Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 7/8)

Part 19

Chapter 193,383 wordsPublic domain

Jésus-Christ chassant les marchands du temple; par _Benedette_.

Judith; par _Valentin_.

Un Paysage; par _P. Bril_.

Le Déluge; par _Alexandre Véronèse_.

Magdeleine pleurant devant la croix; par _Le Guide_.

Le Déluge; par _Le Poussin_.

Une Vendange; par _J. Bassan_.

La Vierge au pilier; par _Le Poussin_.

Les Envoyés dans la Terre promise; par _Le Poussin_.

Moïse sauvé; par _Paul Véronèse_.

La Charité romaine; par _Le Guide_.

Saint Jérôme; par _Le Titien_.

La Cène; par _Tintoret_.

La Femme adultère; par _Lorenzo Lotto_.

Le Buisson ardent; par _Le Féti_.

Les Noces de Cana; par _Vandyck_.

Un Portrait; par _Holbein_.

Saint Pierre-ès-Liens; par _Peter-Neefs_ et _Poëlemburg_.

Suzanne et les vieillards devant Daniel; par _Valentin_.

Booz et Ruth; par _Le Poussin_.

L'Enlèvement des Sabines; par le même.

Le Christ au tombeau; par _J. Bassan_.

Le Jugement de Salomon; par _Valentin_.

Adam et Ève; par _Le Poussin_.

_Salle du Trône._

Le Portrait de Henri IV; par _Porbus_.

La Reine de Saba devant Salomon; par _Vleughels_.

Le Portrait de Henri IV; par _Jeannet_.

Abigaïl devant David; par _Vleughels_.

La Vierge et l'enfant Jésus; par _Mignard_.

La Magdeleine; par _Santerre_.

La Foi accompagnée de trois enfants; par _Mignard_.

L'Élévation de la croix; par _Lebrun_.

Diane au bain; par _de Troy fils_.

La Victoire tenant Louis XIII entre ses bras; par _Vouet_.

Marthe et Marie; par _La Fosse_.

Le Portrait de l'électeur de Bavière; par _Vivien_.

Le duc de Berri; par le même.

Louis XV dans sa jeunesse; par _Rigaud_.

Sainte Cécile; par _Mignard_.

Une Sainte Famille; par le même.

Esther devant Assuérus; par _Antoine Coypel_.

Ptolémée donnant la liberté aux Juifs; par _Noël Coypel_.

Solon expliquant les lois; par le même.

Alexandre-Sévère faisant distribuer du blé aux Romains; par le même.

Trajan donnant audience aux nations; par le même.

Le ravissement de saint Paul; par _Le Poussin_.

L'entrée de Notre-Seigneur dans Jérusalem; par _Le Brun_.

Une Bacchanale; par le même.

La Conquête de la Franche-Comté; par le même.

Un Paysage; par _Claude Le Lorrain_.

Une Marine; par le même.

Un Concert; par _F. Puget_.

Un Christ à la colonne; par _Le Sueur_.

La Présentation au Temple; par _Rigaud_.

La Trève de l'archiduc Albert avec la Hollande; par _Porbus_.

_Grande Galerie._

La Vierge jardinière; par _Raphaël_.

Herminie en bergère; par _Francesco Mola_.

La Vierge, saint Jean et les saintes femmes au pied de la croix; par _Paul Véronèse_.

Un Portrait d'homme; par _Antoine Moro_.

La Fuite en Égypte; par _Le Guide_.

Portrait du comte du Luc; par _Vandyck_.

La Vierge, l'enfant Jésus, saint Georges, sainte Catherine et saint Benoît; par _Paul Véronèse_.

Diane au bain; par _Le Titien_.

Notre Seigneur au tombeau; par le même.

Renaud et Armide; par _Le Dominiquin_.

L'Adoration des Mages; par _Paul Véronèse_.

Une Sainte Famille; par _André del Sarte_.

La Vierge Couseuse; par _Le Guide_.

Saint Georges combattant le dragon; par _Raphaël_.

Une Sainte Famille avec saint Michel; par _Léonard de Vinci_.

La Vierge au lapin; par _Le Titien_.

La Vie champêtre; par _Le Féti_.

Saint Michel; par _Raphaël_.

Une Sainte Famille; par _Le Guide_.

Le Mariage de sainte Catherine; par _Piètre de Cortone_.

La Continence de Scipion; par _Le Moyne_.

Le Père éternel dans sa gloire; par _L'Albane_.

L'Intérieur d'une église; par _Stenwick_.

Jupiter et Antiope; par _Le Corrège_.

La Sainte Famille; par _Raphaël_.

La Prédication de saint Jean; par _L'Albane_.

Saint Bruno dans le désert; par _Francesco Mola_.

Tobie prosterné devant l'ange; par _Rembrandt_.

Le Portrait d'un grand-maître de Malte; par _Michel-Ange de Caravage_.

Le Baptême de Notre-Seigneur; par _L'Albane_.

Un Concert; _par Le Dominiquin_.

Une Fête de village; par _Rubens_.

Une Pastorale; par le même.

Un Christ; par _Vandyck_.

Un Paysage; par _Berghem_.

Un autre; par le même.

Une Écurie; par _Wouwermans_.

Une Cavalcade; par le même.

Caune et Biblis; par _L'Albane_.

Apollon et Daphné; par le même.

La Vierge, Jésus, saint Jean et sainte Agnès; par _Le Titien_.

Les Vendeurs chassés du temple; par _Jordaens_.

Le Déluge; par _Augustin Carrache_.

SCULPTURES.

Sur les portes d'entrée du principal corps de bâtiment, trois bustes de marbre offrant les portraits de Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XIII.

Sur les frontons des pavillons, des statues couchées.

Le jardin du Luxembourg, très resserré d'abord et agrandi depuis par l'acquisition que fit Marie de Médicis d'une portion du terrain des Chartreux[192], étoit tombé, par la suite des temps, dans un état complet de délabrement. Du reste, il n'offroit rien de remarquable qu'un morceau d'architecture nommé _la Grotte_. Cette construction, qui existe encore, se compose d'une ordonnance de quatre colonnes toscanes, dont le fût est orné de congélations. Des trois entre-colonnements de cette grotte, celui du milieu est occupé par une niche à laquelle un attique, couronné d'un fronton circulaire, sert d'amortissement. Les deux petits entre-colonnements portent un fleuve et une naïade appuyés sur leurs urnes; dans la niche du milieu est une statue de nymphe[193].

[Note 192: Ce terrain s'étendoit jusqu'au bassin qui forme maintenant le milieu du parterre.]

[Note 193: _Voyez_ pl. 188.]

Le parterre est en face du château; le bois, formant plusieurs belles allées, s'étend, du côté droit, le long de la rue de Vaugirard[194].

[Note 194: Ce jardin a été, depuis la révolution, considérablement augmenté et embelli sous la direction de M. _Chalgrin_, architecte, auquel on doit aussi les améliorations, changements et augmentations dans le palais. De grands terrains y ont été ajoutés aux dépens des maisons voisines et de l'emplacement des Chartreux; et son intérieur, plus riant et plus agréable qu'autrefois, a été enrichi d'un grand nombre de statues. (_Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.)]

LE PETIT-LUXEMBOURG OU LE PETIT-BOURBON.

Cet hôtel, situé à côté du palais du Luxembourg, fut bâti par le cardinal de Richelieu, qui l'habita jusqu'à ce qu'on eût achevé le Palais-Cardinal qu'il faisoit construire. En le quittant, il en fit don à la duchesse d'Aiguillon sa nièce: cet édifice passa ensuite, à titre héréditaire, à Henri-Jules de Bourbon-Condé. La princesse Anne Palatine de Bavière, son épouse, l'ayant choisi pour sa demeure après la mort de ce prince, y fit faire des réparations et des augmentations considérables. On construisit, par ses ordres, et de l'autre côté de la rue, un hôtel pour ses officiers, ses cuisines, ses écuries, avec un passage sous la rue, servant de communication de l'un à l'autre édifice[195]. Ce palais a été successivement occupé par des princes et des princesses de la maison de Bourbon-Condé[196].

[Note 195: Ce second hôtel fut bâti sur l'emplacement de la maison vendue à Marie de Médicis par le duc de Pinei-Luxembourg.]

[Note 196: On a démoli cet hôtel, pour former, de ce côté, une entrée particulière au jardin. Les murs de pignons de cette entrée ont été restaurés suivant l'ordonnance générale du palais, et ce bel édifice se trouve maintenant, de toutes parts, isolé.]

COMÉDIE FRANÇOISE.

Si l'on veut remonter à la première origine des spectacles en France, on trouvera qu'ils se lient pour ainsi dire aux derniers spectacles des Romains. La barbarie des conquérants de la Gaule en bannit d'abord tous ces arts agréables que les maîtres du monde y avoient introduits: les joutes, les tournois, les combats à outrance les remplacèrent. Mais bientôt adoucis par leur mélange avec les vaincus, et par le luxe qui accompagne presque toujours la jouissance paisible d'un grand pouvoir, les vainqueurs recherchèrent des plaisirs que, jusque là, ils avoient dédaignés. Nous apprenons par Cassiodore que Clovis fit prier Théodoric, roi des Ostrogoths, de lui céder un pantomime qui excellait dans son art, et qui joignoit à ce talent celui de la musique. Bientôt les histrions, mimes, farceurs de toute espèce, se répandirent de la cour des rois dans les provinces; on couroit en foule à leurs spectacles, et ils charmèrent des spectateurs grossiers, principalement par l'indécence de leurs attitudes et par l'obscénité de leurs chansons. Cet abus de leur art les rendit infâmes; et une ordonnance de Charlemagne, conforme au décret du concile d'Afrique, déclara que leur témoignage ne seroit pas reçu en justice contre des personnes de condition libre. Cependant ils n'en furent ni moins goûtés ni moins recherchés; à certaines époques de cet âge, où le désordre de la société politique altéroit même les institutions les plus saintes et produisoit partout le relâchement des moeurs, ils s'introduisirent jusque dans les lieux les plus sacrés, dans les églises, dans les monastères[197], ce qui est prouvé par plusieurs ordonnances, dans lesquelles on est obligé de défendre aux évêques, abbés, abbesses, non seulement de recevoir dans leurs maisons des mimes et des farceurs, mais encore de se livrer à l'exercice personnel d'une si honteuse profession.

[Note 197: Il en resta long-temps des traces dans la fête scandaleuse connue sous le nom de _fête des Fous_, et qu'on doit regarder comme un reste déplorable des superstitions païennes. Au jour qui lui étoit consacré, des prêtres, des clercs, les uns travestis en femmes, les autres vêtus comme des bouffons, chantoient dans le choeur des vers obscènes, mangeoient des _soupes grasses_ sur l'autel, jouoient aux dés à côté du ministre tandis qu'il célébroit le sacrifice, infectoient l'église des ordures qu'ils faisoient brûler dans leurs encensoirs; et réunis à une foule de gens masqués qui accouroient de toutes parts dans l'église, dansoient, tenoient les propos les plus infâmes, imitoient les postures les plus indécentes. Poussant plus loin encore leurs bouffonneries sacriléges, ils élisoient des évêques, des archevêques et même un souverain pontife, auquel on donnoit le nom de _pape_ des fous, qui officioit pontificalement et donnoit sa bénédiction au peuple. Eudes publia, l'an 1198, un mandement à l'effet de réprimer des désordres si abominables; mais il y a grande apparence que son autorité échoua contre un usage qui charmoit un peuple superstitieux et grossier, car la _fête des Fous_ subsistoit encore deux cent quarante ans après, comme le prouve la censure de la faculté de théologie de Paris, en date du 12 mars 1444. Il fallut ce long espace de temps et touts la vigilance des prélats et de la partie la plus saine du clergé pour déraciner enfin cet opprobre du christianisme.]

La poésie provençale, s'introduisant à la cour de France sous les auspices de la princesse Constance, seconde femme du roi Robert, donna l'idée d'un plaisir plus noble et plus délicat. Effacés par les troubadours, les histrions eurent le bon esprit de prendre pour modèles leurs ingénieux rivaux. On vit paroître en France, sur les théâtres, une action renfermée dans un récit composé de chant et de déclamation. Ce nouveau genre de spectacle, qui demandoit le concours des poètes, des acteurs et des musiciens, réunit entre eux les _troubadours_, qui récitoient leurs vers, les _musiciens_, qui chantoient leurs romances, et les _jongleurs_ ou _ménestrels_, qui les accompagnoient avec des instruments. Appelés dans les palais des rois, où ils étoient comblés de caresses et de présents, devenus nécessaires dans toutes les fêtes dont ils étoient le plus bel ornement, les nouveaux histrions se relevèrent du mépris où étoient tombés leurs prédécesseurs. Ils formèrent, dans les grandes villes, un corps particulier, de même que toutes les autres professions autorisées par le gouvernement, et vécurent ainsi réunis sous la direction d'un chef, ou, comme on s'exprimoit alors, d'un _roi_, chargé de maintenir l'ordre dans leur petite société. Plusieurs souverains ne dédaignèrent pas même de leur donner des statuts.

Ils jouirent ainsi pendant long-temps du privilége presque exclusif d'amuser les princes et la nation; et sans parler ici de cette foule de poésies inventées par les Trouvères et Troubadours, sous les noms de _chant_, _chanterel_, _chanson_, _son_, _sonnet_, _layz_, _depport_, _soulas_, _pastorales_, _tensons_, etc., on voit aussi, dans ce premier âge des lettres gauloises, des tragédies historiques et des drames satiriques, ou comédies, que les rois et seigneurs de châteaux faisoient jouer publiquement dans leurs cours et souvent avec une grande magnificence. Malheureusement pour eux, les auteurs de ces poésies dramatiques ne gardèrent point, dans leurs compositions, la mesure que sembloit leur prescrire la dépendance où ils étoient d'un si grand nombre de souverains: ils s'oublièrent jusqu'à représenter sur le théâtre les détails les plus secrets de la vie privée de plusieurs grands personnages; les crimes et les foiblesses de Jeanne, reine de Naples et de Sicile, n'échappèrent point à leur malignité, et cette hardiesse, jusqu'alors inouïe à l'égard d'une tête couronnée, causa leur perte. _Alors défaillirent les Mécènes et défaillirent aussi les poëtes_, dit Nostradamus.

Les jongleurs, retombés dans toute la bassesse de leur ancienne condition, furent, depuis ce temps, à peine tolérés dans les villes; et l'on trouve qu'à Paris ils étoient tous réunis, comme les juifs et les courtisanes, dans une rue, à laquelle ils avoient donné leur nom[198]; et qu'on y alloit louer ceux dont on pouvoit avoir besoin dans les fêtes ou assemblées de plaisir.

[Note 198: La rue des _Ménétriers_.]

Long-temps auparavant, et lorsque les jongleurs et ménétriers étoient encore florissants, on avoit déjà vu paroître une espèce fort singulière de comédiens, qui devoit un jour les remplacer, et peut-être exciter encore un plus grand enthousiasme. Les croisades occupoient alors tous les esprits: l'imagination ardente des chrétiens de l'Europe se faisoit des objets de vénération de tous ceux qui échappoient à ces entreprises hasardeuses et lointaines; et s'exagérant encore les dangers très réels qu'on y couroit, la force et la férocité des ennemis qu'il y falloit combattre, le peuple écoutoit avec avidité, et croyoit sans examen toutes les merveilles les plus absurdes qu'on pouvoit en raconter. Pour accroître encore des dispositions si favorables, les croisés qui revenoient de la Palestine étoient dans l'usage de parcourir les villes, vêtus de l'habit de pèlerin, chantant des cantiques spirituels et récitant les singularités ou les miracles des diverses contrées qu'ils avoient visitées. Isolés d'abord, ils formèrent bientôt de petites troupes et imaginèrent de donner à leurs récits une forme dramatique, en les coupant en dialogues ou versets, que chacun d'entre eux déclamoit ou chantoit à son tour. Ces spectacles se donnoient dans les rues, quelquefois sur des échafauds dressés dans les carrefours ou sur les places publiques; et ce fut seulement en 1398 qu'une société de ces pieux histrions, parmi lesquels on comptoit, dit-on, quelques bourgeois de Paris, conçut le projet de donner une forme plus régulière à ces spectacles bizarres, et de mettre plus de magnificence dans leur représentation. Telle fut l'origine des _confrères de la Passion_. Nous avons déjà fait connoître le lieu qu'ils choisirent pour leurs premiers essais, le mystère qui y fut représenté, les obstacles qu'il leur fallut combattre, le succès prodigieux qu'ils obtinrent, leur transmigration de l'abbaye Saint-Maur à l'hôpital de la Trinité, que l'on peut considérer comme le berceau de la scène françoise, de là à l'hôtel de Flandre, et enfin à l'hôtel de Bourgogne, dont ils devinrent les propriétaires, et qui vit cesser presque aussitôt leurs spectacles, après cent cinquante ans d'existence[199]. Il convient peut-être de donner ici quelque idée de ce nouveau genre de composition dramatique.

[Note 199: _Voyez_ tome 2, 1re partie, p. 495.]

Il n'offroit, comme on peut bien l'imaginer, ni unité d'action, ni unité de lieu, ni dessein, ni invention, ni conduite, enfin aucunes traces des règles du théâtre. Un de ces mystères, parmi ceux que le temps a laissé parvenir jusqu'à nous, se compose de cinq journées, subdivisées en une multitude infinie d'actions et de scènes écrites généralement d'un style plat et barbare, entièrement dépourvues d'intérêt, quelquefois même de sens commun[200], mais offrant des tableaux qui devoient émouvoir fortement un peuple ignorant et dévot, et par intervalles, des morceaux écrits avec une grâce naïve, qui pouvoient satisfaire même les personnes d'un goût délicat. Les vraisemblances n'étoient pas plus ménagées pour les yeux que pour les oreilles: la décoration du théâtre restoit toujours la même depuis le commencement jusqu'à la fin; tous les acteurs paroissoient à la fois, quelque nombreux qu'ils fussent, et une fois qu'ils étoient entrés sur la scène, n'en sortoient plus qu'ils n'eussent achevé leur rôle, ce qui semble d'abord impossible, si l'on n'a pas quelque idée de la construction de ce théâtre. L'avant-scène y avoit à peu près la même forme que dans nos théâtres actuels, mais le fond en étoit bien différent. Il étoit occupé par plusieurs échafauds placés les uns au-dessus des autres, et que l'on nommoit _établies_. Le plus élevé représentoit le paradis; celui qui étoit immédiatement au-dessous, l'endroit le plus éloigné du lieu de la scène; le troisième en descendant, le palais d'Hérode, la maison de Pilate, et ainsi des autres, suivant le mystère qu'on représentoit. Sur les parties latérales de ce même théâtre étoient pratiqués des gradins en forme de chaire; c'étoit là que les acteurs s'asseyoient lorsqu'ils avoient joué leur scène, ou qu'ils attendoient leur tour à parler. Ainsi, au moment même où le mystère commençoit, les spectateurs avoient sous les yeux tous ceux qui devoient y paroître; c'étoit là tout l'artifice; on n'y entendoit pas d'autre finesse, et un acteur étoit censé absent dès qu'il s'étoit assis. À la place de ces trappes, au moyen desquelles on descend aujourd'hui sous la scène, l'enfer étoit représenté par la gueule d'un énorme dragon, laquelle s'ouvroit et se refermoit pour laisser entrer et sortir les diables. Que l'on ajoute à cela une espèce de niche avec des rideaux, formant une chambre où se passoient les choses qui ne devoient pas être vues du public, telles que l'accouchement de sainte Anne, de la Vierge, etc., et l'on aura une idée assez complète de l'appareil théâtral des confrères de la Passion.

[Note 200: L'action duroit souvent un demi-siècle, et quelquefois davantage. Jésus-Christ prononçoit des sermons moitié françois, moitié latins; s'il donnoit la communion aux apôtres, c'étoit avec des hosties. Dans sa transfiguration sur le mont Thabor, on le voyoit paroître entre Moïse et le prophète Élie, en habit de Carme. Sainte Anne et la Vierge accouchoient dans une alcôve pratiquée sur le théâtre: on avoit soin seulement de tirer les rideaux du lit. Si les auteurs de ces pièces monstrueuses inventoient quelque épisode, il se ressentoit de leur grossière ignorance. Par exemple, Judas tuoit le fils du roi de _Scarioth_, à la suite d'une querelle qu'il avoit prise avec lui en jouant aux échecs; il assommoit ensuite son père, et devenoit le mari de sa mère, ce qui produisoit une reconnoissance et des fureurs. Mahomet, dont on faisoit mention sept cents ans avant sa naissance, étoit compté parmi les divinités du paganisme. Le gouvernement de Judée vendoit les évêchés à l'enchère. Satan prioit Lucifer de lui donner sa bénédiction. Les diables, les satellites des tyrans, les bourreaux, les archers, les voleurs, étoient ordinairement les personnages plaisants de ces compositions dramatiques.]

Tandis que ces pieux associés continuoient ainsi à amuser et à édifier, tout à la fois, le bon peuple de Paris, une troupe folâtre de jeunes gens des meilleures familles de la ville, unis entre eux par le goût du plaisir et par le penchant à la raillerie, créoient, en concurrence avec eux, un nouveau genre de spectacle, dont la gaieté faisoit les frais, et dans lequel ils offroient à la risée des spectateurs les extravagances humaines, les aventures scandaleuses du jour, et les ridicules de leurs contemporains. Ils se nommèrent eux-mêmes les _Enfants sans souci_[201]; leur chef prit le titre de _prince des sots_, et ils donnèrent à leur drame celui de sottises. À la fois auteurs et acteurs dans ces nouvelles _attellanes_, ils firent construire aux halles un théâtre, où ils charmèrent la cour et la ville par ces ingénieux badinages. Des lettres patentes de Charles VI confirmèrent la _joyeuse institution_; et le prince des sots fut reconnu monarque de l'empire qu'il venoit de fonder. Un capuchon, surmonté de deux oreilles d'âne, devint l'attribut de sa royauté; et tous les ans il fit son entrée à Paris, suivi de ses burlesques sujets.

[Note 201: Clément Marot composa, dit-on, des pièces pour les Enfants sans souci, et partagea leurs amusements. Louis XI les honoroit d'une protection particulière, et assistoit souvent à leurs spectacles. Les guerres civiles qui survinrent ensuite jetèrent de l'amertume et de l'aigreur dans ces jeux d'esprit, et convertirent les acteurs en factieux. Les plus modérés abandonnèrent alors cette société, qui ne fut plus composée que de libertins et de gens perdus de réputation.]

Vers le même temps, les clercs des procureurs du parlement, connus sous le nom de _Bazochiens_[202], inventèrent une autre espèce de drame, qui fut désigné sous le nom de _moralité_. C'étoit un mélange d'êtres purement allégoriques, mêlés avec des personnages vivants, mélange dont ils reconnurent bientôt la froideur et l'insipidité, de manière que, pour rendre leurs spectacles plus piquants, ils transigèrent avec les Enfants sans souci, qui leur permirent de représenter des _sottises_ et des farces, et reçurent en échange la liberté d'introduire des _moralités_ sur leur théâtre. On abandonna les mystères pour ces spectacles, plus variés et plus piquants, de manière que les confrères, pour rappeler à leur théâtre le public que leur enlevoient les Enfants sans souci, se virent forcés de les admettre à jouer de concert avec eux. Les scènes pieuses se trouvèrent alors entrecoupées d'intermèdes profanes et de bouffonneries, ce qui fut appelé le _jeu des pois pilés_. Telles étoient les extravagances bizarres qui, pendant long-temps, firent les délices de nos aïeux. Toutefois il ne faut point oublier que toutes ces associations ou confraternités étoient composées de personnes libres, qui n'avoient d'autre but que de s'amuser ou de s'édifier. On ne voit point à cette époque de comédiens de profession établis à Paris; et si quelques uns tentèrent d'y fixer leur demeure, les confrères de la Passion, en vertu de leur priviléges, eurent toujours le pouvoir de les en faire sortir.