Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 31

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Telle est l'église du Val-de-Grâce, dont le portique, avec ses deux ordres, son double fronton, ses enroulements, son dôme entouré de consoles et de pilastres, n'obtiendroit pas sans doute aujourd'hui les éloges qu'on lui prodigua dans un temps où l'architecture des temples étoit toute en décorations postiches et théâtrales; mais qui, malgré tous ses défauts, n'en est pas moins un monument dont l'aspect frappe, éblouit, par l'adresse avec laquelle tant de parties incohérentes sont combinées, tant au dehors qu'au dedans, pour former un ensemble harmonieux, et par ce luxe d'ornements qui y répand la magnificence sans rien ôter à la majesté[373].

[Note 373: L'église du Val-de-Grâce est une de celles qui ont le moins souffert de la révolution, quoique sa destination ait changé: car le couvent est maintenant un hôpital militaire, et l'église un dépôt d'effets destinés à ce genre d'hôpitaux. Toutefois des mesures ont été prises pour la conservation du pavement en marbre et de l'architecture, au moyen d'un plancher superposé et de cloisons qui les préservent. L'autel principal et son riche baldaquin sont également garantis et conservés.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU VAL-DE-GRÂCE.

TABLEAUX.

Au-dessus de la porte de l'église, une descente de croix; par _Lucas de Leyde_.

Dans la chapelle du Saint-Sacrement, plusieurs tableaux dont les sujets ne sont pas indiqués; par _Philippe et Jean-Baptiste de Champagne_.

SCULPTURES.

Dans les niches du portail, les statues en marbre de saint Benoît et de sainte Scholastique; par _François Anguier_.

Sous le baldaquin du grand autel, une crèche en marbre, composée des trois figures, l'Enfant-Jésus, la sainte Vierge et saint Joseph, grandes comme nature. Ce groupe, exécuté par le même sculpteur, passe pour un de ses meilleurs ouvrages.

Derrière cette figure, un tabernacle en forme de niche, soutenu par douze petites colonnes, et orné d'un bas-relief représentant une descente de croix; par le même.

Une quantité innombrable de reliquaires d'or et d'argent, et de riches ornements donnés à ce monastère par la reine Anne d'Autriche, parmi lesquels on distinguoit un soleil d'or émaillé et enrichi de pierreries, d'un prix très-considérable.

SÉPULTURES.

Outre les coeurs des princes de la famille royale déposés dans cette église, et dont le nombre s'élevoit, en 1780, à plus de quarante, elle contenoit les restes de plusieurs autres personnages considérables, savoir:

Dans les murailles de la vieille église, les entrailles d'Honorat de Beauvilliers, comte de Saint-Agnan, mort en 1662.

Dans le cloître, du côté du chapitre:

Les entrailles de Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur, morte en 1623.

Le corps de Jeanne de l'Escouet, veuve de Charles de Beurges, seigneur de Seury, etc., morte en 1631.

Le coeur de Philippine de Beurges, leur fille, morte en 1636.

Le coeur de César du Cambout, marquis de Coislin, etc., tué au siége d'Aire en 1641.

Le corps de Bénédicte de Gonzague, abbesse d'Avenay, morte en 1637.

Le corps de Constance de Blé d'Uxelles, abbesse de Saint-Menou, morte en 1648.

Le corps de la princesse Bénédicte, duchesse de Brunswick, mère de la princesse Amélie Wilhelmine, femme de l'empereur Joseph Ier, morte en 1730.

Indépendamment de cette faveur particulière accordée au monastère du Val-de-Grâce, de recevoir en dépôt une partie des restes mortels de la famille royale, cette maison avoit obtenu de Louis XIV des armes écartelées de France et d'Autriche, surmontées d'une couronne fermée, avec permission de les faire sculpter ou peindre tant au dehors qu'au dedans de ses bâtiments, même de les faire graver pour servir de scel au monastère et à l'ordre entier. Les lettres-patentes expédiées à ce sujet sont de 1664. D'autres lettres-patentes de la même année accordèrent à ces religieuses le droit de franchise en faveur des artisans, qui occupoient des maisons qu'elles avoient fait construire sur un emplacement de quatre cent soixante-douze toises, qu'elles avoient nommé _cour Saint-Benoît_. Ces priviléges étoient les mêmes que ceux dont jouissoient les gens de métier établis dans le fief de Saint-Jean-de-Latran, auquel cet établissement étoit contigu.

La reine Anne d'Autriche, toujours occupée du bien-être de ses filles adoptives[374], avoit déjà augmenté le terrain de leur monastère par l'acquisition faite, en 1651, aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, de l'ancien hôpital de _la Santé_; elle fit aussi plusieurs fondations dans cette maison, et lui procura l'union et la mense de l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne[375].

[Note 374: Son attachement pour elles étoit si grand, qu'elle se fit faire, dans la clôture de leur monastère, un appartement et un oratoire, où elle se retiroit très-souvent, surtout dans les grandes fêtes de l'année. On compte que, depuis le commencement de sa régence jusqu'à sa mort, elle y passa cent quarante-six nuits.]

[Note 375: Cette union fut autorisée et confirmée par le roi, à la charge de recevoir gratuitement douze demoiselles; nombre qui fut depuis réduit à six.]

LES FILLES SAINTE-AGATHE.

Cette communauté, qui avoit adopté la règle de Cîteaux, étoit aussi connue sous le nom de _filles de la Trappe_ ou _du Silence_. Les religieuses qui la composoient s'établirent d'abord, vers 1697[376], dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, près la rue du Puits-qui-Parle. L'année suivante, la maison qu'elles occupoient ayant été vendue par décret, elles allèrent se loger au village de la Chapelle, où elles ne purent former un établissement. On les voit ensuite revenir à Paris, s'associer avec la demoiselle Guinard, qui occupoit alors, dans la rue de Lourcines, l'hôpital de Sainte-Valère, et s'en séparer peu de temps après pour aller habiter deux maisons contiguës qu'elles venoient d'acquérir dans la rue de l'Arbalète. Elles y demeurèrent depuis l'année 1700 jusqu'en 1753, que l'archevêque de Paris jugea à propos de supprimer cette communauté. Les filles de Sainte-Agathe s'occupoient principalement de l'éducation des jeunes demoiselles.

[Note 376: Sauval, t. I, p. 649.]

LES CAPUCINS.

Nous avons déjà parlé de l'origine et de l'établissement de ces religieux à Paris[377]. Godefroy de La Tour leur ayant légué, en 1613, par son testament, une grande maison et un jardin au faubourg Saint-Jacques, M. Molé, président au parlement, en prit possession, la même année, en qualité de syndic de ces religieux, et leur obtint des lettres-patentes qui autorisoient ce nouvel établissement. La grange de cette maison fut d'abord disposée de manière à servir de chapelle à ces pères, jusqu'à ce que les libéralités de M. de Gondi, évêque de Paris, les eussent mis en état de faire construire l'église qui existe encore à présent. Elle fut bénite, au nom de ce prélat, par son neveu Jean-François de Gondi, alors doyen de Notre-Dame, et depuis premier archevêque de Paris; M. de Harlai, archevêque de Rouen, la dédia ensuite sous le titre de l'_Annonciation de la Sainte Vierge_. Cette église n'a rien que de très-simple dans sa construction. La maison servoit de noviciat aux religieux de cet ordre dans la province de Paris[378].

[Note 377: _Voy._ t. I, 2e part., p. 992.]

[Note 378: Cette maison sert maintenant d'hôpital pour les maladies vénériennes.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

Deux tableaux représentant, l'un la Présentation au Temple, l'autre l'Annonciation; par _Lebrun_.

L'HOSPICE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.

Cet hospice, destiné à recevoir des malades, avoit été construit, peu d'années avant la révolution, par les soins de M. Cochin, curé de la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Il contenoit dix-huit lits pour les femmes et seize pour les hommes. Les soeurs de la Charité, qui en avoient la direction, y recevoient en outre des pensionnaires infirmes, lesquels pouvoient être admis dans cette maison au nombre de vingt à vingt-cinq.

Ce petit édifice, qui existe encore, construit sur les dessins de M. Vieilh, architecte, se compose d'un corps de logis et de deux pavillons en retour. Le milieu est occupé par un portail orné de deux colonnes doriques, avec attique et fronton. Toute cette composition est de bon goût, et réunit la simplicité à l'élégance[379].

[Note 379: _Voy._ pl. 162. Cette maison, maintenant connue sous le nom d'hospice _Cochin_, a été rendue à sa première destination.]

L'OBSERVATOIRE ROYAL.

L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts, avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.

L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un terrain néanmoins assez resserré.

La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques; mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut achevé sur les mêmes dessins[380].

[Note 380: _Voy._ pl. 163 et 166.]

Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en 1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.

Six pièces, de formes différentes, composent la distribution intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal, ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.

Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques; mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.

Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie. Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres sont simplement taillées dans le tuf.

La plupart des salles de cet édifice offrent cette particularité remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs, ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents; cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres astronomes.

La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.

Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale qui tombe chaque année.

COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.

_Écoles de Médecine_ (rue de la Bûcherie.)

On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école palatine[381], tandis que d'autres écrivains[382] reculent jusqu'au règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le célibat, ce que l'on peut aisément concevoir, si l'on réfléchit que, dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes, il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie, un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163, Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème.

[Note 381: _Hist. univ. Paris._, t. II, p. 572.]

[Note 382: Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux.]

Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit ces écoles étoient situées[383].

[Note 383: Jaillot n'adopte point l'opinion, avancée par plusieurs, qu'on enseignoit alors la médecine dans les écoles de la cathédrale, et même à l'entrée de l'église. «On a pu, dit-il, s'assembler et prendre des décisions près le bénitier, _ad cupam B. M. inter duas cupas_, sans qu'on doive en conclure qu'on y donnoit des leçons. Il en est de même de l'église de Sainte-Geneviève-la-Petite (des Ardents), de Saint-Éloi, de Saint-Julien-le-Pauvre, des Bernardins, des Mathurins, de Saint-Yves, etc. Tous ces endroits ne me paroissent point devoir être considérés comme des écoles, mais comme des lieux d'assemblée de la faculté, ou pour traiter des affaires de son corps, ou pour faire des actes de religion.»]

Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare. Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en 1469 il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté, voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau[384]. Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole; son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un balcon.

[Note 384: En 1678, la plus grande partie des bâtiments avoit été refaite ou réparée par les bienfaits de M. Lemasle des Roches, chantre et chanoine de l'église de Paris.]

La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un endroit différent.

Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée des portraits de tous ses doyens[385], et de plain-pied avec la chapelle.

[Note 385: Le doyen de la faculté de médecine étoit élu tous les ans, le premier samedi d'après la Toussaint; mais on le continuoit ordinairement deux années dans sa charge. C'étoit lui qui indiquoit les assemblées, qui présidoit et concluoit à la pluralité des voix. Il avoit sa place au tribunal du recteur de l'Université, et y donnoit sa voix au nom de sa faculté. L'érection des professeurs se faisoit le même jour que celle des doyens.]

_Collége de Picardie_ (rue du Fouare).

On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du treizième siècle, elle est appelée de l'_École_ et des _Écoliers_. La nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte Catherine.

Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps.

_Collége de Cornouaille_ (rue du Plâtre).

La première fondation de ce collége fut faite en 1317[386], et non en 1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder[387]. Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri, maître-ès-arts et en médecine, né dans le diocèse de Cornouaille, acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder quatre bourses nouvelles[388]; ses exécuteurs testamentaires trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut décidé que le nouveau collége seroit appelé collége _de Cornouaille_.

[Note 386: _Voy._ Jaillot, quart. Saint-Benoît, p. 193.]

[Note 387: Hist. de Paris, t. III, p. 490.]

[Note 388: L'un des nouveaux boursiers devoit être prêtre, et avoir 6 sous par semaine; les autres 4 sous, comme ceux de la première fondation.]

Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de Louis-le-Grand.

_Collége de Lisieux_ (rue Saint-Jean-de-Beauvais).