Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 8

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À peine furent-ils devenus administrateurs, qu'ils renouvelèrent la demande qu'ils avoient déjà faite plusieurs fois de la réduction de leurs prébendes, afin qu'ils pussent, disoient-ils, acquitter les dettes contractées par la confrérie. Le cardinal de Noailles, après l'information légale, donna son décret le 28 juillet 1713. Les canonicats furent réduits à douze et les chapellenies à onze. Ces bénéfices étoient à la nomination alternative de deux chanoines de Notre-Dame, qui avoient ce droit attaché à leurs prébendes.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la résurrection de N. S., par _Lebrun_[117]. Sur le devant du même autel, une descente de croix par un peintre ancien et inconnu.

Dans la quatrième chapelle à gauche, saint Jérôme dans le désert, par _La Hire_.

[Note 117: On prétend que le ministre Colbert, qui avoit fait la dépense de ce tableau, y étoit représenté, tenant un des coins du linceul.]

SCULPTURES.

Sur le portail de l'église, un bas-relief représentant la sépulture de N. S.

Au-dessus de la porte du cloître, rue Saint-Denis, une statue de J.-C., par _Jean Champagne_, élève du Bernin.

L'église du Saint-Sépulcre étoit une des quatre collégiales dépendantes de Notre-Dame, et que l'on nommoit _les quatre Filles de la cathédrale_. Elle jouissoit de tous les droits paroissiaux sur ceux qui demeuroient dans l'enceinte de son cloître ou de son territoire; et les fonctions curiales étoient remplies par le chanoine de semaine. Mais en raison de ce rapport de dépendance, qui existoit entre cette collégiale et le chapitre de l'église de Paris, ses membres ne pouvoient faire pour eux ce qu'ils faisoient pour les autres; et les chanoines et bénéficiers du Saint-Sépulcre, de même que ceux des autres _Filles_ de Notre-Dame, recevoient les derniers sacrements et la sépulture d'un bénéficier de cette église, député par le chapitre[118].

[Note 118: _V._ pl. 30; et sur la _cour Batave_, qui a remplacé cette église, _voyez_, à la fin de ce quartier, l'article _Monumens nouveaux_.]

LES RELIGIEUSES

DE SAINT-MAGLOIRE.

Leur monastère étoit aussi dans la rue Saint-Denis, au-dessus de l'église du Saint-Sépulcre. On sait que les chanoines de Saint-Barthélemi, dans la Cité, et les religieux qui leur furent substitués, possédoient une chapelle de Saint-Georges hors des murs de Paris; et que ces derniers, lorsqu'ils abandonnèrent leur ancienne demeure pour venir s'établir dans l'endroit où étoit située cette chapelle, lui transportèrent le nom de Saint-Magloire, que portoit depuis long-temps l'église de Saint-Barthélemi. Avant ce changement de domicile, Henri-le-Lorrain[119] leur avoit fait plusieurs donations de terres: des lettres de Louis-le-Gros confirmèrent le don qu'il leur avoit fait; et Guinebauld, qui étoit alors abbé de Saint-Magloire, obtint de ce prince la permission d'y établir des religieux de sa communauté pour y célébrer l'office divin. En 1138 la communauté entière s'y transporta; et elle y resta jusqu'en 1572, que Catherine de Médicis la fit transférer à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, et mit à sa place les Filles-Pénitentes, qui occupoient alors l'hôtel de Soissons, dont elle avoit résolu de se faire un palais.

[Note 119: Et non _duc de Lorraine_, comme l'a écrit Dubreul; puisque c'étoit alors Thierry ou son fils Simon Ier.]

Ce dernier ordre existoit depuis près d'un siècle; et tous les historiens de Paris rapportent son institution à un cordelier nommé Jean Tisserand. Ce prédicateur s'éleva si souvent, et avec tant de force et d'onction, contre les excès du libertinage; il fit des peintures si vives des châtiments qui devoient en être la suite, que plusieurs femmes de mauvaise vie, touchées de ses discours, se mirent sous sa conduite, et résolurent de réparer, par une vie édifiante, le scandale de leurs désordres passés. On rapporte cette circonstance à l'an 1492 ou 1493.

Le nombre de ces pénitentes augmenta tellement[120] qu'il fixa l'attention, et qu'on crut nécessaire de les réunir et de leur procurer un asile. Louis XII, alors duc d'Orléans, leur céda la moitié de son hôtel de Bohème, depuis hôtel de Soissons, et engagea Charles VIII à autoriser cet établissement, ce que fit ce dernier par ses lettres-patentes du 14 septembre 1496. En même temps il eut soin de faire approuver et confirmer cet ordre, sous la règle de saint Augustin, par une bulle d'Alexandre VI. Peu de temps après, les Filles-Pénitentes acquirent l'autre moitié de l'hôtel, de deux domestiques[121] du duc d'Orléans auxquels ce prince en avoit fait don lorsqu'il fut monté sur le trône. Le contrat de cette acquisition, faite au prix de 2000 écus d'or couronnés, est de l'an 1500. Dans les commencements de leur établissement, elles étoient si pauvres, qu'on leur permit de sortir de leur cloître pour quêter leur subsistance; mais dès qu'elles eurent amassé de quoi vivre, elles observèrent une exacte clôture.

[Note 120: Il en avoit, dit-on, rassemblé plus de deux cents.]

[Note 121: Pierre Lebrun, son valet de chambre, et Robert de Franzelles, son chambellan ordinaire. Ce dernier lui avoit, dit-on, gagné au jeu la part qu'il obtint dans cet hôtel.]

À peine les Filles-Pénitentes, sorties de l'hôtel de Soissons, furent-elles en possession du monastère de Saint-Magloire, qu'elles en prirent le nom; et c'est ainsi qu'elles sont indiquées dans tous les actes et titres postérieurs. Les temps malheureux de la Ligue ayant introduit la licence et le relâchement dans les monastères, cette maison se ressentit, comme les autres, d'un désordre qui troubloit d'ailleurs toutes les classes de la société. Lorsque le calme fut rétabli, la réforme en fut confiée à huit religieuses de l'abbaye de Montmartre, qui s'y transportèrent en 1616; et par le soin qu'elles eurent d'abord d'adoucir l'austérité de quelques anciennes pratiques, elles y rétablirent bientôt l'ordre et la régularité, qui depuis s'y sont toujours maintenus.

On lit dans les statuts que leur donna Jean-Simon de Champigni, évêque de Paris, un article par lequel il leur étoit défendu de recevoir aucune novice qui n'eût fourni des preuves de ses foiblesses; et les précautions qu'établit le bon prélat pour s'en assurer, et pour empêcher cependant que le désir d'entrer dans cette communauté ne portât de malheureuses filles à se livrer au libertinage, sont d'une naïveté qui ressemble presque au scandale, et que, par cette raison, nous ne rapporterons point ici. Cette loi bizarre fut bientôt abrogée, et depuis long-temps on n'y recevoit plus, comme dans les autres communautés, que des vierges pures et dignes de l'époux, qu'elles avoient choisi. On fit aussi, à la même époque, le projet non moins bizarre d'instituer, pour la conduite de ce monastère, des religieux du même ordre, qui auroient fait leurs voeux entre les mains de la supérieure; mais ce dessein resta sans exécution.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MAGLOIRE.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumé André Blondel, seigneur de Roquemont, et contrôleur des finances sous Henri II[122]; ce Blondel étoit Lyonnois, et devoit sa fortune à Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, si célèbre par sa beauté et par le long empire qu'elle exerça sur le coeur de Henri II[123].

[Note 122: Sa veuve lui avoit fait élever un petit mausolée que l'on considère comme l'un des chef-d'oeuvres de _Paul Ponce_, sculpteur florentin qui vivoit sous François II. C'est un bas-relief en bronze, représentant un personnage debout, qui, d'une main, tient des pavots, de l'autre soutient sa tête légèrement penchée. Tous les historiens de Paris ont cru que cette figure étoit une image allégorique du sommeil: l'ayant examinée avec attention au musée des Petits-Augustins, où elle avoit été transportée, il nous a semblé que ce ne pouvoit être que le portrait d'André Blondel lui-même, parce qu'on y remarque une imitation naïve de la nature, qu'un sculpteur habile n'eût point aussi scrupuleusement suivie, en voulant exprimer un caractère idéal. Ce morceau, du reste, est remarquable, surtout par le moelleux des draperies et la vérité de l'attitude. (Déposé maintenant au Louvre.)]

[Note 123: Sauval, qui avoit vu le testament que Diane fit en 1564, dit qu'elle y ordonne, si elle meurt à Paris, qu'avant de la transférer à Anet, où elle veut être enterrée, on la porte dans l'église de Filles-Repenties, et qu'on y fasse pour elle un service des morts.]

En 1525 et 1549 on découvrit, dans les jardins voisins de l'église, plusieurs ossements, avec des chaînes de fer et des potences, ce qui fit croire à plusieurs que ce lieu avoit été anciennement la place de la justice patibulaire de Paris. Jaillot pense que c'étoit celle de Saint-Magloire, dont la prison étoit voisine. On sait que sous le régime féodal, tel qu'il étoit devenu vers la fin de la seconde race et au commencement de la troisième chaque seigneur avoit le droit de justice sur ses terres, et, attentif à soutenir ce privilége, réclamoit très-fortement les coupables dont le crime avoit été commis sur sa censive, pour les faire condamner à son tribunal particulier. Dans le cas d'exécution, les corps des suppliciés n'étoient point portés au gibet public, qui n'appartenoit qu'au roi, mais aux piliers du seigneur qui les avoit fait punir[124].

[Note 124: L'église et le monastère de Saint-Magloire ont été remplacés par des maisons particulières. (_Voy._ pl. 30.)]

L'ÉGLISE

DE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

Les religieux de Saint-Magloire, après avoir quitté la Cité, et s'être établis dans leur chapelle Saint-Georges, avoient permis d'élever des habitations sur le terrain qui dépendoit de leur monastère, mais sous la condition que les habitants seroient paroissiens de Saint-Barthélemi. L'éloignement où le Bourg-l'Abbé et les rues voisines étoient de cette église les détermina depuis à consentir que ceux qui demeuroient dans ce quartier fissent célébrer, à leurs frais, l'office divin à un autel qui fut élevé à cet effet dans leur propre église. Dubreul dit avoir vu des titres qui spécifioient qu'il étoit placé du côté méridional du choeur, et sous l'invocation _de Saint-Leu et Saint-Gilles_. Il auroit dû dire simplement _Saint-Gilles_: car certainement ce saint fut d'abord le seul patron de cette paroisse, et ensuite long-temps nommé le premier. Tout porte à croire que le nom de saint Leu (ou Loup), évêque de Sens, n'a été joint au premier vocable, que parce que sa fête étoit célébrée le 1er septembre, le même jour que celle de saint Gilles[125].

[Note 125: Il y a plusieurs raisons très-fortes pour appuyer cette opinion. 1º L'abbaye possédoit seulement des reliques de saint Gilles et non de saint Leu; 2º dans les livres ecclésiastiques de Paris, du treizième siècle, on voit saint Gilles avec un office propre, au 1er septembre, et saint Loup remis à un autre jour, ou réduit à une simple commémoraison; 3º dans tous les titres de ce temps, relatifs à cette église, on lit toujours: _Ecclesia SS. Egidii et Lupi_.]

Le nombre des paroissiens s'étant successivement augmenté, et l'enceinte qu'avoit fait élever Philippe-Auguste rendant la communication plus difficile entre la ville et les faubourgs, les religieux de Saint-Magloire et le curé de Saint-Barthélemi, sur les nouvelles représentations qui leur furent faites, consentirent qu'on bâtît, près du monastère, une chapelle succursale, dépendante de l'ancienne paroisse; cet accord est de l'an 1235. Mais cette chapelle se trouva bientôt trop petite; car on voit, par un ancien titre[126], qu'au mois de novembre 1270 on en faisoit construire une nouvelle.

[Note 126: _Cartul. S. Magl._, fol. 76.]

En 1319, l'église Saint-Gilles n'étoit encore qu'une chapelle succursale: elle fut rebâtie de nouveau l'année suivante, et les religieux de Saint-Magloire permirent qu'on y mît deux petites cloches qui pussent être entendues dans les rues Aubry-le-Boucher et Bourg-l'Abbé où étoient des maisons qui en dépendoient; le caractère de construction de la nef indique en effet ce temps-là, quoiqu'il paroisse que depuis on l'a rendue plus solide[127]. Vers la fin du même siècle on songea à agrandir cette église, et les marguilliers achetèrent, dans cette intention, quelques portions du terrain qui l'environnoit; mais plusieurs obstacles empêchèrent que le projet ne fût alors exécuté.

[Note 127: Lebeuf, p. 296.]

Cette église étoit encore succursale en 1611, lorsqu'on jeta les fondements du choeur, lequel fut construit dans un goût moderne[128] tout-à-fait différent du reste. Enfin, en 1617, Henri de Gondi, cardinal et évêque de Paris, la sépara de Saint-Barthélemi et l'érigea en église paroissiale[129].

[Note 128: En 1727 on fit encore à cette église plusieurs réparations considérables; on en changea presque entièrement l'intérieur, de manière que cette église étoit une des plus agréablement décorées de Paris. La charpente entière du clocher de l'horloge fut transportée, la même année, de la tour sur laquelle elle étoit, et qui menaçoit ruine, sur une autre tour nouvellement bâtie, haute de douze toises, et distante de vingt-quatre pieds. Cette manoeuvre se fit heureusement, par le moyen d'un grand échafaud sur lequel on fit rouler le clocher, lequel avoit sept pieds et demi de diamètre sur trente-cinq d'élévation, ce qui se fit sans toucher au plomb de la couverture, aux plates-bandes de fer, etc., et sans déplacer la grosse cloche de l'horloge, qui pesoit au moins deux milliers. Cette manoeuvre hardie fut exécutée par un charpentier nommé Guérin. (_Voy._ pl. 30.)

Dans le temps qu'on faisoit ces réparations, on détruisit une pierre bise qui étoit au second pilier à droite en entrant dans la nef. Sur cette pierre étoient les armes et l'épitaphe, en vers latins, de _Jean Louchart_ et de _Marie de Brix_ sa femme. Ce Jean Louchart étoit un des plus déterminés ligueurs, et un de ceux qui eurent le plus de part à la mort du président _Brisson_, de _Claude Larcher_ et de _Jean Tardif_. Il fut aussi l'un des quatre factieux que le duc de Mayenne fît pendre dans la salle basse du Louvre, le 4 décembre 1591.

En 1780, de nouvelles réparations furent faites dans le choeur de cette église, sous la direction de M. de Wailly. Le sol du sanctuaire fut exhaussé, et l'on pratiqua au-dessous une chapelle souterraine dans laquelle on descend par deux escaliers. Le grand autel reçut en même temps une nouvelle décoration.]

[Note 129: Elle possédoit, dès 1450, trois chapelles établies par fondation, et qui étoient à la nomination alternative de l'évêque de Paris et de l'abbé de Saint-Magloire. Il y avoit aussi une confrérie de l'Ange-Gardien, instituée par Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque de Paris.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LEU ET SAINT-GILLES.

TABLEAUX.

Sur le maître autel, une Cêne par Porbus[130] Dans le choeur, une Nativité et un Saint-Gilles, par _Oudry_; la Résurrection, par _Bertin_; la Pentecôte et une copie de Raphaël, par des peintres inconnus.

[Note 130: Ce tableau passoit pour être le chef-d'oeuvre de Porbus; et l'on prétend même que le célèbre Poussin le regardoit comme un des plus beaux qu'il eût jamais vus. Cette tradition peut paroître suspecte: car enfin Porbus, qui a excellé dans le portrait, qui, de même que les meilleurs peintres flamands, est remarquable par l'éclat et la vérité de son coloris, n'avoit point, comme dessinateur, la science, la pureté et l'élévation, qui seuls auroient pu lui mériter un si magnifique éloge de la part d'un homme tel que le Poussin. Toutefois, nous ne pouvons entièrement rejeter cette anecdote racontée par tous les historiens de Paris; et quoique les jugements qu'ils portent sur les productions des arts, soient ordinairement fort erronés, n'ayant point vu ce tableau, et ne sachant pas même ce qu'il est devenu, nous ne pouvons savoir si effectivement Porbus ne s'est pas surpassé en cette circonstance.]

Dans la chapelle à droite, Jésus-Christ et la Samaritaine, par Restout.

Dans la chapelle à gauche, une Annonciation par le même. Dans la nef, un couronnement d'épines et un Christ, par _Mérelle_; une Vierge et l'enfant Jésus adoré par des anges; Notre Seigneur au jardin des Olives; la Vierge pleurant sur le corps de son fils; un saint Jacques; Tobie rendant la vue à son père, par des peintres inconnus.

Derrière l'oeuvre, les disciples d'Emmaüs, par un peintre inconnu.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été inhumée Marie de Landes, épouse de Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement de Paris[131].

[Note 131: Son monument, exécuté par Girardon, se composoit d'une pyramide en marbre blanc jaspé, que surmontoit une urne cinéraire en marbre blanc; l'urne étoit accompagnée de deux génies, dont l'un soutenoit le portrait en médaillon de madame de Lamoignon. Au-dessous le sculpteur avoit représenté, dans un bas-relief, un événement remarquable et qui fait le plus grand honneur à la mémoire de cette illustre dame. Elle avoit ordonné qu'on l'inhumât aux Récollets de Saint-Denis; mais il arriva que son corps ayant été déposé dans l'église de Saint-Leu, avant d'être transporté dans ce couvent, les pauvres de cette paroisse, qu'elle avoit comblés de ses bienfaits, se rassemblèrent, s'emparèrent des restes précieux de celle qu'ils avoient toujours regardée comme leur mère, et profitant d'un moment où l'église étoit déserte, creusèrent une fosse et l'y enterrèrent. C'est cette action si touchante que son fils, M. de Lamoignon, président à mortier au parlement, avoit confiée au ciseau de l'artiste[131-A].]

[Note 131-A: Nous ignorons ce qu'est devenu ce monument qui n'a point été déposé au musée des Petits-Augustins.]

Le territoire de cette paroisse s'étendoit sur toutes les maisons situées à droite dans la rue Saint-Denis, depuis l'église du Saint-Sépulcre exclusivement; jusqu'à la rue Greneta. Elle continuoit à droite un peu au-delà de la rue Bourg-l'Abbé, renfermant cette rue en entier et une partie de celle du Grand-Hurleur. Elle possédoit aussi tout le côté droit de la rue aux Ours, en y entrant par la rue Saint-Denis, et en y joignant le coin de la rue Saint-Martin. Il faut y ajouter quelques maisons de la rue Quinquempoix, une partie du côté gauche de la rue aux Ours, la rue du Petit-Hurleur en entier, le cul-de-sac de la Porte aux Peintres, la rue Salle-au-Comte, et celle de Saint-Magloire. Enfin elle faisoit un écart jusque dans la rue Aubry-le-Boucher, où elle possédoit aussi quelques maisons.

C'étoit un ancien usage, dans l'église de Saint-Leu, de faire des prières pendant neuf jours, à l'occasion de l'avénement de nos rois à la couronne. Le 14 octobre 1716, la duchesse de Ventadour, gouvernante de Louis XV, assista dans cette église à la messe qui terminoit la neuvaine qu'on venoit d'y faire pour le jeune roi; et cet événement parut digne d'être consacré dans un tableau où on voyoit Louis XV, sa gouvernante, le duc d'Orléans, régent du royaume, le duc de Bourbon, le maréchal de Villeroi, qui tous adressoient leurs prières à saint Leu. Ce tableau étoit placé à droite dans le choeur de cette église.

On ignore à quelle époque et à quelle occasion le nom du second patron est devenu le premier[132].

[Note 132: L'église de Saint-Leu et Saint-Gilles a été rendue au culte.]

HÔTELS DU QUARTIER

SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

HÔTEL D'ALENÇON.

Sauval dit avoir vu les restes d'un hôtel de ce nom, rue des Cinq-Diamants, dans des maisons situées à droite et à gauche de cette rue; ce qui le porte à croire qu'elle auroit été ouverte au travers de cet édifice. Jaillot, sans nier ce fait, dit n'en avoir trouvé absolument aucune trace.

HÔTEL DU COMTE DE DAMMARTIN.

Il étoit situé dans la rue _Salle-au-Comte_, et appartenoit, dans le treizième siècle, à ce seigneur. Cette demeure devint depuis la propriété du chancelier de Marle, qui y fit élever une fontaine encore subsistante aujourd'hui, et connue sous le nom de ce magistrat.

LE PARLOIR DES BOURGEOIS.

Tel étoit le nom de la maison où nos premiers magistrats municipaux tenoient leurs assemblées. Cette maison étoit située dans la rue Saint-Leufroi, près de l'arcade du Châtelet. Nous dirons plus tard à quelle époque et à quelle occasion ces magistrats allèrent s'établir à la place de Grève[133].

[Note 133: _Voyez_ l'article _Hôtel-de-Ville_, quartier de la Grève.]

Il y avoit encore dans ce quartier, et à la _Vallée de misère_ (depuis la rue _Trop-va-qui-dure_), une maison que, dès le temps de Childebert Ier, on appeloit la _Maison-de-la-Marchandise_, et qui portoit encore ce nom en 1612. Dubreul a cru y reconnoître l'ancien parloir des bourgeois; Jaillot pense qu'il s'est trompé: cette maison, qui occupoit tout l'espace compris entre la rue de la Saunerie et le Grand-Châtelet, faisoit en effet partie du domaine de la ville; mais c'étoit dans la rue Saint-Leufroi que le corps municipal tenoit ses séances.

MAISON DU POIDS DU ROI.

Cette maison étoit située dans la rue des Lombards; et jusque dans les premières années du dix-huitième siècle, les _étalons_ ou modèles des poids et mesures y étoient déposés.

On trouve que jusqu'à Louis VII nos rois étoient demeurés propriétaires de cet établissement et des priviléges qui y étoient attachés. Depuis ils en cédèrent la propriété, qui passa en plusieurs mains et fut définitivement acquise par le chapitre de Notre-Dame, lequel en jouissoit encore dans le siècle dernier.

Le droit de visiter les poids et balances de tous les marchands et artisans, appartenoit depuis plusieurs siècles au corps des épiciers. Nous apprenons qu'en 1321 le prévôt de Paris, sur l'ordre qu'il en reçut du parlement, fit ajuster les poids à la monnoie; qu'il fut fait trois _étalons_ dont l'un fut remis aux mains des épiciers, et les deux autres déposés à la monnoie et au poids du roi. En 1484, ce droit leur fut confirmé par de nouvelles ordonnances; et ils l'exerçoient à l'égard de toute espèce de marchands, les orfévres exceptés, lesquels relevoient directement de la monnoie. Dans toutes leurs visites, ils étoient accompagnés d'un juré balancier nommé par le prévôt de Paris, sur leur présentation.

Jusqu'en 1434, les poids dont on se servoit pour étalons n'étoient que des masses de pierre que l'on avoit façonnées et ajustées. Ce n'est que depuis cette époque qu'on les a faits en cuivre[134].

[Note 134: Sauval, t. I, p. 658; et t. II, p. 474.]

RUES DU QUARTIER

SAINT-JACQUES-DE-LA-BOUCHERIE.

_Marché de l'Apport-Paris._ C'est un petit espace carré qui se trouve situé entre l'extrémité de la rue Saint-Denis et l'angle de la nouvelle place du Châtelet.