Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8)
Part 12
Sauval a conjecturé que _le nom de Brise-Miche pouvoit venir de quelques-uns des devanciers d'Étienne Brise-Miche, curé de Besons, qui mourut en_ 1515. Comme il n'appuie cette conjecture sur aucune autorité, nous trouvons plus vraisemblable l'étymologie donnée par Jaillot, qui suppose que les noms _Brise-Pain_, _Tranche-Pain_, _Taille-Pain_, et _Brise-Miche_[137] ont été donnés à cet endroit, parce qu'on y faisoit la division et la distribution des pains de _chapitre_, que l'usage étoit de donner aux chanoines de la collégiale de Saint-Merri.
[Note 137: L'abbé Lebeuf pense que Guillot a voulu désigner ces deux rues par celles qu'il appelle _rues à Chavetiers_ et _de l'Étable du Cloître_. Mais, outre qu'on n'a trouvé, dans les archives de Saint-Merri, aucun acte qui fît mention des deux rues indiquées par Guillot, il paroît, par la marche de ce poëte, que les rues qu'il mentionne ne pouvoient être de ce côté, mais qu'elles étoient du côté de la rue de la Verrerie et de l'entrée du cloître qui conduit au Tribunal des Consuls.]
_Rue du Carême-Prenant._ Elle va de l'hôpital Saint-Louis à la rue du Faubourg-du-Temple. Il paroît, par les plans de Gomboust, La Caille et autres, qu'elle commençoit autrefois à la rue du Faubourg-Saint-Laurent, et que la rue des _Récollets_ en faisoit alors partie. Cette rue doit son nom au territoire sur lequel elle a été ouverte. À la fin du quatorzième siècle on appeloit cet endroit la _Courtille Jacqueline d'Épernon_[138]; et, en 1417, _la Courtille Barbette_[139]. On trouve dans les archives de Saint-Merri un titre de 1455, qui énonce le clos _Jacqueline d'Épernon, autrement dit Carême-Prenant, et la Courtille tenant au chemin qui conduit à Saint-Maur_. Elle est indiquée rue de Carême-Prenant dans le terrier du roi, de 1540.
[Note 138: Arch. de S. Merri.]
[Note 139: Manusc. de la Bibl. du R., E. 5185, B.]
_Rue des Petits-Champs._ Elle traverse de la rue Beaubourg dans celle de Saint-Martin. Il en est fait mention sous ce nom dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri, en 1273. _Vicus de Parvis Campis._
_Rue Chapon._ Elle aboutit à la rue Transnonain et à celle du Temple. On l'appeloit anciennement _vicus Roberti Begonis_, et _Beguonis sive Caponis_, comme l'indiquoient les terriers de Saint-Martin de 1293 et de 1300. On la trouve sur quelques plans prolongée mal à propos jusqu'à la rue Saint-Martin; car la rue du Cimetière-Saint-Nicolas, qui en est la continuation, existoit sous ce nom dès 1220. L'auteur du supplément _aux Antiquités de Paris_ de Dubreul, a voulu, de son autorité privée, ennoblir le nom de cette rue; il l'appelle rue _du Coq_[140]. Dès 1313 elle étoit connue sous celui qu'elle porte aujourd'hui.
[Note 140: P. 52 et 81.]
_Rue du Combat._ Cette rue, qui commence à la rue du Faubourg-Saint-Laurent, et se prolonge jusqu'à la barrière de Pantin, étoit encore un chemin sans nom dans le siècle dernier. Elle prit celui qu'elle porte aujourd'hui, quelques années avant la révolution, et le dut au spectacle connu sous le nom de _combat du taureau_, spectacle qui subsiste encore, et qui n'est fréquenté que par la dernière classe du peuple. On la nomme aujourd'hui rue de la _Butte Saint-Chaumont_.
_Rue de la Corroyerie._ Elle aboutit à la rue Beaubourg et à celle de Saint-Martin. Cette rue s'appeloit au treizième siècle _rue de la Plâtrière_. Cependant le censier de Saint-Martin-des-Champs, de 1300, indique d'abord _vicus Plastrariæ_, et quelques lignes après _vicus Correarii_; ce qui sembleroit marquer deux rues différentes. Quoi qu'il en soit, on voit, par un registre de la chambre des comptes[141], qu'on la nommoit rue _de la Plâtrière_ en 1313 et en 1482. Dans la liste du quinzième siècle, elle est désignée sous le nom de _la Plastaye_. Elle avoit déjà pris le nom de _Conroirie_ en 1500, quoique Sauval lui donne une origine plus moderne d'un siècle. Sur les plans de Gomboust, de Bullet et autres, elle est indiquée sous le nom de _Courroyerie_, et mal à propos sous celui de _Courrerie_ dans les tables de La Caille et de Valleyre.
[Note 141: Reg. _noster_.]
Il y a dans cette rue un cul-de-sac qu'on appelle _cul-de-sac Boudroirie_. Sauval et ceux qui l'ont suivi ont été induits en erreur par la dénomination de ce cul-de-sac, lorsqu'ils ont dit qu'en 1300 cette rue s'appeloit de la _Baudraërie_, et depuis _Baudroirie_; ils ont confondu cette rue avec celle du Poirier, ainsi nommée alors, ou avec la rue Maubué, à laquelle on a quelquefois donné ce nom par extension.
_Rue Cour-au-Vilain._ (Voyez rue Montmorenci.)
_Rue Cour-du-More._ Cette rue, qui traverse de la rue Beaubourg dans celle de Saint-Martin, doit sans doute son nom à une cour qu'on aura percée et prolongée. On l'appeloit, suivant le rôle de 1313, rue _Jehan Palée_, et ensuite _Palée_. Elle est encore désignée sous ce nom dans une déclaration des religieuses de Montmartre, du 3 juillet 1551. Cependant, dès le commencement du quatorzième siècle, la proximité de l'église de Saint-Julien, à laquelle elle est contiguë, lui avoit fait donner le nom de _ruelle_ ou _rue Saint-Julien_, sous lequel elle est indiquée dans le compte des confiscations de 1421, et dans Corrozet. On l'a aussi nommée rue de _la Poterne_ ou de _la Fausse Poterne_, parce qu'elle aboutissoit dans la rue Beaubourg, à peu de distance de la poterne ou fausse porte de Nicolas Huidelon. Depuis on lui a donné le nom de _Cour-du-More_ et de _rue du More_ qu'elle portoit dès 1606, suivant plusieurs titres des archives de Saint-Merri. On la trouve aussi, en 1640, indiquée _Cour-de-More_, dite des _Anglois_. Jaillot pense que c'est sans fondement qu'on a gravé sur plusieurs anciens plans _Cour des Morts_, étymologie que l'abbé Lebeuf a suivie.
_Rue de la Croix._ Elle aboutit d'un côté à la rue Phelipeaux, et de l'autre au coin des rues Neuve-Saint-Laurent et du Verdbois. Ce nom lui vient d'un canton de la Courtille-Saint-Martin, hors les murs, qui s'appeloit _la Croix-Neuve_ en 1546; et dans le terrier de cette année, cette rue est effectivement indiquée sous le nom de _la Croix-Neuve_. La dénomination de ce canton, suivant toute apparence, étoit due à une croix qu'on y avoit élevée ou rétablie depuis peu. On sait que c'étoit l'usage ordinaire de placer des croix à la sortie des villes, à l'entrée des principaux chemins et dans les carrefours.
_Rue des Étuves._ Elle traverse de la rue Saint-Martin à la rue Beaubourg. Son nom lui vient des _étuves aux femmes_, situées dans la rue Beaubourg, au coin de celle-ci. Ces étuves avoient pour enseigne _le lion d'argent_, et il en est fait mention dans des lettres de Philippe-le-Bel, de 1313. Il est même certain qu'elles existoient avant ce temps-là, puisque déjà Guillot énonce cette rue sous le même nom: en 1578 elles subsistoient encore. On l'a quelquefois appelée _rue des Vielles-Étuves_. Au milieu du treizième siècle, on la nommoit _rue Geofroi-des-Bains_, _vicus Gaufridis_, ou _Gaudefridi de balneolis sive stupharum_[142].
[Note 142: Arch. de S. Mart. des Champs. Il y avoit dans cette rue une petite maison, vieille et sans apparence, dont la porte offroit un marbre noir avec cette inscription:
Dieu tient le coeur des rois en ses mains de clémence, Soit chrétien, soit païen, leur pouvoir vient d'en haut, Et nul mortel ne peut (c'est un faire le faut) Dispenser leurs sujets du joug d'obéissance.
Une tradition populaire veut que cette maison ait été bâtie par un architecte de Henri IV, ou qu'elle lui ait appartenu. Sur quoi Jaillot remarque que, si cette opinion a quelque fondement, la maison fait moins d'honneur au goût et aux talents de l'architecte, que l'inscription n'en fait au coeur et aux sentiments du sujet.]
_Rue des Fontaines._ Cette rue donne d'un bout dans la rue du Temple, et de l'autre dans celle de la Croix. Dès le commencement du quinzième siècle, elle étoit connue sous ce nom qu'elle a toujours conservé depuis. Quelques auteurs la nomment des _Madelonettes_, à cause du couvent des filles de la Madeleine, qui en étoit voisin; mais cette dénomination étoit entièrement populaire.
_Rue Frepillon._ Elle fait la continuation de la rue de la Croix, et aboutit au cul-de-sac de Rome et à la rue au Maire. Elle doit son nom à celui d'une famille qui demeuroit dans cette rue au treizième siècle. Dans un acte de 1269, elle est nommée _vicus Ferpillonis_; rue _Ferpillon_ en 1282; _vicus Ferpillionis_ dans le terrier de Saint-Martin-des-Champs, de 1300. Depuis ce temps ce nom a été altéré par le peuple ou par les copistes, et l'on a écrit _Ferpeillon_, _Serpillon_, _Frepillon_, _Fripilon_, etc.
_Rue Geoffroi-l'Angevin._ Elle traverse de la rue Beaubourg à celle de Sainte-Avoie. Dès le milieu du treizième siècle elle portoit ce nom, et l'a toujours conservé depuis, à quelques variations près, introduites dans l'orthographe ou dans la prononciation. Ainsi on la trouve écrite _Géfroi-l'Angevin_ en 1278 et 1287, et _Giéfroi-l'Angevin dans_ Guillot[143].
[Note 143: Jaillot relève une erreur commise par Sauval, qui dit que _cette rue s'appeloit, en 1273, Vicus sine capite, qui vocatur Cul-de-Pet; en 1389, une ruelle sans bout, nommée Cul-de-Pet, et en 1445, la rue du Cul-de-Sac_. Cette erreur a été adoptée par l'auteur des _Tablettes parisiennes_, qui sans doute n'avoit, non plus que Sauval, lu ni l'original ni la copie du titre qu'il cite: car, dans l'accord de 1273, cette rue est énoncée: _Item totum vicum Gaufridi Langevin, sicut se comportat ab utrâque parte cum quâdam ruellâ sine capite, quæ vocatur Cul-de-Pet._ Ce qui prouve clairement qu'ils ont confondu la rue et la ruelle, et qu'ils ont pris pour la rue Geoffroy-l'Angevin le cul-de-sac qu'on y trouvoit et qui a subsisté très-long-temps. La maison qui le terminoit avoit sa sortie dans le cul-de-sac nommé aujourd'hui mal à propos _cul-de-sac Bertaut_, sur lequel ces deux auteurs se sont encore trompés. Du reste, le cul-de-sac nommé _Cul-de-Pet_ dans le treizième siècle n'avoit point de nom dans le quinzième; et dans le suivant il étoit désigné par l'enseigne de la maison devant laquelle il étoit situé. C'est pourquoi, immédiatement après la rue Geoffroi-l'Angevin, Corrozet indique _une ruelle devant le Petit-Paon_. Elle ne subsiste plus aujourd'hui.]
_Rue Grange-aux-Belles._ Cette rue, ouverte depuis 1780, commence à la rue des Marais en face de la rue de Lancry, et traverse la rue de Carême-Prenant et celle des Récollets jusqu'à celle de l'Hôpital-Saint-Louis.
_Rue des Gravilliers._ Elle donne d'un bout dans la rue Transnonain et de l'autre dans celle du Temple. Son véritable nom est rue _Gravelier_, ou du _Gravelier_, _vicus Gravelarii_, qu'elle portoit en 1250[144]. On l'a appelée depuis rue des _Graveliers_. Elle conservoit ce nom jusqu'à la rue Saint-Martin, comme on peut le voir sur plusieurs anciens plans.
[Note 144: _Cart. S. Martini._]
_Rue Henri._ Cette rue, ouverte dans le marché Saint-Martin depuis 1765, donne d'un côté rue Bailly, de l'autre rue Royale. Le nom qu'elle porte lui a sans doute été donné en l'honneur de Henri Ier, qui rebâtit le monastère de Saint-Martin.
_Rue Saint-Hugues._ Elle a été ouverte dans le même temps que la précédente et dans la même direction. Elle est seulement située un peu plus à l'orient du marché.
_Rue Jean Robert._ Elle fait la continuation de la rue des Gravilliers, dont elle portoit le nom, ainsi que nous venons de le dire, et aboutit à la rue Saint-Martin. Celui qu'elle porte actuellement ne lui a été donné qu'au commencement du siècle dernier.
_Rue Grenier-Saint-Lazare._ Elle commence à la rue Saint-Martin, et aboutit au coin des rues Transnonain et Beaubourg, vis-à-vis la rue Michel-le-Comte. L'usage des siècles passés l'avoit fait appeler _rue Grenier-Saint-Ladre_: c'est ainsi qu'on nommoit alors Saint-Lazare. Toutefois le premier nom avoit été altéré; car anciennement on disoit _Garnier-Saint-Lazare, vicus Garnerii de sancto Lazaro_. C'étoit le nom d'une famille connue à la fin du douzième siècle, et la rue qui le porte étoit déjà habitée au milieu du siècle suivant.
Au coin de cette rue, et un peu en-deçà, étoit la porte Saint-Martin de l'enceinte de Philippe-Auguste.
_Rue de Lancry._ Cette rue, ouverte depuis 1780, traverse de la rue de Bondi dans celle des Marais, en face de la rue Grange-aux-Belles.
_Rue Neuve-Saint-Laurent._ Elle aboutit à la rue du Temple, à l'angle de celles de la Croix et du Pont-aux-Biches. On l'a ouverte sur la culture de Saint-Martin, et elle étoit connue dès le quinzième siècle sous ce nom qu'elle a toujours conservé depuis. Dans un terrier de 1546, elle est appelée rue Neuve-Saint-Laurent, dite du Verdbois.
_Rue du Faubourg-Saint-Laurent._ Elle fait la continuation du Faubourg-Saint-Martin, depuis l'égout jusqu'au chemin qui conduit au village de la Chapelle. Sur quelques plans on trouve l'extrémité de ce faubourg désignée sous le nom de _Faubourg-de-Gloire_.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac, un peu au-dessus de l'hospice des Récollets, nommé le _cul-de-sac de Saint-Michel_. Ce nom lui vient probablement d'une enseigne.
_Rue de l'Hôpital-Saint-Louis._ Elle est située à l'extrémité de la rue des Récollets, et aboutit à la rue Saint-Maur ou du chemin de Saint-Denis. Elle doit ce nom à l'hôpital Saint-Louis qui en est voisin.
_Rue au Maire._ Elle commence à la rue Saint-Nicolas et aboutit à la rue Frepillon et au petit cul-de-sac du puits de Rome. Le nom de cette rue n'a varié que dans l'orthographe. On disoit rue au Maire dès le treizième siècle, et au _Mayre_ en 1450 et 1560: c'étoit son véritable nom, _vicus Majoris sancti Martini_. On l'a défigurée depuis en écrivant _Omer_, _Aumaire_, _Aumère_ et _Aumaire_, comme on le voit sur plusieurs plans et dans les nomenclatures. Ce nom lui vient du maire ou juge de la justice de Saint-Martin-des-Champs, qui avoit son domicile affecté dans cette rue, et y tenoit sa juridiction. Elle se prolongeoit autrefois jusqu'à la rue du Temple. Sur un plan manuscrit de 1546, cette dernière partie est désignée sous le nom de _rue de Rome_.
Il y a dans cette rue un petit cul-de-sac nommé _cul-de-sac du Puits de Rome_. Ce nom lui vient de l'enseigne d'une maison qui étoit ainsi appelée. Auparavant on la nommoit _rue aux Cordiers_ et _des Cordiers_. Les titres de Saint-Martin, de 1382 et de 1386, _énoncent une maison rue aux Cordiers y séant delez de la rue au Maire, et une autre faisant le coin de la rue Frepillon et de la rue des Cordiers_.
_Rue Saint-Marcou._ Cette rue, ouverte depuis 1765, dans le marché Saint-Martin, est située à l'orient de la rue Saint-Hugues, et dans la même direction.
_Rue Saint-Martin._ Cette rue, qui commence au coin des rues de la Verrerie et des Lombards, et vient finir à la porte Saint-Martin, doit son nom au prieuré de Saint-Martin-des-Champs qui y étoit situé. Dans les anciens titres, on trouve désignée, sous les noms de _rue Saint-Merri_ et de _l'Archet-Saint-Merri_, la partie de la rue Saint-Martin comprise entre la rue Neuve-Saint-Merri et celle de la Verrerie. Nous avons déjà fait connoître l'origine de cette dénomination; cependant, dans un petit terrier latin de Saint-Martin-des-Champs, dont l'écriture est au moins du treizième siècle, cette partie de la rue est déjà désignée par son nom actuel, _vicus sancti Martini juxta portam sancti Mederici_. Et, dans le même terrier, toute la rue Saint-Martin est énoncée _extra et intra muros_[145]. On la trouve également indiquée, dans toute son étendue actuelle, sous le même nom de _vicus sancti Martini de Campis_, dans le cartulaire de Saint-Maur, en 1231 et en 1247[146]. On a ouvert dans cette rue un passage qui donne à travers une maison, dans le marché Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
[Note 145: Dès le commencement de la révolution, l'on s'empressa de bâtir dans cette rue une salle de spectacle, où l'on n'a joué que par intervalles, et qui est maintenant abandonnée. On la nommoit _Théâtre de Molière_.]
[Note 146: _Cart. S. Mauri ex bibliot. Reg._, nº 5414, fº 368. Guillot indique une _rue de la porte Saint-Merri_, mais ce nom n'a rien de commun avec aucune partie de la rue Saint-Martin, et ne convient qu'au bout de la rue de la Verrerie, du côté de la rue Neuve-Saint-Merri, ou au cul-de-sac de Saint-Fiacre, comme l'abbé Lebeuf l'a pensé.]
_Rue du Faubourg-Saint-Martin._ Cette rue doit également son nom à l'abbaye de Saint-Martin. Elle commence à la porte Saint-Martin, et finit à l'endroit où commence celle du Faubourg-Saint-Laurent.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé _des Égouts_, à cause des eaux qui se rendent dans cet endroit.
_Marché Saint-Martin._ Ce marché qui se tenoit autrefois dans la rue Saint-Martin, où il causoit beaucoup d'incommodité au public, fut transporté, en 1765, dans le territoire du prieuré, sur un espace d'environ cinq cents toises, qui en fut séparé à cet effet. On y arrive par les rues Frepillon, au Maire et Saint-Martin.
_Rue du Marché-Saint-Martin._ Elle commence rue Frepillon, et finit au marché qui lui a donné son nom. Ouverte en même temps que ce marché fut construit, elle n'a reçu sa dénomination que depuis 1780.
_Rue Neuve-Saint-Martin._ Elle commence à la rue Saint-Martin et finit à la rue Notre-Dame-de-Nazareth, au coin de celle du Pont-aux-Biches. Cette rue tire son nom du territoire sur lequel elle est située, lequel s'appeloit autrefois la _Pissote de Saint-Martin_[147]. Elle portoit sa dénomination actuelle dès le commencement du quinzième siècle. On l'appeloit aussi rue du _Mûrier_; et, dans un procès-verbal de 1638, on lit _la rue du Mûrier_, dite rue _Neuve-Saint-Martin_.
[Note 147: On entend par ce mot, des échoppes, de petites chaumières, ou lieux couverts de branchages.]
_Rue des Marais du Faubourg-Saint-Martin._ Elle traverse de la rue du Faubourg-Saint-Martin à celle du Faubourg-du-Temple, et tire son nom des marais ou jardins sur lesquels elle a été ouverte.
_Rue Maubué._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Martin, et de l'autre au coin de la rue du Poirier, vis-à-vis la rue Simon-le-Franc, dont elle fait la continuation. Elle étoit connue sous le nom qu'elle porte, dès le commencement du quatorzième siècle. On la trouve aussi en 1357 sous celui de _la Fontaine Maubué_, à cause de la fontaine qu'on a fait construire au coin de cette rue, et qui fut rebâtie à neuf en 1734. Suivant les censiers de Saint-Merri, on la nommoit aussi rue de la _Baudroirie_ dans les quatorzième et quinzième siècles, parce qu'elle faisoit le retour d'équerre de la rue du Poirier, qui portoit alors ce nom.
_Rue Saint-Maur._ Elle commence à la rue du Faubourg-du-Temple, et fait la continuation du chemin de Saint-Denis, dont on lui donne quelquefois le nom par extension; elle a pris celui qu'elle porte du lieu où elle est bâtie, indiqué dans tous les titres anciens sous la dénomination de _Chemin de Saint-Maur_.
_Rue des Ménétriers_[148]. Elle aboutit à la rue Saint-Martin et à la rue Beaubourg. Cette rue ne doit pas son nom, comme on pourroit le penser, à l'église de Saint-Julien des Ménétriers, qui n'en est pas éloignée, mais aux joueurs de vielle qui demeuroient dans cet endroit. On trouve dans le grand pastoral de Notre-Dame un acte du mois de mai 1225[149], un chapitre intitulé _vicus Viellatorum_, dans lequel est énoncée une maison sise _in vico des Jugleours_; et, dans un terrier de Saint-Martin-des-Champs, du treizième siècle, cette rue est nommée _vicus Joculatorum_. Au commencement du quinzième siècle, on disoit rue des _Menestrels_. Elle étoit connue en 1482 sous celui de Ménétriers.
[Note 148: Par le mot de _ménétriers_ on entend aujourd'hui les joueurs de vielle ou de violon qui vont dans les guinguettes et dans les villages. Celui de _jongleurs_ n'a pas une signification plus noble; mais, dans l'origine, c'étoient des poètes qui alloient réciter leurs vers dans les châteaux des grands, où ils étoient honorablement reçus. On donna ensuite ce nom à des bateleurs ou farceurs qui chantoient les poésies des _trouvères_ ou _troubadours_, et accompagnoient ces chants ou récits sur différents instruments.]
[Note 149: Past. A, fº 805.]
_Rue du Cloître-Saint-Merri._ Elle aboutit dans la rue Saint-Martin et dans celle de la Verrerie. Ce cloître comprenoit autrefois les rues Taille-Pain et Brise-Miche, et étoit fermé à toutes ses issues. À l'entrée, du côté de la rue Saint-Martin, il y avoit une porte et une barrière, et cet endroit en avoit pris le nom de _la Barre-Saint-Merri_. Ce nom pouvoit aussi venir de la juridiction temporelle que les chanoines de Saint-Merri faisoient exercer dans cette enceinte: car leur auditoire et les prisons du chapitre y étoient situés, et c'étoit là qu'on tenoit encore, dans les derniers temps, les assemblées capitulaires. La partie de ce cloître qui donne dans la rue de la Verrerie a reçu depuis le nom de rue des _Consuls_, nom qu'elle doit au tribunal qui, jusqu'à ces derniers temps, y a tenu ses séances.
_Rue Neuve-Saint-Merri._ Elle commence à la rue Saint-Martin, et finit à la rue Barre-du-Bec, vis-à-vis celle de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Cette rue étoit déjà bâtie au commencement du treizième siècle, et peu après la nouvelle enceinte ordonnée par Philippe-Auguste[150]. On lui donna le surnom de Neuve, non-seulement parce qu'elle étoit nouvellement bâtie, mais encore pour la distinguer de la rue de la Verrerie, qu'on appeloit, en 1284[151], rue Saint-Merri dans sa partie occidentale. Elle est indiquée sous son nom actuel dans l'accord fait entre Philippe-le-Hardi et le chapitre Saint-Merri, en 1273, et l'a toujours conservé depuis.
[Note 150: _Cartul. Livriac.--Gall. christ._, t. VII, col. 93.]
[Note 151: _Cart. S.-Magl._, fol. 407.]
À l'extrémité de cette rue est un cul-de-sac appelé _du Boeuf_. Dans les actes les plus anciens des archives de Saint-Merri il est nommé _de Bec-Oye_; dans les titres subséquents de _Beuf et Oë_, de _Beuf et Oué_, enfin, _cul-de-sac de la rue Saint-Merri_.
_Rue Meslai._ Elle traverse de la rue Saint-Martin à celle du Temple. Au commencement du dernier siècle, il n'y avoit encore dans cette rue que quelques maisons bâties du côté de la rue du Temple. La principale étoit l'hôtel _Meslai_, dont, par la suite, la rue a pris le nom: car alors elle s'appeloit _rue des Remparts_. Du côté de la rue Saint-Martin étoit une butte sur laquelle étoient placés trois moulins. On abattit cette butte; on aligna la rue qu'on y ouvrit, avec celle de Sainte-Apolline, et elle fut nommée d'abord _rue Sainte-Apolline_ ou _de Bourbon_. En 1726, cette rue ayant été continuée et couverte de maisons des deux côtés, elle prit le nom de _rue Meslai_ dans toute son étendue.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé de _la Planchette_. C'étoit le commencement d'une rue ouverte en 1680, et qu'on n'a pas continuée. Dans un compte de 1423, rapporté par Sauval, on trouve l'indication d'une maison rue Saint-Martin, _devant la Planchette_; et dans un contrat de vente du 15 octobre 1614, consigné dans les archives de l'archevêché, on fait mention d'une maison rue Saint-Martin, où pendoit pour enseigne _la Planchette_. On conjecture que ce nom pouvoit venir de la planche établie sur l'égout, qui passoit à découvert en cet endroit depuis la rue du Temple jusqu'à celle de Saint-Martin.