Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 32

Chapter 323,317 wordsPublic domain

Il doit, suivant tous nos historiens[389], son origine à Gui de Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres par son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336. Au commencement du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi évêque de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de _Torchi_, avec l'intention de le placer dans des maisons situées rue Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur la date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de lever, en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les maisons où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414, ne lui ayant pas laissé le temps de les y établir, Estoud d'Estouteville, son frère et son exécuteur testamentaire, se chargea de remplir sa dernière volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1422. On voit en effet, à cette époque, douze théologiens et vingt-quatre artiens réunis dans ce collége, qui fut, par arrêt de la cour, nommé _de Torchi_[390], dit de Lisieux. Les douze théologiens étoient de la fondation de MM. d'Estouteville, et les vingt-quatre artiens étoient certainement ceux que Gui de Harcour avoit fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un arrêt du 19 juin 1430.

[Note 389: Du Breul, pag. 692.--Hist. de Par., t. I, pag. 592.]

[Note 390: Le nom de _Torchi_ étoit celui d'une terre appartenant à cette famille.]

La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp, sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier à vie, le second pour un an.

Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre 1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire[391].

[Note 391: Sauval fait mention d'un collége établi dans cette rue, et qui existoit encore en 1410; on le nommoit collége de _Suesse_, c'est-à-dire de Danemarck. Jaillot pense que ce pouvoit être celui de _Dace_, dont nous avons parlé à l'article du collége de Laon.

Il y avoit encore dans cette même rue, et près de Saint-Jean-de-Latran, un autre collége nommé le collége de _Tonnerre_. Un acte de 1406 nous apprend qu'il avoit été fondé par l'abbé et par les religieux de Saint-Jean-en-Vallée. Quant à son nom, il le devoit à l'abbé lui-même, lequel se nommoit Richard de Tonnerre. On ignore en quel temps ce collége a cessé d'exister.

La chapelle existe encore, ainsi que les bâtiments; ils sont occupés par des particuliers.]

_Collége des Lombards_ (rue des Carmes).

On trouve aussi ce collége sous le nom de collége de _Tournai_ ou d'_Italie_. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin, successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait que en 1333[392], quoique les écoliers fussent établis depuis trois ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de 1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége. André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient la place aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont Saint-Hilaire, seroit appelée _Maison des pauvres écoliers italiens de la charité de la bienheureuse Marie_.

[Note 392: Hist. de Par., t. III, p. 427.]

Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent: d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables, lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de leur nation.

Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits, MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M. Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.

Malgré tous ces arrangements, il y eut, le 22 mars 1696, un acte d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins. Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards. Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége: c'étoient deux communautés réunies.

On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension: la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le dirons ci-après.

Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la libéralité de M. de Vaubrun[393]. Son porche, de forme elliptique, et décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit été élevé sur les dessins de Boscry, architecte[394].

[Note 393: Guillaume Postel professa autrefois dans le collége des Lombards, et avec tant de célébrité, qu'on raconte que la grand'salle de cette maison, ne pouvant contenir la foule de ceux qui venoient l'entendre, il étoit obligé de les faire descendre dans la cour, et de leur donner leçon par une des fenêtres.]

[Note 394: Ce collége est maintenant habité par des particuliers: la chapelle sert de magasin.]

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par _Jeaurat_.

Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.

_Collége de Dormans-Beauvais_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais).

Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître, un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes. La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses époques par différents particuliers.

La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet quelques contestations, qui furent terminées par un concordat, homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége.

Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta au seul collége de Beauvais. Depuis, les arrangements qui devoient incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui appartenoient furent données au collége de Lisieux.

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de Pathmos; par _Lebrun_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Au milieu du choeur, deux statues en cuivre sur un tombeau de marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.

Six statues en pierre, représentant:

Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en 1380.

Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.

Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de l'hôtel, etc., mort en 1380.

Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.

Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à Philibert de Paillart, morte en 1407.

Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte en 1379[395].

[Note 395: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée des Petits-Augustins.]

Plusieurs savants et saints personnages ont professé dans ce collége. Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M. Coffin.

_Collége de Presles_ (rue des Carmes).

Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du collége de Laon[396]. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv. de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos Bruneau. Mais, quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux, au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au collége de Beauvais.

[Note 396: _Voy._ prem. part. de ce volume, p. 600.]

Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de l'Université.

_Collége de Tréguier_ (place Cambrai).

Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction, car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan, grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20 avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en 1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon, docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles. Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades, qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier, pour élever le collége Royal sur son emplacement.

_Le collége de Cambrai_ ou _des Trois-Évêques_ (même place).

Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai, et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége, et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége _des Trois-Évêques_. L'acte qui contient cette donation est rapporté par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.

[Note 397: Hist. de Par., t. III, p. 431.]

La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.

En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété; qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir. Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur réunion au collége de Louis-le-Grand.

Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV, donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.

_Collége-Royal_ (même place).

On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi, après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier, faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution, donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le droit de _committimus_[398], et les fit mettre sur l'état comme _commensaux_[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.

[Note 398: Le _committimus_ étoit un droit que le roi accordoit aux officiers de sa maison et à qui il lui plaisoit, de plaider en première instance aux requêtes du palais ou de l'hôtel, dans les matières personnelles, possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou évoquer celles où ils avoient intérêt.]

[Note 399: Les _commensaux_ étoient les officiers des maisons du roi, de la reine, des enfants de France, des princes du sang. Au droit de _committimus_, ils joignoient celui d'être exempts de corvée, de guet et de garde. Ils avoient droit de préséance sur les juges des seigneurs, droits honorifiques dans les églises avant les marguilliers, etc., etc.]