Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 9

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_Rue Aubry-le-Boucher._ Elle traverse de la rue Saint-Denis à celle de Saint-Martin, et doit son nom à une famille connue au treizième siècle. Dans un accord fait en 1273, entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Méri, et dans plusieurs autres titres du même siècle[135], elle est appelée _vicus Alberici Carnificis_, ce qui porte à croire que cette famille se nommoit _Aubry_, et que l'autre mot désignoit la profession de celui qui le premier donna son nom à la rue. Dans d'autres titres elle est nommée _Auberi-le-Bouchier_[136]. Le petit peuple l'appelle, par corruption, _Briboucher_.

[Note 135: Arch. de l'archevêché et de Saint-Méri.]

[Note 136: _Cart. S. Magl._, 1284, fº 88.--Guillot, Corrozet, etc.]

_Rue d'Avignon._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, et de l'autre dans celle de la Savonnerie, et faisoit autrefois un retour en équerre dans celle de la Heaumerie, lequel subsiste encore aujourd'hui sous le nom de rue _Trognon_. Ces trois parties ont eu chacune un nom différent, ce qui a jeté de la confusion dans l'application qu'on en a faite. Sauval et Lebeuf présentent chacun leur opinion, qui est combattue par Jaillot; et voici ce qui semble le plus probable. Au commencement du quinzième siècle, la partie de cette rue qui donne dans celle de la Savonnerie s'appeloit _ruelle Jehan-le-Comte, près la Pierre-au-Lait_[137]; et dans le même temps la rue _Trognon_ portoit le nom de rue _Jehan-le-Comte_[138]. Quant à la partie de la rue d'Avignon qui donne dans la rue Saint-Denis, c'est elle probablement que Guillot appelle la _Basennerie_, d'_où il vint_, dit-il, _dans la rue Jehan-le-Comte_.

[Note 137: Cens. de S. Éloi.]

[Note 138: Compte de 1421, cité par Sauval, t. III, p. 283.]

_Rue du Pied-de-Boeuf._ Elle aboutissoit aux rues de la Joaillerie, de la Tuerie et à la rivière. Cette rue portoit déjà ce nom dès 1437, ainsi que le prouve un ancien titre[139]; et l'on ignore d'où il lui vient.

[Note 139: Sauval, t. I, p. 130.--Cette rue n'existe plus depuis quelques années.]

_Rue du Crucifix-Saint-Jacques._ Elle va de la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie à la place qui est devant l'église, et à la rue des Écrivains. Les plus anciens titres qui en parlent l'appellent _vicus strictus ab opposito frontis Ecclesiæ S. Jacobi_; elle est ainsi désignée en 1270. On la trouve depuis sous le nom de ruelle du _Porce_ ou _Porche-Saint-Jacques_. Le nom de _Crucifix_, qu'elle a pris ensuite, vient du fief du Crucifix, dont la principale maison faisoit le coin de cette rue et de celle Saint-Jacques. Cette maison avoit pour enseigne un _crucifix_ d'où le fief et la rue avoient pris leur nom.

_Rue Saint-Denis._ La partie de cette rue qui est comprise dans ce quartier commence au Grand-Châtelet, et finit au coin des rues _aux Ours_ et _Mauconseil_. Cette rue s'appeloit anciennement _la Grant-Rue_; en 1310, _la rue de Paris_[140]; et en 1372 _la Grant-Chaussiée M. Saint Denys_ et _Grand-Rue Saint-Denys_; mais elle ne prenoit ces noms que depuis l'enceinte jusqu'aux bourgs qui l'environnoient. Entre le Grand-Châtelet et les Innocents, elle s'appeloit _la Sellerie_[141]. On la trouve aussi indiquée sous le nom des Saints-Innocents[142].

[Note 140: Arch. de l'archev.]

[Note 141: Hist. univ., t. III, p. 469.--_MS. S. Germ._, c. 454.]

[Note 142: Nécr. de N. D.]

_Rue des Cinq-Diamants._ Elle traverse de la rue Aubry-le-Boucher dans celle des Lombards. Elle est appelée dans deux anciens titres, dont le dernier est un acte passé par Philippe-le-Hardi, _Corrigea_ et _Corrigiaria_[143]. Guillot l'appelle _Conréerie_, et les archives de Saint-Martin-des-Champs, _Couroirie_ et _Courouerie_. En 1421 et 1550, _de la Corroierie_ et _Vieille-Couroirie_. Cependant on la trouve aussi indiquée, dès 1536, sous celui des _Cinq-Diamants_, qui étoit l'enseigne d'une maison de cette rue[144].

[Note 143: Nécrol. _S. Catharinæ de Culturâ_, 18 juin.]

[Note 144: MSS. de S. Germ. des Prés.]

_Rue des Écrivains._ Elle aboutit dans la rue de la Savonnerie et dans celle des Arcis. Cet endroit s'appeloit _la Pierre-au-Lait_ avant 1254[145]; et l'on connoît encore sous ce nom[146] le carrefour où aboutissent les rues de la Heaumerie, des Écrivains, de la Savonnerie, d'Avignon et de la Vieille-Monnoie. La rue des Écrivains n'étoit connue, au treizième siècle, que sous le nom de _Vicus Communis_, et en 1300 sous celui de _la Pierre o Let_. En 1439, on la trouve indiquée sous le nom de la _la-Pierre-au-lait_ dite _des Écrivains_. Ce dernier nom lui vient des écrivains qui s'établirent dans de petites échoppes placées le long de l'église.

[Note 145: Hist. de l'ord. de S. Lazare.]

[Note 146: Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit rue _de la Parcheminerie_, et qu'elle n'a pris le nom qu'elle porte que vers la fin du treizième siècle, temps auquel les maîtres à écrire s'y retirèrent; ce qui implique contradiction. L'abbé Lebeuf y voit la _Lormerie_ de Guillot, ce qui ne paroît pas admissible. (JAILLOT.)]

_Rue de Gesvres._ Cette rue a été ouverte en 1642, pour communiquer directement du quai de la Mégisserie au quai Pelletier, ou du moins à l'endroit où il a été depuis construit. Elle commence au coin de la rue de la Joaillerie, et finit au pont Notre-Dame et à la rue Planche Mibrai. Il faut se figurer qu'au commencement du dix-septième siècle, le terrain qui est entre le pont au Change et le pont Notre-Dame alloit en pente jusqu'à la rivière, et qu'on n'y voyoit que quelques chétives maisons qui formoient la Tuerie et l'Écorcherie, à l'endroit où furent depuis la rue du Pied-de-Boeuf en partie, et la rue Saint-Jérôme. En 1641, le marquis de Gesvres obtint ce terrain du roi, sous la condition d'y faire bâtir un quai et quatre rues: ce qui fut exécuté; car indépendamment du quai et de la rue qui portent son nom, il fit percer plusieurs traversés, qui établiront une communication de l'un à l'autre. Ces petites rues furent fermées, en 1727, par des portes grillées, qui ne s'ouvroient que le jour, pour la commodité et la sûreté des marchands.

_Rue de la Heaumerie._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et de l'autre à l'extrémité des rues de la Vieille-Monnoie et de la Savonnerie. Ce nom vient-il d'une enseigne du _heaume_ ou des ouvriers qui fabriquoient cette espèce d'armure? Cette dernière étymologie paroît la plus vraisemblable; car on ne peut douter qu'il n'y ait eu plusieurs armuriers établis dans cette rue. Elle est même souvent nommée _rue des Armuriers_ dans les registres de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Quoi qu'il en soit, elle étoit désignée, dès 1300, sous le nom de la Heaumerie[147].

[Note 147: Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de la _Heaumerie_, lequel paroît être véritablement la _Lormerie_ de Guillot. On appeloit _lormiers_ ceux qui fabriquoient de petits ouvrages en fer ou en cuivre. Ils avoient leur confrérie, et il étoit naturel qu'ils se fussent placés auprès de ceux qui faisoient les _heaumes_ ou casques, les _hautberts_ ou cottes de mailles, auxquels ils fournissoient les treillis, les chaînes et les anneaux qui entroient dans la composition de ces armures. Il y avoit dans cette même rue un autre cul-de-sac, que l'on nommoit du _For-aux-Dames_: il devoit ce nom aux religieuses de Montmartre, qui avoient en cet endroit l'auditoire de leur juridiction et une prison.]

_Rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie._ Elle aboutit à la porte de Paris et à la rue Planche-Mibrai. Il paroît, par le dit de Guillot, que, dès 1300 elle étoit appelée ainsi: «_en la rue Saint-Jacques et ou Porce m'en ving_.» On la trouve sous ce même nom, en 1364, dans quelques titres de Saint-Méri. Cependant alors, et même en 1373, on lui donnoit encore celui de la _Vannerie_ (_Vaneria_), qu'elle avoit d'abord porté, parce qu'on ne la distinguoit pas de cette rue dont elle fait la continuation. Elle perdit ce dernier nom pour prendre celui du _Porce_ ou _Porche Saint-Jacques_, où elle conduisoit, étant située au midi de cette église. Elle fut désignée aussi, en 1512, sous le nom _du Crucifix-Saint-Jacques_. Il y a quelques titres qui l'indiquent sous celui _de la Grande-Boucherie_[148]. On a ouvert dans cette rue deux passages: l'un qui donne dans la rue Planche-Mibray, l'autre qui conduit au marché Saint-Jacques-la-Boucherie.

[Note 148: Arch. de S. Méri. Dans cette rue est le cul-de-sac du _Chat-Blanc_. Depuis 1300 il a eu successivement les noms de rue _Jehan-Chat-Blanc_ et Charblanc, _Gilles-Chat-Blanc_, _Guichard-le-Blanc_, _Petite rue des Rats_.]

_Marché Saint-Jacques-de-la-Boucherie._ Il a été établi sur l'espace où étoit autrefois située l'église dont il a pris le nom. Les baraques dont il est couvert sont occupées par des revendeurs et des fripiers.

_Rue Saint-Jérôme._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Gesvres, et de l'autre à celle de la Tuerie. Lorsque M. de Gesvres obtint de faire bâtir dans cette partie de terrain, qui étoit anciennement l'Écorcherie, on nomma cette rue _petite rue_ ou _ruelle de Gesvres_. La malpropreté qui y régnoit constamment la fit appeler par le peuple rue _Merderet_; et c'est ainsi qu'elle est désignée sur un plan manuscrit du domaine. Enfin une statue de saint Jérôme placée à l'un de ses angles dans la rue de Gesvres, lui a fait donner le nom qu'elle porte aujourd'hui.

_Rue de la Joaillerie._ Elle va du pont au Change[149] à la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie. En 1300 et 1313 elle s'appeloit _rue du Chevet-Saint-Leufroi_; mais alors elle n'alloit point jusqu'à la rue Saint-Jacques, ni même jusqu'à la Boucherie. Le terrain sur lequel on l'a ouverte de ce côté, étoit occupé par un four mentionné dans nos historiens sous les noms de _Four-d'Enfer_ et de _Four-du-Métier_. Il fut détruit sous le règne de Charles V; et cette démolition ayant procuré un passage direct au Grand pont, ce passage fut nommé d'abord _rue du pont au Change_. Il prit ensuite le nom de rue de la Joaillerie, des orfèvres et joailliers qui vinrent s'y établir après l'incendie du pont au Change en 1621. Elle est nommée sur quelques plans rue du _pont au Change_, rue de la _Vieille-Joaillerie_, et suivant Sauval et le tableau des rues de Paris, rue de la _Vieille-Chevalerie_.

[Note 149: Elle fait maintenant une des faces latérales de la place neuve du Châtelet.]

_Rue de la Vieille-Lanterne._ C'est la continuation de la rue de la Tuerie, jusqu'à la vieille place aux Veaux. _Voyez_ rue _de la Tuerie_.

_Rue Saint-Leufroi._ Elle étoit située en face du pont au Change, et aboutissoit à la porte de Paris. Comme elle passoit sous le Grand-Châtelet, on la trouve souvent nommée _rue du Châtelet_; en 1313, _rue Devant-le-Chastel_. Elle doit son nom à la chapelle qui étoit autrefois située en cet endroit[150].

[Note 150: Cette rue et celle de la Joaillerie ont été détruites; et toutes les deux sont entrées dans le plan de la nouvelle place du Châtelet.]

_Rue des Lombards._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. Au treizième siècle on l'appeloit la Buffeterie (_vicus Buffeteriæ_)[151]. Elle prit le nom des Lombards de certains usuriers qui s'y étoient établis; et dès 1322 elle est nommée, dans un arrêt du parlement, _vicus Lombardorum qui vulgariter_ la Buffeterie _nuncupatur_, ce qui porteroit à croire que ce nom des _Lombards_ étoit le nom primitif. On sait qu'ils étoient venus s'établir en France et à Paris avant le règne de saint Louis. Dans plusieurs arrêts rapportés aux registres _Olim_, il est fait mention, en 1269, des Lombards, des Lucquois et des _Mercatores transmarini_ établis à Paris. C'est dans cette rue qu'étoit encore, au dix-septième siècle, la maison _du poids du roi_[152].

[Note 151: Petit Cart. de l'évêché, ch. 229.]

[Note 152: En 1612 et 1636 on l'appeloit rue _de la Pourpointerie_, nom qu'elle n'a pas porté long-temps.]

_Rue Saint-Magloire._ Elle va de la rue Saint-Denis dans la rue Salle-au-Comte. En 1426, elle portoit le nom de Saint-Leu[153], qu'on donnoit à la dernière de ces deux rues dont elle fait la continuation. On l'a nommée aussi rue _Saint-Gilles_, et en 1585 rue _Neuve-Saint-Magloire_. En 1632 et 1638, on l'appeloit ruelle _de la prison Saint-Magloire_. C'étoit encore un cul-de-sac en 1640.

[Note 153: Cens. de l'évêché.]

_Rue de Marivaux._ La grande rue de ce nom traverse de la rue des Lombards dans celle des Écrivains; la petite a un bout dans celle-ci, et l'autre dans la rue de la Vieille-Monnoie; le terrain sur lequel toutes les deux sont situées, s'appeloit, en 1254 et 1273, _Marivas_. Le nom de _Marivas_ subsistoit encore en 1313, quoique, dès 1300, Guillot dise _le grand et le petit Marivaux_, nom que ces rues ont toujours conservé depuis. Au coin de la grande, et en face du portail de l'église Saint-Jacques, étoit la maison du célèbre _Nicolas Flamel_[154].

[Note 154: On trouve dans cette rue un cul-de-sac nommé _des Étuves_. Au quinzième siècle, c'étoit une ruelle qui aboutissoit dans la rue de la Vieille-Monnoie. On la ferma ensuite pour y faire un jeu de paume, dans lequel on entroit par ce cul-de-sac. Elle prit son nom des étuves qu'on avoit construites dans une maison qui en fait le coin.]

Il paroît que c'est la petite rue de Marivaux que Corrozet appelle rue _des Prêtres_.

_Rue des Trois-Maures._ Elle traverse de la rue Trousse-Vache dans celle des Lombards. On la connoissoit, avant 1300, sous le nom de _Guillaume Joce_ ou _Josse_; et c'est ainsi qu'elle est désignée dans tous les titres. Guillot parle d'une rue du _Vin-du-Roi_; et par sa marche, c'est certainement celle-ci qu'il a voulu désigner. On présume que cette seconde dénomination lui avoit été donnée à cause des caves d'une auberge située dans cette rue, ou étoit le vin destiné pour le roi. Cette auberge fameuse ayant pour enseigne _les Trois-Maures_, en a donné depuis le nom à la rue. Ainsi l'indiquent le procès-verbal de 1636, et tous les plans qui ont été faits depuis.

_Rue de la Vieille-Monnoie._ Elle donne d'un bout dans la rue des Lombards, et de l'autre au carrefour des rues de la Heaumerie, de la Savonnerie et des Écrivains. On trouve, en 1227, une maison indiquée _in Monetariâ_[155]. Guillot la nomme la _Viez-Monnoie_. On ne sait quand y fut établie la Monnoie, d'où elle a tiré son nom. Le procès-verbal de 1636 l'appelle rue de la Vieille-Monnoie ou _Passementière_.

[Note 155: Pet. Cart. C. 189 et 166.]

_Rue Ogniard._ Elle va de la rue des Cinq-Diamants à celle de Saint-Martin. Dès 1260, on en trouve des indications sous le nom de _vicus Almarici de Roissiaco_; en 1300, on disoit rue _Amauri-de-Roussi_, rue _Oignat_ en 1493, et rue _Hoignart_ en 1495[156]. Ces noms ont été fort défigurés par les copistes.

[Note 156: _Cens. Sancti Elig._]

_Rue Pierre-au-Poisson._ Elle aboutissoit dans la rue de la Saunerie et au marché de la porte de Paris. Autour du Châtelet, dont cette rue faisoit le circuit occidental, étoient de longues pierres sur lesquelles on étaloit le poisson; et c'est de là que la rue a pris le nom. Il paroît que cette Poissonnerie commença en 1182, Philippe-Auguste ayant permis, cette même année, aux bouchers de la Grande-Boucherie d'acheter et de vendre du poisson d'eau douce. La situation de cette rue l'a quelquefois fait appeler rue _de la Petite-Saunerie_, à cause de la _maison de la marchandise du sel_ qui s'y tenoit; on l'a aussi nommée rue _de la Larderie_[157], parce qu'elle régnoit le long du marché à la volaille.

[Note 157: Plan manusc. Biblioth. du R.]

Cette rue vient aboutir aujourd'hui à la nouvelle place du Châtelet.

_Rue Quinquempoix._ Elle aboutit aux rues Aubry-le-Boucher et aux Ours. Cette rue, appelée autrefois _Cinquampoit_, _Quincampoit_ et _Quinquenpoist_, est plus ancienne que ne l'a pensé l'abbé Lebeuf, qui croit qu'elle peut devoir son nom à Nicolas de Kiquenpoit, dont un cartulaire de Sorbonne fait mention l'an 1253. Il existe des titres qui remontent jusqu'à l'an 1210, dans lesquels elle a déjà ce nom[158]. L'étymologie en est inconnue. Quant à celle qu'on en veut tirer de cinq paroisses, ou cinq _poist_ (_potestas_, ou censives), elle ne mérite pas d'être discutée[159]. On a ouvert dans cette rue un passage qui donne dans la rue Saint-Martin. Il se nomme passage _Molière_.

[Note 158: Arch. de S. Méri.]

[Note 159: C'est dans cette rue que se fit, sous la régence, l'agiotage des billets de banque du fameux Écossois _Law_, qui ruina alors la France, comme on l'a ruinée depuis avec des papiers représentant d'abord des valeurs énormes et idéales, puis après réduits à leur juste valeur, c'est-à-dire à rien.]

_Rue Salle-au-Comte._ Elle donne d'un bout dans la rue aux Ours, et de l'autre à l'extrémité de la rue Saint-Magloire. Ce n'étoit anciennement qu'un cul-de-sac, qui existoit encore en 1442, et qui aboutissoit à l'une des portes de l'abbaye Saint-Magloire[160]. Le cartulaire de cette église le désigne, en 1312, _place ou voie qui n'a point de chief, qui vient de la rue où l'on cuit les hoëes, devant la maison du comte de Dampmartin_. Cette maison, qu'on nommoit, à la fin du treizième siècle, _la Salle du Comte_ ou _au Comte_, étoit située au coin et le long de cette ruelle jusqu'aux jardins de Saint Magloire. Elle passa depuis au chancelier de Marle[161], lequel y fit bâtir la fontaine qui porte son nom, et qui subsiste encore. Vers ce temps, c'est-à-dire au quinzième siècle, on appeloit ce cul-de-sac _au Comte-de-Dammartin_. En 1623 et 1651 on disoit rue _Salle-au-Comte_, autrement _la cour Saint-Leu_[162]. À l'angle de cette rue étoit une statue de la Vierge, dont nous parlerons à l'article de la rue aux Ours[163].

[Note 160: La partie de cette rue qui formoit le cul-de-sac, existe encore, et se trouve effectivement fermée sur le terrain de Saint-Magloire. On la nomme cul-de-sac _Saint-Magloire_.]

[Note 161: Il fut massacré en 1418. Un procureur au Châtelet qui acheta cette maison, en 1663, s'y trouvoit, dit Sauval, mal logé et à l'étroit.]

[Note 162: Cens. de l'évêché.]

[Note 163: Dans cette rue est un cul-de-sac, appelé de _Beaufort_. C'étoit autrefois une ruelle qui conduisoit aux prisons de l'abbaye de Saint-Magloire. Il a pris son nom d'une maison qui, en 1572, étoit connue sous le nom d'_hôtel de Beaufort_.]

_Rue de la Savonnerie._ Elle va de la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie au carrefour des rues de la Vieille-Monnoie, de la Heaumerie et des Écrivains. On ne trouve point qu'elle ait porté d'autre nom, et l'on ignore pourquoi elle est ainsi appelée.

_Rue de la Vieille-Tannerie._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Tuerie et de l'autre dans celle de la Vieille-place-aux-Veaux. Elle doit ce nom à ceux qui préparoient les peaux de bêtes qu'on y écorchoit. Dès le quinzième siècle, elle portoit ce nom[164].

[Note 164: Cens. de l'archevêché.]

_Rue de la Triperie._ Elle étoit située entre le Grand-Châtelet et la Boucherie. Sauval ne la distingue point de celle du Pied-de-Boeuf[165], et en effet elle en faisoit partie. Les petites échoppes de tripières qui étoient adossées à la Boucherie l'avoient fait appeler rue _des Boutiques_. Elle faisoit la continuation de la rue de la Place-aux-Veaux jusqu'à la porte de Paris, et dans cette partie elle étoit connue sous le nom de l'_Iraigne_: c'est ainsi qu'elle est nommée sur un plan manuscrit de la censive de Saint-Méri, de l'an 1512; un autre censier de l'évêché, de 1489, indique la rue de l'_Iraigne_ et _l'hôtel de la Grant-Iraigne_, qui lui en avoit fait donner le nom. Ce n'étoit point une enseigne de l'_Araignée_, comme on pourroit le penser, mais de l'_Iraigne_, croc de fer à plusieurs branches pointues et recourbées, auxquelles on accroche la viande. En effet, dans un compte de recettes de Saint-Germain-l'Auxerrois, à la date de 1524, cette même maison est indiquée comme ayant pour enseigne _la grande Iraigne de fer_.

[Note 165: La rue de la Triperie est entrée avec les rues Saint-Leufroi et de la Joaillerie dans le plan de la nouvelle place du Châtelet.]

_Rue Trognon_, que quelques-uns écrivent _Tronion_. On croit, qu'elle se nommoit anciennement rue _Jean-Fraillon_[166]. Depuis elle eut un autre nom, dont on a fait, par _aphérèse_, celui de _Trognon_; ensuite, elle fut nommée _Tronion_ et _Truvignon_, enfin, rue _de la Galère_, de l'enseigne d'un cabaret qui y étoit situé.

[Note 166: Sauval, t. III, p. 291 et 429.]

_Rue Trop-Va-Qui-Dure._ On a donné ce nom au chemin ou rue qui régnoit le long du Châtelet, depuis la rue de la Saunerie jusqu'à celle de Saint-Leufroy. On la trouve dans La Caille sous deux noms singuliers, dont l'étymologie est inconnue. Il l'appelle: _Qui-Trop-Vasi-Dure_ et _Qui-mi-Trouva-si-Dure_. Anciennement elle n'étoit connue que sous le nom général de _Chemin_ ou _Grant-Rue le long de la Seine_, ou sous celui de _Vallée-de-Misère_. En 1524 on la nommoit rue _des Bouticles, près et joignant Saint-Leufroi_[167]; en 1540, rue _de la Tournée-du-Pont_; en 1636, rue _de la Descente de-la-Vallée-de-Misère_.

[Note 167: _Cens. S. Germ. Autiss._]

_Rue Trousse-Vache._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, et de l'autre dans celle des Cinq-Diamants. Jaillot pense qu'elle doit ce nom plutôt à une famille connue anciennement qu'à une enseigne de _la Vache troussée_, comme le disent Sauval et Piganiol. Il croit que cette enseigne n'y aura été mise par la suite que par allusion au nom de la rue et de la famille dont elle avoit emprunté ce nom. En 1248[168], un acte fait mention d'une maison qui avoit appartenu au sieur Trossevache: et il en existe d'autres, passés en 1257, par Eudes Troussevache[169]. Cette dénomination n'a point varié[170].

[Note 168: _Cart. Sorb._, fol. 20.]

[Note 169: _Past. A_, p. 677.]

[Note 170: Le cardinal de Lorraine, revenant du concile de Trente, voulut faire une espèce d'entrée à Paris, accompagné de plusieurs gens armés. Le maréchal de Montmorency, alors gouverneur de cette capitale, lui envoya dire qu'il ne le souffriroit pas. Le cardinal répondit avec hauteur, et continua sa marche; Montmorency l'ayant rencontré vis-à-vis les Charniers des Innocents, fit main-basse sur son escorte, et le força à se sauver dans la boutique d'un marchand de cette rue, où il resta caché jusqu'à la nuit sous le lit d'une servante.]

_Rue de la Tuerie._ Elle aboutit à l'extrémité de la rue du Pied-de-Boeuf et à la Vieille-place-aux-Veaux. Au treizième siècle et depuis, elle s'appeloit simplement l'_Écorcherie_. En 1512, les titres de Saint-Méri la nomment rue de l'_Écorcherie_ ou _des Lessives_. On l'a depuis appelée rue _de la Vieille-Lanterne_[171], et elle porte encore aujourd'hui ce nom dans la partie qui aboutit à la Vieille-place-aux-Veaux.

[Note 171: Dans cette rue, du côté de la rivière, étoit une descente qui n'avoit point de dénomination particulière; et au-dessus de cette descente, il y avoit une cour assez spacieuse que l'on nommoit _la cour aux Boeufs_. Plus haut se voit encore aujourd'hui un petit cul-de-sac, reste d'une ruelle nommée du _Moulin_ ou des _Moulins_, laquelle devoit ce nom à un moulin auquel elle aboutissoit. Jaillot pense que c'est cette ruelle qui, dans le rôle des taxes de 1313, est appelée rue ou ruelle _Iehan Bonnefille_ et _Iehanne Bonnefille_. Plusieurs titres prouvent en effet que Jean Bonnefille, maître des bouchers, avoit sa maison dans cette rue au treizième siècle, et que ses descendants y demeurèrent après lui.]