voyer de Paris tenoit autrefois sa justice.]
_Rue des Plumets._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la Mortellerie sur le quai de la Grève, entre les rues Pernelle et de Longpont. Elle ne porte aucun nom sur les anciens plans; il paroît que c'est elle que Corrozet indique sous celui de _ruelle du Petit-Port-Saint-Gervais_.
_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue de la Tixeranderie dans celle de la Verrerie. Cette rue doit son nom aux portes qui la fermoient anciennement à ses extrémités, et non aux portes d'une ancienne enceinte, comme l'ont pensé quelques auteurs modernes. En 1281 elle se nommoit _rue entre deux Portes_, et en 1300 _rue des Deux-Portes_. On la trouve aussi quelquefois sous le nom de _rue Galiace_ ou _des Deux-Portes_.
_Rue de la Poterie._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Verrerie, et de l'autre au carrefour Guillori. Sauval[254] et quelques autres disent que cette rue s'appeloit autrefois de _Vieille-Oreille_, et par corruption _Guigne-Oreille_ et _Guilleri_. Nous avons déjà remarqué qu'on avoit confondu cette rue et d'autres avec le carrefour où elles aboutissent. Le cartulaire de Saint-Maur de 1263 et 1264 indique et distingue le carrefour et les deux rues, _in vico qui dicitur Poteria, in vico veteris Auris, in quadrivio veteris Auris_. Sauval a avancé que le nom de cette rue étoit dû à Guillaume et Gui Potier, qui avoient leur maison en cet endroit dans le treizième siècle, ainsi qu'on le lit dans le cartulaire cité ci-dessus. Jaillot pense qu'il ne vient ni d'eux ni de leurs ancêtres, attendu qu'on trouve dans les archives de Saint-Martin-des-Champs un acte de donation fait en 1172, dans lequel cette rue est nommée _Figularia_[255], ce qui prouve qu'elle le tenoit des potiers qui s'y étoient établis long-temps auparavant. Le nom de la rue de la Poterie n'a pas varié depuis: on la nommoit _Poteria_ dès 1228[256].
[Note 254: T. I, p. 159.]
[Note 255: Archiv. de Saint-Martin-des-Champs.]
[Note 256: _Cart. S. Mauri_, fol. 237, cart. 5.]
_Rue du Pourtour._ On donne ce nom à la continuation de la rue du Monceau-Saint-Gervais jusqu'à la place Baudoyer. On l'appeloit anciennement le _Monceau-Saint-Gervais_, et en 1300 _rue du Cimetière_, parce que l'enclos du cimetière s'étendoit alors jusqu'à la place; ce n'est qu'en 1473 qu'on en prit une partie pour y bâtir des maisons. Corrozet la nomme rue Saint-Gervais. Elle fut élargie de sept pieds en 1583, ainsi que l'indiquoit une inscription rapportée par le même auteur.
_Rue Renaud-Le-Fèvre._ Elle aboutit à la place Baudoyer et au cimetière ou marché Saint-Jean. Ce n'étoit qu'une ruelle au seizième siècle, laquelle n'étoit alors désignée que sous ce nom général _de ruelle par laquelle on va au cimetière Saint-Jean_, ainsi qu'on le voit dans la déclaration de l'abbaye Saint-Antoine, en 1522. Le nom de cette rue n'a varié depuis que dans l'orthographe, _Regnault_, _Regnaud Le Feure_, _Le Fèvre_. La Caille la nomme _Renard-le-Fèvre_.
_Rue de la Tâcherie._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Coutellerie, et de l'autre à la rue Jean-Pain-Mollet. C'étoit anciennement le lieu de la demeure et des écoles ou synagogue des Juifs[257]: aussi n'est-elle désignée, dans les anciens titres, que sous le nom de _Juiverie_. Dans les lettres de l'official de Paris de 1261, elle est nommée _Judæaria sancti Boniti_[258]; dans l'accord de Philippe-le-Bel avec le chapitre de Saint-Merri, _Judæaria_; et _vetus Judæaria_ en 1284, dans le cartulaire de Saint-Maur[259]. Dès 1300 elle avoit pris le nom de la Tâcherie, comme on peut le voir dans Guillot, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis[260].
[Note 257: Lorsque les Juifs furent chassés par Philippe-le-Bel, en 1306, ce prince donna l'année suivante leur synagogue à Jean Pruvin son cocher. (Sauval, t. I, p. 163.)]
[Note 258: Part. A., p. 759 et 782.]
[Note 259: Fol. 2333 et 407. Biblioth. du Roi.]
[Note 260: Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé _Saint-Benoît_; il se nommoit auparavant _Ruelle des Bons-Enfants_. Ces deux noms viennent d'une enseigne. La caille l'appelle _de la petite Tâcherie_.]
_Rue de la Tannerie._ Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de Grève. Cette rue portoit ce nom en 1300, puisque Guillot en fait mention. Sauval dit, sans en donner de preuves bien solides, qu'en 1348 elle s'appeloit _ruelle de la Planche-aux-Teinturiers_, et depuis _rue de l'Écorcherie_[261].
[Note 261: Sauval, t. I, p. 163. Il y avoit dans cette rue, au commencement du dix-septième siècle, trois ruelles descendant à la rivière, lesquelles n'existent plus: la première, du côté de la Planche-Mibrai, est simplement appelée _ruelle_, sans aucun nom dans les censiers de l'archevêché. Peut-être étoit-ce celle qu'on nommoit _Jean-Le-Forestier_ en 1369. La seconde, nommée de l'_Archet_, à cause d'une arcade qui étoit au bout, faisoit la continuation de la rue des Teinturiers, laquelle va maintenant jusque sur le quai. La troisième est celle que Corrozet désigne sous le nom de _ruelle allant aux chambres de Maître Hugues_. On nommoit ainsi trois moulins qui étoient situés vis-à-vis l'entrée de cette ruelle, et qu'un particulier nommé M{e} Hugues Restoré, avoit eu la permission de faire reconstruire. (Cart. S. Magl., 5414. Fol. 273, Bibliot. du Roi.) Gomboust les a marqués sur son plan.]
_Rue de la Vieille-Tannerie._ Cette rue, qui aboutit de la rue de la Tannerie au bord de la rivière en passant sous le quai, portoit aussi le nom de _Simon-Finet_, qu'elle vient de reprendre dans la nouvelle nomenclature faite depuis quelques années. Elle le devoit à Simon Finet, dont le père obtint, le 5 juin 1481, _la permission de ficher quatre pieux en la rivière de Seine, pour soutenir un quai derrière sa maison, faisant le coin d'une petite ruelle qui va à Seine_. (Arch. de l'archevêché.)
_Rue des Teinturiers._ Elle traverse de la rue de la Vannerie à celle de la Tannerie. Les censiers du quinzième siècle et le compte des Anniversaires de Notre-Dame de 1482 ne la désignent que comme _une ruelle qui va de la Tannerie en la Vannerie_. Il paroît, par le plan de Gomboust, qu'on lui donnoit un nom qui n'est pas honnête, et qui ne devoit s'appliquer qu'au bout qui donne sur la rivière; car, suivant de Chuyes, cette rue s'appeloit depuis long-temps des _Teinturiers_, à cause des artisans de cette profession que le voisinage de la rivière avoit engagés à s'y établir. L'autre bout étoit nommé de l'_Archet_, comme nous l'avons remarqué dans l'article de la rue de la Tannerie. On l'a depuis appelé _Navet_ et _des Trois-Bouteilles_, à cause d'une enseigne.
_Rue de la Tixeranderie_[262]. Elle aboutit d'un côté au carrefour Guillori, de l'autre à la place Baudoyer. Le commencement de cette rue, du côté du carrefour jusqu'à la rue du Mouton, se nommoit _rue de Vieille-Oreille_[263], nom qui, comme nous l'avons remarqué, fut donné à plusieurs des rues qui aboutissoient au carrefour Guillori; le reste s'appeloit de la Tixeranderie, comme on le voit dans un contrat du mois de décembre 1263, inséré dans le Trésor des chartes. Il ne paroît pas qu'elle ait porté d'autre nom que celui-ci, nom qu'elle devoit probablement aux tisserands qui l'habitoient. En 1300 on l'appeloit _la Viez-Tisseranderie_; on la trouve même indiquée dès 1293 dans un amortissement fait à Saint-Nicolas-du-Louvre[264].
[Note 262: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé le _cul-de-sac Saint-Faron_, lequel doit ce nom à l'hôtel des abbés de Saint-Faron, qui y étoit autrefois situé. On trouve qu'il a été aussi nommé successivement rue de l'_Escullerie_, rue de la _Violette_ en 1313, et depuis _cul-de-sac_ et _rue des Juifs_, _ruelle_ ou _cul-de-sac Barentin_, enfin _cul-de-sac Saint-Faron_.]
[Note 263: _Cart. S. Mauri_, p. 253.]
[Note 264: (Ms. de Saint-Germain-des-Prés, cot. 453, p. 144.) Paul Scarron logeoit au second étage d'une maison située au milieu de cette rue; lui et sa femme (depuis madame de Maintenon) n'avoient pour tout logement que deux chambres sur le devant, séparées par l'escalier, une cuisine sur la cour, et un cabinet où couchoit un petit laquais.]
_Rue de la Vannerie._ Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de Grève. Sauval dit que cette rue s'appeloit en 1269 vicus _in Avenariâ_, et _rue de l'Avoinerie en_ 1296. Jaillot croit que c'est une faute du copiste, parce que, dit-il, dans une transaction entre le sieur Saint-Germain et le prieur de Saint-Éloi[265], passée au mois de novembre 1162, elle est appelée _Vaneria_; elle porte le même nom dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri; Guillot et le rôle des taxes de 1313, la nomment _la Vannerie_. On l'a quelquefois distinguée en Haute et Basse-Vannerie[266].
[Note 265: Arch. de l'archev.]
[Note 266: Il y a dans cette rue un carrefour où aboutit la rue de la Coutellerie, que quelques auteurs ont mal à propos appelé _le carrefour Guilleri_ ou _Guillori_, dont nous avons déjà parlé. Sauval le nomme _carrefour des Recommandaresses_; et il en a conclu avec raison que le haut de cette rue, du côté de la Planche-Mibrai, était appelé _rue des Recommandaresses_. On voit en effet, dans une sentence du trésor du 12 juillet 1597, concernant le fief de _Mercadé_, qu'il consiste entre autres en deux maisons rue de la Coutellerie, et une entre la _rue des Recommandaresses_, autrement dite _rue de la Vannerie_. Il paroît que ce carrefour a été formé par le retranchement de quelques maisons, retranchement qui fut ordonné le 19 mars 1565, ainsi qu'on le voit dans les registres de la ville. (Fº. 255, _verso_.)]
QUAIS.
_Le Port-au-Blé._ Il fait la continuation du quai de la Grève jusqu'à la rue Geoffroi-l'Asnier. Son nom indique assez à quel usage il étoit destiné. Cet usage n'a point changé.
_Quai de la Grève._ Il règne depuis la place à laquelle il doit son nom jusqu'au coin de la rue des Barres. C'étoit autrefois un chemin qui, en 1254, se nommoit _vicus Merrenorum_, la rue _des Merreins_[267]. Dès ce temps-là et depuis, jusqu'à nos jours, ce lieu a toujours été destiné à la décharge du charbon, du foin et autres marchandises qui arrivent par eau en cet endroit.
[Note 267: Past. A., p. 654.]
_Quai Pelletier_ ou _quai Neuf_. Ce quai, qui commence à l'entrée de la rue Planche-Mibrai, a pris son nom de _Claude Pelletier_, prévôt des marchands, qui le fit construire en 1675 par _Pierre Bullet_, habile architecte. Auparavant on ne voyoit, depuis la Grève jusqu'au pont Notre-Dame, que quelques vieilles maisons habitées par des tanneurs et des teinturiers, dont les travaux infectoient ce quartier. Il fut ordonné, par arrêt du conseil du 24 février 1673[268], qu'ils iroient s'établir au faubourg Saint-Marcel et à Chaillot; et, par un second arrêt du 17 mars de la même année, le roi ordonna que le quai de Grève seroit continué sur cet emplacement, depuis la première culée du pont Notre-Dame; ce qui fut exécuté en deux années par le magistrat que nous venons de nommer. Tout le trottoir en est porté sur une voussure d'une coupe très-hardie; il se termine à la place de Grève.
[Note 268: Traité de la pol. t. I, p. 555.]
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Hôtel-de-Ville._ La cour de ce monument a reçu une décoration nouvelle. On y arrive par un double perron; et cette cour, qui forme un carré, est entourée de portiques ornés de colonnes ioniques. On compte de chaque côté sept arcades que surmontent autant de fenêtres cintrées et accompagnées de colonnes corinthiennes. Le couronnement est formé par des fenêtres détachées du toit; qui sont des restes de la construction primitive. L'arcade en face du perron fait saillie, et au milieu de deux colonnes de marbre dont elle est décorée, on a replacé une statue pédestre et en bronze de Louis XIV. Le monarque est appuyé d'une main sur un casque; un lion est à ses pieds. C'est un ouvrage d'un assez beau dessin, mais d'un style maniéré qui rappelle celui du dix-septième siècle.
Dans le cintre de la façade on a rétabli en stuc la statue équestre de Henri IV. Cette sculpture, d'un mauvais dessin, est encore d'une plus mauvaise exécution.
_L'église Saint-Jean-en-Grève._ Dans ce qui reste encore des bâtiments de cette église, ont été placées les archives et la bibliothèque de la ville. C'est dans une salle de ces bâtiments, que l'on avoit restaurée à cet effet, que fut tenu le _grand Sanhédrin_.
_L'église Saint-Gervais._ Dans une des chapelles de cette église on voit un très-beau tableau de _Blondel_, représentant le martyre de sainte Juliette et celui de son fils Saint-Cyr (donné par la ville en 1819); dans une autre chapelle un _Ecce homo_, peint par _Rouget_, qui offre aussi de très-belles parties; dans une troisième chapelle, une sculpture assez médiocre, représentant le même sujet; enfin, dans la chapelle située à droite de celle de la Vierge, une descente de croix moulée, groupe de six figures et d'un très-bel effet.
RUES NOUVELLES.
_Rue Frileuse._ Elle va de la rue de la Mortellerie sur le quai.
_Rue Hyacinthe._ Cette rue suit la même direction. Elle est fermée par une porte du côté du quai.
_Rue des Trois-Maures._ Elle suit la même direction que les deux précédentes[269].
[Note 269: Ces trois rues ne sont point nouvelles; mais elles étoient sans nom avant la révolution. (_Voyez_ p. 863).]
QUARTIER SAINT-PAUL OU DE LA MORTELLERIE.
Ce quartier est borné à l'orient par les fossés de l'Arsenal inclusivement[270], depuis la rivière jusqu'à la porte Saint-Antoine; au septentrion, par la rue Saint-Antoine exclusivement; à l'occident, par la rue Geoffroy-l'Asnier inclusivement; et au midi, par les quais inclusivement, depuis le coin de la rue Geoffroy-l'Asnier jusqu'à l'extrémité de l'emplacement de l'ancien Mail.
[Note 270: Depuis que la Bastille a été abattue, une partie de ces fossés a été remplacée par un nouveau boulevart; mais le mur de revêtement existe encore du côté de la rue Contrescarpe, et la ligne qu'il décrit forme, de ce côté, la limite du quartier.]
On y comptoit, en 1789, vingt-quatre rues, sept culs-de-sac, une église paroissiale, une communauté d'hommes, une de filles, un arsenal, trois quais, etc.
PARIS SOUS CHARLES VIII ET LOUIS XII.
Sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII, on ne voit pas qu'il se soit opéré de changements importants, ni passé aucun événement remarquable dans ce quartier, à moins qu'on ne veuille regarder comme tels l'union définitive des religieuses de Sainte-Claire à celles du Tiers-Ordre, qui occupoient le couvent des Béguines, connu dès cette époque sous le nom de l'_Ave-Maria_. Cette union, déjà projetée sous le règne de Louis XI, long-temps suspendue par des obstacles que nous ferons connoître, fut enfin consommée dans les premières années du règne de son successeur, par la dame de Beaujeu, fille aînée du feu roi, et protectrice de cette institution.
La ville entière de Paris est également stérile, sous ces deux règnes, en grands événements. Grâce à ce Louis XI, dont la mémoire étoit dès lors abhorrée, l'administration hautement décriée, dont on recherchoit les agents et les favoris comme des criminels dignes du dernier supplice[271], les rois de France ne se voyoient plus dans la triste nécessité de consumer leurs forces au milieu des discordes intestines, et de déchirer l'État pour parvenir à le sauver. L'ascendant de leur autorité étoit enfin assuré dans un grand royaume dont toutes les parties liées entre elles formoient un tout très-compact, dont la position au centre des États chrétiens étoit admirable, la population nombreuse, active et guerrière; qui trouvoit dans la fertilité de son sol des richesses inépuisables; et dès ce moment leur place fut marquée à la tête de la grande société européenne. Dans une situation si brillante et pendant long-temps si inespérée, qui les faisoit si grands parmi les princes temporels, on aperçoit maintenant mieux peut-être qu'on n'eût pu le faire avant la leçon terrible qui vient d'être donnée au monde, ce qu'une sage et religieuse politique auroit dû leur inspirer de faire: il est évident que, pour soutenir l'édifice social déjà menacé par les doctrines licencieuses qui venoient de s'y introduire, leur premier soin devoit être de resserrer les noeuds qui les unissoient à la puissance spirituelle; et renonçant à tous projets ambitieux, puisqu'ils étoient arrivés au point où toute noble ambition pouvoit être satisfaite, se déclarant hautement les protecteurs de l'Italie dont les papes défendoient depuis si long-temps les libertés contre la tyrannie des empereurs d'_Allemagne_, qui prétendoient à toute force être empereurs _romains_, de n'employer leur pouvoir et leur influence qu'à ramener autant que possible à l'unité politique cette belle contrée, centre de l'unité religieuse. Ainsi se fût en même temps rétablie d'elle-même l'influence du chef suprême de la religion; et cette influence toujours paternelle eût été plus douce au milieu de générations que cette religion sainte avoit par degrés rendues moins barbares, et de princes dont les moeurs étoient devenues moins violentes, parce qu'ils trouvoient aussi par degrés moins d'obstacles à leurs volontés. Ainsi, ce nous semble, fût parvenue la société chrétienne à sa plus haute perfection. Mais la providence a des desseins qui nous sont inconnus, et elle arrive au but qu'elle veut atteindre par des voies qui nous sont impénétrables. Ce fut le contraire qui arriva: les rois de France allèrent porter le trouble dans le sein de cette Italie dont ils auroient dû assurer la paix; un pontife indigne de la tiare, Alexandre VI, contribua lui-même et pour de vils et coupables intérêts, à y attirer un jeune roi sans expérience; et les successeurs de Charles VIII entrèrent après lui dans la route qu'il leur avoit ouverte. La politique de l'Europe entière devint dès lors toute extérieure. Elle fut plus subtile, plus mensongère, plus appliquée à tout ce qui étoit d'un intérêt purement humain, plus indifférente à ce qui touchoit les croyances religieuses et l'intérêt de la religion; souvent même elle regarda avec un dédain stupide et laissa se développer à peu près sans contrainte cette licence des esprits qui devoit bientôt éclater par la plus détestable des hérésies, hérésie qui en même temps sera la dernière, puisqu'elle renferme toutes les autres dans son sein; et cette politique descendit elle-même à un tel degré de corruption, qu'au lieu de réunir toutes ses forces pour l'éteindre, il lui arriva souvent de chercher à en faire son profit.
[Note 271: Olivier Le Daim et Jean Doyac, les deux hommes qu'il avoit le plus tendrement aimés, qu'il avoit recommandés avec le plus de soin à son fils avant de mourir, furent livrés à la justice, l'année même de sa mort. La haine publique les poursuivoit depuis long-temps, et on les accusoit d'abus de pouvoir et de cruautés atroces, surtout pendant les trois dernières années du règne du feu roi. Le Daim, convaincu, dit-on, de plusieurs assassinats, fut pendu avec un de ses agents; Doyac n'évita la potence que pour subir un autre supplice plus long et non moins ignominieux: il fut condamné à être fouetté dans tous les carrefours de Paris, à avoir une oreille coupée et la langue percée d'un fer chaud. On le conduisit ensuite à Montferrand en Auvergne, lieu de sa naissance; là il fut fouetté de nouveau, perdit l'autre oreille et fut banni à perpétuité. Cependant on trouve que, peu de temps après, sa famille fut réhabilitée.