Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 35
Ce seroit encore une grande erreur de croire que la loi romaine ne fit que des bourgeois, des prêtres et des plébéïens. Elle faisoit aussi des familles nobles, puisque, par diverses dispositions de son code, elle faisoit des familles militaires, et que ces dispositions ne furent point abrogées. Mais comme les circonstances n'étoient plus les mêmes, que la situation des peuples avoit plus de fixité et de tranquillité que dans ces temps désastreux, où l'empire penchant vers sa ruine et se trouvant entamé et déchiré de toutes parts, tous grands et petits étoient indistinctement forcés de prendre les armes; ceux qui n'appartenoient pas aux familles militaires rentrèrent naturellement dans l'ordre civil d'où ils étoient momentanément sortis, et ces familles, les seules où l'on eût le privilége d'être soldat en naissant, continuèrent seules de suivre leur ancienne profession et furent aussi les seules qui transmirent ce droit et cette obligation à leurs enfants.
Ainsi ces soldats romains qui, au rapport de Procope, se donnèrent, avec leurs drapeaux et les pays qu'ils gardoient, aux Armoriques et aux Germains, conservèrent les moeurs, l'habillement et les lois de leur pays; mais ne cessèrent point d'être soldats. Le récit de Procope prouve au contraire qu'ils continuèrent de l'être, et qu'ils conservèrent et léguèrent à leurs descendants les avantages et les honneurs qui étoient attachés à la condition militaire[429-B]. Ainsi s'explique le passage de Grégoire de Tours, déjà cité; c'est de la jeune noblesse _romaine_ qu'il veut parler, lorsqu'il dit que l'étude des lois _Théodosiennes_ étoit une des parties principales de son éducation. Certes les barbares n'étudioient point les codes romains dont ils n'avoient que faire; les ridicules _doctrinaires_ que nous venons de signaler n'oseroient le soutenir et reculeroient eux-mêmes devant une pareille absurdité.]
[Note 429-A: Agathias. _Voy._ encore t. I, prem. part., p. 55 et 56.]
[Note 429-B: _Voy._ t. II, 2e part, p. 801.]
Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui néanmoins, sous les noms divers de _Salique_, _Gombette_, ou _Ripuaire_, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence de ces peuples barbares, qu'il y a _composition_ pour toute espèce de violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature qu'il puisse être, y est évalué et _amendable_ en argent.
Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux _capitulaires_, qui ne présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui les avoient précédées.
Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce n'étoit que dans le _plaid général_ et du consentement _de tous_ que se faisoient ces _capitules_, et qu'ils acquéroient force de loi[430]. Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où, le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits vassaux.
[Note 430: _Cap. excerp. ex Leg. Longip._, cap. 49.--Charlemagne répondit à un comte qui l'avoit consulté sur une loi dont l'interprétation sembloit lui offrir quelques difficultés «Si vos doutes portent sur la loi Salique, _adressez-vous à notre plaid général_.»]
Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été augmentées dans le siècle suivant par Justinien Ier. Il y joignit d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle, devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut connue sous le nom de _Pandectes_ ou _Digeste_.
Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort de Justinien[431], perdue dans la suite des temps, et entièrement oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes, revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand[432], furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous.
[Note 431: L'empereur Basile et ses successeurs firent une autre compilation de lois sous le nom de _Basiliques_. Dans l'Occident, et particulièrement dans la partie des Gaules où l'on suivoit le droit écrit, on ne connoissoit que le Code Théodosien, les Institutes de Caïus et l'Édit perpétuel.]
[Note 432: Irnerius.]
Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en France pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge, s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences, on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et, pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères.
Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384, par Gilbert et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que 16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît.
Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science, alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain seroient rétablies, et l'année suivante, ce monarque voulut qu'à l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque université.
Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence, dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi. L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la façade de ce monument.
Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre 1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les docteurs honoraires, prit possession de ces nouvelles écoles, dans lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices[433].
[Note 433: Ce monument n'a point changé de destination.]
CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT.
TABLEAUX.
Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV, revêtu de ses habits royaux.
Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de _La Grive_.
SCULPTURES.
Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de plusieurs autres magistrats.
_Le séminaire des Clercs irlandois_ (rue du Cheval-Vert).
Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578. Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils furent établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.
Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des missions dans leur pays.
La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de bibliothèque[434].
[Note 434: Cette maison est encore occupée par des prêtres de cette nation.]
_La communauté des Eudistes_ (rue des Postes).
La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers instituée sous le nom de _Jésus_ et de _Marie_ par le P. Eudes, dont nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina ces prêtres à diriger les séminaires et à faire des missions. Son projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des lettres-patentes données en 1643.
La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice: car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais, et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.
Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.
Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom d'auteur.
_Séminaire Anglois_ (même rue).
Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le nom et l'invocation de _saint Grégoire-le-Grand_. Les lettres-patentes données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en 1685.
La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de remarquable.
_Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception_ (même rue).
Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en aida d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir en communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité étoient la base, et auquel plusieurs personnes respectables s'empressèrent de coopérer, fut formé en 1703 rue Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart voulut qu'on ne reçût dans son séminaire que des jeunes gens capables d'étudier en philosophie ou en théologie; et qu'après le temps destiné à cette étude ils pussent encore résider deux ans dans cette maison, pour se préparer complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea qu'ils ne prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des dignités ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des missions tant dans le royaume que dans nos colonies.
Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue, prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs fut posée en 1769 par M. de Sartine.
La façade de ces bâtiments avoit été construite sur les dessins de M. Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur étoit décoré d'un ordre ionique[435].
[Note 435: Cette communauté a été rétablie; les bâtiments des deux établissements précédents sont occupés maintenant par des pensions ou par des particuliers.]
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
SCULPTURES.
Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des missionnaires qui instruisent des nègres; par _Duret_.
Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même.
Dans la salle des exercices, une Assomption; par _Adam_ cadet.
Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque.
Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies de Cayenne et du Sénégal.
_Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires_, (rue de l'Arbalète).
Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet établissement et destiné à la culture des plantes médicinales, avoit été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté, acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement, qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en 1777.
Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant général de police y distribuoit solennellement des médailles[436] aux élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études.
[Note 436: Ces prix avoient été fondés par M. Le Noir, dernier lieutenant de police.]
Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les plantes étoient distribuées suivant la méthode de Tournefort[437].
[Note 437: Cet établissement n'a point changé de destination.]
CURIOSITÉS.
TABLEAUX.
Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur.
Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales; par _Vouet_.
Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes renommés.
Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la communauté des épiciers et apothicaires.
SCULPTURES.
Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir.
_École des Savoyards_ (rue Saint-Étienne-des-Grès).
Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables auxquelles il communiqua son projet l'approuvèrent, et voulurent y prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où étoient établies les chambrées des Savoyards[438], leur annoncèrent les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin.
[Note 438: Ils habitoient les faubourgs. Ceux de l'évêché de Genève, qui étoient les plus nombreux, logeoient dans le faubourg Saint-Marceau; ceux de Saint-Jean-de-Maurienne, dans le faubourg Saint-Laurent; ceux de l'archevêché de Moutier en Tarentaise, dans le Marais, etc. Ils étoient distribués par chambrées, dont chacune, composée de huit à dix Savoyards, étoit conduite par un chef, qui remplissoit auprès de ces enfants les fonctions d'économe et de tuteur. Chacun d'eux avoit sa place marquée dans Paris, où il se rendoit de grand matin; et le soir en rentrant, ce qui avoit été gagné dans la journée étoit mis dans une boîte commune nommée _tirelire_, que l'on n'ouvroit que lorsque la somme étoit assez considérable pour être employée utilement aux besoins de la petite société. Cette police des Savoyards s'est maintenue pendant la révolution, et subsiste encore aujourd'hui.]
À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg Saint-Honoré.
HÔTELS.
_Hôtel de Bourgogne_ (rue des Sept-Voies).
Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne. Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le vendit aux écoliers de Reims en 1412.
_Hôtel d'Albret_ (même rue).
Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le collége de la Merci, appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a retenu le nom de _cour d'Albret_.
_Petit-Bourbon_ (rue du Faubourg-Saint-Jacques).