Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 37

Chapter 373,601 wordsPublic domain

[Note 604: Sous Henri IV on la nommoit la maison de _Grammont_.]

Quelques années après leur établissement à Chaillot, les religieuses de la Visitation, déjà reconnues dames du lieu, obtinrent l'amortissement du château de ce village, de la maison du jardinier, jardin et bois clos de murs, avec la haute justice, sans être tenues de payer finances[605]. Ces droits leur furent accordés par lettres du mois de septembre 1656.

[Note 605: L'abbé Lebeuf ajoute: _mais seulement homme vivant et mourant pour cette haute justice_. Cette phrase, de style de jurisprudence, signifie que l'acquéreur _main-mortable_, lorsqu'il achetoit un immeuble pour lequel on ne vouloit pas qu'il jouit des avantages de la _main-morte_, étoit alors obligé de fournir un homme qui payoit les droits de mutation, et étoit censé le propriétaire de l'acquisition. À sa mort, on en substituoit un autre à l'effet de perpétuer le paiement des mêmes droits.]

Leur maison fut depuis considérablement augmentée; et dans l'année 1704 Nicolas Fremond, garde du trésor royal, et Geneviève Damond sa femme, firent rebâtir entièrement l'église[606]. Le coeur de cette dame y étoit déposé.

[Note 606: Cette église étoit d'une très-mauvaise architecture; le comble n'avoit aucune proportion avec le reste du bâtiment, ce qui produisoit un effet d'autant plus choquant, que, par sa situation, on l'apercevoit de très-loin. L'église et le couvent ont été entièrement détruits pendant la révolution; et sur le terrain adjacent on avoit commencé à élever le palais dit du _Roi de Rome_. On achève en ce moment la démolition de ces premières constructions et le nivellement de ce terrain.]

TABLEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la chapelle dite de Saint-François de Sales, un tableau de _Restout_, représentant madame de Chantal et ses religieuses en prières devant l'image de ce saint.

Dans le choeur de l'église étoient déposés le coeur de Henriette de France, reine d'Angleterre, fondatrice de cette maison; ceux de son fils, Jacques Stuart II, roi d'Angleterre, et de Louise-Marie Stuart, fille de ce prince, morte au château de Saint-Germain-en-Laye le 7 mai 1718.

MONASTÈRE

DES MINIMES DE CHAILLOT.

Ce monastère, situé à mi-côte de la montagne de Passy, à peu de distance du couvent de la Visitation, étoit hors des murs de Paris. Cependant nous croyons devoir en faire mention dans cet ouvrage, non-seulement parce qu'il dépendoit de la paroisse de Chaillot, renfermée dans la ville, mais encore parce qu'il fut la première maison qu'ait possédée en France l'ordre des Minimes, et que par conséquent son histoire se rattache à celle des religieux de cette observance, qui avoient leur habitation près de la Place-Royale.

L'ordre dont nous parlons fut institué dans la Calabre par François _Marotille_, vers l'an 1346, sous le nom d'_Ermites_ de Saint-François d'Assise. Ce saint fondateur, connu depuis lui-même sous le nom de _François de Paule_, du lieu de sa naissance, avoit voulu, par celui de _Minimes_ qu'il donna à ces religieux, leur rappeler sans cesse l'humilité dont ils devoient faire profession[607].

[Note 607: Ces religieux étoient aussi connus sous le nom de Bons-Hommes. Quelques-uns pensent que ce nom leur fut donné parce que Louis XI appeloit François de Paule le _Bon-Homme_. D'autres croient que c'étoit une dénomination commune à tous les _Ermites_. En effet, Louis VII avoit déjà fondé, en 1164, et établi dans le bois de Vincennes, un monastère de l'ordre de _Grandmont_, dont les religieux étoient vulgairement appelés _Ermites_ ou _Bons-Hommes_. Cette maison, richement dotée par les libéralités de ce prince et de plusieurs autres illustres personnages, passa, par un échange, aux Minimes du couvent de Nijon, qui y envoyèrent, en 1585, un certain nombre de religieux, lesquels prirent alors le nom de _Minimes de Vincennes_.]

Louis XI, instruit par la renommée des vertus apostoliques et de la vie édifiante de François de Paule, le fit venir en France en 1482, espérant, dans les terreurs superstitieuses qui l'agitoient à ses derniers moments, obtenir par les prières d'un si saint personnage la guérison de la maladie dont il étoit affligé. Il le reçut avec un respect qui ressembloit à une espèce de culte[608], et lui donna dans le château du Plessis-lès-Tours, où il faisoit sa résidence, un logement pour lui et pour les religieux qui l'avoient accompagné. Charles VIII honora également les Minimes de son estime et de sa protection, et leur fit bâtir à Tours un couvent, où le saint fondateur mourut le 2 avril 1507. Il fut canonisé par Léon X le Ier mai 1519.

[Note 608: En l'abordant il se jeta à ses pieds, et lui dit: _Saint homme, si vous voulez, vous pouvez me guérir_. François de Paule l'exhorta à mettre sa confiance dans la Providence divine, et promit le secours de ses prières; toutefois, malgré les vives instances du roi, il ne voulut jamais faire d'autre prière à Dieu, sinon que son adorable volonté fût accomplie. Ce saint moine, sachant ce que ce monarque attendoit de lui, avoit long-temps refusé de quitter sa solitude; il répondit au roi de Naples, dont Louis XI avoit employé la médiation, qu'il n'iroit pas trouver un prince qui commenceroit par lui demander un miracle. Enfin il fallut un ordre du pape pour le déterminer à faire un tel voyage.]

Anne de Bretagne, épouse des rois Charles VIII et Louis XII, voulant fonder un couvent de cet ordre, fit don aux disciples de Saint-François de Paule de la maison royale située à Chaillot, qu'elle tenoit de ses ancêtres les ducs de Bretagne, laquelle étoit appelée manoir de _Nijon_, ou hôtel de Bretagne[609]. Cette fondation fut faite en 1493. Peu de temps après (en 1496) elle y ajouta un hôtel contigu, contenant un enclos de sept arpents, et une chapelle sous le titre de _Notre-Dame de toutes grâces_. Enfin, voulant mettre le comble aux faveurs qu'elle leur avoit accordées, cette princesse donna les premiers fonds nécessaires pour la construction de l'église qui existoit encore avant la révolution. Cet édifice, commencé à cette époque, ne fut terminé que vers l'an 1578, sous le règne de Henri III, et dédié sous le même titre que l'ancienne chapelle.

[Note 609: _Voyez_ p. 1041.]

C'étoit un bâtiment assez grand, orné de boiseries et de pilastres ioniques. Le monastère, très-vaste et bien situé, pouvoit contenir cent religieux.

CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES MINIMES DE CHAILLOT.

TABLEAUX.

Dans l'avant-choeur, quatre tableaux de _Sébastien Bourdon_, représentant:

Le premier à droite, la Décollation de saint Jean.--Sur l'autel à côté, le baptême de N. S.--Dans la chapelle à gauche, une sainte Geneviève repoussant, avec l'aide d'un ange, le démon qui veut éteindre son cierge.--Sur le lambris qui étoit auprès, la même sainte prosternée aux pieds de saint Germain, évêque d'Auxerre, qui lui donne une médaille.

Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption.--Dans celle de Sainte-Marthe, Louis XI recevant saint François de Paule, sans nom d'auteur.--Parmi plusieurs tableaux qui se trouvoient dans la sacristie, on remarquoit une très-belle adoration des bergers, par _La Hyre_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la chapelle de la Vierge étoit le mausolée du maréchal et vice-amiral Jean d'Estrées, mort en 1707. Sur le sarcophage, terminé des deux côtés en proue de vaisseau, on voyoit un Génie appuyé sur des palmes et des trophées, et tenant un médaillon qui offroit en bas-relief le portrait du maréchal et celui de son épouse, Marie-Marguerite Morin, morte en 1714. Le coeur de cette dame étoit déposé dans le même tombeau.

Dans la chapelle de Sainte-Marthe, on voyoit le mausolée de Françoise de Veynes, ou Veyni, épouse du fameux chancelier et cardinal Antoine Duprat.

Les autres personnages remarquables enterrés dans cette église étoient:

Jean d'Alesso, petit-neveu de saint François de Paule, mort en 1572.

Marie de La Saussaye son épouse.

Magdeleine d'Alesso, femme de Pierre Chaillot, secrétaire de la chambre du roi, morte en 1583. Il y avoit dans cette église une chapelle destinée à la sépulture de cette famille.

Olivier Lefebvre, seigneur d'Ormesson et d'Eaubonne, mort en 1600.

Anne d'Alesso son épouse, morte en 1590.

François Jourdan, professeur royal en hébreu dans le dix-septième siècle[610].

[Note 610: L'église a été détruite, et le couvent changé en manufacture.]

HÔTELS.

Les quartiers neufs, où l'on pouvoit disposer plus facilement de vastes emplacements, et surtout ceux où étoient situées les maisons royales, furent bientôt couverts, comme nous l'avons dit, d'hôtels magnifiques, habités par les personnages que leur rang et leur opulence appeloient aux premières charges de l'État, et obligeoient à une grande représentation. Un nombre considérable d'habitations de ce genre s'élevèrent autour du palais des Tuileries dès son origine, et plusieurs même devinrent célèbres dans l'histoire de Paris. Nous avons rassemblé ce qui reste de traditions curieuses sur ces anciens édifices, dont plusieurs ont été détruits; et nous donnerons en même temps la nomenclature exacte, et quelquefois la description de ceux qui ont été successivement élevés jusque dans les derniers temps de la monarchie.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

_Hôtel de Rambouillet._

Dans les treizième et quatorzième siècles, les seigneurs de Rambouillet avoient déjà à Paris plusieurs hôtels qui portoient leur nom. Deux sont particulièrement connus et remarquables. Le premier, habité par leur famille jusqu'en 1606, et situé dans l'endroit même où le cardinal de Richelieu fit construire depuis le Palais-Royal, avoit sa principale porte placée précisément à l'endroit où est maintenant le grand portail de ce palais. Cet édifice, sans régularité et sans symétrie, étoit très-vaste, et s'étendoit jusqu'aux anciennes murailles de la ville.

Plusieurs personnages illustres de la famille d'Angennes de Rambouillet, cardinaux, évêques, gouverneurs de provinces, chevaliers des ordres du roi, habitèrent successivement cet hôtel, depuis la fin du quatorzième siècle jusqu'à celle du dix-septième. Il fut vendu en 1624 pour la somme de trente mille écus au cardinal de Richelieu, qui le fit abattre et entrer dans les constructions du Palais-Royal.

Le second hôtel de Rambouillet[611], situé dans la rue Saint-Thomas du Louvre, près de l'hôtel Longueville, s'étendoit de là jusqu'au jardin de l'hôpital des Quinze-Vingts. Cet hôtel, qui avoit été connu successivement sous les noms d'hôtel d'O, de Noirmoutiers, de Pisani, prit celui de Rambouillet, lorsque Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, qui avoit épousé mademoiselle de Vivonne, fille du marquis de Pisani, vint s'y établir après la mort de son beau-père. Il le fit depuis presque entièrement rebâtir.

[Note 611: Jaillot semble avoir confondu ces deux hôtels; du moins ce qu'il en dit est si succinct et si embrouillé, qu'il est difficile de le bien comprendre.]

L'esprit, les grâces, les connoissances variées de Catherine de Vivonne, son goût pour tout ce qui avoit rapport aux sciences et aux lettres, attirèrent dans son hôtel tous les gens d'esprit de la cour et de la ville. Il s'y forma une espèce d'académie; les poëtes, les romanciers du temps s'empressèrent de célébrer cette illustre dame et de chanter les lieux qu'elle embellissoit de sa présence. Mademoiselle Scudéry, dans son roman de _Cyrus_, donna la description exacte de l'hôtel de Rambouillet, qu'on y reconnoît sous le nom de palais de Cléonime; ailleurs il est appelé le palais d'Arthenice. Ce nom, dont Malherbe étoit l'auteur, formoit l'anagramme de celui de Catherine, nom de baptême de la marquise. Enfin, la maison de cette dame étoit si renommée dans la république des lettres, qu'elle fut long-temps appelée le Parnasse français. Ceux qui n'y étoient pas admis auroient vainement prétendu à la célébrité, et il suffisoit d'y avoir entrée pour être compté parmi les beaux esprits du temps.

La société de l'hôtel de Rambouillet ne fut pas exempte des défauts inhérents pour ainsi dire à ces sortes de réunions; elle donna dans le pédantisme et dans une ridicule affectation de bel esprit, qui passa des écrits dans le langage, travers dont Molière fit justice dans sa comédie des _Précieuses ridicules_. Néanmoins on convient généralement que cette société, en réveillant le goût des lettres, prépara les voies aux célèbres auteurs du grand siècle. Il n'est pas de notre sujet de nous étendre davantage sur les assemblées littéraires qui donnèrent tant d'éclat à cet hôtel. Nous revenons à sa description.

Cet édifice, construit en briques, étoit décoré d'embrasures, de corniches, de frises, d'architraves et de pilastres de pierre[612]. Le corps du bâtiment formoit quatre grands appartements: le plus considérable étoit occupé par la marquise, qui y recevoit sa savante compagnie dans un superbe salon, dont la tenture étoit en velours bleu rehaussé d'or et d'argent. (Il est souvent parlé de cette salle dans les oeuvres de Voiture, sous le nom de _la chambre bleue_.) Les fenêtres, dont l'ouverture prenoit depuis le plafond jusqu'en bas, laissoient jouir, sans obstacle, de l'air, de la vue et de la promenade du jardin, qui se trouvoit de niveau et contigu à cet appartement. Ce genre de croisées étoit surtout ce qui excitoit l'admiration: car, si nous en croyons Sauval, c'étoit la marquise de Rambouillet qui avoit fourni aux architectes l'idée de cet embellissement inconnu jusqu'alors; on devoit également à ses dessins la distribution aussi élégante que commode des appartements, distribution qui servit depuis de modèle à une infinité de palais et de châteaux.

[Note 612: À cette époque, la brique et la pierre étoient les seuls matériaux que l'on employât dans les grands bâtiments. C'est ainsi que furent bâtis la Place-Royale, Fontainebleau et plusieurs autres édifices publics. La rougeur de la brique, la noirceur de l'ardoise et la blancheur de la pierre formoient des nuances de couleur qui passoient alors pour très-agréables. Des édifices publics, ce genre de construction passa dans les maisons particulières; mais on se dégoûta bientôt de cette bigarrure de mauvais goût; elle fut même critiquée dès ce temps-là, et l'on trouvoit, avec quelque raison, qu'elle rendoit les maisons assez semblables à des châteaux de cartes.]

Cet hôtel passa ensuite dans la maison de Sainte Maure-Montauzier, par le mariage de Charles de Sainte-Maure, duc de Montauzier, avec la célèbre Julie d'Angennes, fille de la marquise: il fut enfin possédé par les ducs d'Uzès, dont l'un avoit épousé la fille unique et seule héritière du duc de Montauzier et de Julie d'Angennes[613].

[Note 613: Sur une partie de l'emplacement qu'occupoit cet hôtel ont été élevés le bâtiment des écuries d'Orléans et le Vauxhall d'hiver ou Panthéon. Les écuries d'Orléans ont été construites sur les dessins de M. Poyret, architecte. Cet édifice a le caractère qui lui convient. Le Vauxhall étoit une salle de danse bâtie en 1784, pour remplacer l'ancien Vauxhall de la foire Saint-Germain, que l'on venoit d'abattre. On en a fait depuis le théâtre du Vaudeville.]

_Hôtel d'Armagnac_.

Il étoit situé sur une partie du terrain qu'occupe maintenant le Palais-Royal. Nous en avons parlé à l'article de ce monument[614].

[Note 614: _Voyez_ p. 873.]

_Hôtel de Sillery_.

Cet hôtel, bâti par le commandeur Brûlart de Sillery, étoit situé sur l'emplacement de la place du Palais-Royal, et fut détruit peu de temps après la construction de ce palais[615].

[Note 615: _Voy._ p. 901.]

_Hôtel de la Petite-Bretagne_.

Cet hôtel ou _manoir_, qui avoit appartenu aux ducs de Bretagne, étoit situé sur le terrain qu'occupe actuellement la rue de _Matignon_[616]. Il fut donné, en 1428, au chapitre de Saint-Thomas-du-Louvre. En 1500, il y avoit en ce même endroit un hôtel appartenant à M. Jacques de Matignon, comte de Thorigni. Henri IV en fit depuis l'acquisition; et Louis XIII le donna en 1615 au président Jeannin, contrôleur des finances, pour y ouvrir une rue.

[Note 616: Il ne faut pas confondre cette rue de Matignon avec la prolongation de la petite rue Verte, qui a reçu depuis peu le même nom. Celle-ci étoit voisine de la rue des Orties et de celle de Saint-Thomas-du-Louvre.]

_Hôtel de Luxembourg_.

Cet hôtel avoit été bâti par M. le maréchal de Luxembourg, sur une partie de l'ancien terrain des Capucins, terrain qui lui avoit été adjugé par arrêt de la cour des Aides du 6 juillet 1673. On voit, par le contrat de vente qu'en fit M. le duc de Pinci-Luxembourg, que cet hôtel contenoit quatre maisons, cours, jardins, et trois arpents et demi qui s'étendoient jusqu'au boulevart.

_Hôtel de Vendôme_.

Nous en avons parlé en donnant la description de la place qui en a pris le nom, et qui a été élevée sur ses ruines[617].

[Note 617: _Voyez_ p. 975.]

_Prévôté de l'Hôtel_.

Cette maison, dite aussi l'hôtel du Grand-Prévôt, étoit située dans cette même rue, et vis-à-vis la tour Neuve, que l'on appeloit quelquefois, à cause de ce voisinage, tour du _Grand-Prévôt_.

Il y avoit encore dans ce quartier:

L'hôtel Chevilli, rue Basse-du-Rempart;

L'hôtel de Roquelaure, rue Saint-Nicaise.

L'hôtel de Beringhem, même rue.

Ces trois hôtels n'existent plus.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

_Hôtel de Longueville._

Cet hôtel, qui existe encore en partie, est situé de manière que l'une de ses façades donne sur la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et l'autre sur la place du Carrousel. Construit sur les dessins de Métezeau, il offre beaucoup de mauvais goût dans son architecture, et, si l'on en excepte quelques peintures assez belles de Mignard, il ne renfermoit autrefois rien de bien curieux dans son intérieur. La seule circonstance qui le rende digne de remarque, c'est qu'il a servi de demeure à plusieurs personnages illustres: il en est souvent fait mention dans les mémoires du cardinal de Rets, et dans les historiens qui nous ont transmis les événements de la minorité de Louis XIV[618].

[Note 618: Il étoit alors un des principaux rendez-vous de la Fronde.]

Cet hôtel, qui, dans le dix-septième siècle, appartenoit à M. de La Vieuville, fut acquis successivement par les ducs de Luynes, de Chevreuse, d'Épernon et de Longueville; il passa ensuite à Louis de Bourbon, comte de Soissons; et, par le mariage de sa fille, rentra depuis dans la maison de Luynes et de Chevreuse. Cette suite de princes et de grands seigneurs qui ont habité cet hôtel, et dont il a porté successivement le nom, sembloit lui promettre une destinée plus brillante que celle qu'il a éprouvée. En effet, après avoir servi pendant quelques années de remise pour les voitures de la cour, il fut vendu, en 1749, aux fermiers généraux, qui en firent le magasin et le bureau général du tabac[619].

[Note 619: Après la suppression des fermiers généraux, cet hôtel fut acheté par une société particulière de négociants, qui y continuèrent la fabrication et la vente du tabac. Il appartient, depuis quelques années, au gouvernement, qui l'a fait en partie démolir: sa démolition entière entre dans le plan des travaux qui doivent réunir le Louvre aux Tuileries.]

La maison de Chevreuse possédoit encore anciennement un hôtel dans cette même rue, en entrant du côté des galeries. On trouve qu'en 1372 il appartenoit au comte de Vendôme; il passa ensuite à M. de Chevreuse et depuis au comte de La Marche qui l'occupoit en 1399. Les terriers de l'archevêché nous apprennent que les bâtiments dont il se composoit étoient situés de l'un et de l'autre côté de la rue.

_Hôtel de l'Académie royale de musique_.

Cet hôtel étoit situé dans la partie de la rue Saint-Nicaise qui est entrée dans le plan de la galerie neuve des Tuileries. C'étoit là que logeoient le directeur, le secrétaire perpétuel et le caissier de cette académie; il y avoit dans cette maison des ateliers où se préparoient les machines et décorations de l'Opéra, et un petit théâtre où se faisoient les premières répétitions. Cet établissement a été transporté rue Bergère.

_Hôtel de Noailles_.

Cet hôtel, situé rue Saint-Honoré, fut bâti pour Henri Pussort, conseiller d'état, et oncle du fameux Colbert. Il fut ensuite acheté par Pierre-Vincent Bertin, receveur général des parties casuelles, et revendu depuis par ses héritiers à Adrien Maurice, duc de Noailles. La grande porte est décorée de deux colonnes ioniques qui soutiennent un balcon, l'attique et l'entablement. Au fond de la cour est un péristyle, composé de six colonnes d'ordre dorique et orné de quatre niches.

Dans cet hôtel, remarquable par la beauté de ses appartements, on voyoit, avant la révolution, un superbe cabinet de tableaux, dont la collection, formée par le maréchal duc de Noailles, étoit une des plus précieuses de la capitale. On y trouvoit des morceaux de toutes les écoles, et, parmi ces peintures, plusieurs chefs-d'oeuvre des plus grands maîtres.

_Hôtel de Beaujon._

Cet hôtel, situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, est un des plus remarquables de Paris, tant par son architecture que par sa magnificence et sa belle situation. Le comte d'Évreux le fit élever en 1718, sur les dessins et sous la conduite de Molet, célèbre architecte. Madame de Pompadour, l'ayant acquis, y fit faire plusieurs augmentations et embellissements, et l'occupa jusqu'à sa mort. Quelque temps après, Louis XV l'acheta du marquis de Marigni, pour en faire l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires. On changea ensuite cette destination, et cet hôtel servit au garde-meuble de la couronne, en attendant qu'on eût achevé celui qu'on lui destinoit dans un des bâtiments de la place Louis XV. Enfin il passa, en 1773, entre les mains de M. Beaujon, qui en fit sa demeure ordinaire, et dépensa des sommes énormes pour y réunir tout ce que les arts et le luxe pouvoient produire de plus rare, et de plus exquis et de plus magnifique[620].

[Note 620: Buonaparte et plusieurs personnes de sa famille ont habité cet hôtel; l'empereur de Russie y a logé en 1815. L'infortuné duc de Berry en a été le dernier habitant.]

Ces hôtels sont les plus remarquables de ce quartier; nous nous contenterons de donner la nomenclature des autres édifices de ce genre, qui y sont répandus en grand nombre, et principalement dans le faubourg Saint-Honoré.

Hôtel d'Andlau, rue des Champs-Élysées. ---- d'Armaillé, rue d'Aguesseau. ---- de Beauveau, rue des Saussayes. ---- de Beaufremont, rue d'Anjou. ---- de la Belinaye, même rue. ---- de Castellane, rue de l'Arcade. ---- de Créqui, rue d'Anjou. ---- de Charost, faub. Saint-Honoré. ---- de Contades, rue d'Anjou. ---- de Chastenaye, faubourg Saint-Honoré. ---- de Duras, rue de Duras. ---- d'Elboeuf[621], place du Carrousel. ---- de Fodoas, rue des Saussayes. ---- de la Marck, rue d'Aguesseau. ---- de Nicolaï, rue d'Anjou. ---- de Mont-Bazon, faub. St-Honoré. ---- de la Rivière, rue d'Anjou. ---- de Rouault, même rue. ---- de Ray, faub. St-Honoré. ---- de Soyecourt, rue de la Pologne. ---- de la Trimouille, même faubourg. ---- de la Vrillière, rue Saint-Florentin[622]. ---- de Villequier-d'Aumont, rue Neuve-du-Luxembourg. ---- de la Vaupalière, faubourg Saint-Honoré.