Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 33
François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles, et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.
Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de botanique; Louis XIII en créa une seconde de langue arabe et une de droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part dans le produit des messageries affecté aux besoins de cette compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées, par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:
Une chaire pour l'hébreu et le syriaque. Une ------ pour l'arabe. Une ------ pour le turc et le persan. Une ------ pour le grec. Une ------ pour l'éloquence latine. Une ------ pour la poésie. Une ------ pour la littérature françoise. Une ------ pour la géométrie. Une ------ pour l'astronomie. Une ------ pour la mécanique. Une ------ pour la physique. Une ------ pour la médecine pratique. Une ------ pour la physique expérimentale. Une ------ pour l'anatomie. Une ------ pour la chimie. Une ------ pour l'hist. naturelle. Une ------ pour le droit canon. Une ------ pour le droit de la nature et des gens. Une ------ pour l'histoire et la morale. Une ------ pour les mathématiques, fondée par Ramus.
Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M. le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le 22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M. Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la manière dont il a exécuté cette conception[400].
[Note 400: _Voy._ pl. 164 et 166.]
_Collége du Plessis-Sorbonne_ (rue Saint-Jacques).
Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317[401], pour quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims, Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents revenus, et une maison avec cours, jardins et vergers, située rue Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien[402]. Il y avoit déjà dans cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le nom de _Saint-Martin-du-Mont_, et le fondateur, qui se réserva la collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître particulier du collége.
[Note 401: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean XXII n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que le collége existoit avant cette époque, et dès 1317.]
[Note 402: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit canon. Les petites bourses étoient fixées à 2 sous par semaine, celles des philosophes à 4 sous, et celles des théologiens à 6 sous. Le fondateur établit en même temps trois chapelains, dont les bourses étoient les mêmes que celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous par semaine.]
Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du Breul et Corrozet, l'acte de fondation[403] prouve qu'il ne changea point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége pour accroître les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.
[Note 403: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.]
S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641, pour accroître le collége de Louis-le-Grand.
À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui avoit acquise sa discipline et le mérite de ses professeurs, ses bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de la conformité de son nom avec celui du cardinal[404], mais parce qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir plus facilement son consentement que celui de tout autre. Il céda en effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments, et de faire instruire les boursiers sous la direction et l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un plus grand nombre d'élèves distingués.
[Note 404: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.]
Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi[405].
[Note 405: Il sert maintenant de logement à des professeurs de la nouvelle Université.]
_Le collége de Louis-le-Grand_ (même rue).
Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de _la Société de Jésus_, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris. Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent l'institution en 1550.
Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort, arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables, indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en 1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le nom de la _cour de Langres_[406]. Cette acquisition fut amortie en 1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université, et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom de _collége de Clermont de la Société de Jésus_. Mais à peine avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées. Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.
[Note 406: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu à Bernard de La Tour, évêque de Langres.]
Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte principale, _Collegium Claromontanum Societatis Jesu_, pour y substituer celle de _Collegium Ludovici Magni_.
[Note 407: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156 livres.]
Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université, jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408].
[Note 408: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà été ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en 1763. Voici les noms des autres colléges réunis à celui de Louis-le-Grand:
Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit. -------- des Bons-Enfants. -------- du Trésorier. -------- des Cholets. -------- de Bayeux. -------- de Laon. -------- de Presle. -------- de Narbonne. -------- de Cornouaille. -------- d'Arras. -------- de Tréguier. -------- de Bourgogne. -------- de l'Ave-Maria. -------- d'Autun. -------- de Cambrai. -------- de Justice. -------- de Roissi. -------- de Maître-Gervais. -------- de Dainville. -------- de Fortet. -------- de Chanac. -------- de Reims. -------- de Séez. -------- du Mans. -------- de Sainte-Barbe. -------- de Grand-Mont.]
Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409].
[Note 409: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un des cinq colléges royaux de Paris.]
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un, Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint Charlemagne et saint Louis; par _Restout_.
_Collége des Cholets_ (rue des Cholets).
Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en 1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit, vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année 1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.
Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts, ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les diocèses d'Amiens et de Beauvais.
Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à celui de l'Université[410].
[Note 410: Ce collége, dont il reste encore des parties, offre sur sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point encore été remarquées, et qui sont au nombre des plus élégantes et des plus délicates qu'il y ait à Paris. Ses portes, tellement basses qu'elles excèdent à peine la hauteur d'un homme, présentent encore une singularité très-remarquable[410-A].]
[Note 410-A: _Voy._ pl. 166.]
_Collége et communauté de Sainte-Barbe_ (rue de Reims).
Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers 1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert, docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet établissement portoit dès-lors le nom de _Sainte-Barbe_.
[Note 411: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.]
[Note 412: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit depuis été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de Châlons, et par un hôtel contigu appelé le _Château-Fêtu_.]