Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 39

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«Les Augustins de ce couvent nommoient, tous les deux ans, en chapitre, trois de leurs religieux bacheliers, pour faire leur licence en Sorbonne, où ils avoient trois places fondées à cet effet. En 1658, le P. Célestin Villiers, prieur de ce couvent, voulant favoriser quelques bacheliers, en fit nommer neuf pour les licences suivantes. Ceux qui s'en virent exclus par cette élection prématurée se pourvurent au parlement, qui ordonna que l'on feroit une autre nomination en présence de quelques-uns de ses membres qu'il désigna: les religieux refusèrent d'obéir; et la cour se vit obligée d'employer la force pour faire exécuter son arrêt. Tous les archers furent mandés; on investit leur maison, et l'on essaya d'en enfoncer les portes; mais ce fut inutilement, parce que ces pères, prévoyant ce qui alloit arriver, les avoient fait murer. Les archers se virent donc forcés de tenter d'autres moyens, et tandis que les uns montoient sur les toits des maisons voisines pour tâcher de pénétrer dans le couvent, d'autres travailloient à faire une ouverture dans les murailles du jardin, du côté de la rue Christine. Alors les Augustins, qui avoient fait provision d'armes de toute espèce, sonnèrent le tocsin, se mirent en défense, et commencèrent à tirer d'en bas sur les assiégeants. Ceux-ci tirèrent à leur tour sur les moines, dont deux furent tués et plusieurs blessés. Cependant la brèche étant devenue praticable, ces pères, dans un danger aussi imminent, osèrent y apporter le saint Sacrement, espérant que l'aspect de cet objet vénérable glaceroit tout à coup le courage des assiégeants; mais voyant qu'on n'en continuoit pas moins de tirer sur eux, ils demandèrent à capituler; et l'on donna des otages de part et d'autre. Le premier article de la capitulation portoit qu'ils auroient la vie sauve, à condition qu'ils abandonneroient la brèche, et ouvriroient leurs portes. Les commissaires du parlement étant entrés dans le monastère, firent sur-le-champ arrêter et conduire à la Conciergerie onze religieux. Mais vingt-sept jours après, le cardinal Mazarin, ennemi du parlement, les fit mettre en liberté, et reconduire à leur couvent dans les carrosses du roi. Leurs confrères allèrent les recevoir en procession, des palmes à la main, chantant le _Te Deum_ et sonnant toutes les cloches.]

[Note 515: L'église et le couvent des Grands-Augustins ont été entièrement démolis. Sur l'espace qu'ils occupoient on a élevé une halle pour la vente du gibier et de la volaille.]

LA COMMUNAUTÉ DES FRÈRES CORDONNIERS.

Cette association fut formée, en 1645, par les soins du baron de Renti. Ce vertueux gentilhomme, animé de la charité la plus ardente et d'un zèle infatigable pour les progrès de la religion, avoit déjà procuré des instructions chrétiennes aux pauvres passants qu'on retiroit à l'hôpital Saint-Gervais; il voulut associer au même bienfait les artisans que l'ignorance et les mauvaises moeurs qui en sont la suite entraînoient à profaner le dimanche et les fêtes par leurs débauches, et à mener en tout une vie grossière et scandaleuse. Pour arriver à un but aussi louable, il ne dédaigna point de s'associer un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri-Michel Buch. La probité intacte de cet homme, son exactitude à remplir ses devoirs, sa douceur et son humanité l'avoient fait nommer le _bon Henri_. Encouragé par son vertueux protecteur, il parvint à rassembler quelques personnes de son état qui parurent disposées à suivre ses exemples. M. de Renti, conjointement avec M. Coquerel, docteur de Sorbonne, leur donna des réglements, et la petite communauté commença ses exercices. Les tailleurs se joignirent à eux peu de temps après; mais depuis ces deux communautés se séparèrent, et continuèrent chacune de leur côté, à observer ces statuts qu'elles avoient adoptés, ce qui s'est pratiqué exactement jusque dans les derniers temps. Ces frères travailloient et mangeoient en commun, récitoient certaines prières à des heures réglées, ne chantoient que des psaumes ou des cantiques, et donnoient aux pauvres tout le superflu de leurs profits[516].

[Note 516: Cette communauté a existé jusqu'au moment de la révolution.]

L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.

Nous avons déjà raconté succinctement les débats qui s'élevèrent entre l'abbé de Saint-Germain et l'évêque de Paris[517], à l'occasion de la nouvelle clôture que Philippe-Auguste avoit fait élever au midi de sa capitale. Pierre de Nemours, qui gouvernoit alors l'église de Paris, saisit avec ardeur cette occasion de faire revivre, sur la portion du territoire de l'abbaye Saint-Germain, que l'on venoit de renfermer dans la ville, des prétentions que ses prédécesseurs avoient plusieurs fois tenté de faire valoir, mais toujours inutilement, soit qu'on respectât en ceci la mémoire de saint Germain, qui avoit lui-même exempté cette abbaye de la juridiction épiscopale, soit qu'on fût bien aise de mettre quelques bornes au pouvoir des évêques de cette ville, pouvoir dont les rois commençoient à se montrer contrariés et jaloux. Le chapitre de Notre-Dame s'unit au prélat pour réclamer la juridiction de l'église mère sur tout ce qui se trouvoit compris dans la nouvelle enceinte; et l'archiprêtre de Saint-Séverin prétendit en même temps faire entrer toute cette partie dans sa paroisse. Jean de Vernon, alors abbé de Saint-Germain, ses religieux et le curé de Saint-Sulpice s'y opposèrent, et réclamèrent l'autorité du souverain pontife; mais malheureusement pour eux ils n'attendirent point sa décision, et consentirent à remettre à des arbitres le jugement de cette affaire. Ceux-ci, par leur sentence du mois de janvier 1210, prononcèrent en faveur de l'évêque, à qui ils accordèrent toute juridiction dans la ville, ne la conservant à l'abbé que hors des murs; mais, par une sorte de compensation, ils déclarèrent que cet abbé continueroit de jouir de la justice dans tout son territoire, soit sur la paroisse de Saint-Séverin, soit au dehors; et par le même acte on lui accorda la faculté de faire construire, dans l'espace de trois ans, une ou deux églises paroissiales, et d'en nommer les curés[518]. En conséquence de cette transaction, Jean de Vernon fit bâtir les églises de Saint-André et de Saint-Côme: elles furent achevées en 1212, et les abbés eurent la nomination de ces deux cures jusqu'en 1345, que ce droit fut cédé à l'Université.

[Note 517: _Voy._ t. I, 2e part., p. 502.]

[Note 518: L'évêque fut tenu de lui payer 40 sous de rente pendant lesdites trois années. Quant au curé de Saint-Sulpice, pour le dédommager de la perte des dîmes que lui causoit ce retranchement, l'abbé de Saint-Germain eut l'option de lui payer 40 sous de rente tant qu'il vivroit, ou de lui faire donner chaque jour un pain blanc et une pinte de vin, tels qu'on les donnoit à ses religieux.]

Tous nos historiens prétendent qu'au lieu même où fut bâtie l'église Saint-André étoit, au sixième siècle, une chapelle de _Saint-Andéol_; et en effet il en est fait mention dans la charte de fondation de Saint-Germain en 558, et dans une vie de _saint Doctrovée_, écrite par Gislemar vers la fin du onzième siècle. Cependant l'abbé Lebeuf et Jaillot combattent cette opinion; et les raisons sur lesquelles ils établissent leur doute sont soutenues de plus de recherches et d'érudition que n'en mérite une question aussi peu importante. Les recherches qu'a faites ce dernier critique sur l'origine du surnom de cette église sont sans doute plus utiles et plus curieuses: il prétend que d'abord elle n'en eut point, et qu'en effet cette addition étoit inutile, puisqu'elle étoit alors, et qu'elle a été jusqu'à la fin la seule basilique qui existât sous l'invocation de cet apôtre. En 1220, elle est appelée dans un acte, _S. Andreas in Laaso_; en 1254, 1260, 1261, 1274, on lit _S. Andreas de Assiciis_, _de Arciciis_, _de Assibus_, _de Arsiciis_; et _S. Andreas_ sans aucun surnom dans la transaction passée, en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l'abbaye Saint-Germain[519]. Il est vrai qu'un titre de 1284 l'offre pour la première fois avec le surnom _de Arcubus_; mais comme les noms de _Assiciis_ et _Arciciis_ ont été donnés au territoire de Laas dès 1194, ce critique ne doute point que le nom _des Arcs_ ne vienne originairement de ce nom de _Laas_, qu'on a successivement altéré et corrompu; il réfute du reste les conjectures de D. Félibien et de l'abbé Lebeuf, qui veulent que le vrai surnom soit des _Ars_, et qui prétendent en trouver l'origine dans l'incendie fait par les Normands de tous les dehors de la Cité, et principalement des édifices bâtis sur la rive méridionale, qui étoit alors très-peuplée.

[Note 519: Archiv. de S. Germ.--Cartul. Sorb.--Hist. de l'abb. S. Germ. Preuves, p. 65.]

À l'égard des autres explications hasardées sur cette étymologie, lesquelles supposent que le surnom des _Arts_ a été donné à cette église, parce qu'elle étoit située à l'entrée du territoire de l'Université; des _Arcs_, parce qu'on fabriquoit autrefois des armes de cette espèce dans son voisinage, ou qu'il y avoit, à peu de distance, des arcades et un jardin dans lequel on s'exerçoit à tirer de l'arc, elles ne paroissoient avoir aucun fondement, et ne méritent pas d'être sérieusement réfutées[520].

[Note 520: Quelques auteurs, pour autoriser cette dernière dénomination, ont établi dans ce quartier une manufacture entière d'armes. Près de Saint-André on faisoit, disent-ils, les _arcs_; dans la rue de la Vieille-Bouclerie on forgeoit les _boucliers_, et les flèches se faisoient dans la rue des _Sajettes_. Nous ferons voir que la rue de la Vieille-Bouclerie avoit un autre nom, et que celle du Cimetière-Saint-André n'a jamais été nommée des _Sajettes_ ou _Sagettes_, mais des _Sachettes_, nom d'une communauté de pauvres filles qui s'y étoient établies.]

L'église de Saint-André offroit, comme tous les monuments gothiques de Paris, des constructions de diverses époques, et de différents caractères. Le fond du sanctuaire annonçoit un gothique du commencement du treizième siècle; le reste étoit bien postérieur, et le portail avoit été reconstruit, ainsi que beaucoup d'autres parties, en 1660, sur les dessins d'un architecte nommé Gamard. La tour pouvoit avoir été bâtie en 1500; et l'on y voyoit encore, au-dehors de l'escalier, la marque des coups de mousquets qu'on y avoit tirés au temps des troubles de Paris. Les niches et statues qui ornoient sa partie latérale le long de la rue du Cimetière ne pouvoient pas avoir été faites avant le seizième siècle[521].

[Note 521: _Voy._ pl. 169.]

Il est remarquable que cette église étoit, avec celle de Saint-Sulpice, le seul monument de ce genre qui ne fût pas attaché à des maisons particulières. Elle étoit isolée et bordée de passages publics sur ses quatre côtés.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.

TABLEAUX.

Dans le choeur, dix tableaux, dont quatre qui représentoient les Évangélistes, étoient de la main de _Restout_; le cinquième, par _Hallé_, offroit une image de saint André; les cinq autres étoient d'un peintre nommé _Samson_.

Dans les deux petites chapelles attenant la grille du choeur, un saint Pierre et une sainte Geneviève; par _Jeaurat_.

Au-dessus de la chaire du prédicateur, un saint André, sans nom d'auteur, lequel avoit servi de modèle, dans les derniers temps, au dessin de la bannière[522].

[Note 522: Sur l'un des vitraux de l'église, on voyoit une peinture singulière, représentant Jésus-Christ foulé comme des raisins par un pressoir, avec cette sentence d'Isaïe en caractères gothiques du seizième siècle: _Quare rubrum est indumentum tuum? Torcular calcavi solus._]

SCULPTURES.

Dans la chapelle de la Vierge, sa statue en marbre; par _Francin_.

Au-dessus de l'oeuvre, un médaillon en marbre représentant saint André, donné à cette église par Armand Arouet, frère de Voltaire.

Attenant l'oeuvre, un petit monument représentant la Religion qui foule aux pieds un cadavre ou squelette embarrassé dans son linceul, et arraché de son tombeau[523].

[Note 523: Ce monument, exécuté seulement en plâtre, a été démoli lors de la destruction de l'église.]

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

À l'entrée du choeur, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, morte en 1672[524].

[Note 524: Le mausolée élevé à cette princesse offroit une figure de demi-bosse en marbre blanc, accompagnée des attributs qui caractérisent la Foi, l'Espérance et la Charité. Ce monument, exécuté par _Girardon_, a été détruit pendant la révolution.]

Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, son fils aîné, mort en 1685.

François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son second fils, mort en 1709[525].

[Note 525: Le tombeau de ce prince étoit surmonté d'un grand bas-relief représentant une _Minerve_ appuyée d'une main sur un lion, et de l'autre soutenant son portrait en médaillon. Ce monument, dont la composition est inconvenante, et l'exécution de la dernière médiocrité, est déposé aux Petits-Augustins.]

Dans la nef, auprès de l'oeuvre, Jean-Baptiste Ravot d'Ombreval, conseiller du roi, etc., mort en 1699.

Gilbert Mauguin, président en la cour des monnoies, mort en 1674.

Dans la chapelle de MM. de Thou, Christophe de Thou, premier président du parlement, mort en 1582[526].

[Note 526: Le buste de ce magistrat est placé aux Petits-Augustins, dans un renfoncement circulaire qui se trouve au milieu d'une espèce de décoration faite avec les débris de la chapelle que sa famille possédoit à Saint-André-des-Arcs. La tête est traitée avec beaucoup de chaleur et de vérité. C'est un morceau de sculpture très-recommandable. Les génies et les vertus qui l'accompagnoient ont été détruits ainsi que les armoiries.]

Jacques-Auguste de Thou, président à mortier au parlement de Paris, historien célèbre, mort en 1617[527].

[Note 527: Au bas de la décoration dont nous venons de parler, et sur une tombe ornée d'un bas-relief en bronze, est la statue du président. Il est représenté à genoux devant un prie-dieu, revêtu d'un grand manteau fourré d'hermine. Le bas-relief présente plusieurs figures allégoriques, entre lesquelles on distingue la Justice et la muse de l'histoire transmettant le nom de Jacques-Auguste de Thou à la postérité. Toute cette sculpture, exécutée par _François Anguier_, est d'un bon faire, et peut être comptée parmi les meilleurs ouvrages de cet artiste[527-A].]

[Note 527-A: Sous le bas-relief étoient placées deux cariatides d'un très-beau travail, et exécutées par le même sculpteur. On les voyoit également au Musée des Petits-Augustins, mais attachées au tombeau du commandeur de Souvré. Il ne se peut rien imaginer de plus absurde et de plus inconvenant que cette idée de composer des monuments avec les débris d'autres monuments, et c'est cependant le spectacle choquant qui se présentait aux yeux à chaque pas que l'on faisoit dans ce Musée, dont l'arrangement présentoit tous les caractères de l'ignorance, de la prétention et du mauvais goût.]

Marie de Barbançon Cani, sa première femme, morte en 1601.

Gasparde de La Châtre, sa seconde femme, morte en 1627[528].

[Note 528: Les statues de ces deux dames, exécutées, la première par _Barthélemi Prieur_, la seconde par _Anguier_, sont placées sur deux piédestaux en avant du monument de leur époux. Ces sculptures sont également dignes d'éloges, tant pour la pose que pour l'exécution.]

Dans la chapelle Saint-Antoine, Pierre Séguier, président au parlement de Paris, mort en 1580.

Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en 1638[529].

[Note 529: Son buste est aussi conservé aux Petits-Augustins; c'est de la sculpture la plus médiocre. On voit dans le même Musée des débris de la chapelle de cette famille, parmi lesquels on remarque deux anges en albâtre, exécutés avec beaucoup de sentiment, et dont le faire annonce l'école de Jean Goujon.]

Dans d'autres parties de la nef et des chapelles avoient été inhumés plusieurs autres personnages distingués, tels que:

André Duchesne, célèbre par ses recherches sur l'histoire de France, mort en 1640.

Pierre d'Hozier, savant généalogiste, mort en 1660.

Robert Nanteuil, très-habile graveur, mort en 1678.

Le Nain de Tillemont, l'un des plus savants ecclésiastiques de son temps, mort en 1637.

Louis Cousin, président en la cour des monnoies, et de l'Académie françoise, mort en 1707.

Antoine Houdard de La Mothe, de l'Académie françoise, mort en 1731.

Claude Léger, curé de cette paroisse, personnage recommandable par sa charité et par ses vertus[530].

[Note 530: La reconnoissance de ses paroissiens avoit élevé à ce pasteur respectable un monument qui a été détruit pendant les jours révolutionnaires. Il y étoit représenté revêtu d'une aube et d'une étole, et descendant avec calme au tombeau, appuyé sur la Religion. La Charité éplorée étoit assise au bas du sarcophage. Derrière la grotte qui renfermoit sa tombe, un groupe de fidèles sembloit pleurer une mort si regrettable; le tout étoit surmonté d'une pyramide, symbole de l'immortalité. Ce mausolée avoit été exécuté en stuc par M. _Delaître_.]

Joli de Fleuri, procureur-général du parlement.

L'abbé Le Batteux, littérateur distingué, mort en 1780[531].

[Note 531: Son monument se compose d'un bas-relief en marbre blanc, où l'on voit une femme éplorée, à genoux et s'appuyant sur une urne cinéraire. Un médaillon suspendu à une pyramide qui s'élève au-dessus de cette composition offre le portrait du défunt, avec cette simple inscription: _Amicus amico._ Le tout exécuté par un sculpteur nommé _Broche_. (Déposé aux Petits-Augustins.)]

Dans le cimetière:

Charles du Moulin, savant jurisconsulte, mort en 1566.

Henri d'Aguesseau, père du chancelier, mort en 1716.

CIRCONSCRIPTION.

Le territoire de la paroisse Saint-André commençoit dans la rue Hautefeuille, au coin de celle du Battoir. Il renfermoit tout le carré formé par un des côtés de cette rue et par la rue entière des Poitevins. Il continuoit ce même côté gauche de la rue Hautefeuille jusqu'à l'église. Au-delà il renfermoit tout le côté gauche de la rue Saint-André, depuis le chevet de l'église jusqu'à la place du Pont-Saint-Michel, le côté gauche de cette place et la moitié des maisons bâties sur le pont du même côté. De là, en revenant au quai des Augustins, cette paroisse avoit la rue de Hurepoix et tout le quai jusqu'au collége des Quatre-Nations exclusivement, espace dans lequel étoit comprise une grande partie de la rue Guénégaud. Elle avoit aussi les rues de Nevers et d'Anjou en entier, et presque toute la rue Dauphine.

Elle embrassoit en outre la rue Contrescarpe, partie de la rue Saint-André jusqu'au chevet de l'église, ce qui renfermoit, du côté de la rivière, les rues Christine, des Augustins, de Savoie, Pavée, Gilles-Coeur, de l'Hirondelle; de l'autre, celle de l'Éperon en entier, le cul-de-sac de la Cour-de-Rohan, et enfin la rue du Cimetière-Saint-André.

Parmi plusieurs chapelles fondées dans cette église, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail, il falloit remarquer celle de Saint-Nicolas, la plus grande et la plus riche de l'église, laquelle reconnoissoit pour fondateur le fameux Jacques Cottier, médecin de Louis XI.

_Hospice de charité de la paroisse Saint-André-des-Arcs._

Cet hospice, fondé par le dernier curé de cette paroisse, M. Desbois de Rochefort, étoit situé dans la rue des Poitevins, et consacré au service des pauvres malades de son arrondissement. Ils y étoient reçus au nombre de huit, quatre hommes et quatre femmes. On y faisoit aussi travailler les petites filles indigentes de la paroisse, au nombre de vingt-cinq; et tous ces soins étoient remplis par quatre soeurs de la Charité, qui trouvoient encore le temps de visiter les malades du dehors et de faire les petites écoles.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-SÉVERIN.

Il n'est point de monument dont l'origine soit plus incertaine, et ait produit plus d'opinions diverses parmi nos historiens. Les uns prétendent que cette église occupe la place d'une chapelle dédiée sous le nom de saint Clément, pape; d'autres veulent qu'elle ait été, dès sa fondation, sous le nom de saint Séverin, abbé d'Agaune, que Clovis fit venir à Paris, afin d'obtenir par son intercession la guérison d'une maladie grave dont il étoit tourmenté depuis deux années. Ceux-ci croient, au contraire, que ce fut un pieux solitaire, lequel portoit le même nom, et s'étoit retiré, du temps de Childebert Ier, dans une cellule près de la porte méridionale, qui fit construire cette chapelle sous le titre déjà énoncé du pape saint Clément. Ceux-là conjecturent que cette église n'étoit qu'un baptistère ou chapelle de Saint-Jean-Baptiste, dépendante du monastère ou basilique de Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, il en est qui pensent que c'est à la place de cette église qu'existoit autrefois un monastère de Saint-Séverin, et qu'il y avoit un peu plus loin une chapelle de Saint-Martin. Nous avons déjà réfuté cette dernière opinion, en parlant, dans le dixième quartier, de la basilique de Saint-Laurent[532]. Parmi les autres, il en est plusieurs qui ne méritent aucune attention, parce qu'elles ne sont soutenues d'aucune autorité. Par exemple, le culte de saint Clément n'a été public en France que long-temps après la mort de saint Séverin _le Solitaire_; il n'y a pas un seul titre qui puisse faire seulement soupçonner que l'église Saint-Séverin ait été une dépendance de Saint-Julien-le-Pauvre, ni qu'elle lui ait servi de baptistère; et plusieurs actes, tels que le diplôme de Henri Ier, que nous avons plusieurs fois cité, semblent prouver le contraire, en parlant de ces deux églises dans des termes qui supposent une parfaite égalité. Enfin, s'il faut choisir entre les deux seules opinions vraisemblables, que le titulaire de cette église est ou saint Séverin d'Agaune, ou saint Séverin _le Solitaire_, le peu de séjour que fit le premier à Paris semble devoir faire pencher la balance en faveur du second, qui y demeura long-temps, édifiant ses habitants par l'exemple et le spectacle de ses vertus. La charte de Henri Ier, qui désigne cette église sous le nom de Saint-Séverin-_le-Solitaire_, vient à l'appui de cette opinion[533]; et, dans les dernières années de la monarchie, on en avoit été tellement frappé, que sa fête y étoit célébrée avec toutes les solennités usitées pour les Saints titulaires, quoique le nom plus fameux de l'abbé d'Agaune eût fait prévaloir depuis long-temps son culte dans cette église.

[Note 532: _Voy._ t. II, 2e part., p. 739.]

[Note 533: Vales. de Basil. Paris., cap. XIV.]