Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 7/8)

Part 23

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Cet hôtel, que les Chartreux avoient fait construire en 1706, en même temps que toutes les maisons contiguës jusqu'à la première porte d'entrée de leur monastère, avoit été fort augmenté et embelli par madame la duchesse de Vendôme qui l'avoit acheté à vie. Il fut depuis occupé par le duc de Chaulnes. La princesse d'Anhalt y ayant ensuite établi sa demeure, obtint du roi la permission de faire abattre une partie du mur, d'établir ainsi une communication avec le jardin du Luxembourg, et de fermer cette ouverture par une grille de fer qui subsiste encore aujourd'hui. Cet hôtel est bien bâti, et accompagné d'un vaste jardin[253].

[Note 253: Il sert maintenant de dépôt au cabinet de minéralogie.]

AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.

Hôtel de Brancas, rue de Tournon. ---- de Châlons, rue du Regard. ---- de Charost, rue Pot-de-Fer. ---- de Cayla, rue de Sèvre. ---- de Clermont-Tonnerre, rue du Petit-Vaugirard. ---- de Croy, rue du Regard. ---- de Guerhoënt, rue de Sèvre. ---- de Laval, rue de Tournon. ---- de Laval, rue Notre-Dame-des-Champs. ---- de Mailli, même rue. ---- de Monteclerc, rue du Chasse-Midi. ---- de Montréal, rue du Regard. ---- de Peruse-Escars, même rue. ---- de Rochambeau, même rue. ---- de l'abbé Terrai, rue Notre-Dame-des-Champs. ---- de Toulouse, rue du Regard. ---- de Ventadour, rue de Tournon[254].

[Note 254: C'est dans cet hôtel que se tiennent les séances du conseil de guerre de la première Division militaire.]

CHÂTEAU D'EAU.

Ce réservoir, situé à l'angle de la rue Maillet, et vis-à-vis la maison de l'Oratoire, avoit été bâti en 1615 en même temps que le palais du Luxembourg, pour recevoir quatre-vingt-quatre pouces d'eau, qui venoient du village de Rongis, en passant par le bel aqueduc d'Arcueil. Cette eau étoit ensuite distribuée dans divers quartiers de la ville[255].

[Note 255: Cet édifice existe encore, et n'a point changé de destination.]

CASERNE DES GARDES FRANÇOISES.

Cette caserne, construite pour une compagnie de ce régiment, étoit située dans la rue de Sèvre, au coin de celle de Saint-Romain.

BARRIÈRES.

Ce quartier est borné au midi par cinq barrières.

1º Barrière d'Enfer. 2º ------ du Mont-Parnasse. 3º ------ du Maine. 4º ------ des Fourneaux. 5º ------ de Sèvre.

RUES ET PLACES

DU QUARTIER DU LUXEMBOURG.

_Rue des Aveugles._ Elle commence à la petite place où étoit autrefois le presbytère de Saint-Sulpice, et finit à la rue du Petit-Bourbon, au coin de la rue Garancière. Sauval prétend qu'elle doit ce nom à un aveugle qui y demeuroit[256], et à qui appartenoient toutes les maisons dont elle étoit composée. Sans nous arrêter à vérifier cette tradition, il nous suffira de dire, avec Jaillot, que, dans plusieurs titres de 1636, elle est nommée rue de l'_Aveugle_; en 1642 elle est désignée rue des _Prêtres_; ce n'est qu'en 1697 qu'elle prend enfin le nom de rue des _Aveugles_. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle se prolongeoit jusqu'à la rue des Canettes; mais à cette époque le curé de Saint-Sulpice fit abattre quelques maisons pour construire en cet endroit une petite place qui fait maintenant partie de la place Saint-Sulpice[257].

[Note 256: Tome 1er, page 111.]

[Note 257: Elle fut aussi nommée, suivant un auteur, rue du _Cimetière-Saint-Sulpice_. Il est vrai qu'il y en avoit un dans cette rue, lequel fut béni le 10 juin 1664; mais on ne trouve nulle part qu'on en ait donné le nom à la rue. (Ce cimetière a été détruit pendant la révolution, et changé en jardin.)]

_Petite rue du Bac._ Elle traverse de la rue de Sèvre à celle des Vieilles-Tuileries. Quelques auteurs la nomment _petite rue du Barc_, et d'autres _du Petit-Bac_. Sauval dit que: «quelque nouvelle que soit la petite rue du Bac, elle a changé de nom, et s'appelle la rue du _Baril-Neuf_[258].» Elle doit la première dénomination, qu'elle a reprise, à la grande rue du Bac, dont elle fait presque la continuation.

[Note 258: Tome 1er, page 111.]

_Rue de Bagneux._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Vieilles-Tuileries, et de l'autre à celle de Vaugirard. Cette rue est désignée ainsi sur les plans de Jouvin et de Bullet publiés en 1676. On en prit une partie, en 1749, pour en faire un des cimetières de Saint-Sulpice.

_Rue Barouillère._ Elle traverse de la rue de Sèvre à celle du Petit-Vaugirard. Tous les plans du dix-septième siècle l'indiquent sous le nom de rue des Vieilles-Tuileries, mais quelques uns marquent plus bas une rue Barouillère et de la _Barouillerie_. Sur un plan manuscrit de 1651, elle est indiquée simplement comme rue projetée sous le nom de _Saint-Michel_, et on la retrouve, en 1675, sous cette même dénomination. On ignore à quelle époque elle prit son dernier nom; mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas Richard, sieur de la Barouillère, auquel l'abbé de Saint-Germain céda, en 1644, huit arpents de terre en cet endroit, sous diverses conditions, et principalement à la charge d'y bâtir.

_Rue Beurière._ Elle aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier. On l'appeloit, dans le dix-septième siècle, _de la Petite-Corne_, parce qu'elle étoit parallèle à la rue Neuve-Guillemin, nommée alors rue de _la Corne_. Jaillot croit la reconnoître dans le procès-verbal de 1636, sous le nom de _petite rue Cassette_.

_Rue de Bissi._ On appelle ainsi la principale entrée du marché Saint-Germain du côté de la rue du Four; elle doit ce nom au cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain, par les ordres duquel le marché avoit été construit[259].

[Note 259: _Voyez_ p. 352. Elle se nomme maintenant rue _Montfaucon_.]

_Rue des Boucheries._ Elle commence au carrefour des rue des Fossés-Saint-Germain, des Cordeliers et de Condé, et finit à celui que forment les rues de Buci, du Four et de Sainte-Marguerite. On l'a souvent nommée la _grant rue Saint-Germain_; et sa dernière dénomination lui vient de la boucherie que l'abbaye Saint-Germain y avoit établie. Cette boucherie y existoit de temps immémorial, quoique le commissaire Delamare n'en place l'origine qu'en 1370[260]; en effet, plusieurs actes du deuxième siècle en font mention, ainsi que de la maison des _Trois-Étaux_, située près le Pilori. La population du faubourg Saint-Germain s'étant augmentée depuis la construction de l'enceinte de Philippe-Auguste, l'abbé Gérard fit construire, en 1274, seize autres étaux[261].

[Note 260: _Traité de Police_, t. 2, p. 1208 et 1215.]

[Note 261: _Traité de la Police_, t. 1er, p. 118.]

Entre plusieurs erreurs que Sauval a commises au sujet de cette rue, il suffira de relever celle par laquelle il donne le nom des _Boucheries_ à l'une de ses parties où l'on n'en avoit point établi. Cette partie, qui s'étendoit depuis la rue des Mauvais-Garçons jusqu'à celle des Fossés Saint-Germain, dite de la Comédie, étoit alors une place, qui fut vendue, au treizième siècle, à Raoul d'Aubusson, pour y faire un collége.

_Rue de la Bourbe._ Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du faubourg Saint-Jacques; on la trouve désignée sous ce nom sur les plans de Gomboust, Jouvin et Bullet. Dans quelques titres elle est appelée de la _Boue_, aliàs de la _Bourde_[262].

[Note 262: Manuscrit de Blondeau à la Bibliothèque du Roi, tome 66, premier cahier.]

_Rue du Petit-Bourbon._ Cette rue, qui commence à la rue de Tournon, et finit à celle des Aveugles, au coin de la rue Garancière, doit vraisemblablement son nom à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, qui y avoit son hôtel[263].

[Note 263: _Voyez_ p. 363.]

_Rue du Brave._ Cette petite rue commence au bout de la rue des Quatre-Vents, et finit au coin de celle du Petit-Lion. Elle étoit connue sous ce nom dès 1626[264]. Cependant un titre de l'année suivante, cité par Jaillot[265], lui donne celui du _Petit-Brave_. On ignore l'origine de cette dénomination.

[Note 264: _Arch. de Saint-Germain_, A. 2, 33, 1.]

[Note 265: _Quartier du Luxembourg_, p. 11.]

_Rue de Buci._ Cette rue, qui aboutit d'un côté au carrefour des rues Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain; de l'autre, au Petit-Marché, doit son nom à Simon de Buci, premier président du parlement, qui fit réparer et couvrir, en 1352, la porte Saint-Germain. Il prit à rente, de l'abbaye, cette porte, le logis qu'on avoit construit au dessus, les deux tours qui étoient à côté, et une grande place vague située vis-à-vis. C'est sur cet emplacement qu'il fit bâtir l'hôtel dont nous avons déjà parlé, lequel fut remplacé par le bureau des coches et des messageries.

Sauval a prétendu que, dès 1209, cette rue portoit, de même que la porte, le nom de _Saint-Germain_[266]. Il est certain qu'alors la porte n'étoit pas encore bâtie, et que la rue n'existoit pas. Les titres qui en font mention l'indiquent en 1388 «_rue qui tend du Pilori à la porte de Buci_, _rue devant la porte de Buci_, et _rue du Pilori_[267].» Elle portoit encore ce nom en 1555, époque à laquelle on ordonna de la paver. Ce n'est que vers ce temps qu'on a continué d'y bâtir; toutefois on y voyoit quelques maisons dès 1388, et le terrier de l'abbaye, de 1523, le nomme rue de Buci.

[Note 266: Tome 1, page 121.]

[Note 267: Le pilori, dont cette rue avoit pris le nom, étoit situé au carrefour où elle aboutit, et près de l'endroit où fut depuis la barrière des sergents. Il paroît que ce fut un droit accordé à l'abbaye Saint-Germain, ou confirmé par la charte de Philippe-le-Hardi, du mois d'août 1275. (_Histoire de l'Abbaye_, Preuves, nº 98.)]

_Rue des Canettes._ Cette rue, qui aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier, étoit anciennement appelée rue _Saint-Sulpice_, parce qu'elle conduisoit à l'église qui porte ce nom. On trouve aussi sur un plan manuscrit de 1651 _rue Neuve-Saint-Sulpice_; mais le nom qu'elle porte aujourd'hui est indiqué dès 1636, et provient d'une maison où étoit une enseigne des trois Canettes[268].

[Note 268: À la fin du XIVe siècle, auprès d'une maison de cette rue, dont l'enseigne étoit le _chef Saint-Jean_, il y avoit une rue ou ruelle qui portoit aussi ce nom: elle n'existe plus.]

_Rue du Canivet._ Elle traverse de la rue Férou dans celle des Fossoyeurs. Elle étoit ainsi nommée dès 1636, et l'on n'a de renseignements certains ni sur l'étymologie de ce nom, ni sur le temps où la rue a été percée. On a écrit _Ganivet_ sur quelques plans.

_Rue Carpentier._ Elle traverse de la rue Cassette dans celle du Gindre. En 1636, elle est appelée _Charpentier_. On trouve sur quelques plans _Apentier_, _Arpentier_ et _Charpentière_.

_Rue Cassette._ Cette rue commence à celle du Vieux-Colombier, et aboutit à la rue de Vaugirard. Son véritable nom est _Cassel_; elle le devoit à l'hôtel qui y étoit situé[269], et ce nom fut même donné aux rues Neuve-Guillemin et du Four. Celle dont nous parlons est ainsi appelée dès 1456. La dénomination de _Cassette_ n'est qu'une corruption du nom primitif; on la trouve déjà dans le procès-verbal de 1636, et sur tous les plans publiés depuis.

[Note 269: _Voyez_ p. 365.]

_Rue Sainte-Catherine._ Elle traverse de la rue Saint-Thomas dans celle de Saint-Dominique. Tous les anciens plans la nomment _rue de la Magdeleine_.

_Rue du Chasse-Midi._ Cette rue commence au carrefour de la Croix-Rouge, et aboutit à la rue des Vieilles-Tuileries, au coin de celle du Regard. Elle portoit, dans le principe, le nom de rue des _Vieilles-Tuileries_, qu'elle conserve encore dans une partie, et le devoit aux tuileries qu'on avoit établies en cet endroit. On l'a depuis appelée du _Chasse-Midi_, et, par corruption, du _Cherche-Midi_: ce dernier nom se trouve sur plusieurs plans. Sauval en reporte l'origine à une enseigne «où l'on avoit peint un cadran et des gens qui y cherchoient midi à quatorze heures.» Il ajoute «que cette enseigne a été trouvée si belle, qu'elle a été gravée et mise à des almanachs, et même qu'on en a fait un proverbe: _Il cherche midi à quatorze heures; c'est un chercheur de midi à quatorze heures._[270]» Jaillot, sans rejeter l'histoire de l'enseigne, croit trouver plutôt l'origine du proverbe dans cet usage où l'on est en Italie de compter les vingt-quatre heures de suite. «Midi peut, dit-il, se rencontrer, dans les grands jours, environ à quinze heures, mais jamais à quatorze. Ainsi, _chercher midi à quatorze heures_, c'est s'alambiquer l'esprit, et chercher ce qu'on ne peut trouver[271].»

[Note 270: Tome 1, page 126.]

[Note 271: _Quartier du Luxembourg_, p. 23.]

_Rue du Coeur-Volant._ Elle aboutit à la rue des Boucheries et à celle des Quatre-Vents. Jusqu'au quinzième siècle cette rue ne se trouve indiquée dans les titres de Saint-Germain que sous le nom de ruelle _de la Voirie de la Boucherie_, et de rue _de la Tuerie_. Sauval la nomme, en 1476, rue _des Marguilliers_ et _de la Blanche-Oie_[272]. Jaillot rejette ces deux noms. Celui qu'elle porte actuellement vient d'une enseigne où l'on avoit peint un coeur ailé.

[Note 272: Tome 1, page 127.]

_Rue du Vieux-Colombier._ Cette rue, qui commence à la place Saint-Sulpice, aboutit au carrefour de la Croix-Rouge. Plusieurs titres prouvent qu'elle reçut le nom qu'elle porte d'un colombier que les religieux de Saint-Germain y avoient fait bâtir. Au quinzième siècle, on la nommoit quelquefois rue _de Cassel_, parce qu'elle conduisent à l'hôtel de ce nom. En 1453 on lit rue _de Cassel, dite du Colombier_. Il paroît aussi, par plusieurs titres du même temps, que la partie de cette rue qui s'étendoit depuis la rue Férou jusqu'à celle Pot-de-Fer s'appeloit rue _du Puits-de-Mauconseil_, à cause d'un puits public situé en cet endroit. Elle prit le nom de rue _du Vieux-Colombier_ lorsqu'on creusa des fossés autour de l'abbaye, et ce fut pour la distinguer de l'autre. Elle est indiquée généralement ainsi sur tous les plans; un seul (celui de Mérier), publié en 1654, la nomme rue _de la Pelleterie_, dans la partie située du côté de la Croix-Rouge.

_Rue de Condé._ Elle commence au coin de la rue des Boucheries, et aboutit à celle de Vaugirard. L'espace que les maisons de cette rue occupent étoit encore, au quinzième siècle, en jardins et vergers; et tout ce terrain, jusqu'aux fossés, s'appeloit alors _le clos Bruneau_; la rue en porta d'abord le nom. En 1510 on la nommoit rue _Neuve_, rue _Neuve-de-la-Foire_, et elle étoit déjà garnie d'édifices des deux côtés; depuis elle reçut la dénomination de rue _Neuve-Saint-Lambert_. Enfin le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, lui venoit de l'hôtel bâti par Arnaud de Corbie, et acheté par Henri de Bourbon, prince de Condé.

_Rue de Corneille._ Cette rue, qui donne, d'un côté, rue de Vaugirard, de l'autre sur la place du Théâtre François, fut ouverte sur une partie de l'hôtel de Condé, et en même temps que l'on construisoit ce théâtre.

_Rue de Crébillon._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, de l'autre à la place du Théâtre François, et fut ouverte à la même époque et sur le même terrain que la précédente.

_Carrefour de la Croix-Rouge._ Ce carrefour se nommoit autrefois _Carrefour de la Maladrerie_, dénomination qui lui venoit, non de la maladrerie de Saint-Germain, située au delà du bourg, mais de quelques granges bâties à l'extrémité de la rue du Four, qui furent destinées à loger les malades attaqués du mal de Naples[273]. On lui donna le nom de carrefour _de la Croix-Rouge_ à cause d'une croix peinte en cette couleur qu'on y avoit élevée. C'étoit anciennement l'usage de planter des croix dans les carrefours et dans les places publiques; on les supprima depuis, parce que l'on reconnut que ces monuments gênoient la voix publique, et occasionoient même quelquefois des accidents.

[Note 273: Près de là, on prit des jardins situes entre les rues du Sépulcre et des Saints-Pères, pour leur servir de cimetière. Vis-à-vis étoient la justice de l'abbaye et une voirie, sur l'emplacement de laquelle on fit construire des maisons, dont une partie a servi depuis de couvent aux Petites-Cordelières.]

_Rue Saint-Dominique._ Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Les religieux Jacobins ayant obtenu, en 1546, de François Ier, la permission de donner un clos de vignes qu'ils possédoient en cet endroit à cens et à rentes, à la charge d'y bâtir, le vendirent en 1550, exigèrent qu'on y perçât des rues, et voulurent en outre qu'on leur donnât les noms de quelques saints de leur ordre. La principale, bâtie vers 1585, reçut celui de Saint-Dominique[274].

[Note 274: Dans cette rue est un cul-de-sac qui porte le même nom. On l'appela d'abord rue de la _Magdeleine_, ensuite de _Sainte-Catherine_, parce qu'il fait la continuation de cette dernière rue.]

_Rue d'Enfer._ Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit au grand chemin d'Orléans. Cette rue est très ancienne. Au treizième siècle, ce n'étoit encore qu'un chemin qui conduisoit à des villages, dont il avoit pris le nom; c'est pourquoi cette rue est tour à tour appelée, dans les titres de Saint-Germain, chemin d'_Issy_ et chemin de _Venves_. Elle avoit aussi reçu le nom de rue de _Vauvert_, parce qu'elle conduisoit au château de Vauvert. En 1258 on la trouve sous celui de _la porte Gibard_. Sur le bruit populaire qui se répandit vers ce temps-là, que les démons habitoient ce château, cette rue prit, suivant plusieurs historiens, le nom d'_Enfer_[275], et ensuite celui des _Chartreux_, lorsque ces religieux se furent établis en cet endroit. Enfin, comme elle commençoit le faubourg Saint-Michel, on la trouve indiquée dans quelques actes rue _Saint-Michel_ et rue du _Faubourg-Saint-Michel_. Elle a depuis repris le nom de rue d'_Enfer_, qu'elle conserve encore aujourd'hui.

[Note 275: Jaillot seroit porté à adopter l'opinion de ceux qui pensent que ce nom d'_Enfer_ vient plutôt de sa situation; qu'étant plus basse que la rue Saint-Jacques, qui lui étoit parallèle, et qu'on appeloit _via Superior_, on l'avoit nommée _via Inferior_, _via Infera_, et que ce mot a été altéré et changé en celui d'Enfer. (_Quartier du Luxembourg_, p. 38.)]

Jaillot fait observer que la direction de cette rue n'étoit pas autrefois telle que nous la voyons aujourd'hui; elle se prolongeoit sur la droite, à quelque distance de l'endroit où est la porte du Luxembourg, passoit entre la première et la seconde cour des Chartreux, et séparoit leur petit clos du grand.

_Rue Férou._ Elle aboutit aujourd'hui, d'un côté à la nouvelle place Saint-Sulpice, de l'autre à la rue de Vaugirard. Les auteurs ont varié sur la manière d'écrire son nom: on lit _Farou_, _Ferrou_, _Ferron_, _Feron_, _Faron_, _Farouls_. Sauval s'est trompé lorsqu'il lui fait prendre le nom de rue des _Prêtres_[276]: ce nom fut effectivement donné, dans le dix-septième siècle, au cul-de-sac Férou, mais jamais à la rue. Piganiol, son copiste, est embarrassé d'en trouver l'étymologie; cependant, s'il eût visité exactement les titres de l'abbaye Saint-Germain, il auroit pu y voir, dans le terrier de 1523, que les quatre chemins qui aboutissoient en cet endroit au chemin de Vaugirard, s'appeloient _ruelles Saint-Sulpice_, parce qu'elles étoient ouvertes entre l'église et le clos Saint-Sulpice, enclavé aujourd'hui dans le jardin du Luxembourg. Celle dont nous parlons étoit du nombre, et reçut le nom de _Férou_, parce qu'Étienne Férou, procureur au parlement, y possédoit quelques maisons et jardins contigus au cimetière, situé alors au côté méridional de l'église. La construction du portail et de la nef de Saint-Sulpice mit dans la nécessité de retrancher une partie de cette rue, qui aboutissoit auparavant au presbytère.

[Note 276: Tome 1, page 133.]

_Rue de la Foire._ On appelle ainsi le passage qui conduisoit à l'ancienne Foire Saint-Germain. Il a son entrée dans la rue du Four.

_Rue des Fossoyeurs_[277]. Elle donne d'un côté dans la rue de Vaugirard, de l'autre dans la rue Palatine, vis-à-vis la porte méridionale de l'église Saint-Sulpice. Suivant Sauval[278], elle s'appeloit du _Fossoyeur_, parce que celui de cette paroisse y demeuroit; et plusieurs actes la présentent effectivement sous ce nom. Il paroît qu'elle a porté ceux du _Fer-à-Cheval_ et du _Pied-de-Biche_, qui provenoient vraisemblablement de deux enseignes.

[Note 277: Elle porte aujourd'hui le nom de rue _Servandoni_.]

[Note 278: Tome 1, page 135.]

_Rue du Four._ Elle commence au carrefour des rues de Buci, des Boucheries, de Sainte-Marguerite, et aboutit à celui de la Croix-Rouge. Le nom de cette rue n'a pas varié: on le lui avoit donné parce que le four banal de l'abbaye Saint-Germain y étoit situé, au coin de la rue dite aujourd'hui rue _Neuve-Guillemin_. Toutefois il paroît, par tous les titres de l'abbaye, que, depuis l'endroit où elle commence maintenant jusqu'à la rue des Canettes, on l'appeloit rue de la _Blanche-Oie_, nom que Sauval a donné mal à propos à la rue des Boucheries et à celle du Coeur-Volant.

_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle commence à la rue des Fossés-de-M.-le-Prince, au coin de celle de Vaugirard, et finit à la place Saint-Michel. Il y a apparence, suivant Jaillot[279], que ce nom vient de la confrérie aux Bourgeois, qui acquit le terrain sur lequel cette rue est située du côté du Luxembourg, et en faveur de laquelle Philippe-le-Hardi amortit cette acquisition, opinion qui semble plus probable que d'en chercher l'origine dans le parloir et le clos aux Bourgeois, qui en étoient plus éloignés. Sur plusieurs plans du dix-septième siècle cette rue n'est point distingué de celle des Fossés-de-M.-le-Prince.

[Note 279: _Quartier du Luxembourg_, p. 61.]

_Rue des Mauvais-Garçons._ Elle traverse de la rue de Buci dans celle des Boucheries. En remontant à sa première origine, on trouve qu'en 1254 l'abbé de Saint-Germain et ses religieux vendirent à Raoul d'Aubusson un espace de terre de cent soixante pieds carrés, situé en face des murs de la ville, se réservant le droit de faire ouvrir derrière cet espace un chemin de trois toises de large, qui depuis a formé la rue dont nous parlons. On l'appela d'abord rue de _la Folie-Reinier_, à cause d'une maison qui portoit cette enseigne; ensuite (en 1399) de l'_Écorcherie_, parce qu'elle étoit destinée à cet usage. Sauval dit qu'elle doit le nom des _Mauvais-Garçons_ à une autre enseigne; Jaillot pense qu'elle pourroit le tenir des bouchers qui l'habitoient, espèces d'hommes qu'à plusieurs époques, et principalement au commencement du quinzième siècle, on trouve mêlés à toutes les séditions, à tous les troubles qui agitèrent Paris.

_Rue Garancière._ Elle aboutit d'un côté au coin des rues du Petit-Bourbon et des Aveugles, de l'autre à la rue de Vaugirard. Ce nom a été altéré, car, suivant Sauval, on l'appeloit rue _Garancée_, et sur tous les plans du siècle passé, on lit rue _Garance_. Ce n'étoit, dans le principe, qu'une des ruelles dites de _Saint-Sulpice_, et elle n'avoit pas d'autre nom, même après qu'on y eut bâti l'hôtel de Garancière, auquel elle doit celui qu'elle porte aujourd'hui. Elle l'avoit pris dès 1540, quoiqu'elle ne fût encore qu'une ruelle ou chemin non pavé. Les titres du dix-septième siècle le lui donnoient également, et c'est par abréviation qu'on l'appeloit rue _Garance_[280].

[Note 280: JAILLOT, _Quartier du Luxembourg_, p. 63.]