Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)
Part 25
Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; et chaque fois que les barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une _crypte_, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la _crypte_, qui fut alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du choeur, et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans l'église supérieure.
La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un grand nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart furent détruites ou changées de forme par le cardinal de La Rochefoucauld, lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église et la maison. La plus remarquable de celles qui furent conservées étoit une grande et belle chapelle située au côté méridional du cloître, et connue dans l'ancien temps sous le nom de _Notre-Dame-de-la-Cuisine_, parce qu'elle étoit effectivement placée auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit été construite par ce même abbé Étienne à qui l'on devoit les réparations de l'église, et portoit, depuis environ deux cents ans, le nom de _Notre-Dame-de-la-Miséricorde_.
C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de maître-ès-arts.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.
TABLEAUX.
Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient des voeux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient été peints par _de Troy_ père et fils, _Largillière_ et _de Tournière_.
Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on remarquoit un _Ecce Homo_ et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés en tapisserie.
Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des pains; par _Clermont_.
Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs tableaux, sans noms d'auteurs.
Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques tableaux.
Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin, par _Restout_ père, et un morceau de perspective peint sur un des murs; par _La Joue_.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont les quatre faces principales étoient ornées de colonnes composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses, telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.
À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul en métal doré.
Au milieu du choeur, un lutrin d'une composition élégante et ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle. Le dessin de ce morceau étoit attribué à _Lebrun_.
Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles du roi et de celles de l'abbaye; par _Germain_.
Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le choeur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite, représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par _Germain Pilon_[278].
[Note 278: Ces figures, de la proportion seulement de quinze à dix-huit pouces, ont été déposées au Musée des Petits-Augustins.]
Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les prophètes.
Dans la galerie dite l'_oratoire_, une Nativité en plomb bronzé.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
_Dans l'église._
Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris ont faussement attribuée à saint Éloi[279], étoit de vermeil doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument: c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.
[Note 279: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau, saint Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages d'orfévrerie, c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et d'argent qui formoient au-dessus une espèce de petit édifice. Il fallut les enlever pour ouvrir ce tombeau; et les précieuses reliques, transportées dans un coffre de bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina de le couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy donna une somme pour la construction d'une nouvelle châsse; son exemple fut imité par d'autres, et c'est alors que l'on construisit ce précieux ouvrage, dans lequel il entra, dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent et sept marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit _Bonard_. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22 octobre 1242.]
Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.
Derrière le choeur, une châsse renfermant les reliques de sainte Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir, assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également inhumés dans cette église.
Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé _Philippe Buyster_[280].
[Note 280: Le cardinal y est représenté à genoux sur un coussin, les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix s'est fort égayé, soutient la queue de son manteau, et l'on ne peut s'empêcher de convenir que c'est là en effet une imagination fort ridicule. L'exécution de ces figures est froide et sèche; le dessin en est pauvre, et d'une grande incorrection; c'est de la sculpture très-médiocre. (Déposé aux Petits-Augustins.)]
Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans après sa mort.
Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le coeur de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription composée par Santeuil.
Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des _Cabochiens_ sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.
_Dans la chapelle souterraine._
Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun ornement, et entouré de grilles de fer.
Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit été inhumée dans cette même chapelle.
_Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde._
Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat, revêtu de ses habits pontificaux[281].
[Note 281: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par _Germain Pilon_. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.]
Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur de Foulon, mort en 1619.
_Dans le chapitre._
Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P. Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.
_Dans le petit cimetière._
Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en 1706.
L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle, sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'_Oratoire_, ornée de pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la vie de la sainte Vierge.
[Note 282: Ces constructions ayant occasionné des fouilles dans les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre de cercueils de pierre qui contenoient encore des squelettes, mais pas une seule inscription.]
La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, etc.
Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les antiquaires, etc., etc.[283]
[Note 283: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore et continue d'être ouverte au public.]
L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en cette occasion sur l'archevêque de Paris.
[Note 284: Cette procession fut faite, pour la première fois, en 1229, à l'occasion de la maladie _des Ardents_. (Voy. t. I, prem. part., pag. 288.)]
_Palais de Clovis._
Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition, adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève, qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il prétend que _de son temps on a détruit la chambre de Clotilde_; et peu d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment appelé _la chambre de Clovis_. Cependant ces assertions vagues ne forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que Clovis eût fait bâtir un palais si proche des _Thermes_, qu'il habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages: _Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis._ «Chilpéric, dit Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce palais de Clovis.
[Note 285: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres conciles dans cette église, en 573 et 615.]
_Chapelle de Saint-Michel et porte papale._
Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands. L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit la campagne.
[Note 286: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré en 400.]
[Note 287: T. II, p. 381.]
Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations, nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on a nommé l'_Estrapade_, on voyoit encore au dix-septième siècle la place d'une porte qu'on appeloit la _porte papale_, et dont l'origine et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en 1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.
[Note 288: Dans ses _notes_ sur l'histoire de la prise de Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi de Villehardouin: «_Portæ aureæ_, dit-il, _dictæ, in majoribus civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes ingressus vel processus fieri solebant_.»]
_Bailliage de Sainte-Geneviève._
Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de l'église.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle on a successivement donné les noms de _Notre-Dame_, de _Saint-Jean_ du Mont, et enfin de _Saint-Étienne_. Il paroît que, dans le principe, les fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de Sainte-Geneviève, pour le petit nombre de personnes qui habitoient alors les environs de l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités faits avec les Normands, on se vit entièrement à l'abri de leurs incursions, le bourg de Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que l'église, ne tarda pas à se repeupler; alors le service se fit dans la chapelle Notre-Dame[289], située dans la crypte ou église souterraine; ce qui dura jusqu'au règne de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée par ce prince ayant engagé les Parisiens à construire des édifices dans les clos de vignes et sur les terrains incultes renfermés dans cette nouvelle enceinte, le nombre des habitants de la paroisse du Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint absolument nécessaire de faire bâtir une nouvelle église paroissiale. L'abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un terrain contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle destinée à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de l'église de l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée dans le mur méridional, laquelle a subsisté jusque dans les derniers temps; et que les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre cents ans dans la grande église. On ne sait pas précisément à quelle époque ni pour quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom de Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du temps de l'abbé Galon, mort en 1223.
[Note 289: La paroisse en prit le nom, et le changea en celui de Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On l'appeloit vulgairement paroisse _du Mont_.]
Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire également les deux parties contractantes[290].
[Note 290: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux qui feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos Mauvoisin. L'abbé et les chanoines cédèrent à l'évêque la chapelle Sainte-Geneviève dans la Cité, et abandonnèrent la prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame.]
Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en 1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la date de 1617.
L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux. Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement. Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit aussi la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de l'architecture romaine[291].
[Note 291: _Voy._ pl. 153 et 154.]
Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et renfermoit d'illustres sépultures.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.
TABLEAUX.
Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre ressuscitant Tabithe; par _Le Sueur_.
La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins de ce grand artiste et de _La Hire_, autre peintre célèbre. Les dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la salle d'assemblée des marguilliers.
De très-beaux vitraux, peints par _Pinaigrier_, et qui formoient une des plus riches collections qui soient sorties du pinceau de cet artiste[292].
[Note 292: Ces vitraux sont déposés au Musée des Petits-Augustins.]
SCULPTURES.
Au pourtour du choeur, les statues des douze apôtres. Celles de saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste étoient de la main de _Germain Pilon_.