Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 39

Chapter 393,688 wordsPublic domain

_Rue des Moulins._ Elle donne, d'un bout, à l'extrémité de la rue l'Évêque, de l'autre dans la rue Thérèse, et doit son nom à deux Moulins situés sur la butte Saint-Roch, auxquels elle conduisoit, et qu'on a détruits lorsqu'après avoir aplani cette butte on a couvert de maisons l'espace qu'elle occupoit. Cette rue existoit dès 1624[634].

[Note 634: Arch. de l'archev.]

_Rue des Mulets._ Elle traverse de la rue d'Argenteuil dans celle des Moineaux. Le voisinage des moulins pourroit bien lui avoir fait donner le nom qu'elle porte, à cause des mulets qui portoient le blé et rapportoient la farine; elle est indiquée dans le censier de l'archevêché, de 1663.

_Rue Saint-Nicaise._ Elle va de la rue Saint-Honoré dans celle des Orties, et occupe l'emplacement du rempart de l'enceinte de Charles V. Elle doit son nom à une chapelle de Saint-Nicaise qui servoit à l'usage de l'hôpital des Quinze-Vingts vers le milieu du 15e siècle[635].

[Note 635: La galerie neuve des Tuileries traverse le terrain sur lequel cette partie de la rue étoit située.]

_Rue de l'Oratoire._ Elle est située vis-à-vis la rue de Mouceaux. C'étoit un chemin sans nom avant 1789.

1re _Rue des Orties_. Elle régnoit le long des galeries du Louvre; elle a porté en 1603 le nom de _Saint-Nicolas-du-Louvre_, en 1622 celui de _rue des Galeries_[636]. On appeloit aussi cet endroit le rempart du Louvre. Jaillot dit que c'étoit anciennement un mur qui régnoit le long du quai, et qui pouvoit être garni d'orties, d'où cette rue ainsi que la suivante auront reçu leur nom[637].

[Note 636: Arch. de l'archev.]

[Note 637: Quelques auteurs font terminer cette rue au second guichet, et, depuis cet endroit jusqu'à la cour des Tuileries, l'appellent rue _de la Monnoie_, _de la Monnoie-du-Louvre_ et _de la Petite-Monnoie_. Elle a été détruite.]

2e _Rue des Orties_. Elle va de la rue Sainte-Anne à celle d'Argenteuil. Cette rue se trouve mentionnée sous ce nom dans le censier de l'archevêché, de 1623.

_Rue de la Pépinière._ Cette rue, qui se prolonge le long de l'espace qu'occupoit, avant la révolution, la pépinière du roi, n'a pris le nom qu'elle porte que depuis 1780. Avant cette époque, c'étoit un chemin sans nom. Elle donne, d'un côté, dans la rue de Courcelles, de l'autre, dans celle des Porcherons, située hors du quartier[638].

[Note 638: Il y a une caserne d'infanterie dans cette rue.]

_Rue de Poitiers._ Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, aboutit d'un côté dans la rue Neuve-de-Berri, de l'autre dans celle d'Angoulême.

_Rue du Pont._ Cette petite ruelle est située entre la grande rue de Chaillot et la rue Basse du même nom.

_Rue de Ponthieu._ Cette rue, percée en même temps que la rue Poitiers, est située dans la même direction, mais plus près de l'avenue de Neuilly; elle communique également dans les rues Neuve-de-Berri et d'Angoulême.

_Rue Quatremère._ Cette rue, qui devoit son nom à une famille connue de Paris, a été aussi ouverte à travers les champs qui bornoient auparavant la rue d'Anjou. Elle fait la continuation de cette rue, et va aboutir à celle de la Pépinière[639].

[Note 639: La rue _Quatremère_ a maintenant perdu son nom, et fait suite à la rue d'Anjou.]

_Rue du Rempart._ Elle va d'un bout dans la rue Saint-Honoré, de l'autre dans celle de Richelieu; elle doit son nom à une partie de l'enceinte de Charles VI sur laquelle elle est située. En 1636, elle s'appeloit rue _Champin_.

_Rue du Chemin-du-Rempart._ Elle commence au coin de la rue de Surêne, et règne le long du rempart jusqu'à l'entrée du faubourg Saint-Honoré; c'est ce qui lui en a fait donner le nom. Elle portoit anciennement celui de _Chevilly_. La partie opposée se nomme rue Basse-du-Rempart, parce qu'elle est effectivement plus basse que le boulevart[640].

[Note 640: C'est dans cette rue qu'est la principale entrée du marché Daguesseau.]

_Rue de Richelieu._ La partie de cette rue qui se trouve dans ce quartier commence à la rue Saint-Honoré et finit à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Le cardinal de Richelieu ayant fait bâtir le Palais-Royal, et abattre à cet effet les anciens murs de la clôture de Charles V, on ouvrit cette rue. Elle fut d'abord nommée _Royale_; mais, peu après, elle prit le nom de Richelieu.

_Rue Neuve-Saint-Roch._ Elle donne d'un côté dans la rue Saint-Honoré, et de l'autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs; cette rue doit son nom à l'église Saint-Roch, dont la principale entrée y étoit située avant qu'on l'eût rebâtie. Elle s'appeloit auparavant rue de _Gaillon_. _Sauval_ dit qu'on la nommoit, en 1495 la ruelle _Michaut-Riegnaut_, en 1521 _Michaut-Regnaut_, et en 1578 rue de _Gaillon_, du nom de l'hôtel qui en faisoit le coin.

_Rue du Rocher._ Elle fait suite à la rue de l'Arcade et se prolonge jusqu'à la barrière de Mouceaux. C'étoit un chemin sans nom avant 1789.

_Rue de Rohan._ Cette rue, située en face de celle de Richelieu, sur l'ancien terrain des Quinze-Vingts, communique d'un côté avec la rue Saint-Honoré, de l'autre aboutit à la rue de Chartres.

_Rue Roquépine._ La rue Roquépine a été percée en même temps que la rue d'Astorg, et donne d'un côté dans la rue Verte, de l'autre à la jonction des rues d'Anjou et Quatremère. Elle se prolongeoit autrefois jusqu'à la rue de l'Arcade: ce passage a été fermé.

_Rue du Roule._ C'est la continuation de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elle doit son nom au petit village du Roule, réuni à celui de la Ville-l'Évêque, et déclaré ensuite faubourg de Paris. Ce village a porté au treizième siècle les noms de _Rollus_ ou _Rotulus_; on le distinguoit en haut et bas Roule, et plusieurs titres font mention d'une léproserie ou maladrerie qui s'y trouvoit située, et qu'on a souvent appelée l'_Hôtel du bas Rolle_ et _Hôtel du Roule_.

_Rue Rousselet._ Cette rue, percée le long de l'emplacement de l'ancien Colysée, donne d'un côté dans les Champs-Élysées, de l'autre dans la rue du Colysée.

1re _Rue Royale_. Elle va de la rue Neuve-des-Petits-Champs dans la rue Thérèse. On l'a nommée d'abord rue Neuve-de-Richelieu. On lui donna ensuite le nom de Royale, lorsqu'on fit porter le nom de la Reine à celle dans laquelle elle aboutit.

2e _Rue Royale_. Elle va de la rue Saint-Honoré à la place Louis XV, à laquelle elle sert de principale entrée de ce côté; elle a été tracée en même temps que cette place[641].

[Note 641: Cette rue est fameuse par l'événement désastreux arrivé le 30 mai 1770, au milieu des fêtes données à l'occasion du mariage du dauphin. On venoit de tirer un feu d'artifice sur la place Louis XV; la foule des spectateurs, se portant dans la rue Royale, y rencontra une foule non moins nombreuse qui venoit du côté opposé; et de la violence de ces deux masses qui s'entre-choquoient, il résulta un tel désordre, une presse si horrible, que plus de 300 personnes restèrent mortes sur la place, sans compter un grand nombre d'autres qui moururent après, des suites de leurs blessures.]

_Rue des Saussaies._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, et de l'autre aux extrémités des rues de Surêne et de la Ville-l'Évêque. Elle a porté les noms de rue des _Carrières_, de la _Couldraie_, des _Saussaies_[642], de _Chemin de la Saussaie_[643], vraisemblablement parce qu'il y avoit dans ce terrain des carrières, des coudres et des saules. Plus anciennement elle avoit été appelée _ruelle Baudet_.

[Note 642: T. I, p. 162.]

[Note 643: Cens. de l'archev., 1665.]

_Rue de la Sourdière._ Elle va de la rue Saint-Honoré au cul-de-sac de la Corderie; elle doit son nom à M. de La Faye, sieur de la Sourdière, qui avoit sa maison dans cet endroit. Ce n'étoit, au milieu du dix-septième siècle, qu'une longue allée qui régnoit le long de cette maison et de ses jardins. On voit, par un procès-verbal de 1640, qu'il y avoit trois maisons contiguës qui passèrent au sieur _Guiet de l'Épine_; et le passage, ayant été élargi, prit le nom de _l'Épine-Guiet_, et de _Guiet-l'Épine_. Il est ainsi désigné en 1663; mais dès l'année suivante on le voit sous le nom de la _Sourdière_, qu'il a conservé.

À l'extrémité de cette rue se trouve le cul-de-sac _de la Corderie_. On l'a aussi appelé autrefois cul-de-sac _Péronnelle_, dénomination prise de son emplacement, qu'on nommoit ainsi. On y entre par la rue Neuve-Saint-Roch. C'est maintenant une rue ouverte sur le marché Saint-Honoré, et qui porte le même nom.

Le passage qui conduisoit de cette rue aux Jacobins étoit une ruelle ou cul-de-sac nommé le cul-de-sac de _Saint-Hyacinthe_, du nom d'un des saints de cet ordre.

_Rue de Surêne._ Elle aboutit à la rue des Saussaies et au boulevart. C'étoit anciennement un simple chemin qui conduisoit au village de Surêne; et le cimetière de la Magdeleine y étoit situé. C'est dans cet endroit qu'on avoit d'abord placé le marché Daguesseau.

_Rue Thérèse._ Elle va de la rue Sainte-Anne à la rue Ventadour. On l'ouvrit lorsqu'on aplanit la butte Saint-Roch; et le nom qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Marie-Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV. Il paroît cependant qu'elle ne le reçut qu'après la mort de cette princesse: car ce n'est que depuis 1692 qu'on la trouve distinguée de la rue du Hasard, et indiquée sous le nom de rue Thérèse.

_Rue Saint-Thomas-du-Louvre._ Elle aboutissoit d'un coté à la rue Saint-Honoré et à la place du Palais-Royal, de l'autre à la rue des Orties et aux galeries du Louvre. Ce nom lui vient d'une église de Saint-Thomas, située dans cette rue, et que depuis sa reconstruction on appela Saint-Louis-du-Louvre. On la nommoit anciennement la rue des Chanoines, _Strata Canonicorum_. On lui donna ensuite le nom qu'elle porte aujourd'hui, _Vicus S. Thomæ de Lupera_ en 1242; _S. Thomas de Lupara_ en 1256, et de _Lupera_ en 1288[644].

[Note 644: Cart. de Sorbonne, fol. 147.--_Cart. S. Germ. Autiss._, folio 52. La partie de cette rue qui dépassoit la place du Carrousel a été détruite.]

_Rue Traversière._ Elle est ainsi nommée parce qu'elle traverse de la rue Saint-Honoré dans celle de Richelieu. Dans quelques titres qui remontent jusqu'à 1623, elle est appelée rue _Traversante_, _de la Brasserie_ et _du Bâton Royal_.

Dans cette rue est un cul-de-sac nommé le cul-de-sac _de la Brasserie_; il doit ce nom à une maison dite de la Brasserie, qui en faisoit le coin en 1668.

_Rue de Valois._ Elle a été percée sur l'emplacement des Quinze-Vingts, et donne d'un côté dans la rue Saint-Honoré, de l'autre dans celle de Rohan.

Il y a une seconde _rue de Valois_ qui donne d'un bout dans la rue Saint-Honoré, et de l'autre se prolonge le long du Palais-Royal jusqu'au passage Radziville, où elle donne dans la rue de Beaujolois.

Une troisième _rue de Valois_, située devant le jardin de Mouceaux, aboutit d'un côté à la rue de Courcelles, et se prolonge jusqu'à la barrière qui porte aussi le nom de Mouceaux.

_Rue de Ventadour._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, et de l'autre dans la rue Thérèse. On la nommoit autrefois _rue Saint-Victor_; ensuite elle s'est prolongée jusqu'à la rue des Moineaux, et sous le nom de _Ventadour_ ou de _Lionne_, elle se continuoit en 1673 au-delà de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Elle tient le nom qu'elle porte maintenant de la famille de Ventadour.

_Petite rue Verte._ Elle donne d'un bout dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, de l'autre dans la rue Verte.

_Allée des Veuves._ Cette allée, qui termine les Champs-Élysées, donne d'un bout dans la grande allée, de l'autre sur le quai, à l'extrémité du Cours-la-Reine.

_Rue Villedo._ Elle traverse de la rue Sainte-Anne dans la rue de Richelieu; et doit son nom aux sieurs Guillaume et François _Villedo_, intendants généraux des bâtiments du roi et des ponts-et-chaussées, qui avoient, en 1667, plusieurs possessions à la butte Saint-Roch, sur lesquelles cette rue a été ouverte.

_Rue des Vignes._ Elle aboutit à la grande rue de Chaillot en entrant par l'avenue: c'étoit un chemin sans nom avant 1789.

_Rue de la Ville-l'Évêque._ Elle commence à la rue de l'Arcade, à l'ancienne extrémité de la rue de la Magdelaine, et finit à la rue des Saussaies. Son nom lui vient du territoire sur lequel elle est située, qui appartenoit à l'évêque et au chapitre de Notre-Dame, et dont plusieurs titres du treizième siècle font mention sous le même nom de _Villa Episcopi_.

PASSAGES.

Ils sont nombreux dans ce quartier et principalement autour du Palais-Royal.

_Passage Radziville._ Il est situé dans l'angle des rues de Valois et de Beaujolois, et donne à l'entrée de la rue des Bons-Enfants.

_Passages_ sans nom de la rue de Beaujolois dans la rue Neuve-des-Petits-Champs. Il y en a deux, l'un avant, l'autre après la rue Vivienne.

_Passage du café de Foi._ Il donne de la rue Montpensier dans la rue de Richelieu.

Plusieurs autres passages sans nom communiquent encore le long de la rue Montpensier à divers points de la rue de Richelieu.

_Passage Saint-Guillaume._ Il communique de la rue Traversière à la rue de Richelieu.

_Passage Saint-Roch._ Il est situé auprès de cette église et communique de la rue Saint-Honoré à la rue d'Argenteuil.

QUAIS.

_Quai des galeries du Louvre._ Il commence au premier guichet, appelé _de la rue Froi-Manteau_, et finit au bout du Pont-Royal. À l'entrée de ce quai est le port _Saint-Nicolas_, lequel a pris son nom de l'église collégiale qui en étoit voisine. C'est à ce port qu'abordoient, avant la révolution, les marchandises qui venoient des pays étrangers en remontant la Seine. C'est encore là que l'on décharge aujourd'hui les barques qui apportent les productions de la Normandie, etc. Avant la construction du nouveau pont, dit _Pont des Arts_, on passoit la rivière à cet endroit dans des bateaux.

_Quai des Tuileries_ ou _de la Conférence_. Il commence au bout du Pont-Royal, et finit à l'endroit où étoit anciennement la porte dont il a pris le nom. C'est de l'entrée de ce quai que partent, tous les jours, les galiotes de Saint-Cloud et de Sève.

_Port aux Pierres._ Il est situé vis-à-vis le Cours-la-Reine.

_Quai de la Savonnerie._ Il commence à l'extrémité du Cours-la-Reine, et finit à la barrière des Bons-Hommes. On le nomme maintenant quai _de Billy_ et _de la Conférence_.

ANTIQUITÉS ROMAINES

DÉCOUVERTES DANS LE QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.

Il a paru vraisemblable à plusieurs historiens de Paris que[645], sous la domination des Romains, la cité de Paris avoit commencé à étendre ses faubourgs sur la rive septentrionale du fleuve dont elle est entourée: à défaut de monuments historiques, des restes d'antiquités qu'on y a trouvés sur divers points et à diverses époques ont démontré jusqu'à l'évidence ce qui n'avoit d'abord été qu'une simple conjecture.

[Note 645: _Voyez_ Discours prélimin., p. xiij.]

Des débris de voies romaines, que le temps n'a point entièrement détruits, indiquent des communications établies avec plusieurs lieux environnants, tels que Clichi, Pierre-Laie, Pontoise, Saint-Denis, Pierre-Fite, etc.; et d'autres monuments qui ne peuvent exister que dans l'enceinte des villes, prouvent que cette partie septentrionale, depuis couverte de forêts et de marécages, étoit alors habitée: voici ce que l'on a découvert dans le quartier que nous venons de décrire.

_Aquéduc de Chaillot._ Cet aquéduc souterrain, dont les premières constructions étoient établies sur les hauteurs de Chaillot, et à la source des eaux minérales qui existent encore aujourd'hui dans cet endroit, traversoit l'emplacement des Champ-Élysées, et probablement celui qu'occupe aujourd'hui le jardin des Tuileries, pour venir aboutir au jardin du Palais-Royal. Les travaux que l'on faisoit en 1763 pour la formation de la place Louis XV procurèrent la découverte des canaux de conduite de cet aquéduc; et l'on découvrit en même temps à Chaillot un reste de maçonnerie antique qui avoit fait partie de ses constructions. M. le comte de Caylus a publié à ce sujet une dissertation[646].

[Note 646: Recueil d'antiq., t. II, p. 375.]

_Bassins antiques du Palais-Royal._ Ils furent découverts en 1781, lors des fouilles que l'on fit dans le jardin de ce palais pour établir les fondations de ses nouvelles galeries. Le premier, qui gisoit à trois pieds au-dessous du sol, et à l'extrémité méridionale de ce jardin, présentoit un carré de vingt pieds de dimension sur ses quatre côtés. Au même endroit furent trouvées des médailles d'Aurélien, de Dioclétien, de Posthume, de Magnence, de Crispe, de Valentinien Ier; ce qui semble indiquer une construction qui ne remonte pas au-delà du quatrième siècle.

Le second bassin, beaucoup plus vaste que le premier, et trouvé dans la partie septentrionale du même jardin, s'étendoit à cinq pieds sous terre, depuis le point de la galerie où est situé le café de Foi, jusqu'au passage de Radziville. Tous les deux étoient évidemment de construction romaine; et une circonstance assez remarquable, c'est que la direction de l'aquéduc, reconnue par M. de Caylus depuis Chaillot jusqu'à la place Louis XV, continuant d'être prolongée en ligne droite, seroit venue précisément aboutir au premier de ces deux bassins[647].

[Note 647: _Voyez_ Observ. sur quelques antiq. rom., etc., par M. _Bourignon de Saintes_.]

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

_Palais-Royal._ La cour de ce palais qui donne sur la rue Saint-Honoré et qui sert d'entrée à la partie de cet édifice qu'occupe M. le duc d'Orléans, doit être incessamment fermée au public; et à côté de cette cour il a été percé un nouveau passage formant une galerie qu'orne une colonnade d'ordonnance dorique. Ce passage, dans lequel on a pratiqué des boutiques, traverse le péristyle dont on avoit fait provisoirement, pendant quelques années, la bourse de Paris, et vient communiquer à la seconde cour que borne au nord la galerie de bois.

Au milieu du jardin, dont les deux extrémités sont ornées de tapis de verdure, s'élève une gerbe d'eau formant un jet d'environ dix-huit pieds de hauteur, qui retombe dans un grand bassin circulaire, et répand ainsi de la fraîcheur au milieu de cette promenade jusqu'alors peu agréable à cause de son extrême aridité.

_Théâtre du Vaudeville._ Ce théâtre a été élevé sur l'emplacement de l'ancien Vauxhall, vis-à-vis le Palais-Royal, et à l'entrée des rues de Chartres et de Saint-Thomas-du-Louvre qu'il borde des deux côtés. C'est un édifice qui, à l'extérieur, n'a pas d'autre apparence que celle d'une maison particulière. La salle qu'il contient est petite et n'a de même rien qui mérite d'être remarqué.

_Palais des Tuileries._ Toutes les constructions qui obstruoient la façade de ce monument, du côté de la place du Carrousel, ont été abattues; et le terrain qu'elles occupoient a été changé en une vaste cour qui s'étend jusqu'au premier guichet de la grande galerie, et que ferme une grille en fer d'un beau travail. Cette grille a trois entrées: la première au milieu et vis-à-vis l'arc de triomphe dont nous allons bientôt parler, les deux autres de chaque côté, et entre des massifs carrés en pierre formant piédestaux, qui supportent des statues colossales de Victoires, assises et entourées de divers attributs. Avant qu'on y eût placé ces statues, traitées dans le style de la décoration monumentale, les quatre chevaux de bronze antique enlevés à la ville de Venise avoient été élevés sur ces piédestaux.

_Intérieur du palais._ Cet intérieur a subi de grands changements dans sa décoration. Sous le vestibule on a pratiqué un nouvel escalier d'une belle architecture qui conduit d'un côté aux galeries supérieures de la chapelle et au théâtre, de l'autre à la salle des maréchaux. Ces diverses pièces ont subi, tant dans leur disposition que dans leur architecture, de grands et heureux changements. Les galeries au rez-de-chaussée du côté du jardin ont été décorées, sous toutes les arcades qui les composent, de statues antiques ou copiées de l'antique, représentant des personnages romains, matrones et sénateurs.

_Jardin des Tuileries._ Sans rien changer à la belle ordonnance et aux grandes masses de ce jardin, on l'a achevé dans quelques détails qui, jusqu'alors, avoient été négligés et qui en complètent la symétrie. C'est principalement du côté du pont tournant qu'ont été faits en ce genre les travaux les plus importants. L'orangerie a été abattue ainsi que les constructions qui obstruoient toute cette extrémité du jardin; et sur cet emplacement on a formé deux larges terrasses parfaitement symétriques, qui se dessinent en fer à cheval et viennent finir en pente douce des deux côtés du grand bassin. Ces deux terrasses ont été plantées d'arbres formant allées et bosquets; elles sont entourées de fossés du côté de la place Louis XV, et revêtues d'un mur solide en bossages. Chaque angle extérieur du parapet est orné d'un lion en marbre blanc.

Les deux autres terrasses dites des _Feuillans_ et _du bord de l'eau_ ont été plantées d'arbres. La première est fermée d'une grille toute semblable à celle qui termine la cour du château. Cette grille, qui s'étend depuis le pavillon Marsan jusqu'à l'extrémité du jardin, et qui forme ainsi l'un des côtés de la rue de Rivoli dans presque toute sa longueur, est soutenue de distance en distance par des piliers carrés sur lesquels on a placé des vases en marbre blanc d'une forme élégante. La terrasse du _bord de l'eau_ est ornée de belles copies en bronze de quelques-unes des statues les plus célèbres de l'antiquité, le Laocoon, l'Apollon du Belvédère, l'Hercule Télèphe, la Diane de Versailles, etc. On communique du château à cette terrasse par une galerie souterraine; ce qui en fait une promenade particulière pour les princes, et que l'on peut isoler en un instant du reste du jardin, en fermant toutes les grilles dont elle est entourée.

Enfin tous les compartiments du parterre, jusqu'alors fermés seulement par des barrières en bois, ont été entourés de balustrades de fer; et plusieurs statues nouvelles en bronze et en marbre, ou modernes ou copiées de l'antique, ont été répandues autour des bassins, à l'entrée de ce parterre et sur la lisière du bois.

_Grande galerie_ (côté du midi). À l'extérieur et dans toute la partie construite par _Métezeau_, il a été percé des arcades au nombre de vingt-huit, et établi dans le vaste rez-de-chaussée qui règne le long de ces arcades, des corps-de-garde et une orangerie. Dans toute la longueur de ce bâtiment jusqu'au pavillon de l'Infante, on a pratiqué dans le toit des jours qui éclairent la galerie intérieure où est exposée la collection des tableaux du roi, collection qui abonde en chefs-d'oeuvre de toutes les écoles, et que l'on considère comme la plus belle de l'Europe, tant par le nombre que par l'excellence des morceaux dont elle est composée. Des colonnes de marbre du plus grand prix, des bustes, des ciselures en bronze doré, forment la décoration de cette galerie magnifique. À son extrémité est le salon d'exposition des tableaux de l'école française, dont l'entrée donne sur un escalier du plus grand style. Cet escalier communique au musée des statues antiques, plus nombreux et plus varié que celui du Vatican, aussi riche peut-être en chefs-d'oeuvre du premier ordre, et qui se compose de toute la célèbre collection Borghèse, des antiques qui appartenoient anciennement au roi, et de beaucoup d'autres statues tirées de la Villa-Albani, du Vatican, et de plusieurs collections particulières. Ce musée comprend tout le rez-de-chaussée dont se composoient autrefois les appartements de la reine, ainsi que la fameuse salle du vieux Louvre dite des _Cent-Suisses_, que décorent les admirables sculptures de Jean Goujon.