Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 46
Assès tôt trouva Sacalie, Et la petite Bouclerie, Et la grand Bouclerie après, Et Hérondale tout emprès.
[Note 643: Reg. de la Temp. de Notre-Dame.]
[Note 644: T. I, p. 118.]
La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la _Petite-Bouclerie_ est celle dont il s'agit ici, et que la _grande_ est la rue _Mâcon_, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au coin de la rue de l'Hirondelle.
On trouve la _petite Boucherie_ désignée encore sous le nom de la _vieille Bouclerie_. Jaillot pense que ce n'est point une faute d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite depuis du _Pont-Saint-Michel_, laquelle n'existoit point encore. Quant à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de _Bouclerie_ vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle n'est appuyée sur aucune preuve.
_Rue Bout-de-Brie._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes, _Bourg-de-Brie_, _Bout-de-Brye_, _Bouttebrie_, _du Bourc-de-Brie_, _Boudebrie_, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit _Erembourg_ ou _Eremburge de Brie_, _vicus Eremburgis de Briâ et de Bratâ_ en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de _rue des Enlumineurs_, sans doute à cause de ceux qui s'y étoient établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux derniers noms[645].
[Note 645: Sauval, t. III, p. 625.]
_Rue des Trois-Chandeliers._ On nomme ainsi une des descentes de la rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie. Sauval[646], confondant cette rue avec une autre, qui lui est parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue _Berthe_, et rue et port _aux Bouticles_. Ce dernier nom lui venoit des boutiques ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le poisson. On l'appela ensuite _Bertret_ par corruption. Depuis ce temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue _Chandelière_[647]. Enfin elle prit le nom _des Trois-Chandeliers_, de l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin[648].
[Note 646: T. I, p. 123.]
[Note 647: Hist. de Par., t. V, p. 187.]
[Note 648: Sauval, t. II, p. 125.]
_Rue du Chat-qui-Pêche._ Elle commence à la rue de la Huchette, et aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en 1540, ruelle _des Étuves_; on la trouve aussi désignée sous le nom de rue de Renard[649].
[Note 649: Entre cette rue et la précédente on voyoit encore, à la fin du siècle dernier, une ruelle ou descente à la rivière, fermée par une porte à son entrée dans la rue de la Huchette; elle se nommoit rue des _Trois-Canettes_, et se trouve sur le plan de Boisseau sous le nom _du Harpeur_. Elle étoit peu connue, parce qu'elle ne servoit qu'à l'écoulement des eaux et des immondices. En 1767 la maison voisine de cette ruelle s'étant écroulée, on revint au projet déjà conçu de construire un quai le long de la rivière, entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Il fut ordonné en conséquence que la rue des Trois-Canettes seroit supprimée, et celle des Trois-Chandeliers élargie jusqu'à douze pieds dans toute sa longueur; ce qui fut exécuté.]
_Rue Christine._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France, seconde fille de Henri IV.
_Rue du Cloître-Saint-Benoît._ Elle donne d'un bout dans la rue des Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la rue Saint-Jacques. (Voyez _rue des Mathurins_.)
_Rue de Cluni._ Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot l'appelle rue à _l'abbé de Cluni_.
_Rue Contrescarpe._ Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue _de Basoche_.
_Rue des Cordeliers._ Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue des _Cordèles_, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter[650]. En 1304, un acte la présente sous celui de rue _Saint-Cosme et Saint Damian_. Elle finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.
[Note 650: Sauval dit qu'en 1255, époque de la fondation du collége des Prémontrés, on la nommoit _rue aux Étuves_. Il se trompe: cette dénomination étoit celle d'une rue qui ne subsiste plus aujourd'hui, et qui passoit de la rue des Cordeliers à la rue Mignon, dont elle faisoit la continuation, entre le collége de Bourgogne et la maison des Prémontrés. (JAILLOT.)]
_Rue des Cordiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot, qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y filer du chanvre. Guillot l'appelle rue _as Cordiers_. Il y a quelque apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.
_Rue Dauphine._ Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie, Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain, fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.
_Rue de l'Éperon._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue _Gaugain_, _vicus Galgani_. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue _Cauvain_. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye, dans lesquels on lit _Gongan_, _Gongain_, _Gongaud_, _Gorigand_, etc. Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve désignée rue _Chapron_, _de Chaperon et Chapon_; enfin, dans le procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms viennent de plusieurs enseignes.
[Note 651: Arch. de l'abb. S. Germ.]
_Rue du Foin._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue _O Fain_; _de la Fennerie_ en 1332; _au Foin_ en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383, on la trouve aussi sous la dénomination de rue _aux Moines de Cernai_, parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.
[Note 652: Sauval, t. I, p. 135.]
_Rue Gilles-Coeur._ Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de _Gilles-Queux_, _Gui-le-Queux_, et, peut-être, par faute de copiste, _Gui-le-Preux_. Jaillot observe que ce nom de _Gui-le-Queux_ a été aussi donné à la rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité par Sauval, lui donne le nom de _Gui-le-Comte_. Ceux de _Gilles-le-Coeur_ et de _Gist-le-Coeur_ sont évidemment des fautes de copistes.
[Note 653: Ce nom de _Queux_ signifie, en vieux françois, _cuisinier_; mais personne n'ignore que la charge de _Grand-Queux_ étoit chez le roi une des premières de la couronne. Les Châtillon se sont fait un honneur de la posséder.]
_Rue de la Harpe._ Elle commence au bout de la rue de la Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce nom, _vicus Cithare_[654]. Dix ans après on la trouve sous celui _de la Juiverie_; la rue _des Juifs_, _domus in Judearia ante domum Cithare_, _vicus Judeorum_[655]; en 1262, _vetus Judearia_[656]. On l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270 le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue _du Harpeur_; toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque sous le nom de _la Harpe_: _in vico de Citharâ_ en 1270, et _vicus Harpe_ en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à droite, au-dessus de la rue Mâcon.
[Note 654: Past. A, p. 793.]
[Note 655: Nécrol. de N. D. au 31 mars et 25 avril.]
[Note 656: Archiv. de S. Germ. des Prés.]
Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe ou de la _Herpe_ depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la nommoit tantôt rue _Saint-Côme_, tantôt rue aux _Hoirs d'Harecour_[657]. Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore dans le procès-verbal de 1636[658].
[Note 657: Lebeuf, t. II, p. 567.]
[Note 658: Hist. de Par., t. IV, p. 133.]
_Rue Hautefeuille._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette rue doive son nom à un château _de Hautefeuille_, lequel appartenoit, dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en 1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers. Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend aux religieux de jouer à la paume sous _la Haute-Feuillé_.
[Note 659: Huon de Bordeaux, dans son roman, l'appelle _Amauri de Hautefeuille_, et dit qu'il étoit neveu de Ganelon.]
[Note 660: Corroz., fol. 79, vº.--Belleforest, Ann. p. 889.--Du Breul, p. 500.--Hist. de Par., t. I, p. 261.]
Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit _rue Saint-André_ et _du Chevet-Saint-André_. Au commencement du quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le nom de _la Barre_[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662].
[Note 661: Arch. de S. Germ. des Prés, A. 3, 4, 5.--Terrier de 1523, fol. 138 et suiv.]
[Note 662: _Ibid._, fol. 237, vº.]
_Rue de l'Hirondelle._ Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Coeur, de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de diverses manières dans différents actes; en 1200, rue _d'Arrondale en Laas_, et _d'Arondelle en Laas_ en 1222; en 1263, _d'Hirondale_; dans Guillot, _d'Hérondale_; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.
_Rue de la Huchette._ Cette rue commence au carrefour que forment la place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée d'abord rue de _Laas_; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année 1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de _la Huchette_, qui probablement venoit de quelque enseigne.
_Rue de Hurepoix._ Elle aboutissoit d'un côté au quai des Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de _Seine-allant-aux-Augustins_. En 1636 on l'appeloit rue du _Quai-des-Augustins_. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où venoient loger les marchands du Hurepoix[663].
[Note 663: Cette rue vient d'être abattue du côté de la rivière pour la construction d'un nouveau quai.]
_Rue du Jardinet._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom _des Petits-Champs_; ce nom fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de _l'Escureul_ et des _Escureux_; enfin rue du _Jardinet_; peut-être, dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme, compris entre cette rue et celle du Battoir[664].
[Note 664: En face de cette rue est le cul-de-sac appelé de la _cour de Rouen_, ainsi nommé parce que l'hôtel de l'archevêque de Rouen y étoit situé.]
_Rue Mâcon._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.
_Rue de l'Abreuvoir-Mâcon._ C'est une descente du carrefour des rues Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue. Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272[665].
[Note 665: On a démoli plusieurs maisons de cette rue pour agrandir la place Saint-Michel.]
_Rue des Maçons._ Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du _Palais-au-Terme_, autrement des _Maçons_. Le premier de ces noms appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux qui s'y sont établis. Piganiol l'appelle seul rue _aux Bains_ et _aux Étuves_.
Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un bourgeois nommé _Le Masson_, lequel y demeuroit au commencement du treizième siècle. On trouve, en 1254, _vicus Cementariorum_[666], et dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, _vicus Lathomorum_. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.
[Note 666: Cartul. Sorbon., fol. 55.]
_Rue des Mathurins._ Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien qui y sont situés, le nom de rue du _Palais-du-Therme_, du _Palais-des-Thermes_; en 1220, _vicus de Termis_, _de Terminis_. Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue _des Bains_ ou _des Étuves_. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé en la désignant sous celui de rue _Saint-Mathelin_, qui alors étoit effectivement synonyme de _Mathurin_. C'est à la partie de la rue Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous parlons est encore nommée rue du _Palais-du-Therme_ et rue du _Palaix_ dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles qu'on lui a donné sa dernière dénomination[667]. Vis-à-vis des Mathurins est une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot croit le reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année 1243, sous le nom de _vicus Andriæ_ DE MACOLIS; elle est indiquée _rue d'André-Machel_ dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond avec l'ancien cloître sous le nom commun de rue _du Cloître-Saint-Benoît_.
[Note 667: Il y avoit autrefois près de l'église des Mathurins un cul-de-sac qui la séparoit du palais des Thermes, et qui portoit le nom de _Coterel_ ou _Cocerel_.]
_Rue Mignon._ Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue _des Petits-Champs_. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au collége du même nom dont nous avons déjà parlé.
_Rue de l'Observance._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la principale porte des Cordeliers, dits de _l'Observance_, qui y étoient situées.
_Rue du Paon._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle le portoit dès 1246[668]. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de rue de l'_Archevêque-de-Reims_[669], lequel ne convient qu'au cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré[670].
[Note 668: Cart. de Sorbon., fol. 132.]
[Note 669: T. II, p. 77.]
[Note 670: Ce cul-de-sac n'existe plus, de même que l'hôtel, lequel occupoit l'espace compris entre les rues de Hautefeuille, du Jardinet, du Paon et du cul-de-sac même où il étoit situé.]
_Rue de la Parcheminerie._ Elle traverse de la rue Saint-Jacques à celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit rue _des Écrivains_, _vicus Scriptorum_ en 1273[671]. Guillot l'appelle rue _as Écrivains_. Comme le parchemin étoit la seule matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et l'on trouve en 1387 _vicus Pergamenorum_[672], et dans tous les titres du siècle suivant, rue _des Parcheminiers_ et de la _Parcheminerie_.
[Note 671: Cart. Sorb. 1273-1279.]
[Note 672: Comp. des heures du chap. N. D.]
_Rue Pavée._ Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au seizième on l'appeloit _rue Pavée-d'Andouilles_, dénomination dont l'origine est entièrement inconnue.
_Rue Percée._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262, 1266 et 1277, sous le nom de _vicus Perforatus_. Dans plusieurs actes du siècle suivant, elle est nommée rue _Percée_, dite _des Deux-Portes_.
_Rue Pierre-Sarrasin._ Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de 1511[673] elle est appelée rue _Jean-Sarrasin_; mais elle ne tarda pas à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.
[Note 673: Sauval, t. III, p. 555.]
_Rue des Poirées._ Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un retour d'équerre, sous le nom de rue _Neuve-des-Poirées_, elle vient aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit _Thomas_ et ensuite _Guillaume-d'Argenteuil_; c'est ainsi qu'elle est indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne[674]. On trouve ensuite _vicus ad Poretas_ en 1264, et _vicus Poretarum_ en 1271. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit reçu populairement le nom de rue _aux Écoliers-de-Rhétel_, à cause du collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la trouve désignée sous celui de rue _Porée_, _des Porées_ et _des Poirées_.
[Note 674: Fol. 13, 14, 28, 116, etc.]
_Rue des Poitevins._ Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en 1253, rue _Gui-le-Gueux_, ensuite _Gui-le-Queux_ dite _des Poitevins_, enfin simplement _des Poitevins_ en 1288. Plusieurs auteurs tels que Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment _Ginart-aux-Poitevins_ et _Gerard-aux-Poitevins_; deux titres de 1356 l'appellent _Guiard-aux-Poitevins_[675].
[Note 675: Manusc. de S. Germ., C. 454. La partie de cette rue qui aboutit à celle du Battoir étoit indiquée, au commencement du quinzième siècle, sous le nom grossier et ridicule de _rue du Pet_, en 1560 _rue du Petit-Pet_, et _du Gros-Pet_ en 1636.]
_Place du Pont-Saint-Michel._ Elle est située à l'extrémité du quai des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir pour faire _vin et verjus_; et c'étoit sur cette place que se faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été transportés sur la place du Châtelet.
_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités. Elle le portoit des 1450.
_Rue Poupée._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée sous le nom de _Popée_[676]; en 1300 on l'appeloit _Poupée_, et depuis, par altération ou par faute de copiste, _Poinpée_ et _Pompée_.
[Note 676: Arch. de S. Germ.]
_Rue Neuve-de-Richelieu._ Elle conduit de la rue de la Harpe à la place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été quelquefois désignée sous les noms de rue _des Thrésoriers_ et _de Sorbonne_.
_Rue de Savoie._ Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des Grands-Augustins.
_Rue Serpente._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue _de la Serpente_ et _vicus Serpentis_. Guillot écrit, pour la rime, _de la Serpent_.
_Rue Saint-Séverin._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue _Colin-Pochet_, autrement dite _Saint-Séverin_[677].