Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 36
Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les religieuses dans une maison appelée le _Petit-Bourbon_. Elle se nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000 livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses du Val-de-Grâce.
_Autres hôtels._
Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun détail.
Hôtel des évêques de Nevers, rue des Amandiers.
des abbés de Pontigni, rue des Anglois.
de Jean Gannai, chancelier de France, rue de l'Arbalète.
des abbés de Saint-Benoît-sur-Loire, rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie.
de Vezelai, du Mont } Saint-Michel[439], } } ------ des évêques d'Auxerre, } de Coutances, } rue des Cholets. du Mans, de } Senlis, de Langres, } de Châlons[440]. }
des abbés de Saint-Jean-des-Vignes, rue Saint-Jacques, près la chapelle Saint-Yves.
des évêques de Nevers en 1380, rue Judas.
de Marli-le-Châtel, rue des Sept-Voies.
[Note 439: Ces deux hôtels sont compris aujourd'hui dans le collége de Montaigu.]
[Note 440: Le collége de Sainte-Barbe a été bâti sur l'emplacement de cet hôtel.]
FONTAINES.
_Fontaine Saint-Benoît_ ou _de la place Cambray._
Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624.
_Fontaine de Sainte-Geneviève._
Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la montagne.
_Fontaine du Pot-de-Fer._
Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris le nom.
_Fontaine des Carmélites._
Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à l'entrée du couvent dont elle porte le nom.
Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil.
_Porte Saint-Jacques._
Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques, Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques.
Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue en 1684[441].
[Note 441: _Voy._ pl. 147.]
BARRIÈRES.
Il n'y a que deux barrières dans toute l'étendue de ce quartier:
La barrière de la Santé. La barrière Saint-Jacques[442].
[Note 442: Cette dernière se nomme maintenant barrière d'Arcueil.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-BENOÎT.
_Rue des Amandiers._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et de l'autre à celle de la Montagne-Sainte-Geneviève; dès le treizième siècle elle portoit ce nom, dont on n'a pu découvrir l'étymologie. On disoit également rue des _Almandiers_, de _l'Allemandier_ et des _Amandiers_.
_Rue des Anglois._ Elle traverse de la rue Galande dans celle des Noyers, et étoit connue sous ce nom dès le treizième siècle. Sauval insinue qu'il lui a été donné à cause du long séjour que les Anglois ont fait à Paris[443]. Jaillot prouve qu'une telle opinion ne peut être admise, parce que cette rue étoit ainsi nommée plus de deux siècles avant le règne de Charles VI. Sans prétendre en donner la véritable étymologie, il pense qu'il seroit plus vraisemblable de l'attribuer aux Anglois que la célébrité de l'Université de Paris engageoit à venir faire leurs études dans cette ville, et dont le nombre étoit en effet si considérable, qu'ils formèrent une des quatre _nations_ dont ce grand corps étoit composé.
[Note 443: T. I, p. 109.]
_Rue de l'Arbalète._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre, à celle des Charbonniers. On lit dans les titres de Saint-Geneviève qu'au quatorzième siècle elle s'appeloit _rue des Sept-Voies_[444], et qu'au milieu du seizième on la nommoit _rue de la Porte de l'Arbalète_, autrement _des Sept-Voies_. Il y avoit dans cette rue une maison dite de l'Arbalète, qui faisoit le coin de la rue des Sept-Voies, et c'est là qu'il faut chercher sans doute l'étymologie de ces diverses dénominations.
[Note 444: Cens. de 1380.]
_Rue du Cimetière-Saint-Benoît._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, de l'autre à la rue Fromentel, et doit son nom au cimetière Saint-Benoît, auquel elle conduisoit en 1615. On agrandit ce cimetière en même temps qu'on en supprima un autre qui occupoit une partie de la place Cambrai. Quelques nomenclateurs donnent à cette rue la dénomination de _rue Breneuse_; un autre dit qu'elle s'appeloit _de l'Oseroie_ en 1300. Guillot en indique effectivement une sous ce nom, et l'abbé Lebeuf pense aussi qu'elle est représentée par celle-ci[445]. Jaillot produit plusieurs titres qui lui font croire qu'anciennement cette rue n'étoit point distinguée de celle de Fromentel, dont elle fait la continuation; et celle-ci se prolongeoit alors sous le même nom jusqu'à la rue Saint-Jacques. Quant à la rue de l'_Oseroie_, il conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise dans l'église Saint-Benoît, et sur l'emplacement de laquelle ont été construites les chapelles de la nef[446].
[Note 445: T. II, p. 569.]
[Note 446: Chronol. hist. des cur. de S. Ben., p. 26 et 27.]
_Rue de Biron._ Cette rue, qui donne d'un côté rue du Faubourg-Saint-Jacques, de l'autre dans celle de la Santé, étoit encore sans nom en 1772. Elle a pris depuis celui qu'elle porte aujourd'hui.
_Rue des Bourguignons._ Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques, et de l'autre dans celle de Lourcine, étoit anciennement nommée _rue de Bourgogne_. Sur plusieurs plans on ne la fait commencer qu'au coin de la rue de la Santé, ou, pour mieux dire, au bout du carrefour où étoit autrefois placée la _croix de la sainte Hostie_[447]; et toute la partie antérieure jusqu'à la rue Saint-Jacques y est nommée _rue des Capucins_. C'étoit par cette rue ou chemin, et le long des murs du Val-de-Grâce, que devoit passer le boulevard ou cours planté d'arbres dont on avoit résolu en 1704, d'environner la ville, et qui depuis a été tracé et exécuté à une assez grande distance de ce premier emplacement[448].
[Note 447: Cette croix fut érigée en 1668, en réparation d'un sacrilége commis dans l'église Saint-Martin, cloître Saint-Marcel. Au mois de juillet, trois voleurs s'étant introduits dans cette église rompirent le tabernacle, emportèrent le saint ciboire, et dispersèrent les hosties. Ils furent arrêtés, et déclarèrent qu'ils avoient enveloppé une de ces hosties dans un linge, et l'avoient jetée près des murs du Val-de-Grâce. Elle y fut heureusement trouvée, et levée avec les cérémonies requises, à la suite desquelles M. l'archevêque ordonna une procession solennelle et expiatoire, où il assista nu-pieds et l'étole derrière le dos. On éleva ensuite la croix dont nous parlons, et tous les ans le clergé de la paroisse s'y rendoit processionnellement.]
[Note 448: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé d'_Hautefort_. C'est l'ouverture d'une rue projetée en 1724 et non continuée, laquelle devoit traverser de celle des Bourguignons dans la rue des Lyonnois.]
_Rue de la Grande et de la Petite-Bretonnerie._ Ces deux rues parallèles se réunissoient l'une à l'autre, et avoient leur entrée par la rue Saint-Jacques; c'étoit, à proprement parler, une rue qui tournoit autour de plusieurs maisons. Sauval dit qu'anciennement elle se nommoit _rue du Puits_[449]; et Jaillot la trouve, au commencement du quinzième siècle, sous le nom de _rue aux Bretons_; mais, dès le seizième, elle est désignée sous la double dénomination qui lui est restée. Ces deux rues avoient été ouvertes sur un fief qui appartenoit aux religieuses de Long-Champs; et l'on trouve qu'en 1661 le roi permit aux filles de la congrégation de Charonne, dont il vouloit favoriser l'établissement, de former un marché dans cet endroit[450].
[Note 449: T. I, p. 121.]
[Note 450: Ces rues ont été depuis supprimées, pour faciliter l'entrée de la place Sainte-Geneviève.]
_Rue de la Bûcherie._ Elle commence à la rue du Petit-Pont, et finit à celle du Pavé-de-la-Place-Maubert. Sauval dit qu'elle devoit son nom à un port aux bûches qu'il y avoit auprès en 1415[451]. Jaillot prouve que ce port existoit en cet endroit bien des siècles avant cette époque; et, sans nier que le nom de cette rue en tire son étymologie, il pense qu'elle pourroit bien aussi avoir reçu cette dénomination de quelques boucheries établies anciennement en ce lieu. Au reste ces deux étymologies sont également constatées par des titres de Sainte-Geneviève du treizième siècle, dans lesquels on lit: _Vicus de Boucharia et Buscharia_, etc. Cette rue avoit été ouverte au bas d'un clos fort étendu qu'on appeloit le clos Mauvoisin, dont nous aurons bientôt occasion de parler; et, dès le sixième siècle, elle étoit couverte de maisons jusqu'à la rue du Fouare seulement. En 1202 le clos Mauvoisin ayant été donné à cens, sous la condition d'y bâtir, la rue fut successivement continuée jusqu'à son extrémité, opération qui cependant n'étoit pas encore terminée à la fin du siècle suivant[452].
[Note 451: T. I, p. 121.]
[Note 452: Plusieurs titres de l'archevêché font mention d'une ruelle qui donnoit dans cette rue, et qu'on nommoit, en 1490, _ruelle du Lion-Pugnais_, et en 1508, du _Trou-Punais_. Ce dernier nom étoit commun aux fossés ou cloaques où se perdoient les eaux et les immondices, qui de là étoient portées à la rivière. Jaillot pense que cette ruelle est la descente vis-à-vis la rue des Rats, qu'on appeloit _les Petits-Degrés_.]
_Place Cambrai._ Elle fut ouverte, au commencement du dix-septième siècle, sur une partie de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui s'étendoit jusqu'à la rue Saint-Jacques, et sur un terrain qui servoit anciennement de cimetière. On le nommoit _le Grand Cimetière_, _le Cimetière de Cambrai_, _le Cimetière de l'Acacias_; _le Cimetière du Corps-de-garde_. Ces différents noms venoient de la _terre de Cambrai_, ainsi appelée parce que la maison de l'évêque de Cambrai, convertie depuis en collége, y étoit située; d'un acacia qu'on y avoit planté, et d'un corps-de-garde voisin.
_Rue des Capucins_[453]. Ce n'étoit, au siècle dernier, qu'un chemin qui conduisait de la rue du Faubourg-Saint-Jacques à celle de la Santé. On la nommoit ainsi parce qu'elle régnoit le long de l'enclos des Capucins.
[Note 453: Cette rue est maintenant nommée _rue Méchin_, dans une de ses parties. Celle qui va du faubourg Saint-Jacques au Champ-des-Capucins a conservé son ancien nom.]
_Rue des Carmes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Noyers, et de l'autre à celle du mont Saint-Hilaire. Comme elle a été ouverte, ainsi que celle de Saint-Jean-de-Beauvais, sur le clos Bruneau, on lui en a souvent donné le nom. Elle portoit aussi celui de _Saint-Hilaire_, parce qu'elle aboutissoit à cette église, et c'est ainsi qu'elle est dénommée dans des actes de 1317 et 1372. Son dernier nom lui vient du couvent des Carmes qui y étoit situé.
_Rue du Carneau._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la Bûcherie à la rivière, et que presque tous nos plans ont figurée sans lui donner aucun nom. Jaillot prétend cependant que, dès le treizième siècle, elle étoit connue sous celui de _la Poissonnerie_, puis de _la Place au Poisson_ dans le dix-septième; plus anciennement elle s'appeloit _rue des Porées_. C'est ainsi qu'elle est indiquée dans le rôle des taxes de 1313, et dans un compte de 1398, rapporté par Sauval[454].
[Note 454: T. III, p. 263.]
_Rue des Charbonniers._ Elle fait la continuation de la rue de l'Arbalète, et aboutit à celle des Bourguignons. Son nom lui vient d'un lieu voisin dit _les Charbonniers_, dont il est question plusieurs fois dans le terrier du roi de 1540.
_Rue Chartière._ Elle aboutissoit d'un côté à la rue du Puits-Certain, de l'autre à celle de Reims. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit _de la Charretière_[455]. Guillot écrit _de la Chareterie_, et l'on trouve dans d'autres titres _de la Charrière_[456], _de la Chartrière_ et _des Charettes_.
[Note 455: T. I, p. 124.]
[Note 456: Hist. de Par., t. III, p. 392.]
_Rue du Cheval-Vert_[457]. Elle traverse de la rue des Postes à celle de la Vieille-Estrapade. Si l'on en excepte un seul plan, celui de Nolin, publié en 1699, où elle est appelée _rue du Chevalier_, on trouve le premier nom dans tous les actes, et notamment dans les censiers de Sainte-Geneviève, qui en font mention dès 1603. Elle fut fermée en 1646, sans qu'on en sache les raisons, et rouverte depuis, sans que l'époque de cette ouverture soit désignée. Son nom lui vient probablement de quelque enseigne.
[Note 457: On la nomme maintenant _rue des Irlandois_.]
_Rue des Chiens._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Sept-Voies, et de l'autre à celle des Cholets. Sauval[458] et ses copistes prétendent que le bas peuple avoit changé les deux dernières lettres du nom de cette rue, parce qu'elle étoit solitaire et malpropre. Jaillot pense au contraire que cette dénomination ordurière étoit la plus ancienne, et fut changée en celle _des Chiens_, qu'elle portoit déjà avant le milieu du dix-septième siècle. Guillot indique dans sa nomenclature une _rue du Moine_, que l'abbé Lebeuf croit être celle-ci; Jaillot, qui en doute, entame à ce sujet une longue discussion, qui n'éclaircit nullement cette question si peu importante[459].
[Note 458: T. I, p. 125.]
[Note 459: On la nomme aujourd'hui rue _Jean-Hubert_.]
_Rue des Cholets._ Cette rue donne d'un côté dans la rue Saint-Étienne-des-Grés, de l'autre dans celle de Reims, et doit son nom au collége qu'on y a bâti. Auparavant on la nommoit _Saint-Symphorien_ et _Saint-Symphorien-des-Vignes_. Cette dernière dénomination venoit de ce que le carré que forme cette rue avec celle de Reims, des Sept-Voies et de Saint-Étienne-des-Grés, étoit un clos planté de vignes. On la trouve aussi indiquée sous les noms de _petite rue Sainte-Barbe_ et de _rue des Vignes_.
_Rue d'Écosse._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire, et de l'autre à celle du Four. Guillot n'en fait point mention, quoiqu'elle existât déjà de son temps. En 1313 on la nommoit _rue au Chauderon_, de l'enseigne d'une maison qui subsistoit encore en 1636; mais, dès le seizième siècle, on l'appeloit rue d'Écosse. Robert dit qu'elle a porté le nom de _rue des Trois-Crémaillères_.
_Rue Saint-Étienne-des-Grés._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Jacques, de l'autre sur la Place-Sainte-Geneviève. Dès 1230, elle est désignée sous ce nom dont nous avons fait connoître l'étymologie en parlant de l'église qui le lui a donné.
_Rue de la Vieille-Estrapade._ Elle est située entre la Place-de-Fourci et celle de l'Estrapade; et cette dernière place qui lui a donné ce nom, l'avoit reçu parce que, pendant long-temps, on y avoit fait subir aux soldats le supplice de l'estrapade, dont l'appareil fut depuis transporté au marché aux chevaux. Avant cette époque, cette rue se nommoit _rue des Fossés-Saint-Marceau_, ayant été ouverte sur les fossés de la ville.
_Rue du Fouare._ Elle aboutit d'un côté à la rue Galande, de l'autre à celle de la Bûcherie. Ce nom est une altération de celui de _feurre_, c'est-à-dire de paille, dans notre ancien langage; aussi, dans tous les vieux titres, cette rue est-elle appelée _vicus Straminis_, _vicus Straminum_, _via Straminea_. On voit dans un cartulaire de Sainte-Geneviève[460] qu'en 1202 Matthieu de Montmorenci, seigneur de Marli, et Mathilde de Garlande sa femme, donnèrent leur vigne appelée le clos Mauvoisin (c'est le même que celui de Garlande), à cens, à plusieurs particuliers, à la charge d'y bâtir. Ainsi se formèrent les rues Galande, du Fouare et autres qui se trouvent entre la rue de la Bûcherie et la Place-Maubert. Nous avons déjà dit comment, sous Philippe-Auguste, il s'établit de nouvelles écoles dans celle dont nous parlons. Elle reçut le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, parce que les écoliers, suivant l'usage qui s'observoit alors, étoient, par respect pour leurs maîtres, assis par terre sur de la paille, dont on jonchoit les écoles.
[Note 460: Fol. 190.]
Les anciens titres prouvent que la rue du Fouare étoit fermée à ses deux extrémités; et l'on croit que c'étoit pour empêcher le passage des voitures, dont le bruit auroit pu incommoder et distraire les étudiants.
_Rue du Four._ Elle donne d'un côté dans la rue des Sept-Voies, de l'autre dans celle d'Écosse, dont elle n'est pas même distinguée sur les anciens plans. Cependant le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1248 en fait mention sous le nom de _Vicus_ et de _ruella Furni_; Guillot la nomme _du Petit-Four, qu'on appelle le Petit-Four-Saint-Ylaire_. On lui avoit donné ce nom parce que le four banal, qui appartenoit à l'église Saint-Hilaire, y étoit situé.
_Rue et place de Fourci._ Elles sont situées entre la rue de la Vieille-Estrapade et celle des Fossés-Saint-Victor. Sur la plupart de nos plans cette rue n'est pas distinguée de celle des Fossés-Saint-Marceau ou Vieille-Estrapade. Elle doit son nom à M. Henri de Fourci, président aux enquêtes et prévôt des marchands, qui, en exécution d'un arrêt du conseil du 17 avril 1685, fit combler les fossés et aplanir le terrain, beaucoup plus escarpé alors qu'il ne l'est aujourd'hui.
_Rue Fromentel._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Mont-Saint-Hilaire, vis-à-vis le Puits-Certain, et de l'autre à celle du Cimetière-Saint-Benoît. Ce nom est une abréviation de celui de _Froid-Mantel_, ainsi qu'il est indiqué dans le cartulaire de Sainte-Geneviève de 1243: _vicus qui dicitur Frigidum-Mantellum_. On trouve dans celui de Sorbonne, en 1250, _vicus Frigidi-Mantelli_; _Fretmantel_, aliàs _Brunel_ en 1313. Dans tous les actes des siècles suivants on lit _Fresmantel_, _Froit-Mantel_ et _Fromentel_[461].
[Note 461: Au coin de cette rue est une maison dont quelques historiens ont parlé, à cause de la statue de Henri IV qu'on y voyoit encore à la fin du siècle dernier. L'abbé Lebeuf dit (t. I, p. 208) que «la tradition est que Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, y a logé, et y a reçu quelquefois ce prince.» Il adopte cette tradition, et critique Piganiol, qui place l'hôtel de cette duchesse dans la rue Fromenteau, près le Louvre. Jaillot croit devoir le combattre, parce qu'il ne trouve rien qui puisse autoriser une semblable opinion. «Il est plus vraisemblable, dit-il, que l'hôtel de la duchesse de Beaufort étoit dans la rue Fromenteau, près le Louvre, que dans la rue Fromentel, près Saint-Hilaire, cette dernière maison n'annonçant rien, par sa structure ni par son étendue, qui puisse faire présumer qu'elle ait été occupée par Gabrielle d'Estrées; d'ailleurs je n'ai trouvé aucun titre où la rue Fromentel soit appelée Fromenteau, quoique celle-ci ait porté le nom de la première.»]
_Rue Galande._ Elle commence au carrefour Saint-Séverin, et aboutit à la place Maubert. Ce nom est visiblement une altération de celui de Garlande, que portoit une famille très-connue au onzième siècle. Le clos Mauvoisin, comme nous l'avons dit plus haut, faisoit partie de la seigneurie de Garlande; le cartulaire de Sainte-Geneviève renfermoit une transaction de l'an 1225, qui nous apprenoit que c'est sur le terrain de ce clos qu'au commencement du treizième siècle furent percées les rues Galande, des Trois-Portes, des Rats et du Fouare, en vertu d'un accensement fait en 1202 par Matthieu de Montmorenci et Mathilde de Garlande sa femme[462]. Ce clos appartenoit dans le principe à l'abbaye Sainte-Geneviève, qui[463] l'avoit donné en fief à ce seigneur, à la charge que ceux qui y bâtiroient seroient de la paroisse du Mont. Nous avons déjà remarqué qu'en 1118 Étienne de Garlande avoit donné une partie des vignes de ce clos pour la dotation de la chapelle Saint-Agnan[464]: il faut ajouter qu'en 1134 Louis-le-Gros approuva cette donation, sous la réserve de 18 den. de cens[465], d'où il faut conclure que ce clos étoit en partie dans la _directe_ du roi et en partie dans celle de Sainte-Geneviève.
[Note 462: Gall. christ., t. VII, inst. col. 225.]
[Note 463: Pigan., t. VI, p. 108.]
[Note 464: _Voy._ t. I, prem. part., p. 280.]
[Note 465: Past. A, fol. 583; B, 873; D, 206 et 306.]
_Carré Sainte-Geneviève._ On appelle ainsi la place qui étoit devant les églises de Sainte-Geneviève et de-Saint-Étienne-du-Mont. Elle avoit été formée d'une partie de l'ancien cloître, qui fut donnée à cens en 1355 pour y bâtir les maisons qu'on y voit aujourd'hui. Ce cloître étoit fermé par des portes au bout des rues des Sept-Voies, des Amandiers et des Prêtres.
_Place Sainte-Geneviève._ La construction de la nouvelle église Sainte-Geneviève a donné naissance à cette nouvelle place, formée de la destruction des rues de la Grande et de la Petite-Bretonnerie, et de la démolition de plusieurs édifices.
_Rue Neuve-Sainte-Geneviève._ Elle aboutit d'un côté à la place de Fourci, de l'autre à la rue des Postes. Elle doit ce nom au clos de Sainte-Geneviève, sur lequel elle a été ouverte[466].
[Note 466: Il y avoit autrefois trois ruelles dans cette rue: la première n'est désignée par aucun nom, à moins que ce ne soit celle qu'on trouve dans les titres sous celui de _ruelle Chartière_. Les deux autres se nommoient, l'une, _rue Sainte-Apolline_, l'autre, _ruelle de la Sphère_. C'est sur cette dernière et sur la partie d'un jeu de paume qui portoit le même nom, que fut bâtie la maison des Filles de Sainte-Aure.]
_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Nous avons déjà parlé de cette rue au quartier de la place Maubert. La petite partie qui dépend de celui-ci étoit comprise dans le cloître Sainte-Geneviève, qui, de ce côté, commençoit au bout de la rue des Amandiers. Dans ce petit espace se trouvoit une ruelle sans bout, ou cul-de-sac, dont il restoit encore des vestiges dans le siècle dernier[467].
[Note 467: Cens. de S. Genev. de 1540.]
_Cul-de-sac Gloriette._ Il dépendoit de ce quartier, quoiqu'il fût situé à l'extrémité de la rue de la Huchette, comprise dans le quartier Saint-André-des-Arcs. Ce cul-de-sac doit son nom au fief Gloriette, sur lequel il avoit été percé, et qui l'avoit communiqué également à la boucherie établie en cet endroit au quinzième siècle. Sa situation sur le bord de la rivière, qui le rendoit propre à l'écoulement du sang des animaux, lui fit donner le nom de _Trou-Punets_ ou _Punais_, qu'il porte dans plusieurs actes de ce temps-là. Le lieu qu'y occupoit la boucherie, laquelle existoit encore dans le siècle dernier, étoit une maison qui servoit auparavant de bureau pour recevoir le péage du Petit-Pont. En 1382 on en prit une partie pour faire une nouvelle tour au Petit-Châtelet[468].
[Note 468: À côté de ce cul-de-sac étoit une ruelle _descendante de la boucherie de Gloriette-en-Seine_, telle est sa seule désignation dans un acte de 1492. Le terrier du roi de 1540 l'appelle _ruelle des Étuves_.]