Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 44

Chapter 443,778 wordsPublic domain

Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue Saint-André-des-Arcs, fut ensuite transférée dans la rue des Cordeliers, à l'ancien amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été ouverte en faveur de cent cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, quelle que fût leur profession, et même sans aucune profession, pourvu qu'ils eussent atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant que leurs dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, telles que l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, l'ornement, etc.; et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix avec beaucoup de solennité.

Le roi étoit le protecteur de cette école, dont le lieutenant de police présidoit le bureau d'administration[607].

[Note 607: _V._ pl. 178. Ce monument n'a point changé de destination.]

_Collége de Séez_ (rue de la Harpe).

Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon, et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le principal de ce collége.

En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez, et par conséquent que la rente lui en appartenoit.

La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M. Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de 100,000 livres[608].

[Note 608: Les bâtiments de ce collége sont habités par des particuliers.]

_Collége de Bayeux_ (même rue).

Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit. Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers, dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609]. Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en 1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610].

[Note 609: Il y avoit entre autres trois maisons sises vis-à-vis, appelées _les Marmousets_, qui ont été acquises depuis et enclavées dans le collége de Harcour.]

[Note 610: C'est maintenant une maison habitée par des particuliers.]

_Collége de Justice_ (même rue).

Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux, chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en 1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni à l'Université.

[Note 611: Du Breul, p. 711.--Hist. de l'abb. S. Germ., p. 157.--Hist. de Par., t. I, p. 610.]

_Collége de Narbonne_ (même rue).

Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira participer à cette bonne oeuvre, et y fonda peu de temps après une bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en 1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour leur entretien.

[Note 612: Lemaire, t. II, p. 554.]

[Note 613: Hist. de Paris, t. V, p. 673.]

[Note 614: _Ibid._, p. 662.]

[Note 615: _Ibid._, p. 775.]

La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il a été réuni à l'Université[616].

[Note 616: C'est aussi une maison habitée par des particuliers.]

_Collége de Harcour_ (même rue).

Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers. Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la rue un passage de communication d'une maison à l'autre.

[Note 617: On les appeloit l'_hôtel_ ou _les maisons d'Avranches_.]

[Note 618: Hist. Univ. Paris, t. IV, p. 162.]

Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis. Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.

[Note 619: Un cuisinier de ce collége, nommé Guion Gervais, voulut être compté au nombre de ses bienfaiteurs, et donna en 1679 une somme de 1,000 liv. pour fonder une bourse de grammairien.]

Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une grande et juste réputation[620].

[Note 620: Jaillot, quart. S.-André-des-Arcs, p. 122. Depuis la révolution, ce collége a été occupé quelque temps par l'École de droit.]

_Collége du Trésorier_ (rue Neuve de Richelieu).

Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621].

[Note 621: C'est aujourd'hui une maison garnie.]

_Collége de Cluni_ (place de Sorbonne).

Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année 1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége; il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622]. Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les derniers temps[623].

[Note 622: Hist. S. Mart., p. 216.--Du Breul, p. 650.--Hist. Univ., t. III, p. 395.--Hist. de Par., t. I, p. 417.]

[Note 623: Ce collége est maintenant habité par des particuliers; sa chapelle sert d'atelier à un peintre. Il reste encore quelques portions de son cloître, dont les arcades offrent des formes gothiques très-élégantes. _Voy._ pl. 178.]

_Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit_ (rue des Poirées).

Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants, et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité, si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, _de toute ancienneté_, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52 livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200 livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur avoit donnée en 1301.

[Note 624: Manusc. des S. Germ., C. 454, fol. 484.]

Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége, auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus de lieu affecté pour leur demeure.

_Hôpital Mignon._

Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y recevoir vingt-cinq _bonnes femmes_, et portoit son nom, ainsi que le collége dont il étoit fondateur.

HÔTELS.

_Hôtel des Abbés de Saint-Denis_ (rue des Grands-Augustins).

Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a successivement appelée la maison _des Trois Charités Saint-Denis_, l'hôtel _des Charités Saint-Denis_, enfin l'hôtel _Saint-Cyr_, nom qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre bâtiment.

_Hôtel de Savoie_ (rue de Savoie).

Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins. Il fut vendu, en 1670, à divers particuliers par madame Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.

_Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon_ (rue Pavée).

L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en 1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en 1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la restitution du marquisat de Saluces.

Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue, et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il étoit situé[625].

[Note 625: Dans cette même rue étoit, à la fin du siècle dernier, un bureau de messagerie pour la Normandie et la Bretagne, que l'on nommoit _l'hôtel Saint-François_, parce qu'on prétendoit que saint François-de-Sales y avoit demeuré. Cette tradition ne paroît guère vraisemblable, et n'étoit fondée sur aucune autorité. Des titres de l'abbaye Saint-Germain prouvent au contraire que cette maison portoit l'enseigne de _Saint-François_ dès 1640, et saint François-de-Sales ne fut canonisé qu'en 1665.]

_Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule_ (quai des Augustins).

Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue Gilles-Coeur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable, et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M. Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la fureur de la populace lors des barricades.

Le nom d'_Hercule_ que portoit le second hôtel lui avoit été donné parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur, les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes, qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre. Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000 livres.

Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers, seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné. François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre. L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit s'y sont tenus.

[Note 626: On cite entre autres Antoine du Prat, son petit-fils, seigneur de Nantouillet et prévôt de Paris. Le duc d'Anjou, le roi de Navarre et le duc de Guise, sur qui il s'étoit permis des propos indiscrets, lui mandèrent un jour qu'ils iroient souper chez lui à cet hôtel d'Hercule; et ils y allèrent, malgré tous les prétextes qu'il put alléguer pour se dispenser de recevoir cet honneur. Après le souper, leur suite pilla ou jeta par les fenêtres son argent, sa vaisselle et ses meubles. «Le lendemain, dit l'Étoile, le premier président fut trouver le roi (Charles IX), et lui dit que Paris étoit ému pour le vol de la nuit passée, et que l'on disoit que Sa Majesté y étoit en personne, et l'avoit fait pour rire; à quoi le roi ayant répondu que ceux qui le disoient avoient menti, le premier président répliqua: J'en ferai donc informer, Sire.--Non, non, répondit le roi; ne vous en mettez pas en peine: dites seulement à Nantouillet qu'il aura affaire à trop forte partie, s'il en veut demander raison.»]

_Hôtel de Thouars_ (rue des Trois-Chandeliers).

Cet hôtel, nommé depuis la _maison des Carneaux_, faisoit le coin de la rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux.

Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette, une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie, chancelier de France.

_Hôtels divers_ (rue Saint-André-des-Arcs).

Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables. Auprès de la rue Gilles-Coeur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci, appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner le nom de _Séjour d'Orléans_; on le voit successivement passer à Louis d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en 1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en 1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne, reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels étoient établies des messageries.

[Note 627: _Voy._ prem. part. de ce vol., p. 602.]

_Hôtel de Besançon_ (rue Gilles-Coeur).