Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 45
Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.
_Hôtel des comtes de Mâcon_ (rue de Mâcon).
Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.
_Hôtels divers_ (rue Hautefeuille).
On y remarquoit, 1º l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2º une maison au coin de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3º une troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et la salamandre, devise ordinaire de François Ier.
_Maisons diverses_ (rues du Foin et Serpente).
Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.
_Hôtel de Tours_ (rue du Paon).
Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la révolution.
_Hôtel de l'archevêque de Rouen_ (cul-de-sac de la cour de Rouen).
Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.
_Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée_ (rue des Cordeliers).
Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le _fief du couvent_.
_Hôtel des comtes de Harcour_ (rue des Maçons).
À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la cour de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.
_Le Parloir aux Bourgeois_ (rue de la Harpe).
Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une salle construite au-dessus de la porte de la ville située à l'extrémité de cette rue.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Cluni_ (rue des Mathurins).
Le palais des Thermes, dont nous avons déjà décrit le beau débris que l'on voit encore dans la rue de La Harpe, s'étendoit aussi dans la rue des Mathurins. Au treizième siècle il fut détruit et divisé en plusieurs parties. Celle qui régnoit sur cette rue fut acquise en 1243, d'abord par Raoul de Meulent, ensuite par Robert de Courtenai. Au commencement du quatorzième siècle, un de ses descendants, Jean de Courtenai, la vendit à l'évêque de Bayeux. Elle fut ensuite acquise par Pierre de Chalus, évêque de Cluni, quoiqu'il eût déjà une maison à la porte Saint-Germain et un logement au collége de Cluni. Enfin cet hôtel fut entièrement rebâti, suivant Jaillot, en 1490[628], par les soins de Jacques d'Amboise[629], abbé du même monastère, évêque de Clermont, etc. Cet édifice, qui existe encore en entier, et qui est bien conservé, nous semble un des monuments gothiques les plus élégants de la capitale, et mérite d'être visité par les curieux. Le portail et les croisées en sont couverts de sculptures très-délicatement travaillées; la chapelle, située au premier étage sur le jardin, offre une construction remarquable et singulière: la voûte, très-chargée de sculptures, est soutenue par un seul pilier de forme octogone élevé au milieu, et auquel viennent aboutir toutes les arêtes. Sur les murs de cette chapelle, qui peut avoir vingt à vingt-deux pieds carrés, étoient placés, en forme de mausolées, les portraits de la famille de Jacques d'Amboise, entre autres celui du cardinal; ils étoient la plupart à genoux, habillés suivant le costume du temps. Le fond étoit décoré d'un groupe de quatre figures représentant saint Jean, Joseph d'Arimathie et la Vierge qui pleure sur le corps de son fils. Le piédestal de ce groupe servoit d'autel[630].
[Note 628: Germain Brice place cette reconstruction en 1505.]
[Note 629: Il étoit neveu du fameux cardinal Georges d'Amboise, le ministre chéri de Louis XII. Les murailles offrent de toutes parts les armes de sa famille, ainsi que le bourdon et les coquilles, attributs de saint Jacques, son patron.]
[Note 630: Toutes ces figures ont été détruites pendant la révolution. Cette chapelle sert maintenant à des cours particuliers de pharmacie.]
À droite, une tour octogone renferme un très-bel escalier à vis, bien appareillé, d'une coupe heureuse, qui conduit aux divers appartements. Sur les murailles de la cour, on montroit autrefois le diamètre de la fameuse cloche de Rouen appelée _Georges d'Amboise_, et l'on prétendoit même que c'étoit dans cette cour qu'elle avoit été jetée en fonte.
_Hôtel de Henri de Marle_ (rue du Foin).
Dans cette rue, et au coin de celle de Bout-de-Brie, est un hôtel dont la façade n'annonce rien de remarquable, mais dont la porte offroit jadis un écusson qu'il est nécessaire de décrire: le champ en étoit d'azur, à deux faces d'or, accompagnées de six besants de même, trois en chef, deux en coeur et un en pointe. Ces mêmes armoiries se trouvoient répétées aux deux côtés d'un autre grand écusson sculpté sur la porte intérieure, lequel portoit trois _C_ ou croissants entrelacés, surmontés d'une couronne royale. Enfin, au-dessus de cet écusson, on en voyoit un troisième offrant l'écu de France à trois fleurs de lis, soutenu par deux anges, et surmonté de la couronne royale. Une ancienne tradition, qui s'est perpétuée jusque dans le siècle dernier, présentoit cette maison «comme un ancien palais élevé par Henri II, et désigné dans le quartier sous le nom d'_hôtel de la Reine-Blanche_, parce qu'après la mort de ce prince il avoit appartenu à son épouse Catherine de Médicis, qui demeura veuve pendant trente ans, depuis l'an 1559 jusqu'à l'an 1589.»
Jaillot, qui combat cette tradition, convient en effet qu'indépendamment des divers hôtels qui ont reçu le nom de la _Reine-Blanche_, pour avoir appartenu à Blanche de Castille, veuve de Louis VIII, à Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, à Blanche d'Évreux, veuve de Philippe de Valois, l'usage étant de donner aussi le nom de _Reines-Blanches_ à toutes les veuves de nos rois, parce qu'elles portoient le deuil en blanc, il ne seroit pas impossible qu'un hôtel eût tiré son nom de cette dénomination singulière; mais cet usage avoit été aboli par Anne de Bretagne, qui la première porta le deuil en noir à la mort de Charles VIII, et par conséquent ne peut trouver son application à l'occasion de Catherine de Médicis. Quant aux armes contenues dans le premier écusson, ce sont celles de Martin Fumée, fils du garde des sceaux, qui étoit propriétaire de cette maison en 1541. Si Henri II, qui ne commença à régner qu'en 1547, en eût fait l'acquisition, peut-on supposer qu'il y eût fait sculpter le chiffre de la duchesse de Valentinois sans y ajouter le sien? eût-il surmonté un pareil écusson de la couronne royale? ce prince ou Catherine de Médicis y auroient-ils laissé subsister les armes des sieur et dame Fumée? etc., etc. N'est-il pas plus probable que Martin Fumée, fils d'un garde des sceaux, occupoit à la cour quelque place distinguée, soit qu'il fût attaché au service de la reine Claude, première femme de François Ier, soit qu'il fût un des officiers de Catherine de Médicis, nouvellement mariée au Dauphin; et que dans la reconstruction de sa maison il aura voulu perpétuer le souvenir d'une situation honorable en faisant sculpter ces trois _C_ en différents endroits et sur l'écusson même de ses armes? Ce sont là sans doute de simples conjectures; mais ce qui est sans réplique, c'est que M. Rousseau, ancien conseiller aux eaux et forêts, à qui cette maison appartenoit en 1772, communiqua à ce critique une liste suivie des anciens propriétaires depuis cinq cents ans, dans laquelle il n'y avoit ni rois ni reines.
Cet hôtel est désigné dans quelques titres sous le nom de Henri de Marle, maître des requêtes, qui le possédoit en 1540. Par la même raison il portoit, au dix-septième siècle, le nom d'hôtel de Bourlon[631].
[Note 631: Les armoiries ont été effacées. Il ne reste plus d'autres ornements que deux colonnes et quelques sculptures qui accompagnent une porte intérieure, et dont le style annonce le siècle de François Ier.]
_Chambre royale et syndicale des Libraires et Imprimeurs_ (rue du Foin).
L'imprimerie, inventée et pratiquée en Allemagne vers le milieu du quinzième siècle, ne tarda pas à s'introduire en France. Dès 1470 Guillaume Ficher et Jean Heynlin de La Pierre, docteurs de Sorbonne, firent venir d'Allemagne Ulric Géring, imprimeur, et ses deux associés, Martin Krantz et Michel Friburger, et leur donnèrent dans la Sorbonne même un emplacement où ceux-ci établirent leurs presses. Ainsi la première imprimerie qui ait existé à Paris et dans la France a eu son berceau dans l'asile même des sciences dont elle devoit accroître le domaine et faciliter l'étude.
Les inconvénients de cet art nouveau, plus grands peut-être que ses avantages, ne tardèrent pas à se faire sentir. L'impiété et la débauche, qui jusqu'alors avoient été forcées de se cacher dans l'ombre, parce qu'elles n'auroient pu sans danger se montrer au grand jour, profitèrent bientôt des ressources qu'offroit l'imprimerie pour répandre dans la société leurs maximes empoisonnées. Le mal fut si rapide, et devint si extrême, que, dès le siècle suivant, le gouvernement jugea nécessaire d'exercer la police la plus rigoureuse non-seulement sur les livres qui s'imprimoient en France, mais encore sur tous ceux qu'on y faisoit venir de l'étranger. Une ordonnance de Henri II, datée du 27 juin 1551, «défend à tous libraires, imprimeurs et vendeurs de livres, d'ouvrir aucunes balles de livres qui leur seroient apportées de dehors, s'ils n'eussent été vus et visités.» On choisit d'abord pour cet examen des personnes hors du corps de la librairie; ensuite on en chargea les libraires eux-mêmes, ainsi qu'il est constaté par un arrêt du parlement du 15 février 1611, qui ordonne que «les livres apportés en la ville de Paris seroient vus et visités par les syndics et adjoints de la communauté en la manière accoutumée.»
La visite se faisoit d'abord chez les libraires mêmes qui avoient reçu les balles; mais, comme il n'étoit pas toujours possible de remplir cette formalité à l'instant même de la réception, et que le moindre délai pouvoit amener des inconvénients, on résolut d'établir un lieu de dépôt où les balles seroient d'abord apportées et visitées avant d'être remises à leurs propriétaires. Ce dépôt fut d'abord placé, en 1617, dans les bâtiments du collége royal. On le voit ensuite transféré successivement au collége de Cambrai jusqu'en 1679; dans des bâtiments qui touchoient le couvent des Mathurins jusqu'en 1726; enfin dans une maison appartenant à ces religieux, et située rue du Foin, vis-à-vis l'hôtel dont nous avons parlé dans l'article précédent[632].
[Note 632: Cette maison est maintenant habitée par des particuliers.]
C'étoit dans cette chambre que, deux fois par an, on apportoit de la douane toutes les balles de livres et estampes qui arrivoient à Paris. Elles y étoient ouvertes et visitées gratuitement par les syndics et adjoints, en présence de deux inspecteurs de la librairie. La communauté y tenoit aussi ses assemblées pour les élections, réceptions de sujets, etc.
_Porte de Buci._
Cette porte, située à l'extrémité occidentale de la rue Saint-André-des-Arcs, n'étoit pas encore entièrement achevée lorsque Philippe-Auguste en fit don à l'abbaye Saint-Germain par sa charte de 1209. Ces religieux la vendirent, en 1350, à M. Simon de Buci, premier président au parlement, et le premier qui ait pris ce titre[633]; elle reçut alors le nom de son nouveau propriétaire. C'est par cette porte qu'en 1418 Périnet Le Clerc introduisit dans Paris les gens de la faction du duc de Bourgogne; depuis elle fut murée. François Ier la fit rouvrir en 1539; enfin on l'abattit en 1672, et pour en conserver la mémoire on grava une inscription sur une table de marbre placée à l'endroit où elle avoit été située. Cette inscription existoit encore à la fin du siècle dernier, un peu plus haut et du même côté que l'égout[634].
[Note 633: Les trois présidents nommés en 1344 par Philippe-de-Valois ne prenoient alors que la qualité de _maîtres du parlement_.]
[Note 634: _Voy._ pl. 147.]
_Porte Saint-Germain._
Cette porte, nommée successivement _porte des Cordèles_, _des Frères Mineurs_, _Saint-Germain_, étoit située à l'extrémité de la rue des Cordeliers, un peu au-dessus de la rue du Paon. On voit dans les registres de la ville qu'en 1586 il y eut ordre de la faire fermer, et d'ouvrir celle de Buci. Elle fut abattue en 1672[635].
[Note 635: _Voy._ ibid.]
_Porte d'Enfer._
Cette autre porte de l'enceinte de Philippe-Auguste étoit située à l'extrémité de la rue de la Harpe, précisément à l'endroit où l'on a depuis construit une fontaine. Elle est nommée, dans quelques actes du quatorzième siècle, _Gilbert_ et _Gibert_, mais plus communément _Gibard_, qui étoit le véritable nom du territoire où est aujourd'hui la place Saint-Michel.
Dès cette même époque on l'appeloit aussi porte d'_Enfer_. Quelques auteurs ont pensé que ce nom lui avoit été donné parce qu'elle étoit placée vis-à-vis d'un chemin qui conduisoit au château de _Vauverd_, qu'on supposoit habité par des démons[636]; Jaillot n'est pas de cet avis, et s'appuyant sur plusieurs actes authentiques du treizième siècle, dans lesquels on trouve _hostium Ferri_, il pense que ce nom de porte d'_Enfer_ n'est qu'une altération de celui de porte de _Fer_ qu'on lui avoit donné, soit que la ferrure en fût plus considérable que celle des autres, soit qu'elle fût garnie de plaques de ce métal, ce qui semble plus vraisemblable. Il l'a trouvée, pour la première fois, sous le nom de _porta Inferni_ (porte d'Enfer) dans l'acte de fondation du collége de Harcour, passé en 1311[637].
[Note 636: Nous en parlerons à l'article des Chartreux, quartier du Luxembourg.]
[Note 637: À peu de distance de l'emplacement de cette porte, et entre l'ancien terrain des Jacobins et les maisons de la rue Sainte-Hiacynthe, on voit encore quelques débris des murailles et des tours qui formoient l'enceinte de Philippe-Auguste.]
FONTAINES.
_Fontaine Saint-Séverin._
Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers de Santeuil:
_Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ, Hìc una è sociis, vallis amore, sedet._
_Fontaine Saint-Côme._
Elle est située rue des Cordeliers[638], près de l'église dont elle porte le nom.
[Note 638: Maintenant de _l'École-de-Médecine_.]
_Fontaine des Cordeliers._
Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom, et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette inscription de Santeuil:
_Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem: Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus, Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem, Constitit, et largas læta profudit aquas._
_Fontaine Saint-Michel._
Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet, architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé, et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette inscription de Santeuil:
_Hoc in monte suos reserat sapientia fontes; Ne tamen hanc puri respue fontis aquam._
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
_Rue Saint-André-des-Arcs._ Elle aboutit d'un côté à la place du Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie; de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On l'appeloit dans le principe _rue de Laas_, et ce nom lui étoit commun avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça les rues _Saint-Germain_, _du Serpent_, _des Petits-Champs_ et _des Sachettes_, aujourd'hui nommées _Saint-André_, _Serpente_, _Mignon_ et _du Cimetière-Saint-André_.
Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut le nom de _Saint-Germain_, et on le donna également à la rue de Laas, parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de _Saint-André_ jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide, et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de Buci. On donna pour lors le nom de porte de _Buci_ à celle qu'on avoit fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte _Saint-Germain_ à celle de la rue des Cordeliers[640].
[Note 639: T. II, p. 565.]
[Note 640: On prétend aussi que la partie de cette rue, depuis celle de la Vieille-Bouclerie jusqu'à la rue Mâcon, fut appelée _de la Clef_, en mémoire de la trahison de _Périnet Le Clerc_[640-A], qui, ayant dérobé les clefs de la porte de Buci sous le chevet du lit de son père, introduisit les Anglois dans la ville. (Sauval, t. I, p. 126) Cette tradition paroît plus vraisemblable que celle qui faisoit regarder une des bornes de la rue Saint-André-des-Arcs, dont la partie supérieure représentoit une tête d'homme, comme la statue de ce traître. Jaillot, qui la traite de bruit populaire dénué de toute espèce de fondement, dit avoir lu dans des notes manuscrites recueillies par D. Félibien, et qui se conservoient à Saint-Germain-des-Prés, que cette borne étoit un monument d'une amende honorable faite au chapitre de Notre-Dame, en expiation d'insultes exercées à l'égard d'un chanoine, lors d'une procession qui passoit en cet endroit. «Si ce fait étoit vrai, dit ce critique, on en eût vraisemblablement conservé le souvenir par une inscription ou par quelque monument de sculpture mieux placé et moins exposé à être détruit qu'une borne mise à l'angle de deux rues très-fréquentées, et qui, par sa position, pouvoit facilement être mutilée ou rompue.»]
[Note 640-A: _Voy._ t. II, prem. part., p. 991.]
Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps: on lit dans différents titres, _Saint-Andri_, _Saint-Andrieu_, _Saint-Andrieu-des-Ars_, _Saint-André-des-Arts et des Arcs_. Ces derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de _Laas_.
_Rue du Cimetière-Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint Louis, on l'appeloit rue des _Sachettes_, _à cause de certaines femmes dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André_; elles-mêmes avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: _Pauperes mulieres de saccis_, _saccitæ_. Cette congrégation, qui n'étoit pas autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée _des Deux-Portes_, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.
_Rue des Grands-Augustins._ Elle commence sur le quai des Augustins, et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit _rue à l'Abbé-Saint-Denys_, et successivement _rue du Collége-Saint-Denys_, _des Écoles_ et _des Écoliers-Saint-Denys_. Elle prit ensuite le nom de _rue de la Barre_ du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la nommoit rue des Augustins, quelquefois _rue de l'hôtel de Nemours_; dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, _rue des Écoles-Saint-Denys_, autrement dite _de la Barre_. Elle est aussi énoncée _rue des Charités-Saint-Denys_ dans un acte de 1672[641].
[Note 641: Sur le terrain des Augustins on a percé une rue nouvelle qui va de celle-ci à la rue Dauphine. On la nomme rue du _Pont de Lodi_.]
_Rue du Battoir._ Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la _Platrière_. Un terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de _Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière_. Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien prouvé.
[Note 642: Fol. 140 vº.]
_Rue de la Vieille-Bouclerie._ Elle commence au bout de la place du Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de _vicus Boclearia_. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit _l'abreuvoir Maçon_[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste, ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est prouvé par les vers de Guillot: