Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 34

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Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation, daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.

Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice, lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413].

[Note 413: Elle fut construite en 1694, et bénite la même année.]

Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité, voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de _Communauté de Sainte-Barbe_. Depuis, ayant été nommé principal du collége du Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être reçus jusque dans les derniers temps.

L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis, sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée, indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens, auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze maîtres particuliers.

Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors _Inigo_, avoit fait ses études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres, entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et George Buchanan, poëte et historien.

_Le collége de Coqueret_ (rue Chartière).

Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans lequel s'étoit établie une manufacture de carton.

[Note 414: Liv. II, p. 732.]

[Note 415: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.]

_Collége de Reims_ (rue des Sept-Voies).

Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa mort[416]. On voit par cet acte que l'intention de ce prélat étoit d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec les écoliers de Reims[417], alors étudiants à Paris, et qui étoient destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai 1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége. Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en ruines.

[Note 416: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au concile de Pise, le 8 juin de cette même année.]

[Note 417: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux Jean _Gerson_, chancelier de l'Université.]

Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu, comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses pour des écoliers du comté de Porcien. Lors de l'union, presque tout le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de boursiers.

Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en 1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre, chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de l'Université.

_Collége de la Merci_ (même rue).

Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en 1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient partie de son hôtel, et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515[418]. Cet établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier, n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du Chaume[419].

[Note 418: Hist. univ., t. VI, p. 72.]

[Note 419: _Voy._ t. II, 2e part., p. 993.]

_Collége de Fortet_ (même rue).

Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un principal et huit boursiers[420], et destiné pour l'emplacement de cette institution une maison appelée _les Caves_, située au bout de la rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs testamentaires.

[Note 420: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.]

Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la maison léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M. de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on leur donna des statuts le 10 avril de la même année.

Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an 1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de Marli-le-Châtel[421].

[Note 421: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues les premières assemblées de la Ligue. (_Voy._ prem. part. de ce volume, pag. 271.)]

La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant seigneur d'Aurillac[422].

[Note 422: Les bâtiments de ce collége forment maintenant plusieurs maisons particulières.]

_Collége de Montaigu_ (même rue).

Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier fondateur. Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13 décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.

L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les circonstances où ils se trouvoient[423] ne leur permirent point de s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état, voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en théologie.

[Note 423: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît, et Gilles étoit alors employé dans des négociations importantes.]

Cette fondation, portée dans le testament du cardinal de Laon, daté du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour, évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers, suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence, dans le diocèse de cette ville.

Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal, soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine, et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.

Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un historien[424], il restoit à peine 11 sous de rente, lorsque le chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean Standonc[425]. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée: ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers, furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16 avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.

[Note 424: M. Crévier.]

[Note 425: _Voy._ t. II, 2e part., pag. 907.]

Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en faveur des pauvres; et en effet les réglements qu'il fit annoncent l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en pain, légumes, oeufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit appeler les _pauvres capettes de Montaigu_.

Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître, appelé le _père_ ou _ministre des pauvres_, le procureur et deux correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de Paris.

L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne prenoient qu'une collation très-frugale.

Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses s'élevoit à près de soixante[426].

[Note 426: Ce collége est maintenant changé en maison d'arrêt.]

_Le collége d'Hubant_ ou _de l'Ave-Maria_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi, dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent nommés pour faire exécuter cette fondation.

Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des _Almandiers_ on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse, d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième vis-à-vis. Quant au nom de l'_Image-Notre-Dame_ que portoit celle que nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, _Ave Maria_; cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit presque oublier celui du fondateur.

Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.

_Collége des Grassins_ (rue des Amandiers).

Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569, une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches, à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père, et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire, Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le 26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret, consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et environ 3,000 livres de rente.

Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571, date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite en 1578, sous l'invocation de la Vierge.

En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en 1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier domicile.

La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses, jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France, libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de l'archevêque de cette ville[427].

[Note 427: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est maintenant habité par des particuliers.]

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants; par _Hallé_.

Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve de Naïm; par _Simon Vouet_.

Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par _Lebrun_.

Le collége des Grassins étoit de plein exercice.

_Écoles de droit_ (place Sainte-Geneviève).

On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César.

C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque contemporain[428], qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement, mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens, la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures, la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les punir, la capacité ou l'incapacité des personnes pour remplir telles ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits comme membre de la société, la nature des alliances, etc.

[Note 428: Agobard. lib. adv. Gundob. legem., cap. 4.]

Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs, étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes[429].

[Note 429: Hist., lib. IV, cap. 42.--C'est lorsque l'on examine avec attention le récit des historiens contemporains, et ces divers codes sous lesquels étoient régis tous ces peuples et conquis et conquérants qui habitoient les Gaules, que l'on est en quelque sorte confondu de cet excès d'ignorance ou de mauvaise foi qui a fait naître depuis peu à quelques pédants politiques l'idée bizarre de les diviser en deux castes, séparées l'une de l'autre par des barrières à jamais insurmontables, dont l'une, sous le nom de _Francs_, se composoit de maîtres ou plutôt de tyrans orgueilleux et cruels; l'autre, sous celui de _Gaulois_, d'esclaves ou plutôt d'ilotes réduits à peu près à la condition des bêtes de somme. Or, il est remarquable que, dans tout ce qui concernoit la police générale et surtout dans les choses que l'état de civilisation plus avancé des Gaulois rendoit nouvelles pour les Francs, ceux-ci eurent le plus souvent recours aux lois et à la police des Romains: c'est ce qu'atteste un écrivain qui vivoit cent ans après la conquête[429-A].