Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 43
Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié la théologie. L'architecte _Le Mercier_, qui avoit déjà bâti pour lui le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient l'accompagner. La première pierre de la maison[591] fut posée en 1627 par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635. Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653, comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la cour.
[Note 591: La maison de Sorbonne se compose de trois grands corps de logis, flanqués dans leurs encoignures par quatre gros pavillons, le tout environnant une cour qui a la forme d'un carré long. Trente-sept professeurs avoient le droit d'y être logés.]
Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les historiens de Paris comme un chef-d'oeuvre digne de la plus grande admiration, se compose du côté de la place d'un portail décoré de deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour, l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de prétention que de véritable beauté dans cette composition.
L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche, étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail, ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit exécutées dans quelques parties du dôme; mais les curieux y admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel passoit pour le chef-d'oeuvre de Girardon[592].
[Note 592: _Voy._ les pl. 173, 174, 175.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE.
TABLEAUX.
Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par _Le Brun_.
Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par _Noël-Nicolas Coypel_.
Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même.
Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par _Brenet_. Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints à fresque par _Philippe de Champagne_.
Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de Richelieu.
Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres.
SCULPTURES.
Sur le grand autel, construit d'après les dessins de _Bullet_, et décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de proportion sur un fond de marbre noir; par _Michel Anguier_.
Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par _Tuby_ et _Vancleve_.
Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par _Louis Le Comte_; un saint Jean l'Évangéliste; par _Cadène_.
Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et plusieurs anges de grandeur naturelle; par _Berthelot_ et _Guillain_.
Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par _Desjardins_.
Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de Richelieu; par _Jean Varin_[593].
[Note 593: Tous ces monuments n'existent plus; et l'on a pu remarquer qu'à l'exception des figures qui ornoient les tombeaux, presque toutes les sculptures qui servoient à la décoration des églises ont été détruites.]
SÉPULTURES.
Au milieu du choeur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté par _Girardon_[594]. Le corps du cardinal étoit déposé dans un caveau pratiqué au-dessous de ce monument.
[Note 594: Le cardinal y est représenté couché sur son tombeau, une main sur sa poitrine, l'autre étendue, les yeux levés vers le ciel. La Religion le soutient; à ses pieds une femme, que l'on croit être la figure allégorique de la Science ou de l'Histoire, se penche sur le sarcophage avec l'expression de la plus vive douleur. Derrière le groupe, deux génies soutiennent l'écusson du ministre.
Ce mausolée, que l'on regarde comme le chef-d'oeuvre de Girardon, a long-temps passé pour un ouvrage accompli; et ce préjugé, dont le vulgaire est encore imbu, n'est pas même entièrement effacé dans l'esprit de certains artistes et de prétendus connoisseurs obstinément attachés aux vieilles routines. Tous les historiens de Paris n'en ont parlé qu'avec des transports d'admiration; et ce sera sans doute un grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui ne le connoissent que par sa haute renommée, lorsque nous leur dirons que ce prétendu chef-d'oeuvre est loin même d'être un bon ouvrage. On y trouve tous les défauts que nous avons reprochés à l'école du siècle de Louis XIV, défauts qui ont si rapidement amené la décadence entière de l'art sous Louis XV. Partout un goût systématique et faux y prend la place de l'imitation noble et vraie de la nature. Les draperies, jetées avec affectation, et exécutées en quelque sorte de _pratique_, ne présentent qu'un chiffonnage mesquin, lourd et monotone. La tête du cardinal, quoique touchée avec mollesse, n'est pas dépourvue d'expression, mais celle de la Religion est froide et sans caractère. La statue de la femme éplorée est beaucoup meilleure, et cette figure, qui offre dans sa pose une imitation frappante de la jeune fille du _testament d'Eudamidas_[594-A], pourroit même passer pour un morceau recommandable, si l'on n'y retrouvoit encore ces draperies lourdes et chiffonnées qui partout fatiguent et rebutent l'oeil de l'amateur délicat. La mollesse de touche que l'on peut généralement reprocher à l'auteur de ce monument l'a servi assez heureusement dans l'exécution des deux enfants. Cependant ces petites figures sont loin encore d'avoir le degré de finesse et de vérité qu'exigeroit une imitation parfaite de la nature, et que l'on retrouve si éminemment dans les belles sculptures du siècle précédent[594-B].]
[Note 594-A: Tableau célèbre du Poussin.]
[Note 594-B: Ce monument est bien conservé, et n'a d'autre restauration que le nez de la figure du cardinal, mutilé pendant les jours révolutionnaires.]
La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire en cuivre, etc., etc.
Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en avoit même encore à la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors distingués par les noms d'_hôtes_ et d'_associés_, et on les recevoit de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur nom avoit été changé en celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la maison de Sorbonne_, tandis que les _associés-boursiers_ portoient celui de _docteurs_ ou _bacheliers de la maison et société de Sorbonne_. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant[595].
[Note 595: Les chaires de théologie fondées en Sorbonne, et qui existoient dans les derniers temps, étoient au nombre de sept:
La première, fondée en 1532 par Ulrich Gering, célèbre imprimeur allemand, étoit connue sous le titre de _chaire de lecteur_.
La deuxième et la troisième, fondées en 1596 par Henri IV, avoient pour objet, l'une _la théologie contemplative_, l'autre _la théologie positive_.
La quatrième, fondée en 1606 par M. de Pellejai, conseiller au parlement, étoit destinée à _l'interprétation de l'écriture sainte_.
La cinquième, pour _les cas de conscience_, étoit due à M. de Rouan, principal du collége des Trésoriers, et avoit été établie en 1612.
La sixième, qui traitoit des _controverses_, avoit été fondée en 1616 par Louis XIII.
La septième, consacrée à _l'interprétation du texte hébreux de l'écriture_, avoit pour fondateur le duc d'Orléans, qui l'avoit créée en 1751.]
Les écoles extérieures étoient situées sur la place de Sorbonne. C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des prix de l'Université, en présence du parlement[596].
[Note 596: L'église de Sorbonne, entièrement dégradée dans son intérieur, est restée long-temps déserte et abandonnée pendant la révolution. Les bâtiments de la maison avoient été destinés à loger des artistes. Sur l'état actuel de ce monument _voy._ l'art. _Monuments nouveaux_, etc.]
COLLÉGES, ÉCOLES, etc.
_Collége d'Autun_ (rue Saint-André-des-Arcs).
Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége _du cardinal Bertrand_. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés en 1644 par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce qui fut exécuté quelques années après[597].
[Note 597: Les bâtiments de ce collége sont aujourd'hui entièrement détruits et remplacés par des maisons particulières.]
_Collége de Boissi_ (rue du Cimetière-Saint-André).
La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur la date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son testament que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût distribué aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa naissance, si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas à propos d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut une chose plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un d'eux, neveu du testateur, chanoine de Laon et de Saint-Germain-l'Auxerrois, offrit à cet effet la maison qu'il occupoit rue Saint-André et des Deux-Portes, et deux autres maisons contiguës. Cette fondation fut faite pour six écoliers, dont le plus ancien devoit être appelé _maître_, et un chapelain, avec cette clause que tous seroient pris dans la famille de Geoffroi et d'Étienne; à leur défaut, parmi les pauvres du village de Boissi-le-Sec; enfin s'il ne s'en trouvoit point dans ceux-ci qui eussent la capacité suffisante, ces boursiers devoient être choisis sur la paroisse Saint-André par les exécuteurs testamentaires, et après eux par le chancelier de l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par le même acte, Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces boursiers soient pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses ancêtres avoient été, _quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et pauperes, sicut nos et prædecessores nostri fuimus_, ce qui détruit sans réplique l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et Étienne fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses facultés le permettaient; mais ce voeu n'eut point son exécution, et l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une chapelle sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint Jérôme.
Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à la fin du siècle dernier[598].
[Note 598: Les bâtiments en sont habités par des particuliers.]
_Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont_ (rue Mignon).
Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois dans l'église de Chartres[599], et maître des comptes à Paris. Il l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil rendu en 1353[600], huit ans après la mort du testateur, il fut ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère, achèteroit avant Noël des rentes suffisantes pour l'entretien de douze écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon, fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint Leu[601].
[Note 599: L'évêché de Blois étoit un démembrement de celui de Chartres; il fut érigé, par une bulle d'Innocent XII, le 1er juillet 1697. (Gall. christ., t. VIII, inst. col. 451.)]
[Note 600: Trésor des Chartres. Paris, liv. III, nº 22.]
[Note 601: Sauval, t. III, p. 217.]
Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles, et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du pape de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos devoir y mettre[602], ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de _Grandmont_, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant, en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail[603].
[Note 602: L'affaire fut portée au parlement, et il fut facile de prouver qu'il n'étoit pas question ici de suppression, mais seulement de changement de boursiers séculiers en réguliers.]
[Note 603: Les bâtiments en sont maintenant occupés par une administration publique.]
_Collége de Vendôme_ (rue du Jardinet).
Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun renseignement au sujet de sa fondation.
_Collége de Tours_ (rue Serpente).
Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte qui en fait remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université[604].
[Note 604: C'est maintenant un hôtel garni.]
_Collége de Suède_ (même rue).
Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.
_Collége de Notre-Dame de Bayeux_ (rue du Foin).
Ce collége, plus communément appelé collége de _Maître Gervais_, fut fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et de Paris, _physicien_, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, qui étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot, du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en 1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant ce collége du titre de _fondation royale_.
L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente, somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de l'Université[605].
[Note 605: Il est maintenant habité par des particuliers.]
_Collége de Bourgogne_ (rue des Cordeliers).
Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu, et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200 livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de _Maison des écoliers de madame Jeanne de Bourgogne_, _reine de France_. Cette fondation fut approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége une chapelle sous l'invocation de la Vierge.
Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6 novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et administrateurs nés de ce collége; toutefois avec cette clause qu'on y donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les places de boursiers qui viendroient à vaquer.
Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette acquisition fut faite le 9 mars 1769.
_Collége de Dainville_ (rue des Cordeliers).
Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras, fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le fondateur les établit dans une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs, présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université[606].
[Note 606: C'est maintenant un hôtel garni.]
_École gratuite de dessin_ (même rue).