Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 24

Chapter 243,492 wordsPublic domain

Nous donnerons successivement l'historique de toutes les fontaines de Paris, selon l'ordre où elles se présenteront dans la description particulière des quartiers auxquels elles appartiennent, continuant toujours à séparer les travaux de ce genre exécutés depuis la révolution, de ceux qui l'ont précédée.

FONTAINE DE LA CROIX DU TIROIR.

Cette fontaine avoit été élevée sous le règne de François Ier et par son ordre au milieu de la rue de l'Arbre-Sec. Comme elle y obstruoit la voie publique, le prévôt des marchands la fit transférer dans un pavillon construit en 1606 au coin de cette même rue, pour servir de réservoir aux eaux d'Arcueil. Ce monument, que l'on devoit au célèbre prévôt des marchands Miron, fut réédifié en 1776, sur les dessins de l'architecte Soufflot. Il a la forme d'un pavillon carré composé d'un rez-de-chaussée et de deux étages que couronne une galerie soutenue par des consoles à têtes de dieux marins. Le soubassement, appareillé en bossages, est terminé dans toute sa longueur par une plinthe sur laquelle s'élèvent des pilastres en stalactites qui encadrent les croisées, et qui sont ornés de chapiteaux à coquilles; entre les croisées du premier étage est placée une figure de naïade en demi-relief. Toute cette construction est d'un bon style et d'un caractère convenable. On y lisoit l'inscription suivante, composée par l'architecte lui-même:

«_Ludovicus XVI, anno primo regni, utilitati publicæ consulens, castellum aquarum arcûs Jul. vetustate collapsum à fundamentis reædificari et meliore cultu ornari jussit. Carol. Claud. d'Angeviller, Com. regiis ædificis prop._»

RUES ET PLACES DU QUARTIER DU LOUVRE.

_Rue d'Angeviller._ Elle va de la rue de l'Oratoire à celle des Poulies, et a été percée vers la fin du siècle dernier, sur le terrain occupé autrefois par l'hôtel de Créqui; elle doit son nom à l'hôtel _d'Angeviller_ dont elle est voisine.

_Rue de l'Arbre-Sec._ Elle aboutit à la place de l'École et à la rue Saint-Honoré. Guillot l'appelle de _l'Arbre-Sel_; mais son vrai nom est _Arbre-Sec_, et elle le portoit dès le treizième siècle, _vicus Arboris Siccæ_[386]. Ce nom lui vient de l'enseigne d'une maison située près de l'église Saint-Germain, et qui existoit encore du temps de Sauval[387]. L'évêque de Paris avoit dans cette rue une grange et un four, entre le cloître Saint-Germain et le cul-de-sac de Court-Bâton. Il étoit appelé dans le principe _le Four-l'Évêque_, _le Four-Franc_. En 1372 on le nommoit _le Four Gauquelin_[388].

[Note 386: Pet. cart., fol. 163, c. 223.]

[Note 387: Cens. de l'évêch., 1489.--Sauval, t. I, p. 109.]

[Note 388: Il y a dans cette rue trois culs-de-sacs:

1º. Celui des _Provençaux_. Il doit son nom à une enseigne qui subsistoit encore en 1772. On l'appeloit anciennement _Arnoul de Charonne_, du nom d'un particulier qui y demeuroit en 1293. Depuis, par altération, _Raoul de Charonne_ et _Arnoul le Charron_. (_Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 38 et 39.--Cens. de l'év.)

2º. Celui de _la Petite-Bastille_. En 1499, il étoit cité sans nom dans les censiers de l'évêché, sous la seule dénomination de _Ruelle-sans-bout_. En 1540, on le trouve nommé _Jean de Charonne_. Enfin il a reçu son dernier nom d'un cabaret qui en occupoit le fond.

3º. Le cul-de-sac de _Court-Bâton_[388-A]. Il formoit autrefois avec celui de _Sourdis_ une rue qui aboutissoit dans celle de l'Arbre-Sec et sur le fossé. On la nommoit _Chardeporc_; et elle devoit ce nom à _Adam Chardeporc_, qui, en 1251, possédoit plusieurs maisons sur le fossé Saint-Germain. (_Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 72.) Comme on appeloit anciennement un porc _bacco_, et _bacon_ quand il étoit salé, on donna à cette rue le nom de _Bacon_, qu'elle portoit en 1340. (Reg. 1, fol. 13.) On voit cependant, par le _dit_ de Guillot et le rôle de 1313, que cette rue s'appeloit du _Col-de-Bacon_, vraisemblablement d'une enseigne. Il fut ensuite changé, par altération, en _Cop_ ou _Coup-de-Bâton_; et c'est ainsi qu'elle est désignée dans la liste du quinzième siècle. On a dit ensuite de _Court-Bâton_, du nom d'une maison qui faisoit le coin de cette rue et de celle des Fossés. (Reg. des Ensaiss. de l'archev., 1636)]

[Note 388-A: Il est maintenant fermé d'une grille.]

À l'extrémité de cette rue, du côté de celle de Saint-Honoré, est la fontaine dont nous avons déjà parlé, et l'on y voyoit autrefois une croix vulgairement appelée du _Tiroir_. Parmi les anciens noms qu'offre la topographie de Paris, il n'en est aucun dont l'orthograghe ait éprouvé autant de variations. On le trouve écrit _Traihouer_, _Traihoir_, _Trayoir_, _Trahoir_, _Triouer_, _Trioir_, _Tirauer_, _Tirouer_, _Tyroer_, _Tiroir_, _Tiroi_. Les uns le font venir du mot latin _trahere_ (tirer); d'autres de _trier_. Ceux-ci prétendent qu'on y tiroit les draps, ceux-là que c'étoit un marché où l'on vendoit et où l'on trioit les animaux. Sauval pense que ce nom venoit du fief de _Therouenne_[389], qu'on appeloit par corruption _Tiroie_; et un savant distingué, (M. Bonami), très-versé dans nos antiquités, a adopté cette étymologie. Jaillot la rejette, en prouvant d'abord que le fief de Therouenne ne s'étendoit pas jusque là, observant ensuite (ce qui est le plus décisif) que si son nom lui fût venu de ce fief, on lui eût donné la même dénomination en latin: or, _Thérouenne_ se dit _Tarvanna_ et _Tarvenna_; et la croix du Tiroir a toujours été nommée _Crux Tractorii_, _Crux Tiratorii_[390]. Du reste, en combattant cette opinion, il ne trouve rien de satisfaisant à mettre à la place; et la même incertitude demeure sur la vraie signification de ce mot.

[Note 389: T. I, p. 243.]

[Note 390: Arch. de N. D., compte de 1407.]

La place où se trouvoit la croix du Tiroir étoit beaucoup plus large autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous avons déjà dit que François Ier y fit construire une fontaine en 1529.

Quelques bouchers placèrent des étaux à l'entour, et des fruitiers étalèrent leurs denrées sur les marches de cette croix. Comme la voie publique en étoit obstruée[391], et qu'on avoit plusieurs fois porté des plaintes à ce sujet, la croix fut ôtée en 1636, et replacée à l'angle du réservoir des eaux d'Arcueil, que le prévôt des marchands avoit fait construire au coin de cette rue et de celle Saint-Honoré[392]. Cette place étoit un lieu patibulaire où l'on exécutoit quelquefois des criminels dans l'étendue de la juridiction épiscopale; et Sauval en a tiré cette conjecture fort raisonnable que la croix y avoit été placée pour offrir une dernière consolation, et montrer, dans ces tristes moments, le signe du salut aux malheureux qu'on y faisoit mourir.

[Note 391: Cette place devint un lieu de rassemblement. En 1505 il y éclata une espèce de sédition, à l'occasion d'une marchande que le curé, dit-on, ne vouloit pas enterrer, avant qu'on ne lui eût montré si, dans son testament, il existoit un legs pour l'église; ce qui semble bien incroyable. Sous Charles VI, il y avoit déjà eu au même endroit une émeute, à laquelle l'excès des contributions avoit servi de prétexte.]

[Note 392: _Voyez_ p. 837.]

_Rue Baillet._ Elle aboutit dans la rue de la Monnoie et dans celle de l'Arbre-Sec. En 1297, elle s'appeloit rue _Dame Gloriette_, et rue _Gloriette_ en 1300. Le nom de _Baillet_ est celui d'une famille très-connue qui demeuroit dans cette rue. Le procès-verbal de 1636 l'appelle _Baillette_.

_Rue Bailleul._ Elle traverse de la rue de l'Arbre-Sec dans celle des Poulies. En 1271, 1300, 1313, et même au siècle suivant, elle s'appeloit rue _d'Averon_, _d'Avron_, _Daveron_[393]. On pense qu'elle doit son dernier nom à Robert _Bailleul_, clerc des comptes, qui y demeuroit en 1423, et dont la maison faisoit le coin de cette rue et de celle des Poulies[394].

[Note 393: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 27--_verso et seq._]

[Note 394: _Cens. S. Germ. Autiss._, an. 1554.]

_Rue de Beauvais._ Elle commence à la rue Froi-Manteau, et finit au bout de la rue Champ-Fleuri. Au milieu du treizième siècle, on disoit _en Byauvoir_, etc., _vicus de Byauvoir_[395]; en 1372, _Beauvoir_. Dès 1450, on la trouve indiquée sous le nom de _Beauvais_; elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue du Coq[396].

[Note 395: _Hist. univ. Par._, t. III, p. 459.--Arch. de l'archev.]

[Note 396: La portion de cette rue qui étoit du côté de la vieille place du Louvre a été abattue pour l'agrandir; cette place est nommée maintenant place d'_Austerlitz_, et l'espace qui est devant la façade latérale du palais, du côté de la rue du Coq, se nomme place de _Marengo_.]

_Rue du Petit-Bourbon._ Elle commençoit au bout de la rue des Poulies, au coin de celle de Fossés-Saint-Germain, et aboutissoit aux quais de l'École et de Bourbon. Au treizième siècle, ce quartier s'appeloit _Osteriche_. Le nom s'en est conservé long-temps dans la rue appelée _d'Autriche_, dont partie subsiste encore, et forme, comme nous l'avons dit, la rue de l'Oratoire. Cette rue d'Autriche se prolongeoit jusqu'au quai de Bourbon, appelé simplement, ainsi que ceux de l'École et du Louvre, _Grand rue sur la rivière_. C'étoit là qu'étoit bâti le palais du Petit-Bourbon, dont nous venons de parler[397].

[Note 397: _Voyez_ p. 822. Elle fait maintenant partie de la place qui est devant la colonnade, et qu'on nomme place d'_Iéna_.]

_Rue Champ-Fleuri._ Elle commence à la rue Saint-Honoré, et finit à la rue de Beauvais. Du temps de Philippe-Auguste, elle étoit hors de la ville, et son nom vient sans doute de quelques jardins sur lesquels elle aura été ouverte. Elle portoit ce nom dès 1271, _vicus de Campo Florido_[398]. On a dit ensuite rue de _Champ-Flori_ et _Champ-Fleuri_.

[Note 398: _Cart. S. Germ. Autiss._, folio 28, _verso_.]

_Rue du Chantre._ Elle aboutit dans la rue Saint-Honoré et dans la place du Vieux Louvre. Dès 1313 et jusqu'en 1386, elle se nommoit rue _au Chantre_. On présume qu'une maison de cette rue, dite _la maison au Chantre_, lui a fait donner ce nom.

_Rue du Coq._ Elle commence à la rue Saint-Honoré et aboutit au Louvre. En 1271, et jusqu'à la fin du siècle suivant, elle s'appeloit rue de _Richebourc_ et _Richebourg_[399]. En 1276, on la trouve désignée sous les deux noms _du Coq_ et _de Richebourg_[400]; elle les devoit à deux familles qui y ont demeuré.

[Note 399: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 28, _verso_.]

[Note 400: Arch. de l'archev.]

_Rue du Demi-Saint._ Elle va du cloître Saint-Germain dans la rue des Fossés. Dans un acte de 1271, elle est nommée _vicus qui dicitur truncus Bernardi_[401]. En 1300 et 1313, on avoit altéré ce nom et on l'appeloit _Trou-Bernard_, ce qui continua jusqu'à la fin du quinzième siècle. Depuis elle a reçu celui du _Demi-Saint_, parce qu'à son entrée on avoit mis une statue à moitié rompue pour en interdire le passage aux chevaux[402].

[Note 401: Arch. de S. Germ. l'Auxer.]

[Note 402: Cette rue est maintenant fermée du côté du cloître.]

_Place de l'École._ Cette place et le quai qui commence au carrefour ou place des Trois-Maries, et finit à la rue du Petit-Bourbon, doivent ce nom aux écoles établies en cet endroit pour l'instruction des jeunes clercs de Saint-Germain-l'Auxerrois. Au treizième siècle ce quai s'appeloit _la grand-rue de l'École_, _magnus vicus Scholæ S. Germani 1290_; _vicus qui dicitur Schola S. Germani 1298_[403]. Il y avoit alors sur ce quai une rue qui aboutissoit devant l'église; elle s'appeloit _ruella de Fabricâ S. Germani_[404]. Quant à la place, on la nommoit anciennement _la place aux Marchands_[405], elle étoit encore ainsi nommée en 1369 et en 1372; mais en 1413 on la trouve indiquée sous celui de _place de l'École_[406].

[Note 403: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 14 et 61.]

[Note 404: _Ibid._]

[Note 405: Ensaiss. de S. Germ., reg. 2, fol. 36 et 64.]

[Note 406: Ensaiss. de S. Germ. Reg. 3, fol. 54. Devant cette place étoit un port qui servoit d'arrivage aux marchandises, et de dépôt de navigation. Avant la construction du pont Neuf, il y avoit sur cette place, comme sur d'autres points des rivages de la Seine, un nombre suffisant de bachoteurs ou passeurs d'eau pour la facilité des communications.]

Le quai qui porte le même nom avoit été dressé, élargi et pavé sous le règne de François Ier. Il le fut de nouveau en 1719.

_Rue Froi-Manteau._ Elle va d'un côté à la rue Saint-Honoré et à la place du Palais-Royal, et de l'autre au quai du Louvre vers le premier guichet. Ce nom, dont on n'a pu découvrir l'étymologie, n'a varié que dans la prononciation ou dans l'orthographe. En 1290, on lit _vicus de Frementel_ et _de Frigido Mentello_[407]. Depuis 1313 jusqu'à présent, on a dit _Froit-Mantel_, _Froid-Manteau_, _Froit-Mantyau_, _Frémanteau_, et _Fromenteau_[408]. Ces deux derniers noms sont les plus usités dans les actes et sur les plans de Paris.

[Note 407: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 67 et 68.]

[Note 408: Arch. de l'archev., et de S. Honoré.]

_Rue des Fossés-Saint-Germain._ Elle commence au coin des rues du Roule et de la Monnoie, et finit au bout des rues des Poulies et du Petit-Bourbon. Au milieu du treizième siècle, on disoit simplement _le Fossé_, _in Fossato_; dans les suivants, on a dit _rue des Fossés-Saint-Germain_. Ce nom vient des fossés que les Normands creusèrent autour de l'église Saint-Germain, lorsqu'ils y établirent leur camp en 886[409].

[Note 409: _Abb. v. 174 et seq._]

Cette rue ne s'étendoit que jusqu'à celle de l'Arbre-Sec, où commence la rue de Béthisi; mais par la déclaration du roi de 1702, on a donné à celle-ci jusqu'à la rue du Roule le nom _des Fossés-Saint-Germain_, afin que la rue Béthisi ne se trouvât pas dans deux quartiers différents[410].

[Note 410: Dans cette rue est un cul-de-sac appelé _de Sourdis_. Il doit ce nom à un hôtel qui y subsistoit encore en 1772. Vis-à-vis ce cul-de-sac étoit autrefois la poste aux chevaux.]

_Rue des Prêtres et Cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois._ On entroit dans ce cloître, 1º par la rue de l'Arbre-Sec et du Petit-Bourbon; 2º par celle des Prêtres[411]; 3º par la rue du Demi-Saint et par la ruelle de la _Fabrique_ dont nous avons parlé. La rue des Prêtres doit ce nom à ceux de Saint-Germain qui y demeuroient. Elle finissoit autrefois à la place de l'École; mais dans la division qui fut faite en 1702, on a donné son nom à une partie de la rue Saint-Germain jusqu'au carrefour des Trois-Maries, afin que cette dernière rue, comme celle de Béthisi, ne se trouvât pas divisée en deux quartiers[412].

[Note 411: On donnoit indifféremment à ces trois rues le nom de _rues ou ruelles du cloître, ruelle par laquelle on va à l'église, et y aboutissant_.]

[Note 412: Il y a dans le cloître un cul-de-sac que l'on nommoit, au quinzième siècle, rue _de la Treille_, ensuite, ruelle du _Puits du Chapitre_. Un titre de 1271 la désigne sous le nom de _ruella Guidonis de Ham_. Elle a repris le nom de _cul-de-sac de la Treille_.]

_Rue Saint-Honoré._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence au coin de celle du Roule et des Prouvaires, et finit à celui des rues des Bons-Enfants et Froi-Manteau. Nous avons déjà remarqué (quartier Sainte-Opportune) qu'une partie de cette rue jusqu'à celle de l'Arbre-Sec s'appeloit rue de _Château-Fêtu_. De là jusqu'à la porte construite entre le cul-de-sac de l'Oratoire et la rue du Coq, on la nommoit, aux treizième et quatorzième siècles, rue de _la Croix du Tirouer_, et au-delà de la porte, _la Chauciée Saint-Honoré_[413]. Les agrandissements de Paris et la nouvelle enceinte élevée par Charles V lui firent donner dans toute cette partie, jusqu'à la nouvelle porte qui fut construite près des Quinze-Vingts, le nom de rue Saint-Honoré, et depuis cette porte, on l'appeloit _grand'-rue Saint-Louis_, comme nous le dirons en son lieu. À l'égard du nom de _Château-Fêtu_, dont l'étymologie a fort exercé les antiquaires, il est probable que c'étoit celui de quelque famille distinguée qui habitoit cette rue. Il y avoit encore en 1348, entre Saint-Landri et la rivière, une maison appelée le _Château-Fêtu_[414]; et dans le manuscrit de coutumes de la marchandise, il est fait mention à l'an 1268 de Jehan Popin de Château-Fêtu comme d'un notable bourgeois, alors membre du conseil de la ville, et depuis prévôt des marchands.

[Note 413: Elle a pris ce nom de l'église qui étoit sous l'invocation de saint Honoré, évêque d'Amiens.]

[Note 414: Arch. du chap. de N. D.]

_Rue Jean-Saint-Denis._ Elle commence à la rue Saint-Honoré, et aboutit à celle de Beauvais. On ne trouve point qu'elle ait porté d'autre nom. Dans plusieurs actes, et notamment dans l'acte de réduction des prébendes de Saint-Honoré, du mois de décembre 1258, il est fait mention de Jacques de Saint-Denis, chanoine de cette église; il est possible que sa famille ait donné le nom à cette rue[415].

[Note 415: On la nomme maintenant rue de la _Bibliothèque_.]

_Rue Jean-Tison._ Elle donne d'un bout dans la rue des Fossés-Saint-Germain, et de l'autre dans la rue Bailleul. Elle doit son nom, comme la précédente, à une famille notable qui existoit déjà avant le treizième siècle[416]. Dans la liste des rues de 1450, elle est appelée rue _Philippe Tyson_.

[Note 416: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 52, _verso_.]

_Place des Trois-Maries._ Elle est située au bout et en face du pont Neuf, ce qui la faisoit appeler au commencement du siècle passé _rue du pont Neuf_. Il y avoit anciennement en cet endroit un port où abordoient les bateaux chargés de foin; une ruelle qui y aboutissoit en prit le nom de rue _au Fain_, et, du temps de Corrozet, on l'appeloit encore rue _du Port au Foin_. Elle a pris son nom actuel d'une maison qui, en 1564, avoit pour enseigne les Trois-Maries[417]. C'est la troisième des cinq qui formoient la gauche de cette place, du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois.

[Note 417: Arch. de l'archev.]

_Rue de la Monnoie._ Elle est située entre la rue du Roule et la place des Trois-Maries, et doit son nom à l'hôtel de la Monnoie qui y étoit situé. Au treizième siècle on l'appeloit _rue o Cerf, vicus Cervi in censiva S. Dyonisii de carcere_[418]. On n'a pu découvrir en quel temps l'hôtel de la Monnoie y fut transporté, et lui fit prendre ce dernier nom[419].

[Note 418: Cart. de Sorb., fol. 145, _verso_.--_Cart. épiscop._ 1282.]

[Note 419: Les anciens bâtiments qui subsistoient encore vers le milieu du dernier siècle annonçoient le règne de saint Louis, ou celui de Philippe-le-Hardi.]

_Rue de l'Oratoire._ Elle étoit autrefois fermée, et se nommoit _Cul-de-sac des PP. de l'Oratoire_. Auparavant c'étoit la rue dont nous avons déjà plusieurs fois parlé, laquelle se prolongeoit jusqu'au quai, et s'appeloit rue d'_Autriche_. Les copistes ont bien défiguré ce nom. Dans Guillot on le trouve écrit _Osteriche_; dans la liste des rues du quinzième siècle, d'_Autraiche_; _d'Autruche_ en 1421, et dans Corrozet; _d'Austruce_ sur le plan de l'abbaye Saint-Victor; _de l'Autruche_ ou _du Louvre_ dans le procès-verbal de 1636; ensuite, suivant Sauval, _rue du Louvre_ et _cul-de-sac de l'Oratoire_.

_Rue des Poulies._ Elle aboutit à la rue Saint-Honoré, à la nouvelle place du Louvre et au coin de la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. Sauval prétend qu'elle doit son nom aux _poulies_ de l'hôtel d'Alençon, et que ces poulies étoient un jeu ou exercice que l'on ne connoît plus, mais qui étoit encore en usage en 1343[420]. Jaillot pense que ce nom peut venir d'Edmond de Poulie ou de quelqu'un de ses ancêtres, parce qu'il possédoit dans cette rue une grande maison et un jardin qu'il vendit à Alphonse, comte de Poitiers et frère de saint Louis. Elle est indiquée sous le nom de rue des _Poulies_ dans un contrat de vente de 1205[421].

[Note 420: T. I, p. 159.]

[Note 421: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 52.]

_Rue du Roule._ Elle est située entre les rues des Prouvaires et de la Monnoie dont elle fait la continuation. Cette rue ne fut ouverte qu'au mois de juillet 1691, sur l'emplacement de quelques maisons vieilles et caduques, lesquelles faisoient partie d'un ancien fief appelé _le Roule_, de qui cette rue a pris son nom. Le chef-lieu de ce fief, situé au coin de cette rue et de celle des Fossés-Saint-Germain[422], étoit encore appelé _Maison ou hôtel du Roule_ avant 1789.

[Note 422: Germ. Brice, t. IV, p. 180.]

MONUMENTS NOUVEAUX ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.

_Le Louvre._ Il nous est impossible de présenter autre chose ici qu'un aperçu très-rapide des travaux immenses exécutés depuis le commencement de ce siècle pour l'entier achévement de ce grand et magnifique monument.

Aucune des façades intérieures ne ressemblant à l'autre, il a fallu nécessairement faire disparoître cette bigarrure et choisir entre l'attique de Pierre Lescot, et le troisième ordre de Perrault. La hauteur des trois façades extérieures ne pouvant s'accorder, ni avec l'attique, ni avec son toit, la continuation du troisième ordre a été décidée et exécutée sur les trois façades les plus modernes.

On a laissé subsister la quatrième avec l'attique; et l'on a exécuté, de l'autre côté du pavillon de Lemercier, les sculptures des trois frontons, qui jusque là n'avoient point été faites. M. Moitte et feu Chaudet sont les auteurs de ces sculptures fort remarquables, bien qu'inférieures à celles de Jean Goujon. Elles représentent des poètes, des philosophes et des législateurs de l'antiquité. Les deux pavillons qui s'élevoient de chaque côté, aux extrémités de cette façade, ont été abattus, et par ce moyen elle s'est trouvée dans un rapport moins discordant avec les lignes que forment les trois autres façades. En ce moment on achève les figures qui doivent accompagner les _oeils-de-boeuf_, et les ornements qui accompagnent les portes et enrichissent les frises; ce dernier travail complétera la symétrie de toute cette partie que l'on appelle le _Vieux Louvre_.

Les niches de la colonnade ont été ouvertes; et quoique cette ouverture, projetée d'abord par Perrault, ôte à ce tableau d'architecture une partie de ce qu'il présentoit à l'oeil d'harmonie et de repos, elle a l'avantage de le lier au monument, dont il n'étoit auparavant qu'une inutile décoration. En même temps les architectes (MM. Fontaine et Percier) ont judicieusement rétabli l'unité entre les deux colonnades par la plate-bande de la porte qu'ils ont fait construire sous l'arcade. Cette heureuse addition a fait disparoître le vice de ce grand cintre qui interrompoit l'ordonnance générale, et détruisoit toute idée de communication entre l'une et l'autre partie.