Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 24

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On ignore pourquoi le chevet de cette église, contre l'usage établi, étoit autrefois tourné à l'occident. Cette situation lui fit donner le nom de Saint-Benoît le _bestournet_, _le bétourné_, _le bestorné_[263], et ce nom, qui veut dire _mal tourné_, _renversé_ (_S. Benedictus malé versus_) se trouve dans tous les actes du treizième siècle. Cette église ayant été en partie reconstruite sous le règne de François Ier, plusieurs de nos historiens ont prétendu que l'autel fut alors placé à l'orient, et que c'est à partir de cette époque qu'elle fut appelée Saint-Benoît le _bien tourné_; mais il est certain que cette dénomination est plus ancienne, sans qu'on puisse en déterminer positivement la cause; et plusieurs actes des quatorzième et quinzième siècles, cités par Jaillot et l'abbé Lebeuf, désignent déjà ce monument avec cette dernière épithète: _Sanctus Benedictus_ benè _versus_.

[Note 263: Cartul. S. Genev. et Sorbon., fol. 57.]

Excepté les piliers du choeur au côté septentrional, qui paroissent être un reste des premières constructions, le portail et tout ce qu'il y a de plus ancien dans cette église ne passe pas le règne de François Ier. Le sanctuaire ne fut rebâti que vers la fin du dix-septième siècle (en 1680), et alors, pour accroître l'aile méridionale, on y renferma une rue qui communiquoit de la rue Saint-Jacques au cloître. Le reste de l'église fut, à cette époque, réparé sur les dessins et sous la conduite d'un architecte nommé Beausire. La balustrade de fer qui régnoit au pourtour du choeur, l'oeuvre et le clocher furent faits dans le même temps. On prétend que les pilastres corinthiens qui décorent le rond-point ont été exécutés d'après les dessins de Perrault[264].

[Note 264: _Voy._ pl. 151.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.

TABLEAUX.

Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix; par _Sébastien Bourdon_.

Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par _Hallé_.

Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et saint Étienne; par un peintre inconnu.

Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.

Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu.

SCULPTURES.

Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph d'Arimathie, etc.

La cuvette des fonts baptismaux. Cette cuvette, d'une pierre blanche et dure, est bordée d'ornements arabesques d'un travail très-élégant et très-délicat, et portée sur un socle carré, enrichi de bas-reliefs d'une exécution qui n'est point inférieure à celle des ornements. Elle porte la date de 1547; et tout annonce en effet que c'est un ouvrage du plus beau temps de la sculpture moderne[265].

[Note 265: Ce monument, dont aucun historien de Paris n'avoit fait mention, a été déposé aux Petits-Augustins.]

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le Pindare français, mort en 1588.

René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606.

Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire d'état, mort en 1608.

Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683.

Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile théologien, mort en 1686.

Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688.

Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre jurisconsulte, mort en 1696.

Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703.

Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle, mort en 1703.

Marie-Anne des Essarts, femme de Frédéric Léonard, le plus riche libraire de son temps, morte en 1706. Son mari lui avoit fait élever un petit monument, exécuté par _Vancleve_, sur les dessins d'_Oppenor_[266].

[Note 266: Il n'existe point au Musée des Petits-Augustins.]

Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706. (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.)

Le comédien Michel Baron, mort en 1729.

Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette nomination; d'un curé et de douze chapelains choisis par le chapitre. Les chapellenies y étoient assez nombreuses.

Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison.

CIRCONSCRIPTION.

L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit dans le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine, jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à l'ancien collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en descendant la rue Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de Droit; puis le côté gauche de la rue des Noyers, à partir de celle des Anglois et en allant à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les maisons qui suivent à gauche en remontant cette même rue jusque vers le collége Du Plessis. Elle reprenoit à la porte du collége des Jésuites, et continuoit à gauche jusqu'à la rue Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la chapelle du collége des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à la rue Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à l'Estrapade, se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place, et du côté droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie supérieure, et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit ensuite le clos des Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom et ses dépendances, la rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de Sorbonne en grande partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées entre le coin de la rue des Maçons jusqu'à celui de la rue Saint-Jacques, qu'elle remontoit ensuite jusqu'à celle des Cordiers.

Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin. Elle avoit en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de quatre à cinq maisons.

L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.

On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf[267] pense qu'il faut en attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis, qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet endroit un oratoire sous son nom, il ne présente qu'une opinion vague et qui n'est fondée sur aucune autorité.

[Note 267: T. I, p. 206.]

Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont, _capella sancti Hilarii de Monte_. Jaillot pense que les chanoines de Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers 1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de cette paroisse.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.

Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint Jean et saint Joseph; par _Belle_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur en droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en 1683.

Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau de l'université nommé _Hamon Lagadon_. Le chapitre de Saint-Marcel nommoit à la cure[268].

[Note 268: L'église de Saint-Hilaire a été détruite.]

CIRCONSCRIPTION.

Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit très-circonscrit. Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur le collége d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce qu'avant la construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des vassaux de Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de cette paroisse.

L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.

Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis Ier, sur une colline au sud-est de Paris, et dans un lieu qui servoit de cimetière public; mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis d'abord pour la desservir.

Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un intervalle d'environ douze ans[269]. Il est certain que, dès la fin de l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il nous paroît plus vraisemblable de reculer cette fondation jusqu'à l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers, au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et Frédégaire[270], rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque avoit fait voeu, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris, qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS. Apôtres[271]. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la consacra à la patronne de Paris.

[Note 269: Corrozet place cette fondation en 499; Du Breul, Sauval, Delamarre, le P. Daniel, l'abbé Fleuri en 500; les historiens de Paris en 509; les auteurs du _Gallia christiana_ un peu avant 511, etc.]

[Note 270: Aim. lib. 1, cap. 10; Gesta franc. Roric. lib. 4; Fredeg. schol. epit. cap. 25.]

[Note 271: Greg. Tur. lib. III. cap. 18, et lib. IV. cap. 1.--_Ibid._ lib. II, cap. 43, etc.]

Le nom de _basilique_, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par des religieux. Les noms de _monastère_, _d'abbé_, _de frères_, par lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer _la religion de l'ordre monastique_[272], semble fortifier cette opinion que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée.

[Note 272: _Ubi religio monastici ordinis vigeret._ Telles sont les propres expressions d'un passage de la vie de sainte Bathilde, où l'on parle de la fondation faite par la reine Clotilde de la basilique de Saint-Pierre.]

Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a pas de peine à prouver que ces noms de _basilique_, de _monastère_, donnés à l'église, de _frères_ et d'_abbé_, dont sont qualifiés les desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres, les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie _monastique_, n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines séculiers.

Ces chanoines subsistèrent dans le même état jusqu'au douzième siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne le droit de nommer leur doyen[273], de disposer de leurs prébendes. Par une charte donnée en 1035, Henri Ier se déclare le protecteur de _la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève_. Une autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il se fit un changement notable dans leur administration intérieure: Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente, étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux, dans l'église de Sainte-Geneviève[274], le confirma dans cette résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues, en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de substituer à ces chanoines huit religieux de l'ordre de Cluni, et ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de Saint-Victor[275], qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire. C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils étoient, devinrent réguliers.

[Note 273: Outre le doyen, elle avoit encore deux autres dignitaires, dont l'un étoit le préchantre et l'autre le chancelier. Sous Louis-le-Gros, on y comptoit au moins vingt prébendes, dont plusieurs étoient possédées par des ecclésiastiques très-qualifiés. La considération dont jouissoit le chapitre de Sainte-Geneviève étoit telle, que, pendant plus d'un siècle, nos rois furent dans l'usage de connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous les chanoines en particulier. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que dès-lors ce chapitre, à l'imitation de la cathédrale, avoit ses écoles, où les lettres florissoient, et que son chancelier y avoit les mêmes attributions que celui de Notre-Dame. Il en résulta que lorsque l'Université se fut étendue jusque sur le territoire de cette église, ce chancelier eut naturellement sur les écoliers la même inspection que l'autre avoit sur eux, hors de la terre de Sainte-Geneviève.]

[Note 274: Le pape étant allé à la basilique des SS. Apôtres pour y célébrer la messe, il arriva qu'après qu'il se fut retiré dans la sacristie, ses officiers voulurent s'emparer d'un riche tapis que les chanoines avoient étendu sous les pieds du pontife. Ils prétendoient qu'un ancien usage leur donnoit le droit de l'enlever. Les domestiques de l'abbaye voulurent aussi l'avoir. Les deux partis commencèrent par s'arracher le tapis des mains, avec des injures et des cris; ils en vinrent bientôt aux coups, et le tumulte fut si grand, que le roi, qui n'étoit pas encore sorti de l'église, ayant cru devoir se présenter pour rétablir l'ordre, fut lui-même frappé dans la foule par les domestiques de l'abbaye.]

[Note 275: Annal. manusc. de Sainte-Geneviève, fol. 275.]

Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui du titulaire d'une église.

La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et Charles VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir, ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon, qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en 1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a donné de _chanoines réguliers de la congrégation de France_.

L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités moins d'obscurités et d'incertitudes que son clergé. On ne peut pas assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis, qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie, quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde, sembloient prouver que la nouvelle église avoit été rebâtie sur les anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été relevé. Les trois portiques[276] du frontispice étoient aussi du treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du onzième siècle, l'autre avoit été réparée[277] à la fin du quinzième, sous le règne de Charles VIII.

[Note 276: Dans les premiers temps, suivant l'auteur de la vie de sainte Geneviève, cette église n'avoit qu'un seul portique, où étoient simplement peintes les histoires des patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. La sculpture ne fut employée que long-temps après pour ces sortes de représentations, et lorsqu'en élargissant les églises on jugea à propos d'élargir aussi et d'exhausser les portiques.]

[Note 277: _Voy._ pl. 152. Le tonnerre étoit tombé sur l'abbaye, et y avoit causé de grands dommages; le clocher avoit été renversé, les cloches avoient été fondues, et plusieurs endroits de la maison endommagés.]