Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 25

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On a couronné de balustrades toutes les parties de toiture qui en manquoient, et terminé tous les ornements non achevés, chapiteaux, frises, moulures, etc. Le monument a été regratté en entier, et les statues de Jean Goujon ont seules été exceptées de cette opération; tous les vestibules ont reçu leurs derniers ragréments, et dans celui de la grand façade on a trouvé le moyen de placer très-convenablement deux bas-reliefs enlevés des cintres de l'attique démoli dans l'angle sud-est, bâti par Pierre Lescot. Enfin les frontons des pavillons des deux faces latérales et celui de la colonnade ont été ornés de bas-reliefs d'une grande dimension.--_Fronton de la Colonnade_. Au dessus du cintre, une victoire, les ailes éployées, les bras étendus et tenant de chaque main une couronne de laurier; elle est montée sur un char attelé de quatre chevaux, et accompagnée de deux enfants qui portent des palmes.--Dans le fronton les sciences, les arts, Minerve, la Victoire, forment un groupe de quatorze figures qui entourent le buste de Louis XIV; et l'histoire écrit sur le piédestal qui le supporte, _Ludovico magno_[423].--Ces deux morceaux de sculpture du plus grand style et d'une très-belle exécution sont, le premier de M. Cartelier, le second de M. Lemot.--_Fronton intérieur de la façade du bord de l'eau._ Minerve debout sur un trône et entourée des figures allégoriques des sciences et des arts.--_Façade extérieure du même côté._ Dans le cintre au-dessus de la croisée, deux enfants dont l'un tient une épée et une branche de palmier, l'autre une lyre et une branche de laurier; à leurs pieds sont les attributs de la guerre et des arts; sur la clef de l'arcade est figuré un casque que deux femmes ailées couronnent[424]. Dans le fronton, et de chaque côté des armes de France qui en font le milieu, deux femmes assises offrent encore, et dans leur action et dans les accessoires qui les environnent, des images allégoriques des sciences et des arts.--_Fronton intérieur de la façade, côté de la rue du Coq._ Minerve, un génie ailé, Cybèle, Mercure; autres emblèmes des sciences, des arts, de l'agriculture, du commerce, etc.--_Fronton extérieur du même côté._ Des figures allégoriques de la guerre avec tous les attributs qui la caractérisent, canons, boulets, baïonnettes, drapeaux, trophées, etc.--_Fronton extérieur du Vieux Louvre._ Les armes de France entourées de trophées.

[Note 423: Une des plus grandes effronteries de Buonaparte avoit été de faire mettre son buste au milieu de tout ce magnifique appareil, honneur insigne qu'il jugeoit lui être dû, pour avoir fait _regratter_ cette belle colonnade.]

[Note 424: À la place de ce casque étoit encore un portrait de Buonaparte.]

Toutes ces sculptures, exécutées par nos meilleurs artistes, sont d'un très-beau style, d'une composition heureuse, d'une bonne exécution, et forment un contraste frappant et singulier avec celles qui ornent le fronton intérieur de la colonnade, et qui ont été exécutées sous Louis XV. Elles offrent un coq au milieu d'une gloire qu'accompagnent deux figures; et ce bas-relief semble avoir été laissé là comme un témoignage de l'inconcevable dégradation où étoient parvenus les arts du dessin vers la fin du dix-huitième siècle. La porte par laquelle on entre sous le vestibule de cette façade est en bronze; les panneaux en sont à jour, enrichis d'ornements composés par M. Percier, et d'une pureté de style, d'une élégance de forme, d'une délicatesse de travail qui ne laissent rien à désirer.

Tels sont les travaux qui achèvent complétement à l'extérieur le palais du Louvre. Les distributions intérieures ne sont encore entièrement achevées que dans une partie du rez-de-chaussée, et dans le corps de bâtiment dont se compose la façade du bord de l'eau. C'est dans les salles de ce bâtiment que se fait tous les deux ans l'exposition des produits de l'industrie françoise.

_Jardin de l'Infante._ On a détruit ce jardin, planté au commencement du dix-huitième siècle, sur l'espace qui s'étend depuis le bâtiment en retour par lequel se lie le Louvre à la galerie, jusqu'au milieu de la façade du bord de l'eau; c'est-à-dire que les arbres en ont été abattus, pour être remplacés par des arbustes et des compartiments en gazon. Une grille semi-circulaire en fer entoure tout cet espace; et une seconde grille toute semblable renferme, de l'autre côté de la façade, une portion égale de terrain.

_Fontaine de la place de l'École._ Cette fontaine se compose d'un piédestal carré, offrant quatre têtes de lions qui vomissent de l'eau dans un bassin circulaire. Au-dessus s'élève un vase à deux anses terminées en têtes de panthères, et sur lequel sont sculptés des Tritons en bas-relief. Cette fontaine, d'un style simple et élégant, reçoit de l'eau de la pompe Notre-Dame.

_Pont-des-Arts._ Il a été construit pour établir une communication nouvelle avec le faubourg Saint-Germain, communication dont la nécessité étoit grande et depuis long-temps sentie. Ce pont est placé entre le Louvre et le collége des Quatre-Nations.

Il repose sur des piles de pierres très-minces qui lui donnent l'apparence d'une grande légèreté, et se compose de neuf arches, formées chacune par cinq arceaux que lient entre eux des arceaux plus petits et des traverses, le tout en fer fondu. Sur cet appareil on a établi un plancher en bois, élevé de plusieurs degrés au dessus du sol, mais qui s'étend en droite ligne de l'une à l'autre rive. De distance en distance sont placés des candélabres aussi en fonte de fer, d'une forme élégante, qui supportent des lanternes destinées à éclairer le pont pendant la nuit. On paye cinq centimes pour y passer; et ce péage appartient pour un certain nombre d'années à une association particulière, qui a fait construire ce pont et qui l'a obtenu pour le prix de son entreprise.

RUES ET PLACES NOUVELLES.

_Place du Louvre_ (côté de la colonnade). La rue du Petit-Bourbon a perdu son nom et fait maintenant partie de cette place.

_Place de l'Oratoire._ Cette place a été formée au côté nord du Louvre, pour en isoler la façade qui règne dans toute cette partie. À cet effet, et pour obtenir l'alignement de cette place, on a détruit une partie du jardin d'Angeviller, les maisons qui l'avoisinoient et une partie de celles des rues du Chantre et Champ-Fleury.

_Place du Vieux-Louvre._ On a démoli, de ce côté, toutes les baraques qui obstruoient l'entrée du Louvre, partie de la rue Saint-Thomas, l'église Saint-Thomas du Louvre, et la plus grande partie des maisons qui séparoient cette place de celle du Carrousel; de manière qu'il ne reste plus que quelques groupes de ces maisons du côté de l'ancienne galerie, et que le château des Tuileries, auquel on communique de cette place par une large rue, est presque entièrement à découvert. Du côté du nord, on a commencé des constructions parallèles à celles du côté opposé, et qui doivent aboutir à la nouvelle galerie également commencée du côté des Tuileries et déjà prolongée jusqu'à la rue de Rohan. Ces constructions, qui font face à l'entrée du Musée et qui leur sont entièrement symétriques, sont destinées, dit-on, à former une église. Pour les élever, on a abattu les maisons qui composoient la rue de Beauvais et quelques maisons environnantes.

QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.

Ce quartier est borné, à l'orient, par les rues Froi-Manteau et des Bons-Enfants exclusivement; au septentrion, par la rue Neuve-des-Petits-Champs aussi exclusivement; à l'occident, par les extrémités des faubourgs Saint-Honoré et du Roule inclusivement; et au midi par les quais, depuis le premier guichet du côté de la place de l'École, aussi inclusivement.

On y comptoit, en 1789, soixante-quatorze rues, quatre culs-de-sacs, trois places, deux palais, deux théâtres, un hospice, un chapitre, quatre églises paroissiales, deux couvents d'hommes, trois couvents et une communauté de filles.

Le quartier de Paris que nous allons décrire est un des plus riches en monuments, et celui peut-être qui a subi les plus grandes révolutions. On a vu que, sous Philippe-Auguste, le Louvre et les édifices qui l'environnoient étoient encore hors des murs de cette capitale. Les choses étant restées en cet état jusqu'au règne de Charles V, il s'éleva pendant cet intervalle des édifices nouveaux sur la partie de la _culture l'évêque_ qui étoit aux environs de l'église Saint-Honoré. Les vides qui existoient encore dans le bourg Saint-Germain-l'Auxerrois et dans la terre de Champeaux[425] se remplirent insensiblement; on bâtit également des maisons sur les autres cultures qui jusque là étoient restées inhabitées, soit au-dedans des murs, soit dans les environs: ces dernières constructions commençoient toujours par une rue qui prenoit naissance à chaque porte de la ville, et se terminoit ensuite en pleine campagne. Bientôt d'autres rues traversoient celle-ci, et il se formoit en peu de temps un nouveau faubourg.

[Note 425: Le quartier des Halles.]

La clôture faite par Charles V ayant renfermé, du côté de _la ville_, tous les gros bourgs qui touchoient les anciennes fortifications, il se trouva que les édifices dont le Louvre étoit environné s'étendoient déjà jusqu'à la rue Saint-Nicaise. Les murs embrassèrent donc, de ce côté, tout cet espace; et dès ce moment, c'est-à-dire vers la fin du quatorzième siècle, l'église Saint-Honoré, celles de Saint-Thomas et de Saint-Nicolas du Louvre, et l'hôpital des Quinze-Vingts furent renfermés dans la ville de Paris. Quant à cette partie, qui s'étend jusqu'à Chaillot et à la barrière du Roule, elle n'étoit encore composée que de _cultures_ dépendantes principalement de l'évêque de Paris et de Saint-Germain-l'Auxerrois.

En 1536, François Ier fit ouvrir sur les bords de la rivière, à l'extrémité de cette rue Saint-Nicaise, où finissoient les murs de la ville, une porte qui fut nommée porte Neuve.

Peu de temps après, Catherine de Médicis ayant fait bâtir, hors des murs, le château des Tuileries, il arriva ce qui étoit déjà arrivé pour le Louvre, que ses environs se couvrirent en peu de temps d'édifices, et que la rue qu'on nomme aujourd'hui _Saint-Honoré_, laquelle étoit alors le _faubourg Saint-Honoré_, se prolongea jusqu'à l'extrémité du jardin de ce château. Comme tous les environs de Paris s'accroissoient dans la même proportion sur cette rive septentrionale, on jugea nécessaire, sous Charles IX, d'en augmenter encore l'enceinte. Il fut décidé que les nouvelles murailles seroient attachées à la porte dite de la Conférence, laquelle venoit, depuis peu, d'être bâtie à l'endroit où est maintenant le pont de Louis XVI. En conséquence, le 11 juillet 1566, le roi, accompagné de la reine-mère, des princes du sang, du cardinal de Bourbon et de toute sa cour, mit la première pierre au bastion qui étoit proche de cette porte, et qui fut alors élevé pour prolonger la clôture derrière le nouveau palais.

Ces premières constructions ayant fait connoître le dessein où l'on étoit de renfermer le faubourg Saint-Honoré dans la ville, les édifices s'y multiplièrent tellement, qu'en 1578 il fallut y bâtir une succursale de Saint-Germain-l'Auxerrois. En 1581, Henri III fit commencer les nouveaux murs, et les poussa depuis le bastion de la porte de la Conférence jusqu'à l'extrémité de ce faubourg.

Cependant l'ancienne enceinte subsistoit toujours, et le projet de renfermer dans la ville cette partie de terrain située entre les faubourgs Montmartre et Saint-Honoré, projet commencé sous Charles IX, n'avoit point été achevé par ses deux successeurs Henri III et Henri IV. Il fut enfin repris sous Louis XIII en 1631. Alors l'ancienne porte Saint-Honoré, qui étoit encore près des Quinze-Vingts, fut abattue, et l'on bâtit une boucherie à sa place. La nouvelle porte fut élevée au bout du faubourg[426], à quatre cents toises ou environ de l'ancienne. On termina aussi la nouvelle clôture, laquelle, partant du bord de la rivière, alla se joindre à celle de la porte Saint-Denis, agrandissant ainsi la ville d'un sixième de sa circonférence.

[Note 426: Vis-à-vis la rue Royale, à l'endroit où commence aujourd'hui le nouveau faubourg qui porte ce même nom de faubourg Saint-Honoré.]

À peine cette clôture fut-elle achevée, que des particuliers firent bâtir de nouvelles maisons hors de la porte Saint-Honoré, et en si grande quantité, que le nouveau faubourg qui s'y forma se trouva joint au village du Roule. Cette passion de bâtir de tous côtés, et jusque dans la campagne des environs de Paris, fut même portée à un tel excès, que le roi jugea convenable d'y donner de nouveau des bornes, comme cela avoit été fait sous Henri II. Il parut donc un arrêt[427] du conseil, daté du 15 janvier 1638, par lequel les limites de la ville furent fixées. Par cette ordonnance, elles ne furent point changées du côté du quartier que nous décrivons, et vinrent encore aboutir à la porte de la Conférence. Cependant les habitants du faubourg Saint-Honoré représentèrent au roi que, ce côté étant l'abord de la province de Normandie et de plusieurs autres lieux d'un grand commerce, il étoit nécessaire d'accroître encore le faubourg, et d'y faire bâtir un nombre d'hôtelleries suffisant pour la grande quantité de voituriers et de marchands qui y affluoient tous les jours. Le roi, ayant écouté favorablement leur demande, leur accorda des lettres-patentes, du mois de mai 1639, portant permission d'unir à ce faubourg le village de la Ville-l'Évêque, lequel fut érigé en paroisse.

[Note 427: Cet arrêt avoit pour fondement six motifs qui regardoient la santé, la subsistance et la sûreté des citoyens. «Le premier, que la ville de Paris, portée à une grandeur excessive, seroit plus susceptible de mauvais air; le second, que cela rendroit le nettoiement de ses immondices beaucoup plus difficile; le troisième, que l'augmentation du nombre des habitants augmenteroit à proportion le prix des vivres et autres denrées, ouvrages et autres marchandises; le quatrième, que l'on avoit depuis couvert de bâtiments les terres qui avoient autrefois servi d'agriculture pour les légumes et les menus fruits nécessaires aux provisions de la ville: ce qui en causeroit immanquablement la disette si l'on continuoit d'y bâtir; le cinquième que les habitants des bourgs et des villages voisins, attirés par les prérogatives des faubourgs de cette capitale, venoient s'y habituer en si grand nombre, que, si cela continuoit, la campagne deviendroit déserte; le sixième enfin, que la difficulté de gouverner un si grand peuple donnoit lieu au déréglement de la police et aux meurtres, vols et larcins qui se commettoient fréquemment et impunément, de jour et de nuit, en cette ville et ses faubourgs.»

Cependant l'on bâtit encore depuis, et hors des bornes qui avoient été plantées en 1638; ce qui provoqua, en 1672, un nouvel arrêt, qui ordonnoit qu'il seroit planté de nouvelles bornes aux extrémités des faubourgs pour en marquer l'enceinte, et faisoit de très-expresses défenses de les passer à l'avenir par aucun bâtiment. (DELAMARE.)]

En 1671, sous le règne de Louis XIV, les fortifications de Paris furent abattues de ce côté, depuis la porte Saint-Denis jusqu'à celle Saint-Honoré; alors les nouveaux faubourgs firent partie de la ville; et sous les règnes suivants on éleva dans ce quartier les riches monuments qui en ont fait l'entrée la plus magnifique de cette capitale, et l'un des plus beaux aspects qu'il y ait dans aucune ville du monde.

SAINT-LOUIS ET SAINT-NICOLAS-DU-LOUVRE.

Cette église royale, collégiale et paroissiale étoit le premier édifice que l'on rencontrât en sortant du quartier précédent. Elle étoit située à l'extrémité de la rue Saint-Thomas du Louvre, du côté de la galerie.

Si l'on ajoutoit foi à un ancien titre qui se conservoit autrefois dans les archives de cette église, elle seroit bien plus ancienne que tous les historiens de Paris ne l'ont pensé; cet acte, daté de 1020, contenoit une donation d'un setier de froment faite par Sibylle de Quesnay, veuve du sieur Pouget, aux _maîtres et écoliers de Saint-Thomas et de Saint-Nicolas du Louvre_ (_de Lupera_).

L'authenticité de ce titre a été contestée, ou, pour mieux dire, on a donné des preuves très-solides qu'il étoit supposé. «Si l'on fait attention, dit Jaillot, que la donatrice y est qualifiée sous des noms et surnoms qui n'étoient pas en usage au commencement du onzième siècle; qu'elle n'explique aucun des motifs de sa libéralité, et qu'elle n'y met aucune condition; si l'on se rappelle qu'à cette époque les écoles n'étoient pas fort multipliées; qu'on n'en voyoit que dans les grandes basiliques et dans les monastères; que Saint-Germain-l'Auxerrois avoit les siennes à peu de distance; enfin, s'il est prouvé que les écoliers de Saint-Nicolas ne faisoient qu'un même corps et sous le même nom que ceux de Saint-Thomas avant leur désunion[428], alors il sera bien difficile de ne pas élever quelques doutes sur la certitude d'une donation dont il ne paroît pas même que les donataires aient profité[429].»

[Note 428: On en trouvera plus loin la preuve.]

[Note 429: Recherch. sur Par., quart. du Palais-Roy., p. 77.]

Ces preuves sont d'une grande force; mais il en est une dernière qui nous semble évidente et sans réplique. On ne voit dans aucun acte que le collége dont il s'agit ait été sous l'invocation de saint Thomas, apôtre: son titulaire étoit saint Thomas de Cantorbéry. Or, cet archevêque, martyrisé le 29 décembre 1170, ne fut canonisé que le mercredi des cendres de l'an 1173. Il est donc impossible qu'on ait donné son nom à aucun établissement pieux, avant l'une ou l'autre de ces deux dernières époques.

Si le titre primitif de Saint-Thomas du Louvre ne se retrouve plus, on est du moins certain que cette maison existoit sous le règne de Philippe-Auguste. On voit par une bulle du pape Urbain III, datée de l'an 1187[430], que Robert, comte de Dreux, frère de Louis-le-Jeune, avoit donné des maisons et des revenus tant pour la subsistance des pauvres clercs que pour le logement et la nourriture des prêtres chargés d'y faire le service divin; qu'il avoit établi dans le même lieu un hôpital ou collége pour de pauvres étudiants; enfin que cette église étoit sous l'invocation de saint Thomas de Cantorbéry. Ce prince étant mort en 1188, Robert II son fils confirma ces fondations et les fit approuver par Philippe-Auguste, dont les lettres-patentes à ce sujet sont de 1192. Il y avoit alors dans cette église quatre chanoines prêtres; mais dès l'an 1209, on ne peut douter que le nombre n'en fût augmenté: car dans une contestation qui s'éleva alors sur la présentation entre l'évêque de Paris et les fils du fondateur, il fut stipulé que ceux-ci nommeroient pendant leur vie à _toutes les prébendes_, tant anciennes que _nouvelles_, et aux semi-prébendes _fondées_ et à fonder; qu'après leur mort les nominations se partageroient entre les comtes de _Brie_[431] et l'évêque, de manière toutefois que les _quatres prébendes anciennes_ seroient toujours dans la dépendance de ces seigneurs. Cet accord est de l'an 1209[432].

[Note 430: _Hist. eccles. Par._, t. II, p. 182.]

[Note 431: La ville de _Brie_ s'appeloit anciennement _Braie_, _Braia_. C'est des premiers comtes de Dreux qu'elle a été nommée depuis _Brie-comte-Robert_.]

[Note 432: _Gall. christ._, t. VII.--Hist. univ., t. III, p. 53.]

À peine cette contestation étoit-elle réglée, qu'il s'en éleva une nouvelle entre le proviseur et les écoliers d'une part, et les chanoines de l'autre, à l'occasion des biens fondés par Robert de Dreux et par ses enfants. À cette époque, tout étoit commun entre eux, les bâtiments et l'église. Le résultat de leurs démêlés fut un partage entre les chanoines et l'hôpital, dans lequel la rue Saint-Thomas du Louvre devint la limite des propriétés divisées. Alors les écoliers et le proviseur voulurent avoir une église particulière et un cimetière, ce qui leur fut accordé par l'évêque, sans préjudice des droits du curé de Saint-Germain. Dans les lettres qui leur furent expédiées à ce sujet, et qui sont de 1217[433], ils sont appelés _le recteur et les frères de l'hôpital de Saint-Thomas du Louvre_; mais leur nouvelle maison prit le titre de l'_hôpital des pauvres écoliers de Saint-Nicolas du Louvre_[434]. À la fin du treizième siècle, cet établissement étoit composé d'un maître ou proviseur, d'un chapelain et de quinze boursiers. On y ajouta par la suite un second chapelain[435]; et en 1350 on y fonda trois nouveaux boursiers. Il subsista dans cet état jusqu'au 25 juillet 1541, époque à laquelle Jean du Bellay, évêque de Paris, supprima le maître et les boursiers, et érigea ce collége en chapitre, composé d'un prévôt et de quinze chanoines, qui ont été réunis en 1740 à ceux de Saint-Thomas du Louvre. Sans entrer dans les contestations peu importantes qui se sont élevées entre les historiens de Paris sur les prébendes de cette dernière église et sur leurs fondations, il nous suffira de dire qu'en 1728 on comptoit, dans la collégiale de Saint-Thomas, onze canonicats, et que, lors de la réunion, les arrangements nouveaux qui en résultèrent portèrent le nombre de ses membres à quatorze; ce qui dura jusqu'en 1749.

[Note 433: _Hist. eccles. Par._, t. II, p. 184.]

[Note 434: On disoit également dans ce temps-là, _les pauvres maîtres de Sorbonne_. On conserve, à la fin d'un petit cartulaire de l'évêque de Paris, les statuts de ce collége écrits en caractères du quinzième siècle. Selon ces statuts, le proviseur devoit donner à chaque écolier trois sous par jour pour sa nourriture, et ceux-ci étoient tenus de ne parler qu'en latin dans sa maison. (LEBEUF.)]

[Note 435: Past. D., p. 323.]

Cette réunion et le changement de vocable adopté par la nouvelle collégiale furent causés par un événement tragique dont nous allons rendre compte. La voûte du choeur de Saint-Thomas, qui n'étoit construite qu'en plâtre, et qui subsistoit depuis six cents ans, donnoit des signes évidents d'une ruine prochaine. Effrayé des progrès rapides de cette dégradation, le chapitre s'adressa à la cour en 1735[436], et fit des représentations qui d'abord ne furent point écoutées. Ce ne fut qu'en 1738 qu'il obtint du roi, par le cardinal de Fleury, alors ministre, une somme de 150,000 livres à prendre en neuf années sur la ferme des poudres. Dès que le premier paiement en fut effectué, on se disposa à en faire usage: les chanoines se retirèrent dans le bas de l'église pour y célébrer l'office divin; et l'on éleva une cloison de charpente qui séparoit le choeur, qu'on étoit forcé d'abandonner, de la nef où l'on se réfugioit. Alors on s'empressa de démolir la partie opposée; les fondements furent jetés du côté des rues Saint-Thomas et du Doyenné, et l'édifice commençoit déjà à s'élever, lorsque tout à coup, le 15 septembre 1739, vers onze heures du matin, au moment où l'on s'assembloit pour tenir le chapitre, le côté de l'église qui étoit sous le clocher voisin de la salle capitulaire tomba avec un fracas épouvantable, et ensevelit sous ses ruines presque tous les chanoines déjà assemblés. Ils étoient au nombre de huit: deux, qu'un hasard heureux avoit placés plus près de la porte, se sauvèrent, et en fuyant ils en repoussèrent un troisième qui étoit sur le point d'entrer. Les six autres périrent.

[Note 436: Il le fit comme étant de fondation _royale_, le roi ayant succédé aux droits des comtes de Dreux.]