Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 7

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Cependant ce qui est bon en soi-même, dès qu'il se corrompt, devient d'autant plus mauvais que son origine étoit plus excellente et plus sainte: _corruptio optimi pessima_. Nous apprenons par l'Écriture quelles erreurs et quelles fausses doctrines les sectes judaïques avoient ajoutées à la loi de Dieu; et si nous jetons les yeux sur les nations païennes dont la civilisation fut toujours si imparfaite, où le gouvernement ne connut presque jamais de juste milieu entre la foiblesse extrême et l'extrême violence, sur ces nations dont le despotisme des chefs ou l'anarchie des peuples composent presque toute l'histoire, nous n'en voyons aucune chez qui ces associations particulières n'aient, au milieu de leurs troubles civils, contribué au désordre, excité l'attention et l'inquiétude des magistrats. Cela est remarquable surtout chez les Romains, où elles étoient dangereuses dès le temps de Cicéron; car, dans sa harangue contre Pison, il se plaint de certaines sociétés établies nouvellement sous les titres spécieux de colléges et de communautés, dont le prétexte étoit le service des dieux, et le véritable but, de mauvais desseins contre la république. Cette remontrance fit abolir une partie des confréries qui existoient alors. Auguste, dans le nouvel ordre de choses qu'il institua, poussa la réforme plus loin, et les détruisit presque toutes. Alexandre Sévère les rétablit; et dans les premiers temps de la religion chrétienne, elles furent, comme nous l'avons dit, parmi les fidèles, des modèles de décence et de charité. Mais de si beaux commencements ne se soutinrent pas; et par les réglements des conciles et des empereurs chrétiens qui vinrent après, on voit qu'il étoit nécessaire de veiller sur elles avec une extrême vigilance, à cause des désordres et des scandales qui se commettoient dans plusieurs.

Les confréries des états modernes sont, comme celles des anciens, civiles et religieuses; et l'on voyoit de ces sortes d'associations répandues par toute la France. Plusieurs étoient utiles et légitimement établies, d'autres ont été illicites et dangereuses. Il en existoit un grand nombre à Paris, parmi lesquelles quelques-unes ont été célèbres, et même ont joué un rôle dans l'histoire. Nous essaierons de donner quelque idée des plus remarquables, ainsi que de celles qui étoient établies dans d'autres parties du royaume.

Il y avoit plusieurs espèces de ces confréries.

1º. Les confréries établies uniquement par un motif de dévotion pour le salut des âmes et l'édification de l'Église. Telle étoit celle qui fut instituée à Paris, en 1168, sous le titre de confrérie de Notre-Dame. Elle fut d'abord composée de trente-six prêtres et d'un nombre égal de laïques, notables bourgeois, en mémoire des soixante-douze disciples de J. C.; ensuite le nombre en fut porté jusqu'à cent. Les femmes, qui, dans le principe, en avoient été exclues, y furent admises l'an 1224, au nombre de cinquante. La reine et plusieurs dames pieuses et du premier rang désirèrent d'y être reçues; de manière que la société fut, depuis ce temps, divisée en trois classes, lesquelles furent toujours composées des personnes les plus qualifiées de la ville. Quant aux exercices réglés par les statuts, ils consistoient dans la célébration journalière du service divin, une procession générale en certain temps, des aumônes et des prières que les confrères devoient faire les uns pour les autres, etc. Telles étoient encore les confréries du Saint-Sacrement, du Saint-Nom de Jésus, de la Sainte-Vierge et autres semblables, dont les membres n'avoient d'autre objet que de travailler à leur propre sanctification.

2º. Les confréries établies pour des oeuvres de charité. Il y en avoit dans la plus grande partie des paroisses de la France, et surtout à Paris. Les unes secouroient les pauvres honteux, les autres assistoient les malades indigents, et quelques-unes, sous le titre de _Confrères de la Mort_, ensevelissoient les défunts et assistoient à leurs obsèques.

3º. Les confréries de Pénitents. Elles portoient différentes dénominations; et ceux qui en étoient membres exerçoient sur eux certaines austérités en esprit de pénitence. On les a quelquefois nommés _flagellants_, à cause des disciplines publiques qu'ils se donnoient dans leurs processions générales: ils y paroissoient revêtus d'une tunique de toile blanche, rouge ou bleue, avec un capuchon qui leur couvroit le visage; et de là ils ont été appelés _Pénitents bleus, rouges ou blancs_. Toutefois il n'y avoit en France de semblables associations que dans les provinces voisines de l'Italie, d'où elles tirent leur origine.

4º. La quatrième espèce de confrérie avoit été érigée à l'occasion des pélerinages. Telles étoient à Paris celles du Saint-Sépulcre, aux Cordeliers; de Saint-Jacques, en son église rue Saint-Denis; de Saint-Michel, en sa chapelle dans la cour du Palais, pour ceux qui avoient fait les pélerinages de Jérusalem, de Compostelle ou du Mont-Saint-Michel. On y recevoit également toutes les personnes dévotes qui vouloient s'y engager et participer aux mérites et aux prières des pélerins.

5º. Venoient ensuite les confréries instituées par les négociants, pour attirer sur leur commerce les bénédictions du ciel. Telle fut celle qu'une compagnie des plus riches bourgeois de Paris établit, l'an 1170, sous le titre de _Confrérie des marchands de l'eau_. L'accroissement de la ville, et les nouveaux besoins d'une population qui, de jour en jour, devenoit plus nombreuse, donnèrent naissance à cette compagnie; car jusque-là, c'est-à-dire depuis le ravages des Normands, cette capitale, renfermée dans des bornes très-étroites, avoit tiré de son propre territoire et des provinces voisines tous les secours nécessaires à sa consommation; et le sel étoit la seule denrée qu'elle reçût par la rivière. Ces négociants, rassemblés pour faire un commerce plus étendu par eau, achetèrent des religieuses de Haute-Bruyère une place hors de la ville pour y construire un port, et fondèrent leur confrérie dans l'église de ce monastère. Cette place, qui leur fut cédée moyennant certaines redevances qu'ils payèrent à ces religieuses, retint le nom de _Port-Popin_, du nom d'un bourgeois de Paris à qui elle avoit appartenu; et Louis-le-Jeune, alors régnant, confirma cette acquisition et approuva cet établissement par des lettres-patentes de la même année 1170. À peine cette confrérie fut-elle établie, que celle de Notre-Dame, qui étoit plus ancienne de deux ans et plus considérable, tant par la qualité que par le nombre des personnes qui la composoient, prit le titre de _grande confrérie_, pour se distinguer de l'autre; titre qu'elle a gardé jusqu'au dernier moment de son existence. Dans la classe de cette confrérie des _marchands de l'eau_, doit être comprise celle des six corps des marchands de Paris[104].

[Note 104: Les drapiers, les épiciers, les merciers, les fourreurs, les bonnetiers et les orfévres.]

6º. Les officiers de justice avoient aussi leurs confréries distinguées des autres, et formant une classe à part. Il y avoit à Paris celle des notaires, établie dans la chapelle du Châtelet en 1300; celles de la compagnie du lieutenant criminel de robe-courte, de la compagnie du guet, des huissiers à cheval et des sergents à verge.

7º. Celles des artisans étoient en aussi grand nombre qu'il y avoit d'arts et métiers. Chaque communauté, de même que dans les premières confréries chrétiennes, avoit son patron, se rassembloit dans une église particulière, et avoit la liberté de se faire des statuts. Ceci commença à être réformé sous le règne de saint Louis par Étienne _Boislève_; et depuis ce temps ils furent obligés d'avoir recours au magistrat pour obtenir des réglements, ou du moins pour homologuer les articles qu'ils avoient arrêtés.

8º. Une confrérie fort extraordinaire et d'une espèce toute particulière est celle qui se forma à Paris en 1402, sous le titre de _Confrères de la Passion_; elle avoit pour objet de représenter sur un théâtre public les mystères de la vie de Jésus-Christ, les actes des martyrs, etc. Nous y reviendrons.

9º. Enfin il y a eu des confréries de factieux, qui ont paru à certaines époques, et qui, comme celles dont se plaignoit l'orateur romain, se couvroient du voile spécieux de la religion pour troubler l'État. Divers conciles du treizième siècle prononcèrent anathème contre des sociétés de ce genre, qui s'étoient élevées en plusieurs parties de la France, et qui la troubloient par leurs violences et leurs désordres. Tels étoient encore ces _Pénitents bleus_, qui, du temps de la Ligue, se rassemblèrent à Bourges, par un esprit de révolte contre l'autorité royale. Mais la plus remarquable est celle qui s'établit à Paris en 1357, sous le titre de Notre-Dame. Étienne Marcel, prévôt des marchands, en fut le chef; et tout ce qu'il y eut de séditieux, de gens malintentionnés, s'y enrôlèrent. Ils avoient pour but de traverser, dans l'administration du royaume, Charles V, alors dauphin et régent pendant la captivité de son père. On verra par la suite tous les désordres, tous les meurtres, tous les malheurs que cette faction causa dans Paris. Charles, parvenu à la couronne après la mort du roi Jean, accorda une amnistie à ces rebelles, et en même temps cassa leur confrérie par des lettres-patentes du mois d'août 1358.

Ces pernicieuses sociétés sont heureusement rares, et depuis le règne de Henri IV, on n'en voit plus reparoître en France. Quant aux confréries d'artisans, elles avoient leurs inconvénients comme toute autre institution humaine: elles étoient quelquefois tumultueuses, et demandoient une surveillance qui parut, à certaines époques, fatiguer le gouvernement, car on les voit entièrement abolies sous François Ier, rétablies ensuite et abolies de nouveau sous Charles IX; enfin, sous Louis XIV, il fut expressément défendu d'en former aucune sans la permission particulière du roi. De telles variations dans leur existence prouvent toutefois qu'on en sentoit aussi les avantages; et ces avantages, fort au-dessus des inconvénients, n'ont jamais été mieux appréciés que depuis que la révolution les a détruites; cette destruction ayant été l'une des causes les plus actives de la corruption des classes inférieures de la société.

L'HÔPITAL

DE SAINTE-CATHERINE.

En rentrant dans la rue Saint-Denis et en la remontant, on rencontroit cet hôpital, lequel étoit situé au coin de cette rue et de celle des Lombards. Son premier nom connu est celui d'_hôpital des pauvres de Sainte-Opportune_. Le nombre et la célébrité des miracles opérés par l'intercession de cette sainte, attiroient une foule de pélerins à l'église qui porte son nom; vis-à-vis on bâtit un hospice pour les recevoir: telle est l'origine de cet hôpital. Quant à l'époque où il fut fondé, il est impossible de la fixer. Les anciens titres ayant été perdus, le roi y suppléa par des lettres-patentes du mois de mars 1688, dans lesquelles, d'après un exposé des religieuses de cette maison, on en fait remonter l'origine jusqu'au onzième siècle, mais sans pouvoir en donner aucune preuve. Les historiens de Paris la rapportent à l'an 1184[105]. Un auteur plus moderne[106] la place dans le neuvième siècle, plusieurs à d'autres époques, sans qu'aucun fournisse la moindre autorité au soutien de son opinion. Le plus ancien titre qui fasse mention de cet édifice est une lettre de Maurice de Sully, évêque de Paris, au sujet de la donation faite par Thibauld d'une maison sise rue des Lombard, à l'hôpital des pauvres de Sainte-Opportune; cet acte, qui est de 1188, a été publié par Dubreul. Il paroît, par divers autres titres du treizième siècle[107], que cet établissement étoit alors administré par un maître et par des frères; et que dès lors il portoit le nom de _Sainte-Catherine_, la chapelle ayant été dédiée sous ce vocable[108]. En 1328 le régime avoit été changé, et il y avoit dans cette maison un maître ou proviseur, des frères et des _soeurs_. Cette union subsista jusqu'au seizième siècle; et depuis, l'administration en fut commise aux seules religieuses, sous l'inspection et l'autorité d'un supérieur ecclésiastique nommé par l'évêque; ce changement se fit, selon les uns, en 1521, selon d'autres, en 1557[109].

[Note 105: Hist. de Par., I. I, p. 207.]

[Note 106: Merc. de Fr., octob. 1755.]

[Note 107: Ces titres sont différentes bulles d'Honoré III, du 17 janvier 1222; de Grégoire IX, du 23 mai 1231, etc.]

[Note 108: On trouve cependant des actes postérieurs qui lui donnent son ancien titre. Lebeuf, t. Ier, p. 319 et 322.]

[Note 109: Hist. de Par. t. I, p. 207. _Hist. eccles. Par._, t. I, p. 147. Le Maire, t. III, p. 185.]

Les religieuses de cet hôpital suivoient la règle de saint Augustin. Leurs principales fonctions étoient de loger et de nourrir les femmes ou filles qui cherchoient à entrer en condition; elles leur donnoient l'hospitalité, et le nombre de ces pauvres femmes se montoit ordinairement à quatre-vingt-dix. Elles recevoient aussi les personnes qui arrivoient de la province pour des procès ou affaires particulières, et qui n'avoient pas le moyen de se procurer un asile; enfin elles se chargeoient de faire enterrer au cimetière des Saints-Innocents les personnes noyées ou mortes dans les rues de Paris et dans les prisons[110]. Les statuts d'Eustache du Bellay avoient d'abord fixé le nombre de ces religieuses à neuf; mais la sage administration de leurs revenus leur ayant permis d'augmenter leurs bâtiments, leur communauté se trouvoit, dans les derniers temps, composée de trente soeurs, religieuses ou novices.

[Note 110: C'étoient là ces êtres inutiles et dangereux, fardeau de la société, que l'on a chassés de leurs maisons, que l'on a voués à toutes les misères, à tous les opprobres, sans pouvoir vaincre leur constance ni lasser leur résignation.]

Dans ces bâtiments, elles avoient obtenu de comprendre une rue ou ruelle, qui passoit à côté de la principale porte de leur maison, et qui paroît avoir communiqué de la rue Saint-Denis dans celle de la Vieille-Monnoie. Jaillot pense que c'est celle dont il est fait mention dans le _Nécrologe_ de l'église de Paris, sous le nom de ruelle de _Garnier-Maufet_.

Sur la porte extérieure de cet hôpital étoit une statue de sainte Catherine, faite, en 1704, par Thomas _Renaudin_, sculpteur de l'académie royale[111].

[Note 111: Cet hospice est devenu le magasin d'un marchand d'étoffes, qui a pour enseigne l'image de sainte Catherine.]

SAINT-JOSSE.

Cette petite église paroissiale s'élevoit au coin des rues Aubry-le-Boucher et Quinquempoix.

Des traditions et des légendes apocryphes, adoptées par quelques historiens de Paris, en font remonter l'origine jusqu'au septième siècle; les uns prétendent que c'étoit un hôpital dès le temps que saint Fiacre vint à Paris, vers l'an 620, et que ce saint y avoit logé; d'autres ajoutent que ce même lieu servoit aussi d'habitation à saint Josse, fils d'un roi de la petite Bretagne, dans les différents voyages qu'il fit dans cette ville. Toutes ces assertions manquent de preuves suffisantes. Il ne reste aucun titre qui prouve qu'il y eût, au septième siècle, des hôpitaux dans la partie de Paris appelée la _Ville_. Les actes les moins suspects de la vie de saint Josse ne parlent que d'un seul voyage de ce saint à Paris, où il paroît qu'il ne fit que passer; et l'on ne voit point que saint _Fèfre_, ou Fiacre, y ait demeuré, ni même qu'il y soit venu. Sans perdre du temps à lever des difficultés si peu importantes, et à rapporter les conjectures des divers auteurs, il nous suffira de dire que la chapelle Saint-Josse n'a pu exister avant le neuvième siècle, puisque le culte de ce saint n'a été établi que depuis ce temps, et que le titre qui l'érige en paroisse est du mois d'avril 1260. Dans ce titre, il n'y est point dit qu'il y eût jamais eu un hôpital en cet endroit; et elle y est représentée comme une petite église nouvellement construite, _de novo fundata_.

Ce fut à l'occasion des nouveaux murs élevés par Philippe-Auguste que la destination de cette chapelle fut changée. Elle venoit d'être renfermée dans la ville, et les paroissiens de l'église Saint-Laurent, dont le territoire s'étendoit jusque là, représentèrent la nécessité de l'ériger en succursale, ou en paroisse. Ils alléguoient l'éloignement de Saint-Laurent (_propter intolerabilem distantiam_), et la difficulté d'administrer la nuit et à une telle distance les sacrements aux malades et aux mourants. Ces motifs parurent devoir l'emporter sur l'intérêt personnel du curé de Saint-Laurent, qui s'opposoit à leur juste demande; et les obstacles qu'il avoit fait naître furent levés, moyennant un accord stipulé par des arbitres que l'évêque avoit nommés à cet effet. Il fut convenu que, du consentement du prieur de Saint-Martin-des-Champs, qui nommoit à la cure de Saint-Laurent, et du curé de cette dernière église, la chapelle Saint-Josse seroit déclarée paroissiale, moyennant certaines redevances envers les deux parties intéressées, et qu'elle auroit pour paroissiens tous ceux qui, dans la nouvelle enceinte, étoient auparavant de la paroisse Saint-Laurent.

Le chevet de cette chapelle étoit autrefois tourné vers l'orient: lorsqu'on la reconstruisit, en 1679, l'autel fut placé au nord, contre l'ancien usage, et il resta dans cette position jusqu'à la destruction de l'église. C'étoit un bâtiment très-petit et de forme carrée; le portail avoit été élevé, jusqu'à la première corniche, sur les dessins d'un habile architecte de ce temps, nommé _Gabriel le Duc_; mais on ne les suivit point pour le reste de l'édifice, que l'on fit moins long et moins haut qu'il ne l'avoit projeté.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-JOSSE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une présentation au temple, par un inconnu.

Un saint Sébastien, par _Martin Fréminet_: ce tableau étoit estimé des connoisseurs[112].

[Note 112: Martin Fréminet vivoit sous Henri IV et Louis XIII. C'étoit un imitateur de Michel-Ange, dont il avoit pris tous les défauts et saisi quelques beautés.]

Cette paroisse étoit extrêmement circonscrite: les maisons de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Quinquempoix, qui touchoit à l'église, n'en faisoient point partie. Son territoire comprenoit un carré formé par l'autre côté de ces deux rues et par la rue Saint-Martin, plus trois maisons de la même rue, à commencer par celle qui fait l'angle gauche de la rue des Ménétriers; et enfin, douze ou treize maisons qui sont à la gauche dans cette dernière rue, en y entrant par la rue Saint-Martin; ce qui formoit en tout vingt-neuf maisons[113].

[Note 113: Lebeuf, tome II, page 489. Il ne reste plus maintenant aucun vestige de cette église, dont la place est occupée par une maison particulière.]

LE CHAPITRE

DU SAINT-SÉPULCRE.

C'étoit dans la rue Saint-Denis, au-dessus du marché des Innocents, et après la rue Aubry-le-Boucher, qu'étoit située cette ancienne communauté; elle a été entièrement détruite dès les commencements de la révolution, et remplacée en partie par un bâtiment connu sous le nom de _cour Batave_.

Le mauvais succès des croisades avoit ralenti par degré le zèle qui les avoit fait naître; cependant il n'étoit point encore entièrement éteint sous le règne de Charles-le-Bel. L'ardeur des sentiments religieux étoit encore dans toute sa force; et dans cette ferveur de christianisme qui animoit, soutenoit et tendoit sans cesse à perfectionner la société, les hommes de bien étoient préparés à tous les grands dévouements, ceux qui avoient commis des crimes, à toutes les grandes expiations.

Au milieu de cette disposition des esprits, le pape Jean XXII crut pouvoir solliciter, en 1324, une nouvelle croisade, dont certaines circonstances empêchèrent ensuite l'exécution. Cependant, sur la première demande qu'il en avoit faite, plusieurs avoient pris la croix et se préparoient déjà à passer la mer. Ces nouveaux croisés, réunis par le même voeu et par les mêmes intentions, cherchèrent un lieu où ils pussent s'assembler et prendre des mesures convenables pour leur voyage; et, en attendant le moment favorable pour l'exécution de ce pieux dessein, ils formèrent une espèce de société, ou confrérie, à laquelle se faisoient agréger tous ceux qui étoient animés du même zèle et vouloient partager les mêmes travaux.

Louis de Bourbon, comte de Clermont, qui favorisoit leur projet, leur donna, en 1325, une somme de deux cents livres parisis, pour acheter un emplacement où ils pussent faire bâtir une église; et sa prévoyance s'étendant même jusque sur l'avenir, il voulut qu'ils y joignissent un hôpital pour les pélerins qui passeroient à Paris, en allant au Saint-Sépulcre, ou en revenant de ce pélerinage. La place fut achetée; la première pierre de l'église fut posée le 18 mai 1326[114], et le vendredi devant Noël de l'année suivante, on y chanta la première messe: ce qui fut constaté par une inscription qu'on voyoit sur le portail.

[Note 114: Archiv. du Saint-Sépulcre, inv., p. 255.]

La construction de cet édifice fit naître diverses contestations. L'évêque, le chapitre de Notre-Dame et celui de Saint-Méri, sur la censive desquels il se trouvoit, prétendirent respectivement qu'il étoit dans leur dépendance; et d'un autre côté, plusieurs curés de Paris, pour la conservation de leurs droits curiaux, s'opposoient aux enterrements qu'on vouloit y faire. On mit fin à ces différends, en donnant la juridiction de l'église au chapitre de Notre-Dame, et les curés obtinrent que les corps de ceux qui voudroient être enterrés au Saint-Sépulcre, seroient d'abord portés à leur paroisse[115]; par le même accord, il fut convenu que le chapitre disposeroit, alternativement avec les confrères, des prébendes, qui n'étoient alors qu'au nombre de trois, dotées chacune de 40 livres de rente; conservant d'ailleurs tous les droits de juridiction, visite, correction sur les chanoineries, prébendes et chapelles que les confrères pourroient fonder par la suite. Il se réserva en outre la justice sur l'église et sur le territoire de l'hôpital que l'on projetoit de construire, territoire dont l'étendue fut fixée à un arpent et la centième partie d'un arpent.

[Note 115: Part. I., fol. 154.--Cart. épisc., fol. 323.]

Cependant cet hôpital ne fut point bâti, parce que ces premiers croisés ne réussirent point à faire partager le zèle qui les dévoroit à un assez grand nombre de prosélytes, et que l'on commençoit à se dégoûter de ces entreprises lointaines, et qui, jusqu'à ce moment, avoient eu si peu de succès. Alors on imagina de fonder de nouveaux bénéfices avec les revenus qu'avoient produits la piété et la libéralité des confrères, dont le nombre montoit, en 1338, à plus de mille. Plusieurs de ces bénéfices furent érigés en canonicats par le chapitre de Notre-Dame. En 1551 on y comptoit seize chanoines et dix-sept chapelains.

Le vain titre d'hôpital fut cependant préjudiciable à cette communauté: car il parut suffisant pour la faire comprendre dans le nombre des maisons de ce genre qui furent réunies par l'édit de 1672[116] aux ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare; et ce n'est qu'en 1693 que les choses furent remises sur l'ancien pied, par un édit nouveau qui annuloit le premier. À cette époque les chanoines obtinrent, par un autre arrêt, l'exclusion des confrères et la régie des biens dont ils jouissoient. En cela il ne leur fut donné que ce qu'il étoit juste qu'on leur accordât; car il leur fut facile de prouver qu'il n'y avoit jamais eu d'hôpital au Saint-Sépulcre, que toutes leurs possessions leur avoient été concédées pour fondations de chapelles et de services; et par conséquent qu'il étoit inutile que les confrères en eussent l'administration. Ils firent voir d'ailleurs qu'un article des statuts de 1329 leur accordoit déjà la régie de ces biens.

[Note 116: Cet édit avoit été obtenu par le marquis de Louvois, qui étoit alors vicaire général de ces deux ordres.]