Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)

Part 17

Chapter 173,616 wordsPublic domain

Les filles qui composoient la première restèrent encore quelques années à Brie-Comte-Robert, et dans cette retraite elles se bornèrent, suivant leur institut, à vivre en communauté et à exercer envers les jeunes filles les charités et les oeuvres spirituelles auxquelles elles s'étoient engagées; mais le séjour à Paris de madame de Villeneuve et de son troupeau ayant fait connoître de quelle utilité pouvoient être de tels établissements dans une si grande capitale, on jugea qu'il étoit utile de les y multiplier, et les soeurs de la Congrégation de la Croix obtinrent de M. de Péréfixe la permission de venir se fixer dans cette ville. Ceci arriva en 1664; et les lettres qu'elles obtinrent à ce sujet furent confirmées par M. de Harlai et par des lettres-patentes du roi en 1686 et 1687. Jusqu'au moment de la révolution, elles ont continué, dans la même maison, rue des Barres, l'exercice de leurs travaux charitables.

La supérieure de cette communauté ne prenoit que le titre de _soeur première_[214].

[Note 214: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant occupés par des particuliers.]

HÔTELS.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

Il y avoit autrefois dans ce quartier plusieurs hôtels fameux par leur étendue et par la qualité des personnes qui les habitoient.

_Hôtel de Sicile ou d'Anjou._

Il étoit situé dans la rue de la Tixeranderie, où il occupoit tout l'espace qui se trouve entre la rue du Coq et celle des Coquilles jusqu'à la rue de la Verrerie. Sauval dit qu'il s'étendoit jusqu'à celle de la Poterie, ce qu'il ne faut entendre que des dépendances de cet hôtel; car la rue Gentien ou des Coquilles, qui traverse cet emplacement, existoit déjà à cette époque; peut-être son erreur vient-elle de ce qu'il a confondu cet édifice avec un autre hôtel qui portoit le nom du _Chantier d'Anjou_, et subsistoit encore en 1575[215]. L'hôtel de Sicile fut aussi appelé l'_Hôtel du roi Louis_, parce qu'il fut habité, à la fin du quatorzième siècle, par Louis II, duc d'Anjou, roi de Naples, de Jérusalem, d'Aragon et de Sicile, petit-fils de Jean, roi de France.

[Note 215: Cet hôtel prit ensuite le nom de _La Macq_, de Thomas La Macque, qui demeura d'abord vis-à-vis, et occupa depuis cette maison, dans laquelle, selon Sauval, on a pratiqué pour la première fois l'art de filer de l'or, suivant les procédés employés à Milan, et introduits en France vers cette époque.]

_Hôtels de Berri, du connétable de Bourbon, de Faron et d'Auxerre._

Entre la rue du Coq et celle des Deux-Portes étoient situés les hôtels de Jacques de Bourbon, connétable de France sous le roi Jean, et du duc de Berri, fils de ce monarque. Ces deux hôtels furent ensuite réunis et passèrent à Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois. Telle est l'origine du nom d'_Hôtel de la reine Blanche_, qu'ils portèrent après leur réunion.

Dans le même temps les abbés de Saint-Faron et les comtes d'Auxerre avoient leurs hôtels dans cette rue et dans celle de la Verrerie.

_Hôtel du Pet-au-Diable._

Dans la rue du Pet-au-Diable étoient une maison et une ancienne tour carrée, appelées, comme la rue, l'_Hôtel du Pet-au-Diable_[216]. Cette demeure avoit encore plusieurs autres noms que nous ferons connoître en parlant de la rue. Des titres authentiques nous apprennent que, le 18 août 1379, Raoul de Couci acheta cet hôtel de François Chante-Prime; et l'on y lit qu'il étoit situé au _martelet Saint-Jehan_. Par un autre acte de 1463, il paroît que cet édifice avoit appartenu à Jean de Béthisi, et ensuite à Jean Thuillier; il passa depuis à M. Jacques de l'Hôpital, seigneur de Sainte-Mesme, et tous les titres du dix-septième siècle le nomment en conséquence l'Hôtel de Sainte-Mesme. M. de Torci en devint ensuite propriétaire par son mariage avec Sylvie de l'Hôpital. Son fils le vendit en 1719, et il fut possédé depuis par différents particuliers.

[Note 216: Sur ce nom singulier, _voyez_ l'article de la rue du _Pet-au-Diable_, dans la nomenclature des rues de ce quartier.]

_Hôtel de Chelles._

Dans la rue de Berci les religieuses de Chelles avoient un hôtel où elles se sont quelquefois retirées en temps de guerre; elles le possédoient encore à la fin du dernier siècle, sous le nom de _Maison du Mouton_.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

_Hôtel de Charni._

Cet hôtel portoit anciennement le nom d'_Hôtel des Barres_, nom qu'il a donné à la rue dans laquelle il est situé. Il existoit au treizième siècle, et fut amorti, au mois de juin 1364, en faveur des religieux de Saint-Maur-des-Fossés; on l'appeloit alors l'hôtel Saint-Maur, autrement de _la Barre_.

À la fin du dix-huitième siècle on avoit établi dans cet édifice le bureau de l'administration générale des aides, lequel fut depuis transporté rue de Choiseul, dans le quartier Montmartre.

FONTAINES.

_Fontaine de la Grève._

Nous avons déjà parlé de cette fontaine depuis long-temps détruite[217].

[Note 217: _Voyez_ p. 797.]

_Fontaine du cimetière Saint-Jean._

Elle est située place Baudoyer, et n'a rien de remarquable dans son architecture. On ignore l'époque de sa construction.

RUES ET PLACES DU QUARTIER DE LA GRÈVE.

_Rue des Arsis_ ou _Arcis_. Elle est située entre les rues Planche-Mibrai et Saint-Martin, depuis la rue de la Vannerie jusqu'à celle de la Verrerie. Sauval dit[218] que dans le douzième siècle elle s'appeloit _de Arsionibus, vicus de Assiz_; lui-même la nomme _rue des Assis_. Toutefois les étymologies qu'il en donne ne sont fondées que sur des conjectures faciles à détruire. Dans les anciens titres elle est nommée indifféremment rue des _Assis_, des _Arcis_, et des _Arsis_, mais plus ordinairement de cette dernière manière. On la trouve dans un pastoral de 1254 appelée _magnus vicus qui dicitur des Ars_[219].

[Note 218: T. I, p. 110.]

[Note 219: Past. A., p. 654.]

La rue des Arsis fut élargie en 1673, ainsi que la rue Planche-Mibrai[220].

[Note 220: Le censier de Saint-Éloi de 1367 énonce dans la rue des Arsis _une maison qui fait le coin d'une ruelle qui va vers Saint-Jacques devers la Planche-Mibrai_. Cette ruelle s'appeloit, en 1304, ruelle _Richard-Arrode_. Elle a été depuis comprise dans l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie.]

_Rue des Barres._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue Saint-Antoine, et de l'autre au quai de la Grève, doit son nom à l'hôtel des Barres qui y étoit situé; vis-à-vis étoient des moulins qui en 1293 appartenoient aux Templiers. De là vient que la rue a été appelée tantôt _ruelle aux Moulins des Barres_, tantôt _ruelle des Moulins du Temple_; mais elle portoit ce nom seulement depuis la rue de la Mortellerie jusqu'à la rivière. La partie située du côté de la rue Saint-Antoine étoit confondue avec celle du _Pourtour_, alors appelée rue du Cimetière-Saint-Gervais. Vers la fin du quatorzième siècle, on la nomma rue du _Chevet-Saint-Gervais_, et rue des _Barres_. Enfin, vers le milieu du seizième siècle, le bout de cette rue, du côté de la rivière, fut appelé rue _Malivaux_. On lui donnoit ce nom à cause du moulin de Malivaux qui étoit placé sur la rivière, vis-à-vis de son ouverture.

_Rue de Berci._ Elle aboutit d'un côté à la vieille rue du Temple, et de l'autre au cimetière Saint-Jean. Sur le plan de Saint-Victor, publié par d'Heuland, elle est nommée rue _du Hoqueton_, et sur celui de Boisseau, rue de la _Réale_.

_Rue Saint-Bont._ Elle traverse de la rue Jean-Pain-Mollet dans celle de la Verrerie. Dans les titres du treizième siècle, elle portoit déjà ce nom, _vicus sancti Boniti_[221]. Elle le doit à la chapelle qui y étoit située, et l'a conservé jusqu'à nos jours.

[Note 221: Past. A., p. 639 et 772.]

_Rue du Coq._ Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de la Tixeranderie. Le premier nom que cette rue ait porté est celui d'_André Malet_; elle est ainsi nommée dans un acte de 1243. On voit, dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri en 1273, que cette rue y est énoncée sous le nom de _Lambert de Râle_ ou _André Malet_. Guillot lui donne ce dernier nom. Dès 1416, elle avoit pris d'une enseigne le nom de rue du Coq.

_Rue des Coquilles._ Elle va de la rue de la Tixeranderie à celle de la Verrerie. On voit, dans les actes du quatorzième siècle, qu'elle se nommoit ruelle _Gentien_. Le cartulaire de Saint-Maur[222] fait mention de Pierre Gentien, dont la maison, située dans la rue de la Tixeranderie, vis-à-vis de celle-ci, étoit occupée par les Lombards. On l'a depuis nommée _ruelle Jean Gentien_; elle prit ensuite celui de Jacques Gentien, et de rue Gentien, _vicus Gentianus_. À la fin du quinzième siècle[223] on bâtit au coin de cette rue une maison dont la porte et les fenêtres étoient ornées de coquilles, laquelle fut nommée hôtel des Coquilles; et dès lors la rue prit ce nom qui lui est resté. Jaillot croit que c'est cette rue que les anciens titres indiquent sous le nom de _vicus Radulphi de S. Laurentio_.

[Note 222: _Cart. S. Mauri._, 1263.]

[Note 223: Sauval, t. I, p. 127.]

_Rue de la Coutellerie._ Elle aboutit aux rues de la Tixeranderie et de la Vannerie. Sauval dit qu'en 1300 on la nommoit _rue aux Commanderesses_, et un censier de Saint-Éloi, de 1495, énonce une maison faisant le coin de la rue de la Vannerie et de la rue des Couteliers, dite des _Recommandaresses_[224]. Cette rue n'étoit connue au treizième siècle que sous le nom de _Vieille-Oreille_, _Veteris Auris_. On trouvoit dans les archives de Saint-Maur une foule de titres qui faisoient mention du carrefour, de la rue et du four de Vieille-Oreille. Ce nom, dont aucun historien n'a pu découvrir l'étymologie[225], a été depuis altéré en celui de _Guigne-Oreille_ et de _Guillori_. Le rôle des taxes de 1513 nous apprend qu'un maréchal nommé _Guillori_ demeuroit au carrefour de cette rue: on trouve aussi un fief qui porte le même nom; et c'est là sans doute ce qui aura engagé à le donner au carrefour. Enfin les couteliers qui vinrent s'établir dans cette rue lui firent perdre son ancien nom pour celui de _rue aux Couteliers_, et de _la Coutellerie_, qu'elle portoit dès le règne de Henri II, et qu'elle a toujours porté depuis.

[Note 224: Jaillot pense que ce nom n'étoit donné qu'à la partie de cette rue qui va du petit carrefour à la rue Planche-Mibrai.]

[Note 225: L'auteur des Tablettes Parisiennes dit _qu'on nommoit ce carrefour Guigne-Oreille, parce qu'on y coupoit les oreilles au pilori, qui y étoit du temps de Raoul de Presle_. Jaillot pense que cette étymologie ne mérite pas une grande confiance. «Il est vrai, dit-il, qu'on coupoit les oreilles dans les carrefours, aux halles et aux places publiques, et celui-ci pouvoit être un lieu patibulaire de la justice de Saint-Éloi ou Saint-Maur; mais je ne vois pas que dans notre ancien langage, ni dans le nouveau, le mot _guigner_ ait jamais signifié _couper_.»]

_Rue des Mauvais-Garçons._ Elle traverse de la rue de la Tixeranderie dans celle de la Verrerie. Tous les anciens titres qui parlent de cette rue prouvent qu'elle s'appeloit rue de _Chartron_. Ce n'est que dans ceux du seizième siècle qu'elle est indiquée sous le nom de rue de _Chartron, dite des Mauvais-Garçons_[226].

[Note 226: Sauval a prétendu que les seigneurs de Craon avoient dans cette rue un hôtel dont elle avoit pris d'abord le nom; que Pierre de Craon ayant caché dans cet hôtel quelques gens apostés pour assassiner le connétable de Clisson, l'on donna à la rue le nom des _Mauvais-Garçons_, que l'hôtel fut rasé, et la place donnée aux marguilliers de Saint-Jean pour être convertie en cimetière. Non-seulement les historiens modernes ont adopté ce récit peu exact; il y en a même qui ont fait de nouvelles fautes en disant que ce cimetière avoit été _depuis_ converti en marché. Nous avons déjà prouvé, en parlant du cimetière Saint-Jean, que cette opinion est contraire aux titres, que l'hôtel de Craon n'étoit point dans cette rue, et qu'on a confondu l'ancien cimetière avec le nouveau.]

_Rue des Vieilles-Garnisons._ Elle se termine d'un bout à la rue de la Tixeranderie, et de l'autre aboutissoit à la place ou cloître Saint-Jean. Cette rue étoit connue au treizième siècle sous le nom de _Marteret_, _Martrai_ et _Martroi-Saint-Jean_[227]. Elle commençoit au-delà de l'arcade que l'on voit à la Grève, et passant entre l'église Saint-Jean et l'Hôtel-de-Ville actuel, elle aboutissoit à la rue de la Tixeranderie, comme elle fait à présent. Un compte de la prévôté, de 1448[228], énonce la _rue des Garnisons_, et le compte de l'ordinaire de Paris, de 1463, l'indique comme une petite ruelle à laquelle il ne donne aucun nom[229]. Sauval en parle sous le nom de ruelle _Jehan-Savari_. Jaillot croit y reconnoître la rue _Simon-Bade_ dont il est fait mention dans un acte de 1482, lequel indique, rue de la Tixeranderie, _une maison faisant le coin de la rue Simon-Bade, tenant au maître qui fut des garnisons_. Elle a été appelée _du Saint-Esprit_, à cause des bâtiments de cet hôpital qui en étoient voisins.

[Note 227: Reg. du parlem. 1320.]

[Note 228: Sauval, t. I, p. 345.]

[Note 229: _Ibid._, p. 367.]

_Rue du Monceau-Saint-Gervais_[230]. Cette rue, qui fait la continuation de la rue du Martroi, et aboutit à l'église Saint-Gervais, doit son nom au terrain plus élevé que la Grève, sur lequel cette église a été bâtie. On la confondoit à la fin du treizième siècle avec la rue du Pourtour, et on l'appeloit _rue entre Saint-Gervais et Saint-Jean_, et rue du Cimetière-Saint-Gervais.

[Note 230: Le Monceau-Saint-Gervais, _Moncellum_, étoit connu sous ce nom avant le règne de Louis-le-Jeune; il en est fait mention dans une charte de ce prince de l'an 1141. (Hist. de Par., t. 1, p. 95.) On voit, par le petit cartulaire de l'évêché de Paris (_Fol._ 35, _verso_, Cart. 55.), que le _Monceau_ de Saint-Gervais était un fief de cet évêché; que Pierre de Nemours le transmit par un échange, en 1216, à Gautier, fils de Jean-le-Chambrier; et que celui-ci le céda ensuite au roi, ainsi qu'il est constaté par la charte de Philippe-Auguste, de 1222. (Rec. des hist. de Fr., t. 6, 2e part., not. 122.) Ce fief étoit qualifié de prévôté: car on voit, dans le trésor des chartes, qu'au mois de juin 1245 saint Louis acquit de Gui et d'Isabelle sa femme, 100 sous sur la prévôté du Monceau-Saint-Gervais.]

_Rue Grenier-sur-l'Eau._ Elle traverse de la rue Geoffroi-l'Asnier dans celle des Barres. Le véritable nom de cette rue est _Garnier-sur-l'Eau_. Sauval dit qu'en 1257 on la nommoit _André-sur-l'Eau_. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent _Garnier-sur-l'Yauë_, qui est le nom d'un bourgeois de Paris[231].

[Note 231: Sauval et l'auteur des Tablettes Parisiennes ont avancé qu'en 1410 cette rue s'appeloit la _rue aux Bretons_: ils se sont trompés et l'ont confondue avec une ruelle nommée _aux Bretons_, qui avoit d'un bout une issue dans une maison de la rue Grenier-sur-l'Eau, et de l'autre dans la rue de la Mortellerie. Dreux Budé, secrétaire du roi et audiencier en la chancellerie, avoit, en 1449, sa maison rue des Barres; elle aboutissoit par-derrière sur la ruelle aux Bretons, et il obtint la permission de renfermer dans son enclos la partie de cette ruelle qui régnoit le long de sa maison. Sauval en convint lui-même en rapportant le compte qui en fait mention. (T. 3, p. 34.)]

_Rue des Haudriettes._ Elle aboutit à la rue de la Mortellerie et au quai de la Grève. Cette rue doit son nom à la chapelle qui y étoit située; et il ne paroît pas qu'elle en ait jamais eu d'autre. Quelques plans ne l'indiquent que sous le nom général de _ruelle descendant à la Seine_.

_Rue Jean-de-l'Épine._ Elle aboutit à la Grève et à la rue de la Coutellerie. Il paroît qu'elle doit son nom à Jean de l'Épine, dont la maison, suivant un cartulaire de Saint-Maur, de 1284[232], s'ouvroit dans la rue de _Vieille-Oreille_, et avoit sa sortie dans la place de Grève. Sauval dit, mais sans en donner des preuves, qu'elle s'est appelée autrefois _rue de la Tonnellerie_ et du _carrefour Guillori_. Elle porte le nom de _Philippe-l'Épine_ dans la liste du quinzième siècle; mais le premier nom a prévalu, et cette rue l'a depuis toujours conservé.

[Note 232: F. 233 et seg.]

_Rue Jean-Pain-Mollet._ Elle commence à la rue des Arsis et aboutit au carrefour Guillori, vis-à-vis la rue Jean-de-l'Épine. Sauval seul dit qu'elle s'est nommée rue du _Croc_[233]. Elle étoit connue dès 1261[234] sous le nom de Jean-Pain-Mollet, qui étoit celui d'un bourgeois de Paris. Il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis.

[Note 233: T. 1, p. 144.]

[Note 234: Past. A., p. 759 et 777.]

_Rue de la Lanterne._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Arsis, et de l'autre à la rue Saint-Bont. Dès le milieu du treizième siècle on la connoissoit sous le nom de _ruelle de Saint-Bont_. Elle est ainsi désignée dans l'accord fait entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri. On ne sait pas précisément à quelle époque elle prit le nom de la Lanterne, qui lui vient probablement d'une enseigne; mais elle le portoit en 1440, comme on peut le voir dans un contrat de vente de cette même année, qui se trouve dans les Archives de l'archevêché. Cependant de Chuyes l'appelle _rue de la Dentelle_, et l'auteur des Tablettes Parisiennes lui donne le même nom, quoiqu'on ne trouve aucun titre où elle soit indiquée ainsi.

_Rue de la Levrette._ Elle donne d'un côté dans la rue du Martroi, et de l'autre dans celle de la Mortellerie. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'au quai de la Grève, sous le nom de rue _Pernelle_, dont elle conserve encore le nom dans cette extrémité. On voit dans un compte du domaine de 1491[235] qu'elle se nommoit à cette époque _ruelle aux Poissons_, et Sauval dit qu'en 1552 elle s'appeloit la rue _des Trois Poissons_[236]. Gomboust, qui publia son plan dans le siècle suivant, la nomme rue _Pernelle_.

[Note 235: Sauval, t. III, p. 494.]

[Note 236: _Ibid._, t. I, p. 146.]

_Rue de Longpont._ Elle commence vis-à-vis l'église de Saint-Gervais, et aboutit au quai de la Grève. Les religieux de Longpont y avoient sans doute un hospice au treizième siècle, car alors on la nommoit rue aux moines de _Longpont_. Au commencement du seizième, on l'appeloit _rue du Port-Saint-Gervais, autrement de Longpont_[237]. Elle a repris ce dernier nom et ne l'a pas quitté.

[Note 237: Ordin. de Par., 1518, f. 352.]

_Rue du Martroi._ Elle aboutit d'un côté à la place de Grève, et de l'autre à la rue du Monceau-Saint-Gervais. Nous avons déjà vu qu'on l'appeloit du _Marteret_, _Martrai_, et _Martroi-Saint-Jean_. Le censier de l'évêché de 1372 la nomme _le Martelet-Saint-Jean_. On la trouve aussi désignée sous le nom du Chevet-Saint-Jean, et de _rue Saint-Jean_ dans plusieurs actes[238] et sur les plans du dix-septième siècle. On lui a ensuite donné le nom de _Martroi_, que portoit celle qui venoit y aboutir; et depuis ce nom a été altéré de différentes façons. Corozet l'appelle _du Martel-Saint-Jean_, d'autres _du Maltois_, _Martrois_ et _Martrai_. L'étymologie de ce nom n'est pas facile à donner. Sauval[239] le fait dériver du vieux mot _Martyretum_, diminutif de _Martyrium_, qui, selon lui, signifie un tombeau, une châsse, un cimetière, une église. En admettant la signification qu'il donne à ce mot, un tel nom auroit plutôt convenu à la rue du Monceau-Saint-Gervais; cependant on ne voit point qu'on le lui ait jamais donné. Borel, dans son _Trésor des recherches et antiquités gauloises_[240], dit que le mot Martroi vient de _Martyrium_, qui signifie _lieu de supplice_. Cette étymologie paroît mieux fondée que celle de Sauval, d'autant plus que cette rue n'a porté ce nom que depuis que la place de Grève, où elle aboutit, a été destinée au supplice des criminels[241].

[Note 238: Sauval, t. III, p. 371 et 552.--Compte des Annivers. de N. D., 1482.]

[Note 239: Sauval, t. I, p. 149.]

[Note 240: Pag. 387.]

[Note 241: Le jeune roi Philippe, que son père Louis-le-Gros avoit associé à la couronne, passant par cette rue, un cochon s'embarrassa dans les jambes de son cheval et l'abattit; la chute du jeune prince fut si rude qu'il en mourut le lendemain, 13 octobre 1131. Il fut alors défendu de laisser vaguer des pourceaux dans les rues.]

_Rue de la Mortellerie_[242]. La partie de cette rue qui est dans ce quartier commence à la Grève et finit au coin de la rue Geoffroi-l'Asnier. Il y a plusieurs opinions relativement à l'étymologie de son nom. Quelques-uns ont cru qu'elle l'avoit pris des meurtres qu'on y commettoit autrefois. Sauval prétend qu'elle le doit à Pierre et à Richard _Le Mortelier_, qui y demeuroient en 1358[243]; qu'on la nomma à cause d'eux _Mortelière_, ensuite de _la Mortiellerie_, et enfin de _la Mortellerie_. Jaillot pense que ce nom vient des _Morteliers_, espèce d'ouvriers qui emploient la chaux et le plâtre, et dont il est parlé dans les _réglements de la marchandise_. Quoi qu'il en soit, si cette rue doit son nom à une famille des _Mortelier_, elle le portoit long-temps avant l'époque que Sauval lui assigne; car elle est nommée rue _de la Mortellerie_ dans un acte de 1212, et _Mortelleria_ dans un autre de 1264[244], ainsi que dans des lettres de Simon, évêque de Paris en 1289. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent aussi _la Mortellerie_, et il ne paroît pas que ce nom ait varié[245].

[Note 242: Dans cette rue, entre celle de Longpont et la rue des Barres, sont deux rues autrefois sans nom. La plus occidentale se nomme aujourd'hui _rue des Trois-Maures_, l'autre _rue Frileuse_. Cependant celle-ci offroit une ancienne inscription gravée sur la pierre, laquelle porte le nom de _Chat-Frileux_.

Entre la rue des Barres et celle de Geoffroi-l'Asnier se trouve une autre rue sans nom, qui a reçu celui de _rue Hyacinthe_.]

[Note 243: Sauval, t. I, p. 152.]

[Note 244: _Ibid._, p. 423.]

[Note 245: Quelques titres indiquent dans cette rue la _cour Brisset_, laquelle devoit être située entre les rues _Pernelle_ et _de Longpont_. Jaillot parle aussi d'une _ruelle aux Foulons_ et d'une _rue Dame-Agnès_, qu'il dit avoir trouvées mentionnées dans des titres du quinzième siècle, mais dont il n'a pu découvrir aucune trace. Cette dernière étoit située près de la chapelle des Haudriettes.]

_Rue du Mouton._ Elle aboutit à la rue de la Tixeranderie et à la place de Grève. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison qui probablement le devoit elle-même au propriétaire: car, au treizième siècle, Jean Mouton en possédoit deux en cet endroit. Cette maison est appelée _domus de ariete_, et _domus arietis_ dans le cartulaire de Saint-Maur de 1263[246].

[Note 246: On a autrefois fabriqué de la monnoie à la Grève, et c'étoit peut-être dans cette maison. Nos annales font mention des _moutons d'or et des écus au mouton_. Saint Louis passe pour être le premier qui les ait fait frapper. On les appeloit des _agnels d'or_: ils portoient pour empreinte un mouton ou agneau d'or, avec ces mots: _Ecce Agnus Dei._]