Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Part 23

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La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés les historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut même qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, cette église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre par sa grande charité envers les pauvres[236]. Mais un autre critique, l'abbé Chastelain[237], dit qu'il s'agit ici de saint Julien-l'Hospitalier, et son opinion paroît la plus vraisemblable. Il est certain qu'il y avoit anciennement dans les faubourgs, et près des portes des villes, des hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; et, si l'on en avoit élevé un près de la porte méridionale de Paris, il est assez naturel de croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et l'Hospitalier qu'on lui avoit choisi pour patron. Du reste, quelques titres, à la vérité fort récents, prouvent que c'étoit en effet une maison hospitalière, et nous citerons entre autres un arrêt de 1606, pour la reddition des comptes de plusieurs hôpitaux, entre lesquels on nomme Saint-Julien-le-Pauvre[238].

[Note 236: Page 293.]

[Note 237: _Mart. Rom._, p. 108 et 109.]

[Note 238: Reg. de la ville, fol. 519.]

Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée _Fille de Notre-Dame_ (_Filia Basilicæ Parisiensis_). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.

[Note 239: Lib. VI, cap. 17; et lib. IX, cap. 6.]

[Note 240: _Hist. univ._, t. I, pag. 402.]

[Note 241: Cart. Longip., fol. 110.]

[Note 242: Étienne de Vitri et Hugues de Munteler.]

L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.

En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont. Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243].

[Note 243: L'église de Saint-Julien-le-Pauvre a été démolie pendant la révolution.]

_Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis._

Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle Saint-Yves[244].

[Note 244: Outre la confrérie établie dans cette chapelle, l'église de Saint-Julien-le-Pauvre étoit le lieu de rassemblement de celles de Notre-Dame-des-Vertus, des couvreurs, des marchands papetiers, des fondeurs; et l'on y faisoit les catéchismes et retraites des Savoyards, fondés par l'abbé de Pontbriand.]

LA CHAPELLE SAINT-YVES.

La fondation de cette chapelle suivit de très-près la canonisation du personnage auquel elle étoit consacrée: car l'acte par lequel il est mis au rang des saints est de l'année 1347; et l'on voit que dès 1348[245] quelques particuliers de la province de Tours et du duché de Bretagne, désirant former entre eux une confrérie en son honneur, obtinrent de Foulques de Chanac, évêque de Paris, la permission de faire bâtir une chapelle ou une église collégiale sous son nom. D'autres titres nous apprennent que cette confrérie avoit un cimetière près de son église, lequel fut béni, en 1357, par l'évêque de Tréguier. Comme saint Yves, indépendamment du cours complet d'études qu'il avoit fait dans l'Université de Paris, s'étoit rendu très-habile dans l'étude du droit civil qu'il étoit allé étudier à Orléans, son église ou chapelle fut acquise, on ignore à quelle époque, par une confrérie composée d'avocats et de procureurs, qui l'a conservée jusque dans les derniers temps. Ils choisissoient l'un d'entre eux tous les deux ans pour en inspecter les desservants. Il y avoit aussi deux gouverneurs honoraires, dont l'un étoit ecclésiastique et inamovible; l'autre, laïc, lequel changeoit tous les trois ans.

[Note 245: Du Breul, p. 586.]

Il y avoit dans cette église plusieurs chapellenies à la présentation des confrères, mais toutes d'un très-modique revenu. Les chanoines de Saint-Benoît étoient les curés primitifs de Saint-Yves[246].

[Note 246: Cette chapelle a été entièrement démolie.]

LES CARMES.

Nous nous garderons bien de parler de cette prétention singulière qu'avoient les Carmes de faire remonter leur origine jusqu'aux prophètes Élie et Élisée, ni des discussions trop vives et peut-être un peu bizarres qui, vers la fin du dix-septième siècle, s'élevèrent à ce sujet entre ces religieux et les continuateurs de Bollandus. Si l'on peut alléguer que deux papes (Pie V et Grégoire XIII) permirent à cet ordre de prendre pour patrons ces deux grands personnages de la Bible, et approuvèrent un office destiné à célébrer leur fête, dans lequel Élie étoit reconnu pour _fondateur et instituteur de l'ordre des Carmes_, il faut avouer en même temps qu'un bref d'Innocent XII, donné en 1698, impose sagement un silence absolu sur l'institution primitive de cet ordre, et sur sa succession depuis Élie et Élisée jusqu'à nous. Tout ce que l'on sait de positif à ce sujet, c'est qu'au douzième siècle il y avoit en Syrie quelques solitaires qui s'étoient retirés sur le Mont-Carmel, où ils vivoient sans aucune règle particulière[247]. Ils en reçurent une, vers le commencement du siècle suivant, du B. Albert, patriarche de Jérusalem[248], et cette règle, approuvée, en 1224, par Honorius III, fut depuis mitigée et confirmée par plusieurs souverains pontifes.

[Note 247: Ces ermites s'étoient, dès le principe, revêtus d'un costume uniforme composé d'une robe brune, par-dessus laquelle ils portoient un manteau blanc; mais comme ce manteau étoit la marque distinctive des seigneurs sarrasins, ils se virent forcés d'y faire des changements, et le mélangèrent de noir et de blanc. Cette bigarrure, que conservèrent ceux que saint Louis amena à Paris, leur fit donner le nom de _Barrés_; nom qu'ils communiquèrent à une rue du quartier Saint-Paul, qui le porte encore aujourd'hui.]

[Note 248: Papebroch. 8 avril, p. 778 et 786.]

Saint Louis, comme nous l'avons déjà dit, amena en France, à son retour de la Terre-Sainte, quelques religieux du Mont-Carmel. Ils y arrivèrent avec lui en 1254, et dès 1259 on les voit établis dans l'emplacement qu'ils cédèrent depuis aux Célestins[249]. Il est probable que, n'étant alors qu'au nombre de six, ils n'eurent dans le principe qu'une petite chapelle particulière; mais un acte de ce temps-là semble prouver que la dévotion des fidèles, qui accouroient de tous côtés dans la demeure de ces nouveaux cénobites, les mit bientôt dans la nécessité de s'agrandir.

[Note 249: _Voy._ t. II, 2e part., p. 935.]

Cependant ils ne tardèrent pas à se dégoûter d'une habitation que les fréquents débordements de la rivière rendoient extrêmement incommode. Pendant une grande partie de l'année ils ne pouvoient sortir de chez eux qu'en bateau, et se trouvoient d'ailleurs dans un éloignement de l'Université, qui doubloit encore pour eux ces incommodités. Dans une situation aussi désagréable, les Carmes s'adressèrent à Philippe-le-Bel, et ne l'implorèrent point en vain. Ce prince, par ses lettres du mois d'avril 1309, leur donna une maison, située rue de la Montagne-Sainte-Geneviève[250]; ils obtinrent, en 1310, du pape Clément V, la permission d'y bâtir un nouveau couvent; et comme cette maison n'étoit pas encore assez spacieuse pour contenir tous ces religieux, dont le nombre s'étoit considérablement augmenté, Philippe-le-Long leur donna, en 1317, une autre maison voisine de la première, laquelle avoit issue dans la grande rue Sainte-Geneviève et dans celle de Saint-Hilaire, aujourd'hui rue des Carmes. Au moyen de ces donations, ils se trouvèrent en état de faire construire une chapelle et des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux qu'ils vouloient abandonner. Quant à leur ancienne demeure, ils obtinrent, en 1318, du pape Jean XXII, la permission de la vendre; et l'on sait qu'elle fut acquise par Jacques Marcel, qui la donna ensuite aux Célestins.

[Note 250: Plusieurs historiens ont prétendu qu'il y avoit en cet endroit une chapelle de Notre-Dame, antérieure à la translation de ces religieux. Cette opinion est dépourvue de toute autorité; il n'est point fait mention de cette chapelle dans les chartes de Philippe-le-Bel et de Philippe-le-Long; et si elle eût existé, ces religieux ne se fussent point adressés au pape Jean XXII pour obtenir la permission de construire une église ou oratoire, ainsi que les autres bâtiments réguliers.]

Toutefois la chapelle qu'ils venoient d'élever, et qu'ils dédièrent sous l'invocation de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, se trouva bientôt trop petite pour contenir l'affluence toujours croissante des fidèles qui s'y rendoient de tous les côtés. Ils firent alors commencer, à côté de cette chapelle, l'église que l'on voyoit encore dans les derniers temps. Les libéralités de Jeanne d'Évreux, troisième femme et alors veuve de Charles-le-Bel[251], leur fournirent les moyens d'en achever promptement la construction; et elle fut dédiée, le 16 mars 1353, sous l'invocation de la sainte Vierge, par le cardinal Gui de Boulogne, en présence de cette reine et de ses nièces les reines de France et de Navarre.

[Note 251: Cette princesse, par son testament fait en 1349, laissa et donna, pour _l'oeuvre du Moustier de Notre-Dame du couvent des Carmelistes_, sa couronne, la fleur de lis qu'elle eut à ses noces, sa ceinture et ses tressons d'orfévrerie. Ces joyaux étoient garnis d'une grande quantité de perles, de diamants et d'autres pierres précieuses. À ce don elle ajouta celui de 1500 florins d'or à l'écu, et voulut que ses pierreries fussent vendues, pour que le prix en fût appliqué sur-le-champ aux bâtiments et ornements de l'église.]

Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage, principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire.

L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de gagner les indulgences qui y étoient attachées.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit d'un très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré.

SÉPULTURES.

Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés:

Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de M{e} Gervais, mort en 1555.

Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite. Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568.

Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort en 1687.

Louis Boulenois, avocat au parlement de Paris, auteur de plusieurs ouvrages de jurisprudence, mort en 1762. Ses cendres et celles de son épouse avoient été recueillies dans un riche mausolée que leur avoient élevé leurs enfants. Ce monument, exécuté par un sculpteur nommé _Poncet_, se composoit d'un sarcophage porté sur un piédestal, et surmonté d'une urne de porphyre. On voyoit auprès la Justice éplorée, et les médaillons des deux époux étoient attachés à une pyramide qui couronnoit toute cette composition[252].

[Note 252: Ce tombeau a été détruit. On a rendu les portraits des deux époux à la famille.]

La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette église.

Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient soin de se faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur, qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet ordre, et dans laquelle on prétend qu'_Albert-le-Grand_, _saint Bonaventure_ et _saint Thomas_ ont donné des leçons publiques.

La bibliothèque étoit composée d'environ douze mille volumes[253].

[Note 253: L'église des Carmes a servi, pendant plusieurs années, d'atelier pour une manufacture d'armes: depuis elle a été détruite, et sur son emplacement on a élevé un marché. _Voy._ à la fin du quartier, l'article _monuments nouveaux_.]

LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.

C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués pour l'utilité des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints, mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits _frères de la Milice du Temple_, se contentoient d'assurer les passages, de conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que les _frères Hospitaliers de Jérusalem_ s'engageoient à leur donner l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques efforts que fasse l'abbé Lebeuf[254] pour reculer le plus possible cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet, combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom de _Latran_, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur maison avoit été nommée _Saint-Jean-de-Jérusalem_ et _l'Hôpital de Jérusalem_.

[Note 254: T. I, p. 236.]

Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui s'étendoit jusqu'à la rue des Noyers. Il se composoit d'une grande maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui habitoient l'enceinte de la commanderie[255].

[Note 255: L'église de Saint-Jean-de-Latran, qui existoit encore il y a quelques années, est aujourd'hui à moitié démolie, et l'on travaille en ce moment à achever cette démolition; les bâtiments sont occupés par des particuliers.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.

SCULPTURES.

Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'_Anguier_ aîné.

TOMBEAUX.

Dans le choeur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré, grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur[256].

[Note 256: Le Commandeur est représenté nu dans la partie supérieure du corps, et à moitié couché sur son tombeau. Il s'appuie, du bras gauche, sur un fragment de rocher; l'autre bras est soutenu par un génie en pleurs. Son casque, sa cuirasse et le reste de son armure sont déposés à ses pieds. L'exécution de ces figures manque de vigueur et de sentiment, les formes en sont dépourvues de caractère, les draperies sont lourdes; au total c'est de la sculpture extrêmement médiocre[256-A].]

[Note 256-A: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, y étoit soutenu par deux cariatides qui appartenoient au tombeau du président de Thou. Nous aurons occasion d'en parler.]

Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour du monde.

Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse, ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette église.

Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel _Zone_, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la _Tombe-Isoire_[257], sise hors des murs, étoient au nombre de ses dépendances.

[Note 257: _Voy._ 1re part. de ce vol., p. 622 et t. II, 1re part., p. 458.]

L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT.

L'origine de cette église se perd dans la nuit des temps, et cette obscurité qui l'environne a porté plusieurs historiens à exagérer encore son antiquité. Du Breul, Sauval et plusieurs autres[258] ont prétendu qu'elle avoit été bâtie dès le temps de saint Denis, et consacrée à la Sainte-Trinité par cet apôtre des Gaules. Adrien de Valois[259] soutient au contraire qu'on n'a aucune preuve que cette église existât avant l'an 1000: ces deux opinions sont également éloignées de la vérité. Il existe une charte de Henri Ier[260], le premier monument sans doute qui en fasse mention, par laquelle ce monarque donne au chapitre de Notre-Dame plusieurs églises situées dans le faubourg de Paris, dont quelques-unes avoient été décorées du titre d'abbayes, entre autres celles de Saint-Étienne, de Saint-Séverin et de Saint-Bacque, «lesquelles, ajoute cet acte, étoient depuis long-temps au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien;» «_nostræ potestati et antecessorum nostrorum_ antiquitùs _mancipatas_.» Cette église de Saint-Bacque est celle qui porte aujourd'hui le nom de Saint-Benoît, et le mot _antiquitùs_ prouve évidemment qu'elle existoit avant l'an 1000. Il paroît même par le diplôme de Henri Ier que la cathédrale, à laquelle il rendit cette église, avoit eu sur elle, dans les siècles précédents, quelques droits de supériorité que l'invasion des Normands lui avoit fait perdre. Du reste ce nom de Saint-Bacque qu'elle portoit, et qu'il ne faut point séparer de celui de Saint-Serge, parce que l'église a de tout temps fêté ensemble ces deux saints martyrisés en Syrie, fait penser à Jaillot qu'il faut reculer l'origine du monument dont nous parlons jusqu'au sixième ou du moins jusqu'au septième siècle.

[Note 258: Du Breul, p. 257.--Sauval, t. I, p. 410. _Chronol. hist. des curés de Saint-Benoît_, p. 4.]

[Note 259: De Basil. Paris, p. 480 et 482.]

[Note 260: Bibliot. du Roi, manusc. 5185, cc.]

Dans le douzième, on trouve cette église désignée sous le nom de Saint-Benoît, ainsi que l'aumônerie ou l'hôpital voisin, dans lequel se sont depuis établis les Mathurins. Cependant il ne faut pas que cette dénomination porte à croire, avec quelques historiens, qu'elle ait été autrefois une abbaye desservie par des religieux de Saint-Benoît. Il n'existe aucune preuve qu'il y ait jamais eu en cet endroit un monastère de Bénédictins; on n'y conservoit aucune relique de saint Benoît; sa fête n'y étoit pas même anciennement célébrée; et l'abbé Lebeuf[261] a prouvé jusqu'à l'évidence que le nom de _Benoît_ n'étoit autre chose que celui de Dieu, _Benedictus Deus_. Dans nos anciens livres d'église et de prières, on lit _la benoîte Trinité_, et _Dominica benedicta_, _l'office Saint-Benoît_, _l'autel Saint-Benoît_, pour dire le dimanche de la Trinité, l'autel de la Trinité, etc. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'on commença à accréditer cette fausse opinion qui fit regarder l'église de Saint-Benoît comme une ancienne abbaye de religieux de son ordre, et lui fit donner pour patron ce fameux abbé du Mont-Cassin.

[Note 261: T. I, p. 212.]

Les historiens de Paris sont également peu d'accord sur l'époque où la chapelle de Saint-Benoît, devenue collégiale après la donation de Henri Ier, réunit à ce titre celui de paroisse, par l'admission d'un chapelain chargé d'administrer les sacrements. L'un d'eux a avancé que cette érection d'un curé n'eut lieu qu'en 1183. Jaillot prouve le contraire par une lettre d'Étienne, abbé de Sainte-Geneviève, au pape Luce III, mort en 1185, dans laquelle, parlant en faveur de Simon, _chapelain_ de Saint-Benoît[262], il se plaint de ce qu'il est inquiété par quelques chanoines qui lui disputent certains droits contre l'_usage ancien_ observé tant par lui que par ses _prédécesseurs_. Il est donc évident que, dès que le chapitre Notre-Dame fut en possession de l'église Saint-Benoît, il y fit exercer les fonctions curiales, peut-être pendant quelque temps par des chanoines qui se succédoient tour à tour, mais bientôt après par un prêtre ou chapelain, qui en fut spécialement chargé.

[Note 262: Il n'est pas douteux que, par les mots _capellarius_, _presbyter_, _capicerius_, _sacerdos ecclesiæ N_, on a toujours entendu le curé.]