Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 27
Quoique les Jacobins eussent été mis en possession, dès l'année 1218, de la chapelle et de l'hôpital du doyen de Saint-Quentin, il paroît qu'ils n'avoient point encore acquis le droit d'y célébrer l'office, du moins publiquement: car on trouve que vers ce temps-là un de leurs religieux étant décédé fut enterré à Notre-Dame-des-Vignes; mais en 1221 ils jouissoient déjà de la permission d'avoir une église et un cimetière qui leur avoient été accordés dès l'année précédente par le chapitre de Notre-Dame. Ce fut aussi cette même année que l'Université renonça en leur faveur au droit qu'elle pouvoit avoir sur la chapelle Saint-Jacques[309], sous la condition toutefois de certaines prières qu'ils seroient tenus de dire, de services qu'ils feroient célébrer, et stipulant en outre que si quelque membre de cette compagnie choisissoit sa sépulture chez les Jacobins, il seroit inhumé dans le chapitre, si c'étoit un théologien; dans le cloître, s'il étoit membre d'une autre faculté.
[Note 309: _Hist. univ._, t. III, p. 105.]
Saint Louis, auquel la plupart des religieux sont redevables de leur établissement à Paris, combla ceux-ci de ses bienfaits: il fit achever l'église qu'ils avoient commencée, bâtir le dortoir et les écoles, et leur donna deux maisons dans la rue de l'Hirondelle. De là l'erreur de Sauval, qui avance quelque part que les Jacobins doivent leur fondation à ce monarque[310]. Diverses donations qu'il suppose leur avoir été faites à cette même époque paroissent également suspectes, et l'on ne voit point qu'avant 1281 leur territoire ait reçu aucun accroissement. Dans cette année ils firent l'acquisition de quelques maisons sises près de leur couvent[311], acquisition pour laquelle ils obtinrent des officiers municipaux un acte d'amortissement, et que confirma aussitôt Philippe-le-Hardi.
[Note 310: T. I, p. 410.]
[Note 311: _Livre Rouge de l'hôtel-de-Ville_, fol. 112, vº. Ces maisons sont celles qui étoient contiguës au collége de Cluni, et celles qui donnoient sur la rue Saint-Jacques, touchant à la voûte Saint-Quentin, où est aujourd'hui l'entrée de ce côté-là.
(JAILLOT.)]
Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X, quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts des maisons qui forment les rues Saint-Dominique et Saint-Thomas, comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du Luxembourg.
Les Jacobins obtinrent encore de Louis XII l'ancien parloir aux Bourgeois[312], et une ruelle qui régnoit le long du mur de la ville. On voit dans les registres de la ville que, «le 5 août suivant, la ville s'opposa à cette concession, attendu, dit-elle, que c'est son propre héritage, et qu'il y a une tour hors les murailles qui pourroit nuire à la ville si lesdits frères en étoient possesseurs, étant deux cents religieux de toutes nations.» Il ne paroît pas que cette réclamation ait empêché l'effet de la donation.
[Note 312: Ce lieu, destiné aux assemblées des officiers municipaux, est appelé, dans des lettres du roi Jean de 1350, _Parlamentum_, _seu Parlatorium Burgensium_ (Livre Rouge de l'Hôtel-de-Ville, fol. 17, vº). Quant à la ruelle, nommée _Coupe-Gorge_, à cause des accidents fréquents qui y arrivoient, Sauval et d'autres l'ont confondue avec la rue de _Coupe-Gueule_, située entre la rue de Sorbonne et celle des Maçons.]
Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette intention.
L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les bâtiments, presque tous d'un gothique très-grossier, et la plupart sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.
Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou dont on y avoit déposé le coeur ou les entrailles. On y comptoit non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.
TABLEAUX.
Sur le maître autel, un très-beau tableau qui leur fut donné par le cardinal Mazarin, représentant la naissance de la Vierge, et attribué par les uns à _Sébastien del Piombo_, par d'autres, au _Valentin_[313]. La décoration de cet autel, enrichi de colonnes en marbre d'ordre corinthien, étoit également due aux libéralités de ce ministre.
[Note 313: Ce tableau avoit été transporté, vers les derniers temps, dans la salle des exercices, connue sous le nom d'_Écoles de Saint-Thomas_.]
Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans nom d'auteur.
Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par _Élisabeth Chéron_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom, laquelle a régné deux cent soixante années.
Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de France. Il fut la tige des comtes d'Alençon.
Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de Normandie.
Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom.
Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon.
Louis Ier, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de Clermont et de la Marche.
Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean de Flandre, comte de Namur.
Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis Ier.
Louis IIIe du nom, fils puîné de Louis IIe du nom, duc de Bourbon.
Béatrix de Bourbon, fille de Louis Ier et de Marie de Hainaut. On voyoit sa figure debout, et appuyée contre un pilier du sanctuaire, avec son épitaphe au-dessus[314]. Elle avoit en outre son tombeau dans la nef, à main gauche.
[Note 314: Cette statue, en pierre de liais, se voit aux Petits-Augustins; le masque est en albâtre.]
Anne de Bourbon, fille de Jean Ier, comte de la Marche, de Vendôme et de Castres.
Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne.
Gaston, comte de Foix, premier du nom.
Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde femme de Louis X, roi de France.
Cette église possédoit en outre:
Le coeur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de saint Louis.
Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de saint Louis.
Celui de Charles IV, roi de France.
Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis de France, comte d'Évreux.
Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de saint Louis.
Les entrailles de Philippe V, dit le Long,} } tous les deux } rois de France. Celles de Philippe VI, dit de Valois, }
Devant le maître-autel étoit la tombe de Humbert de la Tour-du-Pin, deuxième du nom, Dauphin de Viennois, mort à Clermont en Auvergne, en odeur de sainteté, en 1355[315].
[Note 315: Il se consacra à Dieu après la mort de son fils, qui s'étoit noyé dans l'Isère; céda ses états à Philippe VI; entra dans l'ordre de Saint-Dominique; fut successivement prêtre, patriarche d'Alexandrie, et administrateur perpétuel de l'évêché de Reims. Après sa mort son corps fut transporté à son couvent de Paris, et enterré auprès de Clémence, reine de France, et soeur de sa mère. Sa tombe étoit composée de quatre grandes plaques de cuivre jetées en moule. Il y étoit représenté revêtu des habits de son ordre, la chape plus courte que sa robe. Il avoit la mitre, les gants, le pallium qui descendoît jusqu'à ses pieds, et tenoit sous son bras gauche le bâton de la croix patriarcale.]
Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui de Malsec à genoux devant un crucifix.
Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables, savoir:
Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition.
Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem.
Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne Roumaine.
Aussi dans la nef, Jean Passerat, professeur d'éloquence au collége royal, et George Critton, Écossois, docteur en droit civil et canonique, et professeur royal en langue grecque et latine[316].
[Note 316: Les bustes de ces deux personnages accompagnoient leurs monuments.]
Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de Paris, substitut du procureur-général du parlement.
Auprès de l'oeuvre de la confrérie du Rosaire[317], Claude Dormy, évêque de Boulogne-sur-Mer, auparavant moine de Cluni, et prieur de Saint-Martin-des-Champs. Il étoit représenté à genoux sur la porte d'une chapelle[318].
[Note 317: La dévotion à la confrérie du Rosaire attiroit dans cette église un grand concours de peuple, tous les premiers dimanches du mois. La reine Anne d'Autriche engagea Louis XIII à y entrer, et y fit inscrire Louis XIV, son fils, encore au berceau. Depuis cette époque la coutume s'étoit introduite d'y faire inscrire les enfants de France peu de temps après leur naissance.]
[Note 318: La statue de ce prélat avoit été déposée aux Petits-Augustins.]
Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe.
Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose, avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut dans l'église ou dans le cloître, etc., etc.
L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la révolution; et l'office divin se célébroit dans la salle des exercices, connue sous le nom d'_Écoles de Saint-Thomas_. Ces écoles, situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P. Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en 1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin. La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de Sainte-Sabine.
La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces religieux.
L'ordre de Saint-Dominique est un des plus illustres qu'il y ait eu dans l'église. Sans parler d'une foule de savants, aussi recommandables par leurs vertus que par leurs lumières, qui sont sortis de ses écoles, ou qui ont travaillé dans le silence de ses cloîtres, il compte parmi ses membres douze saints canonisés et plusieurs béatifiés; quatre papes, Innocent V, Benoît XI, Pie V et Benoît XIII; cinquante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches; tous les maîtres du sacré Palais, depuis saint Dominique, qui fut le premier en 1217; vingt-huit confesseurs de nos rois, et quarante-deux des rois d'Espagne[319].
[Note 319: Les bâtiments des Jacobins ont été détruits en grande partie: l'église, qui existe encore, sert de magasin.]
L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable surnom étoit des _Grecs_, parce que ce saint et ses disciples étoient venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition très-incertaine, ont pensé, mais sans en apporter des preuves meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire _S. Stephanus de gradibus_. Plusieurs prétendent que cette église, étant située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, _ab egressu urbis_, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-_d'Egrès_. Il n'est pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans l'enceinte de Philippe-Auguste.
Enfin l'abbé Lebeuf[320], s'appuyant sur les cartulaires de Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de Saint-Étienne est nommée _de gressis_ et _de gressibus_, donne sur cette dénomination _des grès_ deux opinions très-plausibles, et qui ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des _grès_ ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une famille _de Grèz_, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on puisse conclure que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant le commencement du treizième siècle.
[Note 320: T. I, p. 226.]
Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé Lebeuf[321] se contente de dire que cet édifice existoit dans le septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot: celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la cathédrale qu'il est question dans le poëme d'Abbon, lorsque cet auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques, Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité.
[Note 321: T. I, p. 223.]
Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date[322], mais qui doit avoir été donnée entre 1031 et 1050, que sur la demande d'Imbert, évêque de Paris, Henri Ier, qui régnoit alors, accorda la propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà dit[323], l'une des _quatre-filles_ de Notre-Dame, et son desservant avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption.
[Note 322: Pastor. A, p. 596; B, p. 93; D. 56; _Gall. christ._, t. VII; _Instrum._, col. 31.]
[Note 323: _Voy._ t. I, prem. part., p. 361.]
Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année[324]. Ils se maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit attaché à leur prébende, et il y avoit de plus un chapelain que nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès.
[Note 324: Pastor. A, p. 654.]
Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les apparences, bâti dans le dix-septième siècle[325].
[Note 325: _Voy._ pl. 157.]
On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris, venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons de parler.
Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre, et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent de grandes indulgences.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un peintre inconnu.
Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque _récurrente_[326], copiée sans doute d'après les bénitiers de la croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes:
[Grec: NIPSÔN ANOMÊMATA MÊ MONAN OPSIN].
1626.
Lava peccata non solam faciem.
[Note 326: C'est-à-dire qu'elle pouvoit être lue également de gauche à droite et de droite à gauche.]
On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople[327].
[Note 327: L'église Saint-Étienne-des-Grès a été détruite.]
LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN.
Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, devoit être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2 septembre 1662.
La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites). Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on portoit le vin qui se recueilloit au clos _des Mureaux_. Ce clos, situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle, _Murelli_, dans le suivant _de Murellis_, aliàs _de Cuvron_. On donnoit le nom de _clos Saint-Étienne_ aux vignes plantées près de cette église.
LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.
Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses et de leur établissement à Paris en 1619[328]. Leur nombre s'étant considérablement augmenté dès le commencement, ce fut une nécessité de chercher presque aussitôt un lieu convenable pour y fonder un nouveau monastère et y établir une colonie de ces saintes filles. L'archevêque de Paris leur en accorda la permission en 1623. Elles achetèrent en conséquence, au faubourg Saint-Jacques, une maison dite _Saint-André_, avec quelques bâtiments et jardins qui l'environnoient, et firent disposer le tout dans la forme propre à y recevoir une communauté. Ce second établissement, dans lequel elles entrèrent le 13 août 1626, fut confirmé par des lettres patentes données en 1660.
[Note 328: _Voy._ t. II, 2e part., p. 1249.]
La maison du faubourg Saint-Jacques étant devenue, dans le courant du siècle dernier, l'une des plus considérables de l'ordre, ces dames se trouvèrent dans une situation assez prospère pour penser à faire reconstruire leur église en entier et une partie de leurs bâtiments. Ce projet fut exécuté quelques années avant la révolution. L'église, qui existe encore, est petite, mais d'une architecture élégante[329]. Le portail en est simple et de bon goût.
[Note 329: _Voy._ pl. 158. Elle a été rendue au culte.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.