Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 28

Chapter 283,668 wordsPublic domain

Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau représentant ce saint évêque; par _Le Brun_.

Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par _Suvée_.

Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-Coeurs; par _Mauperin_.

Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de _La Fosse_, renfermés dans l'intérieur de leur maison.

LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE.

C'étoit dans l'origine un hôpital connu sous le nom de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. On ne sait rien de positif ni sur l'origine des religieux qui le desservoient, ni sur l'époque de leur établissement à Paris. Le P. Helyot[330] nous présente cet ordre comme une société de laïcs qui, au douzième siècle, et à l'exemple des religieux appelés _Pontifices_ ou faiseurs de ponts, s'étoient voués à l'occupation pénible de faciliter aux pèlerins les passages difficiles des rivières, et faisoient eux-mêmes les ponts et bacs destinés à cet usage. Il dit qu'ils portoient, comme marque distinctive, un marteau figuré sur la manche gauche de leur habit; que cet institut, ayant été favorisé, forma une espèce de congrégation religieuse, dont le chef-lieu fut le grand hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, au diocèse de Lucques en Italie. Quelques historiens en ont fait un ordre militaire; d'autres prétendent qu'ils étoient chanoines réguliers. La première opinion sembleroit la plus probable, parce qu'en effet le chef de l'ordre prenoit le titre de commandeur.[331] Jaillot conjecture qu'ils étoient établis à Paris dès le douzième siècle; et que c'est d'eux qu'il est question dans une donation faite, en 1183, par Philippe-Auguste de tout ce qui lui appartenoit sous Montfaucon; d'autres historiens ne pensent pas que l'hôpital du Haut-Pas ait été fondé avant l'année 1286. Quelques-uns même, tels que Sauval et D. Félibien, reculent cette fondation jusqu'au quatorzième siècle; mais des titres authentiques en constatoient l'existence dès 1260[332].

[Note 330: _Hist. des Ordr. rel._, t. II, p. 280.]

[Note 331: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 246.]

[Note 332: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 247.]

Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut, cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le trouvèrent dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins des deux sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et de la religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si vivement sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 par Pie II et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de Bethléem, on résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en étoit commandeur en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une plus grande église, qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de Paris, sous le nom de Saint-Raphaël archange et de Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses restèrent dans le même état jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet hôpital fut mis dans la main du roi, sans qu'on en sache la raison. On trouve qu'en 1554 il fut destiné, par un arrêt du conseil, à recevoir les soldats blessés, et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les charges.

Nous avons déjà dit qu'en 1572 un ordre de Catherine de Médicis fit transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas les religieux de Saint-Magloire[333]. Cette translation, qui ne s'opéra que difficilement, et contre le gré de ces religieux, fit naître parmi eux des dégoûts, y produisit un relâchement si marqué, que M. de Gondi, évêque de Paris et abbé de ce monastère[334], se crut obligé de recourir à l'autorité du parlement, qui, par son arrêt du 13 février 1586, ordonna que cette abbaye seroit réformée, et nomma des commissaires à cet effet. Cette réforme eut tout le succès que l'on pouvoit désirer; mais le nombre des religieux diminua successivement, et à un tel point, que M. Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque de Paris, jugea qu'il ne pouvoit trouver ni un lieu ni une circonstance plus favorable pour établir un séminaire qu'il avoit depuis quelque temps résolu de former. Il obtint à cet effet des lettres-patentes du mois de juillet 1618, qui autorisèrent la fondation de ce séminaire, et y appliquèrent le produit de la mense conventuelle.

[Note 333: _Voy._ tom. I, 2e part., p. 583.]

[Note 334: Dès 1480 l'abbaye Saint-Magloire étoit possédée en commande. Catherine de Médicis, long-temps avant la translation, avoit demandé la suppression du titre et de la dignité abbatiale, et l'union des revenus à l'évêché de Paris, ce qui fut accordé par une bulle de Pie IV en 1564, et confirmé, en 1575, par une autre bulle de Grégoire XIII.]

Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de l'Église, et en ont rempli les premières dignités.

Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame, qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y mourut en 1669.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans nom d'auteur.

Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés d'après de bons maîtres.

La bibliothèque, composée de dix-huit à vingt mille volumes, renfermoit les manuscrits de M. de Saint-Marthe sur les grandes maisons de France[335].

[Note 335: Ce séminaire est maintenant occupé par l'institution des Sourds-Muets.]

L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.

Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés et vicaires perpétuels des églises que nous venons de nommer.

Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.

Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès 1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée, le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de longues contestations, et sous la condition de certaines redevances aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du curé de Saint-Hippolyte.

Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup d'ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu'en 1675; et à cette époque on n'avoit encore construit que le choeur de l'église que nous voyons aujourd'hui. On en dut la continuation à madame Anne-Geneviève de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de Longueville, qui s'étoit retirée aux Carmélites. Elle posa la première pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses libéralités furent d'un grand secours à la fabrique pour en achever la construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d'exemples dans cette histoire d'un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les carriers, qui étoient en grand nombre dans le quartier, fournirent gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour de leur travail par semaine. Ces deux parties de l'église, le portail, décoré de quatre colonnes doriques, et la tour, d'une forme carrée, furent construits sur les dessins de l'architecte Guittard, membre de l'académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la Vierge située dans le fond du choeur[336].

[Note 336: _Voy._ pl. 159. Cette église a été rendue au culte.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.

TABLEAUX.

Sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le martyre de saint Barthélemi; par _La Hire_[337].

[Note 337: Ce fut, dit-on, ce tableau qui commença la réputation de cet habile peintre.]

Vis-à-vis la chaire, un Christ; par _Lelu_.

Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre dans la prison; sans nom d'auteur.

Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur.

SÉPULTURES.

Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés:

Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643.

Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712.

Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce nom, mort en 1718.

Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732.

CIRCONSCRIPTION.

L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière.

_Cour et Hôpital Sainte-Geneviève._

Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le clos _Gaudron_ auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons à quelle époque cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande partie de cette maison.

LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.

Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de Saint-Étienne-du-Mont[338]. Sa première intention avoit été uniquement de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en fallut peu que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance. Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau directeur (M. Lefevre)[339] pour ramener une partie de ce troupeau dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M. Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des lettres-patentes en leur faveur[340].

[Note 338: Sauval, t. I, p. 658 et 714.]

[Note 339: Son mérite et ses talents le firent choisir depuis pour être sous-précepteur des enfants de France.]

[Note 340: Les bâtiments de cette communauté sont occupés maintenant par une pension.]

Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de _religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré coeur de Jésus_.

LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.

Tel est le titre de cette communauté, et non celui des _Cent Filles_, que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»[341] Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes, sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle. L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent des places qui restèrent à la nomination de leurs familles[342].

[Note 341: T. II, p. 418.]

[Note 342: Entre autres, M. Cabou, conseiller au grand conseil, et mademoiselle Ferret.]

Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres avec de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il suffisoit, pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût orpheline de père ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle pouvoit y entrer dès l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt. Dans le commencement de l'établissement, la direction et l'administration en avoient été confiées à des filles pieuses, qui formoient entre elles une société purement séculière; mais en 1754 on leur substitua des filles de la communauté de Saint-Thomas-de-Villeneuve[343].

[Note 343: Cette maison est occupée maintenant par une communauté de dames de Charité.]

_Communauté de Saint-Siméon-Salus._

Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de _Saint-Siméon-Salus_. On y avoit ménagé une petite chapelle sous l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient employés pour procurer leur guérison.

LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.

Cette communauté de filles, qui a cessé de subsister environ vingt ans avant la révolution, habitoit une maison située dans la rue de la Vieille-Estrapade. Elles devoient leur établissement au zèle de la demoiselle Grivot, qui les avoit instituées en 1688, et placées rue Neuve-Saint-Étienne[344]. L'objet de leur institut étoit d'instruire les jeunes filles et de leur apprendre, avec les principes de la religion, tous les travaux convenables à leur sexe. M. de Noailles, qui protégeoit spécialement cet établissement, à cause de son utilité, transféra les filles Sainte-Perpétue dans la maison que la communauté de Saint-François-de-Sales venoit d'abandonner, pour aller habiter la place du Puits-de-l'Ermite. Elles la tinrent à loyer jusqu'au moment de leur suppression, dont nous ignorons les causes. À l'exception de Jaillot, aucun historien moderne n'a fait mention de cette communauté.

[Note 344: Sauval, t. II, p. 706.]

LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.

Sauval et ceux qui l'ont suivi ont parlé fort inexactement de ce prieuré perpétuel de Bénédictines mitigées[345]. Voici les faits tels qu'ils ont été rétablis par Jaillot: «Quelques religieuses de cet ordre avoient tenté de former un établissement à Paris sans avoir pu obtenir la permission, lorsque madame Marie Courtin, veuve du sieur Billard de Carouge, voulant favoriser sa nièce, religieuse de l'abbaye d'Arcisse, forma le projet de fonder dans cette capitale un couvent de cet ordre, dont cette religieuse eût été prieure perpétuelle. Elle proposa en conséquence aux Bénédictines dont nous avons déjà parlé, de se réunir à cette nièce, nommée Catherine Bachelier, et lui fit, en conséquence de cette réunion, une donation entre-vifs de 900 livres de rente, dont celle-ci devoit jouir conjointement avec sa petite communauté. Le contrat fut passé en 1649; et, en conséquence de cette donation, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, permit à ces religieuses de s'établir dans une maison qu'elles avoient déjà louée rue des Postes, sous la condition qu'après la mort de la soeur Bachelier, leur prieure seroit triennale. La division se mit bientôt entre elles; l'archevêque fut obligé de les séparer dès l'année suivante, et permit à la soeur Bachelier de s'établir ailleurs. Elle se plaça dans la rue d'Orléans, au faubourg Saint-Marcel, avec une compagne qu'elle avoit amenée d'Arcisse; et madame de Carouge ayant bien voulu élever jusqu'à la somme de 2,000 livres la rente qu'elle lui avoit accordée, cette religieuse se vit en état de demander la confirmation de son établissement, ce qui lui fut accordé par des lettres patentes de 1656.

[Note 345: T. I, p. 661.]

Cette communauté s'étant assez rapidement augmentée, et les lieux qu'elle occupoit se trouvant trop resserrés, elle acheta, en 1671, une maison et un jardin d'environ deux arpents dans la rue des Postes, où elle avoit pris son origine. Cette maison leur fut cédée par M. Olivier, greffier civil et criminel de la cour des aides, moyennant une rente de 615 livres, et sous la condition qu'on recevroit dans la communauté une fille pour être religieuse de choeur, laquelle ne paieroit que 200 livres de rente. Il s'en réserva la nomination, sa vie durant, et après lui à ses enfants seulement, à l'exclusion de leurs descendants[346].

[Note 346: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par une pension.]

LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE SAINT-MICHEL.

À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.

Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P. Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette oeuvre de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin, et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions, frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette capitale. S'étant associé, pour cette oeuvre pieuse, une charitable personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.

[Note 347: _Voy._ t. II, 2e part., p. 709.]

Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles dont on leur confioit l'éducation[348].

[Note 348: Cette maison est maintenant habitée par des particuliers.]

_Communauté de Sainte-Anne-la-Royale._