Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 33

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Jusqu'en 1730, le piédestal de cette statue équestre ne fut orné que des inscriptions données par l'académie des belles-lettres; mais à cette époque on l'enrichit de cartels et de trophées de bronze doré, sculptés par _Coustou_ le jeune, auxquels on ajouta les inscriptions suivantes:

Dans le cartel qui étoit placé du côté de la chancellerie;

_Ludovicus XV, Franciæ et Navarræ rex optimus, magni pronepos, Europæ arbiter, suscepto è Mariâ Polonâ Delphino, à præfecto et ædilibus, pro avo monumentum absolvi sivit, anno 1730._

Ce cartel étoit tenu par deux enfants, ayant pour symbole les attributs de Minerve, tels que le hibou, la branche d'olivier, le serpent, un livre, etc. Sous la corniche et sous cette inscription se groupoient des attributs convenables aux sciences et aux arts.

Sur le pilastre à droite de l'inscription étoit un trophée représentant l'Afrique; et sur le pilastre à gauche, un autre trophée représentoit l'Amérique.

À gauche de la statue, du côté opposé à la chancellerie, on avoit placé un autre cartel avec cette inscription:

_Cippum cui equestris Ludovici Magni statua imposita est splendidis ordine uno late septum ædibus restitui, et ornari curârunt præfectus et ædiles, anno 1730._

Cette inscription, ainsi que la première, étoit soutenue par deux enfants ou génies, avec pilastres, trophées, etc.

Le piédestal vis-à-vis le couvent des Feuillants offroit les armes de France, ornées de palmes et de lauriers; de l'autre côté, et vis-à-vis l'église des Capucines, on voyoit les armes de la ville de Paris, dont le vaisseau étoit posé sur la tête d'un fleuve, accompagné de roseaux, d'armes, du livre, du caducée, de la bourse de Mercure, et couronné par le chapeau de ce dieu, attributs qui désignent le commerce.

Dans les pilastres qui ornoient les angles on avoit sculpté des agrafes soutenant des chutes de festons de chêne et de laurier, qui tomboient le long de ces pilastres, comme symboles de la force et de la victoire.

Tout ce monument fut entouré d'une grille de fer dans la même année 1730[544-A].

Jusqu'en 1775, la foire d'été, dite de _Saint-Ovide_, se tenoit sur la place Vendôme. Cette foire duroit un mois: on construisoit des boutiques sur la place, et les spectacles des boulevarts étoient obligés de s'y établir.]

[Note 544-A: Sur la colonne qui a remplacé ce monument, _voyez_, à la fin de ce quartier, l'article _monuments nouveaux_.]

[Note 545: _Voyez_ pl. 68.]

LES FEUILLANS

DE LA RUE SAINT-HONORÉ.

Le monastère des Feuillans étoit situé rue Saint-Honoré, vis-à-vis la place Vendôme. C'étoit une congrégation particulière de religieux réformés de l'ordre de Cîteaux, qui avoit pris son nom de l'abbaye de _Notre-Dame des Feuillans_ dans le diocèse de Rieux, à quelques lieues de Toulouse. _Jean de la Barrière_, qui en étoit abbé commendataire en 1563, voulant consacrer le reste de ses jours à la pénitence, conçut le dessein d'y faire revivre dans toute sa rigueur l'ancienne observance de saint Benoît. En conséquence il prit l'habit religieux, fit profession dans cet ordre le 12 mai 1573, et s'occupa dès ce moment de mettre à exécution le projet de réforme qu'il avoit médité. Malgré les austérités extraordinaires qu'il pratiquoit, il eut bientôt un nombre de disciples assez considérable pour pouvoir en former une communauté, dont il fut reconnu abbé régulier en 1577, et béni comme tel dans l'église de la Dorade, à Toulouse, le 14 septembre de la même année. Cet établissement fut définitivement constitué, et la nouvelle réforme adoptée, quoiqu'elle passât en plusieurs points la sévérité de la règle primitive de Cîteaux. Les religieux devoient partager tout leur temps entre l'oraison, la psalmodie et le travail des mains; ils marchoient nu-pieds, la tête nue; dormoient tout vêtus sur des planches, et leur nourriture n'étoit que du pain le plus grossier, quelques herbes cuites ou crues et de l'eau pure. L'huile, le beurre, le poisson leur étoient interdits en tout temps, ainsi que la chair et le vin; du reste ils gardoient une solitude exacte, et un silence perpétuel.

Les merveilles qu'on publioit partout de l'abbé de _Feuillans_ et de sa nouvelle communauté excitèrent la curiosité de Henri III. Ce prince voulut voir Jean de La Barrière, et lui écrivit lui-même le 20 mai 1583, pour lui ordonner de se rendre à Paris. Le saint abbé obéit, et y arriva au mois d'août suivant. Il prêcha devant le roi, et dans plusieurs églises, avec un succès qui répondit à la haute estime que tout le monde avoit conçue de son mérite. Henri III, charmé de son éloquence et touché de sa vie édifiante, voulut le retenir auprès de sa personne, et ne lui permit de retourner à _Feuillans_ qu'à condition qu'il reviendroit dans la capitale, où il se proposoit de lui faire bâtir un monastère. Toutefois les ordres donnés à cet effet ne furent exécutés qu'en 1587. Alors Jean de La Barrière se mit une seconde fois en chemin pour Paris, accompagné de soixante-deux religieux de sa réforme. Ces pieux voyageurs partirent de Toulouse en procession, marchant deux à deux, la croix en tête, et pratiquant, pendant vingt cinq jours qu'ils mirent à faire cette longue route, tous les exercices spirituels qu'ils étoient tenus de faire dans le cloître. Ils arrivèrent le 9 juillet de la même année.

Henri III, qui étoit alors à Vincennes avec toute sa cour, envoya quelques seigneurs au-devant d'eux jusqu'à Charenton, et sortit lui-même de son château pour les recevoir. Ces religieux demeurèrent dans un prieuré de l'ordre de Grandmont, situé dans le bois de Vincennes, jusqu'au 7 du mois de septembre suivant, qu'ils en sortirent pour prendre possession de l'église et du couvent que le roi leur avoit fait bâtir au faubourg Saint-Honoré[546].

[Note 546: L'abbé Lebeuf ne s'est pas expliqué clairement, en disant, t. I, p. 124, que ces religieux furent établis en 1577. Cette époque ne peut s'appliquer qu'à l'établissement de leur réforme, puisque tous les actes attestent qu'ils ne vinrent à Paris qu'en 1587.]

Cette nouvelle congrégation fut approuvée par le pape Sixte V, et érigée en titre par sa bulle du 3 novembre 1587, sous le nom de _Congrégation de Notre-Dame de Feuillans_. Elle fut distraite de la juridiction de l'abbé de Cîteaux, par Clément VIII, le 4 septembre 1592. Peu de temps après, ce souverain pontife jugea à propos de modérer la rigueur excessive et presque incroyable de cette réforme par sa bulle du 8 novembre 1595, et la rendit ainsi supportable en la rapprochant davantage de la règle de saint Benoît[547].

[Note 547: Quatorze religieux avoient, dit-on, succombé, dans une semaine, sous la grande austérité de cette règle.]

Les monastères qui embrassèrent cette nouvelle institution s'étant considérablement multipliés, tant en Italie qu'en France, Urbain VIII crut convenable, en 1630, de diviser les Français et les Italiens en deux congrégations différentes, gouvernées chacune par un général de leur nation. Celui de France étoit abbé né de _Notre-Dame de Feuillans_, et s'élisoit tous les trois ans dans le chapitre général, lequel pouvoit le continuer encore pendant trois autres années seulement. Ce général avoit le droit de visiter les maisons de son ordre, et d'y faire plus ou moins de séjour; mais, pendant les trois années de son généralat, il étoit obligé à dix-huit mois de résidence à _Feuillans_. Cet usage s'observoit très-exactement.

Henri IV ne fut pas moins favorable à cette congrégation que l'avoit été son prédécesseur: non-seulement il la confirma dans la propriété de tout ce qui lui avoit été donné par Henri III, mais encore il déclara qu'il vouloit partager avec ce prince le titre de son fondateur, et lui accorda tous les priviléges et prérogatives dont jouissoient les maisons de fondation royale.

La maison que Henri III avoit fait bâtir pour les Feuillans étoit petite et peu commode; les libéralités de Henri IV, et les dons que ces religieux obtinrent de la piété des fidèles[548], leur fournirent bientôt les moyens de faire construire un nouvel édifice plus spacieux et plus beau. Les bâtiments, auxquels le roi mit la première pierre en 1601, furent achevés en 1608, et le 5 août de la même année l'église fut dédiée par le cardinal de Sourdis, sous l'invocation de saint Bernard.

[Note 548: Ces dons leur furent faits à l'occasion d'un jubilé; M. de Gondi, évêque de Paris, ayant indiqué, dans cette vue, une station dans leur église.]

Cependant le portail de ce dernier monument n'existoit point encore; et ce ne fut qu'en 1629, sous le règne de Louis XIII, qu'on pensa à l'exécuter. François Mansard en fut l'architecte, et ce fut, dit-on, le coup d'essai de cet homme célèbre. Ce portail, qui a joui d'une grande réputation, mérite que nous en donnions une description un peu détaillée.

Il étoit composé de deux ordres de colonnes, l'un ionique, l'autre corinthien. Les colonnes de l'avant-corps étoient isolées, et celles des extrémités engagées. L'entablement de ces ordres retournoit sur chaque accouplement, et ces retours, faits pour donner à cette décoration un caractère de légèreté, produisoient une foule de petites parties qui nuisoient à l'effet général.

L'ordre ionique étoit d'une belle exécution, riche de détails parfaitement finis, mais qui par cela même sembloient trop recherchés, lorsqu'on les comparoit avec ceux de l'ordre supérieur. Celui-ci étoit d'une proportion relative beaucoup trop courte, ayant deux modules et un tiers de moins dans sa hauteur, ce qui lui donnoit une apparence chétive et contraire à la progression[549] que l'on doit observer entre les ordres élevés les uns sur les autres. Cet ordre supérieur étoit surmonté d'un fronton circulaire sur lequel on avoit placé deux figures d'une proportion trop forte, ce qui ajoutoit encore au défaut d'harmonie qu'on remarquoit dans l'ensemble de cette décoration.

[Note 549: On ne leur donne ordinairement qu'un module de moins en hauteur.]

Deux pyramides s'élevoient de chaque côté de ce frontispice; et cet ornement bizarre, l'amortissement circulaire qu'on remarquoit au-dessus du fronton, les consoles renversées ou arcs-boutants, les cartels du dessus des portes, étoient encore des restes de la barbarie gothique. Les figures, exécutées par un sculpteur nommé Guillin, étoient de la plus grande médiocrité[550].

[Note 550: _Voyez_ pl. 67.]

On estimoit davantage la porte d'entrée du monastère, située en face de la place Vendôme. Elle avoit été construite par le même architecte, mais à une époque où son talent étoit mûri par l'étude et une longue pratique. Cette décoration, qui n'étoit composée que d'une porte carrée surmontée d'un fronton et accompagnée de quatre colonnes corinthiennes, offroit dans ses proportions la justesse et la noble simplicité qui fait le caractère de la bonne architecture. Au-dessus de cette porte à plate-bande, on voyoit un bas-relief d'une assez belle exécution, renfermé dans une table carrée. Il représentoit Henri III recevant l'abbé _Jean de La Barrière_ et ses compagnons[551]. Cette porte ne fut construite qu'en 1676.

[Note 551: La vie de ce saint abbé avoit été peinte sur verre dans le cloître de ce monastère, en peinture dite d'_apprêt_[551-A], par un peintre flamand nommé _Sempi_. On voyoit encore quelques-uns de ces tableaux au musée des Monuments français.]

[Note 551-A: La peinture d'_apprêt_ diffère de l'ancienne peinture sur verre, en ce que par celle-ci on coloroit d'une teinte uniforme la substance entière du verre mis en fusion, tandis que, dans le nouveau procédé, la couleur est appliquée avec le pinceau, et fixée sur le verre au moyen d'un feu assez fort pour l'amollir, et non pour le liquéfier entièrement. Par cette manière d'opérer, on se procure des teintes qui donnent du relief aux figures; mais aussi la couleur n'est pas, comme dans l'autre, inaltérable.]

Dans l'intérieur de la cour, et en face du frontispice dont nous venons de parler, étoit une porte en voussure et ornée de refends d'un dessin assez élégant. L'intérieur de l'église n'avoit rien de remarquable.

Le passage qui communiquoit aux Tuileries avoit été ouvert pendant la minorité de Louis XV, pour donner au jeune roi la facilité de venir à l'office à ce couvent.

CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES FEUILLANS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Assomption, par _Bunel_.

Dans le rond, deux anges, par _La Fosse_.

Sur l'autel de la sixième chapelle à droite, une Visitation, par _Michel Corneille_.

Dans la sixième chapelle à gauche, plusieurs peintures de _Simon Vouet_, entre autres le plafond représentant un saint Michel, lequel passoit pour un des chefs-d'oeuvre de ce peintre.

Dans le vestibule d'entrée, un seigneur descendant de cheval, et recevant l'habit de Feuillans, par _Loir_.

Dans le réfectoire, quatre sujets tirés de l'histoire d'Esther, par _Restout_ père.

Dans le chapitre, la Résurrection du Lazare, par _Vien_.

Dans la salle du roi, près l'église, les portraits des rois et reines de France depuis Henri III jusqu'à Louis XV inclusivement, ainsi que ceux des dauphins, fils et petits-fils de ce dernier roi.

Les chapelles, au nombre de quatorze, la nef et les diverses autres parties de l'église étoient décorées d'un grand nombre d'autres tableaux sans noms d'auteurs.

SCULPTURES.

Dans la troisième chapelle à gauche, une Vierge en bois doré, par _Sarrazin_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la première chapelle à droite on voyoit la statue en marbre de Raimond Phélippeaux, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'état sous Louis XIII, mort en 1629. Il étoit représenté à genoux devant un prie-Dieu.

La seconde étoit destinée à la sépulture de la famille Pelletier.

La troisième avoit appartenu à MM. de Vendôme.

La quatrième offroit le mausolée de Guillaume de Montholon, conseiller d'état et ambassadeur, mort en 1722; son buste et deux Vertus, dont il étoit accompagné, composoient ce mausolée.

Dans la cinquième avoient été inhumés Louis de Marillac, maréchal de France, condamné à mort et exécuté le 10 mai 1631; et Catherine de Médicis son épouse, morte de douleur pendant qu'on instruisoit le procès de son mari[552].

[Note 552: Elle étoit alliée à la famille souveraine des Médicis.]

Entre ces deux chapelles étoit le cénotaphe de Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, et d'Alphonse de Lorraine son fils, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ce monument, sculpté par _Nicolas Renard_, offroit trois figures symboliques: le Temps couché au pied d'un obélisque; une figure ailée, emblème de l'immortalité; et un génie en pleurs portant les médaillons de ces deux princes. Au-dessus de l'obélisque, un globe doré que surmontoit un aigle aux ailes éployées; un bas-relief en bronze doré et plusieurs autres accessoires ajoutoient encore à la richesse de ce monument.

Dans la première chapelle à gauche, un tombeau de marbre blanc en forme d'urne contenoit les restes mortels de Jeanne Armande de Schomberg, femme de Charles de Rohan, duc de Montbason, etc., morte en 1700.

La seconde appartenoit à la famille de Beringhem. Dans cette chapelle avoit été inhumé le maréchal d'Uxelles, ambassadeur extraordinaire au congrès d'Utrecht, ministre du conseil de régence, etc., mort en 1730.

La troisième, richement décorée, appartenoit à la famille des Rostaing, et étoit fermée d'une grille. Elle contenoit plusieurs tombeaux de ses membres les plus distingués: sous la croisée, étoient représentés à genoux Tristan de Rostaing, mort en 1591, et Charles de Rostaing son fils, mort en 1660. Une urne portée sur une colonne de marbre renfermoit le coeur d'Anne Hurault, fille du chancelier de Chiverni, femme de Charles de Rostaing, dont nous venons de parler, morte en 1635. On y voit encore les bustes de quatre autres personnages de cette maison[553].

[Note 553: Les monuments des Rostaing, de Marie de Barbezières, de Raimond Phélippeaux, des comtes d'Harcourt, et du maréchal de Marillac, avoient été déposés au musée des Petits-Augustins. Toutes ces sculptures étoient d'une grande médiocrité.]

Dans la quatrième, une figure à genoux devant un prie-Dieu offroit un portrait de Claude-Marie de l'Aubespine, femme de Médéric Barbezières, seigneur de Chemerault, morte en 1613.

Dans le choeur et dans le chapitre avoient été inhumés plusieurs généraux de l'ordre, et les PP. Jérôme et Turquois, prédicateurs estimés du dix-septième.

La bibliothèque de ce couvent pouvoit contenir environ 24,000 volumes.

LES CAPUCINS.

Au commencement du seizième siècle, plusieurs ordres religieux, institués dans les âges précédents, s'étoient plus ou moins écartés des règles prescrites par leurs saints fondateurs; et l'ordre de saint François n'avoit pas été exempt de ce relâchement. En 1525, _Mathieu de Baschi_, religieux de cette observance, fut le premier qui, non content de pratiquer sa règle dans toute son austérité, crut devoir entreprendre d'y ramener ses confrères par ses exhortations et ses exemples. Ses soins et son zèle ne furent pas sans succès; et il parvint bientôt à rassembler auprès de lui quelques imitateurs de sa pauvreté et de sa pénitence. Pour se distinguer de leurs anciens confrères, ces nouveaux religieux prirent un habit particulier[554]: c'étoit une longue robe de bure surmontée d'un capuce, ou capuchon pointu, qui fit donner le nom de _capucins_ à ceux qui embrassèrent cette nouvelle réforme. Ils portoient aussi une longue barbe, marchoient nu-pieds et ne vivoient que d'aumônes. Cependant cet institut ne prit une forme régulière qu'en 1529, époque à laquelle le chapitre fut assemblé pour la première fois. On y fit des constitutions[555] qui furent approuvées, ainsi que l'ordre, par une bulle de Paul III, du 25 août 1536. Alors ces religieux furent adoptés et reconnus par l'Église entière, sous le nom de _frères mineurs capucins_, et leur nombre s'accrut assez rapidement. Mais ils n'obtinrent point, dans ces premiers temps, la permission de s'étendre au-delà de l'Italie; et le cardinal Charles de Lorraine, qui avoit connu des capucins au concile de Trente, et qui en avoit fait venir quatre qu'il logea dans son parc de Meudon, fut obligé de solliciter une bulle pour autoriser leur établissement en France. Tels furent, dans ce royaume, les foibles commencements de cet ordre fameux.

[Note 554: Il leur fallut pour cela une permission du pape, qui leur fut accordée par une bulle du 13 juillet 1528.]

[Note 555: Par ces constitutions il leur fut accordé un vicaire-général; mais en 1619 Paul V lui donna le titre de _général_, et le rendit indépendant de celui des frères mineurs.]

Quelques historiens pensent qu'après la mort du cardinal, décédé le 26 décembre 1574, ces religieux s'en retournèrent en Italie[556]. Quoi qu'il en soit, il paroît certain que les vues de ce prélat pour l'établissement des capucins en France furent remplies avant sa mort: car nous voyons que, dès 1572, le père Pierre Deschamps, cordelier françois, ayant embrassé cette réforme, le désir de mener une vie plus régulière lui procura bientôt quelques compagnons qui se logèrent avec lui à Picpus[557]. Il eut alors recours au pape Grégoire XIII, qui, par sa bulle du 10 mai 1574, lui permit d'établir en France l'ordre des frères mineurs capucins, permission qui déjà lui avoit été accordée par Charles IX[558].

[Note 556: Hist. de Par., t. II, p. 1132.]

[Note 557: L'abbé Lebeuf recule l'établissement des Capucins jusqu'en 1515. Cette date manque d'exactitude sous tous les rapports, puisqu'ils ne furent établis en Italie qu'en 1525, et en France en 1574.--Sauval n'est pas plus exact lorsqu'il dit que leur première maison fut fondée et bâtie à Meudon en 1585, par le cardinal de Lorraine (mort en 1574); que quelques-uns furent installés en même temps à Picpus, ce qui arriva en 1572; enfin que Henri III leur fit bâtir, vers l'an 1603, leur couvent près les Tuileries, tandis que ce prince est mort à Saint-Cloud en 1589.]

[Note 558: Les registres du parlement, au 11 juillet 1574, nous apprennent que onze de ces religieux assistèrent au convoi de Charles IX, décédé le 30 mai précédent.]

Pour consolider cet établissement, le général de l'ordre envoya en France un commissaire général, avec douze religieux. Catherine de Médicis se déclara sur-le-champ protectrice de cette nouvelle communauté, et lui fit obtenir un emplacement pour bâtir une église et un couvent, don qui fut confirmé par lettres-patentes du mois de juillet 1576, enregistrées le 6 septembre suivant. Ainsi les capucins s'établirent cette année même au lieu qu'ils ont occupé jusqu'au moment de la révolution. Henri IV et ses successeurs, animés du même esprit, ne cessèrent point d'accorder une protection toute particulière à ces nouveaux enfants de saint François, qui, en 1789, comptoient en France plus de trois cents couvents de leur ordre.

Les bâtiments réguliers des capucins de la rue Saint-Honoré étoient moins simples que ceux des autres couvents du même ordre[559], et d'ailleurs si vastes qu'ils pouvoient contenir une communauté de 150 religieux. On leur avoit accordé cette grande étendue de terrain, parce que, lors de leur établissement, il n'y avoit aucune raison de le ménager dans un lieu qui étoit encore peu habité et hors de la ville. Ces bâtiments furent renouvelés en 1722. En 1731 ces pères firent rebâtir le portail et le mur du cloître, qui suivoient l'alignement de la rue Saint-Honoré; le choeur de leur église fut également reconstruit en 1735. C'est surtout dans ces dernières constructions qu'ils se sont un peu écartés de la simplicité uniforme constamment adoptée dans tous les couvents de leur ordre.

[Note 559: Il faut toutefois en excepter le nouveau couvent de la Chaussée-d'Antin, dont nous ne tarderons pas à parler.]

Jaillot a trouvé, dans un mémoire manuscrit, que cette église, qui, dans le principe, n'étoit qu'une simple chapelle, avoit été dédiée le 28 novembre 1575. Elle fut sans doute rebâtie peu de temps après; car on a un autre acte de dédicace, daté de 1583, lequel est, de même que le premier, sous le titre de l'_Assomption de la Vierge_. Ce bâtiment n'étant pas assez vaste, et l'ordre prenant de jour en jour plus de consistance, on jeta les fondements de l'église qui a subsisté jusqu'à l'époque de la révolution. Commencée en 1603, elle fut finie en 1610, et dédiée le 1er novembre de la même année; l'architecture en étoit médiocre.