Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 7/8)
Part 24
_Rue des Fossés-Saint-Germain._ Elle commence au coin des rues Saint-André-des-Arcs et de Buci, et finit à celui de la rue des Boucheries et de celle des Cordeliers. Le procès-verbal de son alignement entre les portes de Buci et de Saint-Germain étoit daté de 1560, et la désignoit sous le nom de rue _des Fossés_. Sur quelques plans elle conserve ce nom, qu'elle partage avec la rue Mazarine; sur d'autres elle est nommée rue _Neuve-des-Fossés_, pour la distinguer des autres rues ouvertes sur les fossés de l'enceinte de Philippe-Auguste. Depuis l'année 1688, où les comédiens françois y établirent leur théâtre, on l'appeloit vulgairement rue _de la Comédie_; mais dans les actes ainsi que dans les inscriptions gravées à ses extrémités, on avoit conservé l'ancien nom[281].
[Note 281: Au commencement du XVIIe siècle il y avoit dans cette rue un marché, situé à son extrémité, près de celle des Cordeliers; il contenoit quatre toises de large sur sept de long. M. le Prince en ayant demandé la suppression en 1634, il fut transféré rue Sainte-Marguerite en 1636.]
_Rue du Gindre._ Elle aboutit à la rue Mézière et à celle du Vieux-Colombier. L'abbé Lebeuf a trouvé que _gindre_ signifioit le maître-garçon d'un boulanger[282], et Ménage, qui l'a dit avant lui, veut qu'il dérive du mot latin _Gener_ (gendre), «parce qu'il arrive assez ordinairement, dit-il, que les maîtres-garçons deviennent les gendres des boulangers chez lesquels ils travaillent.» Cette étymologie paroîtra sans doute bien forcée, et l'on doit préférer l'opinion de Jaillot, qui fait venir ce nom de _junior_, employé effectivement dans plusieurs titres anciens pour désigner un compagnon, un aide, un commis[283]. Il paroît que cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à la rue Honoré-Chevalier, et que, depuis la rue Mézière, elle se nommoit rue ou ruelle _des Champs_. Les jésuites obtinrent sans doute la permission d'enfermer cette dernière partie dans leur enclos.
[Note 282: Tome 2, page 454.]
[Note 283: _Quartier du Luxembourg_, p. 65.]
_Rue Neuve-Guillemin._ Elle traverse de la rue du Four dans celle du Vieux-Colombier. Sauval a commis plusieurs erreurs au sujet de cette rue[284], qu'il appelle _nouvelle_, quoique, dès 1456, elle fût connue sous le nom de rue de _Cassel_, parce qu'elle conduisoit à l'hôtel de ce nom. Il ajoute qu'elle se nommoit rue de _la Corne_, ce qui est vrai, mais il ne l'est pas que ce fut plutôt parce qu'elle étoit habitée par des prostituées qu'à cause de l'enseigne d'une maison située dans cette rue, et dont il a même mal indiqué la situation. La rue avoit effectivement pris ce nom de cette enseigne, et le conservoit encore après l'expulsion des personnes de mauvaise vie qui y demeuroient. C'est ainsi qu'elle est désignée au milieu du dix-septième siècle sur divers plans, bien qu'on eût déjà changé son nom en celui de _Guillemin_. Ce dernier nom lui venoit d'une famille qui possédoit un grand jardin dans cette rue.
[Note 284: Tome 1, page 140.]
_Rue Guizarde._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Canettes, de l'autre à l'une des portes de la foire. Il n'en est fait mention, ni dans le rôle des taxes de 1636, ni dans celui de 1641, mais les plans la désignent, dès 1643. Elle avoit été ouverte sur une partie de l'hôtel de Roussillon, ainsi que la rue _Princesse_, dont nous allons bientôt parler.
_Rue Saint-Hyacinthe._ Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Jacques. Les maisons qu'on y voit du côté des Jacobins ont été bâties sur l'emplacement de l'ancien _Parloir aux bourgeois_ ou _hôtel-de-ville_. Après la bataille de Poitiers, les Parisiens ayant jugé nécessaire de fortifier leur ville, qui n'étoit défendue de ce côté que par l'enceinte de Philippe-Auguste, creusèrent un fossé au pied de cette enceinte, ce que rapporte le continuateur de Nangis, témoin oculaire[285]. En 1646, le roi ayant fait don à la ville de ces fortifications devenues inutiles, elle fit combler les fossés, et l'emplacement fut couvert de jardins et de maisonnettes pour loger ceux qui les cultivoient. Ces bâtiments se sont depuis multipliés, agrandis, élevés, et ont formé la rue dont nous parlons. Dans le principe, elle n'eut point de nom particulier; et les maisons qui la composoient, ainsi que les autres qu'on avoit bâties sur les fossés, n'étoient désignées que sous le nom général de maisons situées _sur le rempart_. On leur donna depuis le nom de _rue des Fossés_; la nouvelle rue reçut ensuite la dénomination particulière de rue des _Fossés-Saint-Michel_, à cause de sa situation près de la porte, et à l'entrée du faubourg du même nom. Mais les jacobins ayant fait bâtir des maisons dans leur clos, dont cette rue faisoit partie, on lui donna le nom de Saint-Hyacinthe, religieux de leur ordre.
[Note 285: _Spicil._, in-fol., t. 3, p. 116.]
_Rue Honoré-Chevalier._ Elle traverse de la rue Cassette dans la rue Pot-de-Fer; et c'est sous ce nom qu'elle est désignée dans un contrat de vente de 1611. Elle se trouve depuis indiquée rue _Chevalier_, _du Chevalier_, _du Chevalier-Honoré_; mais son véritable nom est le premier, qu'elle porte encore aujourd'hui. Il vient d'Honoré Chevalier, bourgeois de Paris, qui possédoit, rue Pot-de-Fer, trois maisons et de grands jardins, au travers desquels on ouvrit cette rue.
_Rue du Petit-Lion._ Elle donne d'un bout dans la rue de Tournon, de l'autre dans celle de Condé. Anciennement elle n'étoit désignée que sous la dénomination générale de _ruelle descendant de la rue Neuve à la foire_, et _ruelle allant à la foire_. Une enseigne lui avoit fait donner, dès le commencement du dix-septième siècle, le nom sous lequel elle est encore connue aujourd'hui.
_Rue Maillet._ Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du Faubourg-Saint-Jacques. Sur les plans de Jouvin et de Bullet, ce n'est qu'un chemin sans nom. Elle est nommée rue _des Deux Maillets_ sur le plan de Valleyre, et rue _du Maillet_ sur tous les autres plans du dix-huitième siècle.
_Rue Saint-Maur._ Elle donne, d'un côté dans la rue de Sèvre, de l'autre dans celle des Vieilles-Tuileries. C'est ainsi qu'elle est nommée sur le plan de Gomboust et sur ceux qui en ont été copiés. Dans les archives de Saint-Germain, on lit qu'en 1644 cette abbaye donna, par bail à cens et à rente, une certaine quantité de terrain à un épicier nommé Pierre Le Jai, à la charge d'y bâtir et percer deux rues qui porteroient les noms de _Saint-Maur_ et de _Saint-Placide_, deux religieux célèbres de l'ordre de saint Benoît.
_Rue Mézière._ Elle donne d'un côté dans la rue Pot-de-Fer, de l'autre dans la rue Cassette. Sauval a commis sur cette rue plusieurs erreurs qu'il est inutile de relever; il nous suffira de dire qu'elle devoit son nom à l'hôtel de Mézière, dont les jardins régnoient le long de cette rue[286].
[Note 286: _Voyez_ p. 365.]
_Rue de Molière._ Elle donne d'un bout dans la rue de Vaugirard, de l'autre sur la place du Théâtre-François, et date, comme toutes les rues environnantes, de l'origine de cet édifice.
_Rue Notre-Dame-des-Champs._ Elle aboutit aux rues de Vaugirard et d'Enfer, au coin de celle de la Bourbe. Son nom lui venoit de l'église Notre-Dame-des-Champs, occupée depuis par les carmélites, parce qu'anciennement ce chemin y conduisoit. Aux quatorzième et quinzième siècles on le nommoit le _chemin Herbu_, et depuis rue _du Barc_, sans qu'on sache bien précisément à quelle occasion. Peut-être, dit Jaillot, en avoit-on supprimé une partie, qui faisoit, en ligne droite, la continuation de la petite rue du Bac[287].
[Note 287: À côté de cette rue, est un cul-de-sac qui portoit autrefois ce nom de _Notre-Dame-des-Champs_. Il a pris celui de la rue de _Fleurus_ qui vient y aboutir. (Voyez _Rues nouvelles_.)
Il existe, dans cette même rue, un passage planté d'arbres et formant avenue, qui donne dans la rue de l'_Ouest_. (Voyez _Rues nouvelles_.)]
_Rue de l'Odéon._ Voyez _Rue du Théâtre-François_.
_Place de l'Odéon._ Voyez _Place du Théâtre-François_.
_Rue Palatine._ Elle règne le long de Saint-Sulpice, depuis la rue Garancière jusqu'à celle des Fossoyeurs, maintenant rue _Servandoni_. Le cimetière de cette paroisse étoit autrefois situé au chevet de l'église: lorsqu'au siècle passé on commença le monument que nous voyons aujourd'hui, il fallut prendre le terrain qu'occupoit ce cimetière, qui fut alors transféré au côté méridional. On ouvrit en même temps, parallèlement à ce côté, une rue, qui fut appelée d'abord rue _Neuve-Saint-Sulpice_, et ensuite rue _du Cimetière_. On la nomma depuis rue Palatine, en l'honneur de madame la princesse Palatine, veuve de M. le prince de Condé, qui, au commencement du siècle dernier, logeoit au Petit-Luxembourg.
_Rue Saint-Placide._ Elle traverse de la rue de Sèvre dans celle des Vieilles-Tuileries. Nous avons déjà dit, en parlant de la rue Saint-Maur, quand elle avoit été percée, et pourquoi on lui avoit donné le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.
_Rue Pot-de-Fer._ Elle donne d'un côté dans la rue du Vieux-Colombier, de l'autre dans celle de Vaugirard. Sauval dit qu'elle se nommoit d'abord rue _du Verger_[288], et que, de son temps, elle commençoit à prendre le nom de rue _des Jésuites_, parce que leur noviciat en occupoit une partie. Jaillot n'a lu ces noms dans aucun titre; il trouve seulement qu'au quinzième siècle cette rue n'étoit qu'une ruelle sans nom, indiquée, dans les titres de l'abbaye, _ruelle tendante de la rue du Colombier à Vignerei_. (Le clos de Vignerei étoit, comme nous l'avons déjà dit, enfermé dans le parc du Luxembourg). Dans d'autres titres elle porte, avec d'autres rues qui lui sont parallèles, le nom général de _ruelle Saint-Sulpice_. Enfin, dans le terrier de 1523, elle est désignée sous celui de Henri _du Verger_, bourgeois de Paris, dont la maison et les jardins occupoient une grande partie de cette rue. Il est probable que celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient de quelque enseigne; cependant nous n'avons trouvé à ce sujet aucun renseignement.
[Note 288: Tome 1, page 159.]
_Rue Princesse._ Elle traverse de la rue du Four à la rue Guisarde. En parlant de cette dernière nous avons dit qu'elle avoit été ouverte en même temps que celle-ci sur l'emplacement de l'hôtel de Roussillon. On ignore du reste à quelle époque et en l'honneur de qui le nom qu'elle porte lui a été donné; mais elle est déjà désignée ainsi dans le procès-verbal de 1636.
_Rue des Fossés-de-M.-le-Prince._ Elle commence à la rue de Condé, et finit à l'extrémité de la rue de Vaugirard. Sa situation sur les fossés lui en avoit fait d'abord donner le nom sans aucune addition; ensuite on l'appela rue des _Fossés-Saint-Germain_, et enfin rue des _Fossés-de-M.-le-Prince_, parce que l'hôtel du prince de Condé s'étendoit jusque là. On y bâtit quelques maisons avant le milieu du dix-septième siècle, et à cette époque les fossés existoient encore du côté de l'hôtel de Condé; mais dès que le roi eut permis de les combler, on s'empressa de les couvrir de bâtiments, et de former ainsi la rue telle qu'elle est aujourd'hui.
_Rue de Racine._ Elle aboutit à la place du Théâtre-François et à la rue des Fossés-de-M.-le-Prince, et fut percée à l'époque où l'on bâtissoit ce théâtre.
_Rue du Regard._ Elle aboutit au coin des rues du Chasse-Midi et des Vieilles-Tuileries, puis à la rue de Vaugirard, vis-à-vis d'un regard de fontaine qui lui en a fait donner le nom. Sur quelques plans on la trouve appelée rue _des Carmes_, parce qu'elle régnoit le long de l'enclos des Carmes-Déchaussés.
_Rue de Regnard._ Elle donne d'un bout dans la rue de Condé, de l'autre sur la place du Théâtre-François, et son origine est la même que celle de la rue de Racine.
_Rue Saint-Romain._ Elle traverse de la rue de Sèvre dans celle du Petit-Vaugirard. Il y a quelque apparence, dit Jaillot, qu'on lui donna ce nom parce qu'elle fut ouverte dans le temps où D. Romain Rodayer étoit prieur de l'abbaye Saint-Germain. Quelques plans la présentent sous les noms d'_Abrulle_ et _du Champ-Malouin_, sans en donner aucune raison.
_Rue Servandoni._ Voyez _Rue des Fossoyeurs_.
_Rue de Sèvre._ Elle commence au carrefour de la Croix-Rouge, et finit au nouveau boulevard. Dans les titres de l'abbaye Saint-Germain, du treizième siècle et des suivants, elle est nommée rue de _la Maladrerie_; et dans un rôle de taxes de 1641, rue de _l'Hôpital des Petites-Maisons_. On lui a donné le nom qu'elle porte aujourd'hui parce qu'elle conduit au village de Sèvre (_Savara_); ce qui doit faire préférer ce nom à celui de _Sève_, qu'on lit sur la plupart des plans et dans les nomenclatures.
_Rue Saint-Thomas._ Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Nous avons déjà parlé du clos des Jacobins et des rues qu'on y avoit pratiquées, lorsque ces religieux eurent obtenu la permission d'y faire bâtir. Celle-ci, qui étoit du nombre, doit son nom à l'un des saints les plus célèbres de leur ordre, ainsi qu'à l'hôtel qu'ils y avoient fait élever.
_Rue du Théâtre-François._ Cette rue, qui prend naissance au carrefour de la rue des Fossés-Saint-Germain, et vient aboutir à la place du même nom, en face du monument, est la principale de celles qui furent percées à l'époque où l'on construisoit ce monument.
_Place du Théâtre-François._ Cette place, qui s'étend en demi-cercle devant le monument dont elle porte le nom, forme une espèce de centre auquel aboutissent toutes les rues percées pour servir d'issues à cet édifice. Elle a été pratiquée en même temps que toutes les constructions auxquelles elle est liée[289].
[Note 289: La rue et la place du Théâtre-François ont pris le nom de rue et place de l'_Odéon_.]
_Rue des Vieilles-Tuileries._ Elle commence au coin de la rue du Regard, et finit à celui de la rue de Bagneux. Cette rue a reçu mal à propos, sur les anciens plans, le nom du _Chasse-Midi_, parce qu'elle fait la continuation de celle-ci, tandis qu'on y donnoit le nom de _Tuileries_ et de _Vieilles-Tuileries_ à la rue Barouillère, parce qu'elle aboutissoit effectivement à des fabriques de tuiles. Dans les anciens titres elle est indiquée _rue des Vieilles-Tuileries allant droit à Vaugirard_.
_Rue de Tournon._ Elle commence au coin des rues du Petit-Lion et du Petit-Bourbon, et finit à la rue de Vaugirard, vis-à-vis le palais du Luxembourg, auquel elle sert d'avenue. Ce n'étoit anciennement qu'une ruelle désignée, comme celles qui lui sont parallèles, sous le nom général de _ruelles de Saint-Sulpice_. On la trouve aussi nommée ruelle du _Champ-de-la-Foire_, parce qu'il y avoit un champ où l'on vendoit des animaux, lequel occupoit une grande partie de l'espace entre les rues de Tournon et Garancière. Ce champ est désigné, dans plusieurs actes, sous le nom de _Pré-Crotté_.
Il y avoit des maisons bâties dans cette rue avant l'année 1541, et alors elle portoit déjà le nom de rue de Tournon qu'on lui avoit donné en l'honneur du cardinal François de Tournon, abbé de Saint-Germain-des-Prés. Toutefois cette rue ne fut point alors entièrement bâtie; car on trouve qu'en 1580 plusieurs particuliers y avoient obtenu des concessions de terrain, à la charge d'y faire construire des maisons.
_Rue de la Treille._ Ce n'est qu'un passage qui conduisoit de la rue des Boucheries au marché et à la foire. Il fut vendu à l'abbaye Saint-Germain en 1489. Dans plusieurs actes et sur quelques plans, il est appelé _Porte-Gueffière_, ou plutôt _Greffière_, parce que le greffier de l'abbaye y demeuroit.
_Rue de Vaugirard._ Elle commence à la rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, au coin de celle des Francs-Bourgeois, et aboutit à la pointe du chemin qui conduit au village de ce nom: ce village est connu dans les anciens titres sous la dénomination de _Valboitron_ et _Vauboitron_, et on l'appeloit encore ainsi en 1256. Mais, quelque temps après, Gérard, abbé de Saint-Germain, l'ayant fait rebâtir, et y ayant fait construire une chapelle et des lieux réguliers pour sa communauté, la reconnoissance des habitans leur fit substituer à l'ancien nom celui du bienfaiteur: on le nomma _Vau-Gérard_, et par corruption _Vaugirard_. La rue dont nous parlons s'appeloit simplement le _chemin de Vaugirard_, et les titres ne lui donnent point d'autre nom jusqu'au seizième siècle, que les bâtiments qu'on y éleva lui firent prendre le nom de rue. Tout ce que Sauval dit au sujet de cette rue, qu'il prétend avoir été successivement appelée _des Vaches_ et _de la Verrerie_, est entièrement destitué de preuves[290]. On trouve seulement qu'en 1583 le duc de Pinei-Luxembourg ayant acquis un pavillon nommé _la ferme du Bourg_, ainsi que plusieurs fermes et héritages situés dans cette rue, elle commença à porter son nom; et en effet quelques actes de ce temps l'indiquent rue de Vaugirard, autrement dite _de Luxembourg_; en 1659 on trouve _grande rue de Luxembourg_[291].
[Note 290: Tome 1, page 166.]
[Note 291: JAILLOT, _Quartier du Luxembourg_, p. 100.]
_Rue du Petit-Vaugirard._ C'est la continuation de la rue des Vieilles-Tuileries jusqu'au chemin de Vaugirard, dont elle a tiré son nom.
_Rue des Quatre-Vents._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, et de l'autre à celle du Brave, vis-à-vis la porte de la foire. Anciennement ce n'étoit qu'une _ruelle descendant à la foire_. Au commencement du quinzième siècle, elle prit le nom de rue _Combault_, d'un chanoine de Romorantin qui y demeuroit. On la voit aussi sous celui _du Petit-Brac_ dans les plans du siècle passé. Celui qu'elle porte aujourd'hui vient d'une enseigne[292].
[Note 292: Il y avoit dans cette rue un cul-de-sac portant le même nom, lequel retournoit en équerre jusqu'au mur du préau de la foire. On y avoit pratiqué une porte pour faciliter l'entrée et la sortie du théâtre de l'_Opéra-Comique_. Ce cul-de-sac est aussi indiqué sous les noms de cul-de-sac _de la Foire_ et de l'_Opéra-Comique_.
La rue des _Quatre-Vents_ a été ouverte jusqu'à la rue des Boucheries, et de là dans une ligne droite jusqu'à celle de Buci, pour établir une communication directe, de la rue de Seine au palais du Luxembourg.]
_Rue de Voltaire._ Cette rue donne sur la place du Théâtre-François et dans la rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. Elle a été percée, comme toutes celles qui aboutissent au même point, lors de la construction du théâtre.
MONUMENTS NOUVEAUX ET RÉPARATIONS AUX ANCIENS MONUMENTS, FAITES DEPUIS 1789.
ÉGLISE DE SAINT-SULPICE.
Cette église doit à la munificence du pasteur qui la gouverne maintenant[293], d'avoir recouvré une partie de son ancienne splendeur, et d'offrir un genre de décoration, dont il n'y a que très peu d'exemples à Paris: ce sont des peintures à fresque exécutées, dans plusieurs de ses chapelles, par plusieurs de nos peintres les plus distingués. Nous donnerons le détail des divers ornements dont elle a été enrichie, en commençant par la description des chapelles.
[Note 293: M. Depierre.]
_Deuxième chapelle_, à droite en entrant. On la prépare maintenant pour être peinte à fresque.
_Troisième chapelle_, dite de _Saint-Roch_. Cette chapelle, peinte à fresque par M. _Abel de Pujol_, représente, dans le tableau qui est à droite, saint Roch guérissant miraculeusement des malades, dans un hôpital de Rome; dans le tableau de la gauche, sa mort dans une prison; dans le plafond, il est enlevé au ciel par des anges, et les quatre pendentifs représentent les quatre principales villes où s'exerça sa charité, Rome, Aquapendente, Plaisance et Cesène; au fond de la chapelle, un bas-relief couleur d'or offre le convoi du saint, mort à Montpellier en 1327.
L'ordonnance de ces diverses peintures est fort belle; on y retrouve la correction de dessin et le style élevé de M. Abel de Pujol; et l'on ne peut reprocher à ce dessin que d'offrir de la maigreur dans un certain nombre de figures; d'autres sont exemptes de ce défaut.
_Quatrième chapelle_, dite de _Saint-Maurice_. Cette chapelle, peinte également à fresque par M. _Vinchon_, nous montre, dans le tableau de la droite, Saint-Maurice, Exupère, Candide, et les autres héros de la légion thébéenne, qui refusent de sacrifier aux idoles; le tableau à gauche représente le moment où la légion est entourée et massacrée par les ordres du féroce Maximien; dans le plafond, des anges apportent des palmes à ces généreux martyrs; les figures de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, de la Constance, ornent les quatre pendentifs; d'autres groupes d'anges soutiennent des écussons et une guirlande de verdure dont le plafond est entouré.
La statue de saint Maurice, de grandeur naturelle, occupe le fond de la chapelle.
Les compositions de cette chapelle sont d'une belle ordonnance, et les ornements en sont de bon goût.
Le monument de M. Languet de Gergy est dans la _cinquième chapelle_ dédiée à saint Jean-Baptiste.
À l'entrée de la sacristie, sur deux piédestaux carrés, sont élevées les statues en plâtre de saint Pierre et de saint Jean: la première par M. _Pradier_, la seconde par M. _Petitot_. Des inscriptions portent qu'elles ont été données par la Ville à l'église Saint-Sulpice, en 1822.
_Sixième chapelle._ 1º Deux copies d'apôtres, vus à mi corps, d'après le _Valentin_ ou _Michel-Ange de Caravage_; 2º l'esquisse de la coupole de la chapelle de la Vierge.
_Septième chapelle_, dite de _Saint-Fiacre_. 1º Un très beau tableau par M. _Dejuinne_, qui représente le saint refusant la couronne d'Écosse; 2º la Résurrection de la fille de Jaïre (École de _Jouvenet_); tableau au dessous du médiocre.
_Huitième chapelle._ Dans une niche sur l'autel, une petite statue de Sainte-Geneviève, d'un style médiocre, mais exécutée avec naïveté et correction.
_Neuvième chapelle._ Sur l'autel une bonne copie du Saint-Michel de Raphaël; vis-à-vis, la Samaritaine, bon tableau de l'école de _La Hire_ ou de _Le Brun_.
_Deuxième chapelle_, à gauche en entrant. Trois tableaux: 1º Sainte-Perpétue dans sa prison; 2º saint Vincent faisant une instruction aux orphelins en présence des soeurs de la Charité; 3º la mort de la Vierge, par _Dandré-Bardon_. Le premier de ces tableaux est très médiocre, les deux autres sont détestables.
_Troisième chapelle._ On la peint à fresque en ce moment.
_Quatrième chapelle_ dite de _Saint-Vincent de Paule_. Cette chapelle, peinte à fresque par M. _Guillemot_, nous montre, dans le tableau de la droite, le saint assistant Louis XIII à ses derniers moments; dans celui de la gauche, le moment où il recommande les enfants trouvés à la pitié des dames de charité; dans les quatre pendentifs, des médaillons en bas-relief de couleur d'or représentent plusieurs actions de sa vie; dans le plafond, il est enlevé au ciel par des anges.
Il y a, dans ces peintures, le mérite de composition et de dessin qui distingue les ouvrages de M. Guillemot[294].